Passionnante petite messe solennelle estivale

Posté le Jeudi 10 juillet 2014

Petite messe solennelle, œuvre de Gioachimo Rossini crée en 1864, écrite plus de trente-cinq ans après son dernier opéra, était offerte pour un seul soir (dommage !), par l‘association Resonances-Groupe lyrique à la Chapelle Saint-André de Bordeaux. Comme prévu par Rossini, sur scène piano et harmonium, un choeur mixte et quatre solistes. Dans la salle, oh pardon dans la chapelle, pas un interstice sur les bancs pour s’y glisser. Un monde fou. Debout et assis dans l’allée principale, le public silencieux et attentif écoute les quatorze morceaux composant cette petite messe dans la plus grande solennité. Ambiance très esprit festival d’été. Ce petit bijou musical plein d’entrain et de douceur a trouvé sa place.

Quel magnifique travail offert par le chœur « Atout Chœur » et son chef de chant Isabelle Laurent. Ils chantent avec conviction, joyeux et graves à la fois. Les pianos, sous les doigts enjoués de Jean-Marc Fontana et de Françoise Lavielle-Biais sont à la fête. Magnifique performance !

Nos quatre solistes, un ténor, une contralto, une basse et une soprano nous font voyager dans les méandres de  leur timbre respectif : ensoleillé avec le ténor Stéphane Victor, charnel avec la contralto Lucile Verbizier, profond avec la basse Liang Wu. Ces trois jeunes chanteurs lyriques sont à l’orée de leur carrière. Si je n’ai pas cité dans la foulée la soprano Laurence Janot, c’est que j’ai fait une redécouverte unique en l’écoutant ce soir. Cette chanteuse déjà confirmée, que j’ai eu la chance de découvrir sur scène en Avignon dans Lucia di Lammermoor il y a plus de vingt ans au côté des débuts de Roberto Alagna, m’a ce soir, complètement fascinée. Sa voix s’est élargie avec un solide médium, riche et coloré, accompagné de magnifiques graves. Avoir le souvenir d’une soprano colorature et la redécouvrir proche d’une mezzo-soprano, c’est étonnant et fascinant. Quels futurs beaux rôles va-t-elle nous réserver ! On rêve déjà à certains…mais chut !

Jean-Claude Meymerit

 

JCM-Bordeaux @ 23:05
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A l’Opéra de Bordeaux : chez Anna Bolena, tout le monde est souverain.

Posté le Mercredi 28 mai 2014

« Ah, que cela fait du bien ! » Voilà une phrase entendue ce soir plusieurs fois, à l’entr’acte et à la sortie, lors de la première d’Anna Bolena au Grand Théâtre de Bordeaux. C’est bien vrai !

Cette production est tellement magique à entendre et à voir que l’on se laisse aller à une relaxation artistique. Il est extrêmement rare d’avoir ce genre de sensation. Devant un public scotché dès l’ouverture, un silence abyssal s’établit dans la salle comme un effet d’hypnose. Il semble que le plateau et l’orchestre jouent devant une salle vide. Troublante sensation. Il faut dire aussi que la plupart des spectateurs voyait cette œuvre de Donizetti sur scène pour la première fois ou découvrait la partition. Pour cette première, tous les ingrédients y étaient. Cette cohérence entre la musique, les voix, l’orchestre, les chœurs (présence discrète et toujours aussi efficace), le décor, la mise en scène a fonctionné toute la soirée. Phénomène assez rare. Le public au rideau final a manifesté immédiatement ce ravissement en tapant des mains inlassablement.

Dans un décor sobre et élégant, Marie-louise Bischofberger nous propose une mise en scène stricte avec quelques très belles scènes de jeu de comédiens. Le regard ne se perd pas dans des méandres visuels souvent inutiles, rencontrés dans quelques récentes productions. Dommage toutefois que certains tableaux se passent trop en avant scène avec beaucoup de postures statiques et assez classiques pour les chanteurs (pauvre public des 3ème, 4ème… rangs des balcons et paradis…les cervicales ont du s’étirer anormalement…). Ce léger bémol attire de ce fait, et c’est tant mieux, toute notre attention beaucoup plus vers la musique et les voix. Que c’est reposant ! Une de mes scènes préférées fut celle où les cinq chanteurs se tiennent par le bras tout en se déplaçant, avec pour chacun un port scénique différent, indiquant les sentiments et les attachements imbriqués entre les personnages. C’est très beau et très fort.

Parlons des voix. Voix belcantistes ou non ? Vaste débat. Ne pinaillons pas. Elles sont toutes belles et passionnantes à écouter. Que ce soit  Patrick Bolleire dans le rôle du frère d’Anna ou Bruce Sledge dans celui de son premier amour, sans oublier Sasha Cooke dans le rôle de Smeton et le roi Henri VIII par Matthew Rose, on les écoute toutes avec beaucoup de bonheur. Parmi cette fourchette de chanteurs étonnants, une mention particulière à Christophe Berry dans le rôle de Hervey. Voix claire et extrêmement bien projetée.

Bien sûr, même si la partition est écrite surtout au bénéfice des personnages féminins, on ne peut rester insensible aux deux magnifiques voix de Keri Alkema dans le rôle de Seymour et Elza van den Heever dans celui du rôle titre, Anna. Beauté, pureté et timbre suave nous émeuvent. Leur duo et l’aria final d’Anna, à genoux…

Cette magie qui a opéré ce soir au Grand Théâtre nous la devons également et surtout en très grande partie à l’Orchestre de Bordeaux Aquitaine et à son chef Leonardo Vordoni. Equilibre exceptionnel entre le volume de la salle, les voix et les musiciens. C’est cette caresse musicale qui nous permet de redire « ah, que cela fait du bien ! ».

Jean-Claude Meymerit

PS : au secours ! comment une structure comme l’Opéra de Bordeaux laisse passer autant de fautes d’orthographe dans les surtitrages ?

 

JCM-Bordeaux @ 12:25
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Adieu Sanna je t’aimais bien tu sais…!

Posté le Dimanche 25 mai 2014

Vous connaissez tous Sanna, cette immense et magnifique créature plantée majestueusement place de la Comédie, œuvre du célèbre artiste sculpteur catalan Jaume Plensa. Pendant plusieurs mois la ville de Bordeaux a hébergé dans divers lieux stratégiques (Pey Berland, Jardin public, place de la Bourse, Camille Julian, La Bastide, place de la Comédie…)…) de nombreuses créations de cet artiste qui furent fortement appréciées, presque à l’unanimité, de tous les passants. Certains souhaitaient vivement garder une de ces œuvres de manière permanente dans le paysage bordelais. Seulement problème ! Qui pouvait en acheter une ?

Une oeuvre artistique achetée par les citoyens, et non imposée (comme la flèche de la Victoire ou la Tortue, le Lion bleu ou la Maison à Pellegrin etc…), pourrait avoir un impact certain. Moi-même très sensible à toutes ces sculptures de Jaume Plensa, je rêvais que la Ville en acquière une, mais d’une manière originale, c’est  dire que ce soient les bordelais eux-mêmes qui l’achètent sur la base d’un petit calcul rapide.

Partant de l’hypothèse qu’une oeuvre coûte aux environs de 500 000€ et que Bordeaux est composée de 250 000 habitants, la participation mathématique reviendrait à dire que chaque habitant pourrait donner 2€. Approche très théorique bien sûr. Dans l’absolu, entre ceux qui pourraient donner effectivement minimum 1€, à ceux qui pourraient verser des centaines et milliers d’euros, en passant par des mécènes, des entreprises, des commerces, etc…l’achat pourrait se réaliser. A condition que la méthode de récolte de ces fonds soit entre les mains des bordelais (groupe de citoyens) soutenus techniquement par les Services de la Ville. Malheureusement, la suite des événements a complètement biaisé mon idée initiale.

Concrètement, ma proposition portait principalement sur l’oeuvre installée rive droite, sur l’esplanade Edmond Géraud, car elle était en prise directe avec le poète précité. Cette oeuvre de Plensa en forme de triptyque «  The poets » représentait la poésie et la philosophie. Edmond Géraud célèbre écrivain et poète bordelais de l’époque romantique, habitait pratiquement sur ce même espace. De plus, ces 3 statues de Plensa, posées en haut de mats donnaient l’impression d’avoir été créées pour ce lieu aussi bien de jour comme de nuit (éclairés intérieurement de couleurs changeantes). Elles étaient idéales pour y séjourner. Cette préférence que j’ai fortement soutenue était également liée à la proximité du Lion bleu de Xavier Veilhan. Tout cela me semblait avoir un sens, une logique culturelle et patrimoniale.

N’aurions-nous pas eu ainsi une magnifique vitrine Bordeaux rive droite sur deux grands artistes contemporains mondialement connus ?

J’ai proposé au Journal Sud-Ouest, avec beaucoup d’insistance, de lancer cette idée de souscription afin d’avoir des retours et créer ainsi une dynamique interactive d’acquisition collective d’une des œuvres de Jaume Plensa. Par le grand des hasards, le jour même de la parution de cet article de sensibilisation, le Maire de bordeaux propose au cours d’une conférence de presse la même idée. Bien évidemment la proposition du Maire vient écraser la mienne. Ma vive réaction publique fut sanctionnée par un nouvel article dans le presse mettant plus l’accent sur un fond de polémique que je ne souhaitais absolument pas. Des insultes et calomnies à mon attention suivirent sur un réseau social (jalousie, mesquineries politiques ou tout simplement stupidité..). En effet, nous étions aux portes des élections municipales !…

Même si le Maire de Bordeaux a reconnu publiquement la paternité de mon idée, le ver était dans le fruit et déjà pour moi l’échec de cette acquisition, par l’originalité d’une souscription issue des bordelais eux-mêmes, était du passé. Autant moi, je mettais l’accent sur l’acquisition d’une œuvre (semble t-il la moins chère) et la plus significative dans son emplacement, autant la Ville de Bordeaux misait sur une des plus importantes « Sanna » (création spécifique de l’artiste pour Bordeaux). Renseignements pris, toutes les œuvres étaient déjà entre les mains de propriétaires internationaux, sauf les deux créations spécifiques pour Bordeaux, « Sanna » place de la Comédie et « Paula » place Pey Berland. Le choix final de la Ville fut donc Sanna.

Aujourd’hui à quelques jours de la fermeture de la souscription lancée essentiellement par la Ville, seuls 44 000 € sont réunis sur le montage financier suivant : coût de l’œuvre, 450 000 € : 350 000 € par la Ville et 150 000€ par les souscripteurs. D’après l’élu à la Culture cette acquisition tombe à l’eau. Dommage !

Je suis déçu et content à la fois. Déçu, car garder une œuvre de cet artiste aurait été un fleuron de plus sur la Ville appartenant aux bordelais. Content, car si la Ville avait accepté d’associer à cette souscription des bordelais dans l’organisation par le biais d’un collectif sur la base d’un concept « minimun 1€ » par bordelais ou touristes (via les commerçants, les établissements scolaires, les lieux culturels, le Kiosque culture, les matches sportifs etc..), l’opération aurait abouti. J’en suis certain. En regardant partir cette œuvre vers d’autres cieux, je ne peux m’empêcher d’être triste et amer.

Adieu Sanna, je t’aimais bien tu sais, c’est dur de lutter contre des sculptures de fer !…

 

 

JCM-Bordeaux @ 12:17
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À l’Opéra de Bordeaux : La lettre des sables engloutie par l’écume !

Posté le Samedi 26 avril 2014

A l’image de la côte atlantique après le dernière tempête, on ne peut que s’écrier :  quelle désolation ! Ce soir est présentée au Grand Théâtre de Bordeaux en création mondiale « La lettre des sables ». Que c’est ennuyeux ! Pourtant, l’affiche était prometteuse : Christian Lauba pour la musique et Daniel Mesguich pour le livret et la mise en scène. Résultat : tempête dans un verre d’eau !

J’espère que derrière les quelques applaudissements scandés (grande mode bordelaise à la fin de chaque spectacle) d’un public clairsemé, ces mêmes personnes pourront nous dire un jour ce qu’elles ont vu et entendu. Personnellement, je suis sorti de ces deux heures vingt de spectacle déconfit et en colère. Inconditionnel de la création contemporaine, je constate ses limites. Qu’est ce qu’une œuvre contemporaine lyrique à notre époque ? Entendre un style de musique rabâché depuis plus de quarante ans sur les scènes lyriques, devient lassant. De plus, saupoudrer cette musique de rythmes jazzies à la Gershwin, de flonflons des années guinguette ou des longs phrasés musicaux copyright à la Richard Strauss (très beaux certes, comme ce duo final évoquant le deuxième acte d’Ariane à Naxos) sans oublier quelques attaques gentiment empruntées aux oeuvres de Wagner, je dis non ! N’avons-nous pas de nos jours tous les ingrédients pour inventer de nouvelles formes d’opéra, avec des partitions musicales de notre temps, des instruments, des rythmes…de nos jours etc..La lettre des sables montre les limites. Faire un catalogue de style et de rythmes empruntés aux autres est critiquable. À moins que ce ne soit qu’une simple justification et une réponse à un cahier des charges, comme quoi il faut une création par an pour mériter le label opéra national. Et à quel coût !

Inspirés du roman de Herbert George Wells, La machine à explorer le temps, le livret et les dialogues de Daniel Mesguich sont désolants. On ne comprend rien, tout est fouillis, les textes sont creux, inintéressants ? Même à l’opéra tout le monde ne peut pas devenir écrivain. Le texte lu sur le surtitreur (avec en cadeau quelques fautes d’orthographe et décalages) et celui chanté et parlé sur scène, sont d’une pauvreté consternante.

Il faut dire que la scénographie et la mise en scène sont aussi les grandes fautives de ce déferlant naufrage. Quel déballage ! Des décors énormes, des accessoires par vagues, de la vidéo inutile et parasite, des jeux d’acteurs répétitifs, du m’as-tu-vu permanent sans oublier l’éternel théâtre dans le théâtre. On prévoit d’avance les situations sans même les comprendre, les clichés scéniques sont multiples. On ne retrouve pas du tout le travail habituel de Mesguich. Qu’est ce qui s’est passé ?

Paradoxalement, les chanteurs sont livrés un peu à eux-mêmes, leurs voix assez réservées et assez faibles sont couvertes par la musique et les dictions laissent à désirer. Même les textes parlés sont ennuyeux car ils mettent trop en exergue la pauvreté du texte.

Avant qu’une tempête entraîne cet ouvrage au fond de l’océan – pour être revisité dans des siècles lumières – le mal que l’on peut souhaiter à cette création c’est qu’elle soit donnée en version concertante sans les dialogues parlés et encore moins le surtitrage. Peut-être qu’aussi et ainsi une accalmie visuelle redonnera le calme marin à cet océan en colère.

Jean-Claude Meymerit 

 

 

 

JCM-Bordeaux @ 11:44
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Au TNBA de Bordeaux, des mini objets pour la Grande guerre

Posté le Mercredi 19 mars 2014

Encore un spectacle sur la guerre de 14-18 (et ce n’est pas fini, la commémoration du centenaire, en cette année 2014, ne fait que commencer !). Aussi, c’est avec appréhension et beaucoup d’inconnues que je suis allé ce soir au TNBA voir cette production théâtrale intitulée « Grande guerre « . Tout ce que je regrette est que ce spectacle ne dure pas plus longtemps. C’est très frustrant, mais c’est grandiose ! Et pourtant tout est miniaturisé.

Une grande fresque dramatique racontée avec de tous petits moyens (je veux parler des objets utilisés). Quelle intelligence de la part de ce collectif néerlandais « Hotel Modern et Arthur Sauer» de renommée internationale. Ils ont tout compris. Si on demande aujourd’hui à quelqu’un dans la rue de nous raconter les grandes lignes de cette Première guerre mondiale, les réponses sont floues. Avec ces artistes, nous avons des réponses : l’origine de cette guerre, les pays « déclencheurs », les émotions, la violence, le bruit, l’horreur, le souvenir, le respect…

Ce spectacle théâtral est basé sur les principes de trucage de cinéma, trois jeunes filles, « truceuses » et diseuses, s’activent devant leurs paillasses en manipulant des quantités d’objets miniatures et effets avec un doigté et une précision implacables. Le tout avec la complicité d’un musicien et bruiteur et sous l’œil de plusieurs caméras digitales activées avec discrétion par nos six mains d’artistes. Tous ces trucages et effets sont retranscris en direct sur grand écran. Les yeux du public balayent à la fois les artistes sur scène manipulant leurs objets miniatures et le résultat projeté. C’est assez magique. Pas question de refaire une scène nous ne sommes pas au cinéma, nous sommes au théâtre.Tout doit être rapide, précis, minutieux et spontané. On sort de là, ému, révolté et enrichi par le sujet abordé mais ébloui par les effets artistiques. C’est un spectacle qu’on ne peut pas décrire, on doit le vivre.

Jean-Claude Meymerit

JCM-Bordeaux @ 23:21
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A l’Opéra de Bordeaux, du Carolyn Carlson à plein poumon !

Posté le Lundi 17 mars 2014

Remarquable ! J’ai même cru que le Grand Théâtre partait en lévitation !  Carolyn Carlson vient de créer ce soir en première mondiale sa chorégraphie « Pneuma » sur une musique du compositeur danois Gavin Brvars. C’est époustouflant à vous en couper le souffle. Un comble, pour un ballet qui évoque justement le souffle, la légèreté, le rêve, l’air, l’esprit aérien, l‘au-delà des nuages…! C’est un spectacle dans lequel il faut se laisser vivre au rythme de sa propre respiration. Ce ballet est inspiré du texte de Gaston Bachelard « L’Air et les Songes : essai sur l’imagination du mouvement ».

On doit aussi cette magnifique soirée au corps de ballet de l’Opéra de Bordeaux qui trouve là une nouvelle fois ses brillances contemporaines. Une vingtaine de danseurs, y compris certains solistes, tous au même rang, disparaissent et s’unissent dans la légèreté des gestes de la chorégraphie. C’est magique ! Les effets scéniques et les pas répétitifs sont d’une force inouïe. Le décor sobre des divers tableaux est d’une grande efficacité et les nombreux jeux de lumières nous font planer et rêver encore plus.

C’est un spectacle qui nous pénètre, au lever du rideau, dès les premières notes émises. Cette musique est envoûtante, elle n’impose rien, elle nous parle. En se laissant bercer, bousculer par le souffle, en regardant ces corps féminins et masculins se fondrent dans la légèreté, tout est dit, pas besoin de discours. La nature est bien là, dans nous et autour de nous.

Aussi, j’ai presque envie de dire que cette heure et demie passée en compagnie de Carolyn Carlson, de Gavin Brvars et des danseurs de l’Opéra de Bordeaux, vaut tous les plus beaux discours écologiques parlant de l’avenir de la planète. Avec ce poème-ballet, les réalités font surface. Que l’on soit humain, oiseau, papillon, végétal, air ou vent, montrés ce soir sur scène, l’espace et son infini nous attirera toujours par sa grande fragilité et son mystère.

Jean-Claude Meymerit

 

JCM-Bordeaux @ 23:57
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Les Indépendants campent à l’Espace Saint-Rémi de Bordeaux

Posté le Lundi 10 mars 2014

Un collectif d’une trentaine d’artistes plasticiens bordelais (peintres, sculpteurs, installateurs…), « Les Indépendants », campent pendant une dizaine de jours dans ce magnifique lieu qu’est cette ancienne église Saint-Rémi.

Dès l’entrée, nous sommes happés par cette immense respiration que dégage la scénographie de cette exposition. Des voilages tendus dans la nef symbolisant un campement (d’où le nom, je suppose, de leur manifestation « Nomade »), permettent d’offrir au visiteur une dimension plus humaine du volume de l’église.

Comment toujours lorsqu’on entre dans un tel lieu aussi vaste, une hésitation de quelques minutes nous envahit, par où commencer ? Mes yeux grands ouverts  balayent l’ensemble de toutes ces sculptures, ces grandes toiles et ces installations…sans encore distinguer la particularité de chaque œuvre. Car ici on peut parler d’œuvres. Des toiles aux couleurs osées, aux motifs et sujets affirmés. Des styles complètement opposés, mais absolument pas présentés dans l’esprit catalogue souvent rencontré qui ressemble le plus souvent à un déballage du dimanche matin d’un marché de brocante qu’à une exposition artistique. Ici, les organisateurs ont su appréhender l’espace en mariant subtilement toutes les œuvres. Magnifique travail de scénographie !

Comme il serait fastidieux de décrire le travail de ces nombreux artistes exposants, ou insolant de ne parler que de certains et pas d’autres, j’évoquerai simplement les quelques émotions reçues, grâce aux traits géométriques sur fond totalement noir, aux couleurs violet et vert flirtant sur des bleus crus, aux lettres et aux chiffres séquestrés dans des cubes, aux familles de portraits se prélassant au sol…

En sortant de cette étonnante exposition, une question traversa mon cerveau encore tout imbibé de ces belles sensations : pourquoi ce genre d’exposition ne retient pas l’attention du Bus d’Art contemporain de la Ville de Bordeaux ? Un peu de curiosité et de communication serait suffisant à valoriser ce genre de manifestation innovante comme celle de nos Nomades… Indépendants…au lieu des sempiternelles mêmes galeries privées d’expositions classiques de tableaux et de photos, visitées par ce même Bus. Nous n’avons peut-être pas la même définition du mot Art contemporain !

Jean-Claude Meymerit

 

JCM-Bordeaux @ 10:15
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Les Indes galantes à l’Opéra de Bordeaux : Scozzi devant Rameau !

Posté le Samedi 22 février 2014

Autant l’avouer tout de suite, je n’ai pas du tout d’attirance pour cet opéra de Jean-Philippe Rameau, les Indes galantes. L’ayant vu en 1978 sur cette même scène je m’étais juré de l’exclure de mon répertoire de spectateur, même si la distribution vocale de l’époque était de grande classe, avec des voix célèbres (Massard, Garcisanz, Issartel…).

Pourtant, comment ne pas résister à l’appel d’un ouvrage signé Laura Scozzi pour la mise en scène ? Christophe Rousset a bien réuni tous ses Talents Lyriques, mais dans cette production, la star c’est elle. On arrive par moment, à oublier les longueurs et les passages musicaux fastidieux. Après son Orphée aux enfers de l’an dernier, le public attendait avec impatience ses Indes Galantes. « Ca va décoiffer !« , disait-on dans les chaumières. Les représentations de Toulouse en 2012, avaient déjà pas mal interpellé le public.

Et bien non, ça ne décoiffe pas, car Laura Scozzi nous parle de la vie, de la vraie vie, étonnante de vérité, le tout dans un paquet cadeau d’humour. Elle met en scène des tableaux fortement imbibés de problèmes actuels de société, religieux, politique, écologique… Lorsque la scène se situe dans un paysage désert au Moyen Orient évoquant la condition féminine ou dans les montagnes du Pérou dans une usine de fortune de fabrication de drogues dures, ou en Amazonie dans un plan de déforestation, ou bien encore sur une plage branchée juste à la sortie des égouts de la ville, Laura Scozzi nous questionne fortement. C’est évident que tous ces clichés, nous les connaissons par cœur, mais une petite piqûre de rappel ne nuit pas. De plus, dans certaines micro-scènes – le couple et son fonctionnement, la virilité et l’obsession sexuelle, le pouvoir, la vieillesse, la nudité, la grossesse…- Laura Scozzi s’adresse directement à notre sensibilité et à nos émotions.. Quelle chance de pouvoir apprécier ce genre de relecture, même si elle est parallèle au livret lyrique. Je préfère, car ce n’est pas l’histoire creuse et insipide de cet opéra qui peut nous émouvoir. Nous ne sommes plus au 18°siècle, même si ce genre d’opéra, comme les Indes galantes, doit rester avant tout un opéra de divertissement. En supprimant de vraies interventions de ballet, la metteur en scène nous propose ici de la figuration permanente très active dans des figures chorégraphiques étonnantes.

Côté musical, tous les jeunes chanteurs sont surtout d’excellents comédiens et se fondent parfaitement dans cette chorégraphie d’une extrême précision. Quelle prouesse de leur part – nager, sauter, courir, se dévêtir… et bien sûr, chanter.

Et Rameau dans tout ça, me diriez-vous ? Peu me chaut ! Sans de telles mises en scène il y a bien longtemps que nous n’entendrions plus parler de certains de tous ces opéras de style baroque.

 

JCM-Bordeaux @ 9:11
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Au TNBA de Bordeaux, la Fausse suivante, une bâtarde !

Posté le Mercredi 12 février 2014

C’est reparti ! Est-ce de la chorégraphie, du théâtre ? Ni l’un ni l’autre. C’est de la « spectaclerie ». Un spectacle bâtard. C’est ce qui ressort de la présentation de la Fausse suivante de Marivaux donnée actuellement au TNBA de Bordeaux. Une fois de plus nous y trouvons, singeries, vidéos, figuration inutile, mouvements intempestifs, bruitage musical de fond permanent (insupportable)…au déservice du texte de Marivaux. Celui-ci n’est qu’un prétexte à avoir le label, soirée théâtre. Tout y est parasite.

Certes, l’histoire de cette pièce, déjà compliquée en tant normal, devient ici hermétique. On ne comprend absolument rien. Qui dans la salle a suivi l’histoire ? En tout cas, pas les personnes autour de moi, qui la plupart ont déserté la salle, ou celles qui sont restées les bras croisés à la chute du rideau.

Il y a tellement de parasitage scénique, qu’on n’écoute plus le texte. Les scènes à deux personnages sont ennuyeuses à mourir. Les gags ne font même pas rire. Heureusement que les ballets de tulles mobiles avec des lampions lumineux suspendus, sont du plus bel effet. De très belles scènes chorégraphiques surgissent de ces tableaux sans texte, mais trop rare. Ce genre de soirée ni théâtre, ni danse laisse le spectateur sur sa faim.

Pour moi ce spectacle n’est pas une lecture moderne de la pièce de Marivaux. Ce genre de mise en scène ou scénographie enfonce au contraire le texte. Nous sommes avec cette pièce à l’opposé du Cyrano de Bergerac de Dominique Pitoiset. Avec cette dernière, la mise en scène apporte une force supplémentaire au texte initial, avec la pièce de Marivaux, la scénographie détruit le texte. Tout au long de cette longue et fastidieuse soirée je rêvais et voyais devant moi un simple décor 18ème siècle avec son décoroom et costumes de l’époque. Je  suis sûr que le modernisme y aurait été beaucoup plus présent. Quant à l’interprétation, faute d’avoir la distribution mentionnée dans le programme, nous ne pouvons pas dire qu’un tel ou un tel est bien ou pas bien, nous ne savons pas quels rôles ils jouent. Alors que chaque technicien est mentionné dans sa branche , les comédiens ne sont pas fléchés en face des rôles. Pourquoi ? Ce qui prouve bien que le côté spectacle passe avant le côté théâtre.

JCM-Bordeaux @ 1:21
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Opéra de Bordeaux : un Roméo, c’est bien, deux c’est mieux !

Posté le Mercredi 1 janvier 2014

Quand une idée (même utopique) vous trotte dans la tête pendant des jours et des jours, autant en parler à quelqu’un. Voilà chose faite. Je vous en parle. Je sors du Grand Théâtre de Bordeaux où je viens d’applaudir le très beau spectacle de ballet, Roméo et Juliette de Sergueï Prokofiev, dans une chorégraphie et mise en scène de Charles Jude. Ce ballet se déroule dans une scénographie, qui, depuis 2009, n’a pas vieilli d’un poil. Elle y inclut des décors mobiles stylisés, des changements à vue, des projections, des numéros de cirque…

Tout en regardant évoluer les magnifiques danseurs, je me mets à rêver. Et si la Direction de l’Opéra avait la géniale idée de réutiliser cet univers scénographique pour présenter l´opéra de Gounod. Cet ouvrage, que j’affectionne tout particulièrement, y trouverait pleinement sa place. En effet, ce décor de pans de bois qui s’animent au fil des tableaux et ces immenses tulles ne sont que sobriété et élégance. Le tableau de la place publique est de toute beauté. Les lumières précises et suggestives y sont aussi pour beaucoup. Tous ces ingrédients ne sont-ils pas l’idéal pour cet opéra ? A t-on besoin de chercher absolument des scénographies outrancières ou laides coûteuses sous prétexte de créations, ou de justifier des subventions publiques ? –  à en juger par deux des dernières productions que j’ai vues, celle de Bordeaux en 2000 et surtout l’hideuse toute récente de Tours -. Par contre, seule celle de Nicolas Joël, que j’ai eu la chance de voir plusieurs fois au Capitole de Toulouse et à l’Opéra comique de Paris était à la fois puissante, délicate, belle et intelligente.

Avec ce décor bordelais de ballet nous entrons directement dans l’histoire du drame et l’accent est immédiatement mis sur les protagonistes. N’est-ce pas idéal aussi pour une production lyrique, classique certes, mais efficace et centrée immédiatement sur l’action, la musique et les voix ? A t-on besoin de plus ? Cet opéra comporte de nombreuses scènes de combats, qui doivent être réglées comme pour un ballet. Aussi, ne pourrait-on pas imaginer le concept suivant : avec un metteur en scène de théâtre, des jeunes chanteurs français et des scènes chorégraphiées à l’image de celles du Roméo de Jude, nous pourrions obtenir un très beau spectacle lyrique à moindre coût. En alternance avec le ballet de Prokofiev, nous aurions une vraie stratégie culturelle originale allant dans le sens de l’économie financière du moment.

Aussi, si par chance cette réflexion arrivait sur le bureau des dirigeants artistiques de l’Opéra de Bordeaux, nous pourrions assister dans les prochaines années, un soir le ballet de Prokofiev, le lendemain l’opéra de Gounod, dans le même décor. C’est l’époque des souhaits, rêvons !

 

JCM-Bordeaux @ 14:09
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