La soirée d’ouverture de Novart 2013, le cru du probable !

Posté le Dimanche 17 novembre 2013

Ce soir, place de la Comédie à Bordeaux, soirée d’ouverture du festival Novart avec danse et musique dite « soirée des improbables ». Encore une soirée comme on en voit partout, pouvait-on penser, mixant ces deux formes artistiques ! Et bien non, ce fut ce soir un bel événement de culture populaire au sens le plus noble du terme. Les gens étaient heureux. « j’adore ce genre de soirée  » dit une dame de la cinquantaine, « enfin une soirée de haut niveau, et accessible à tous« , dit une jeune homme,  « ce soir, c’est super ! ça change ces soirées élitistes bordelaises où les gens applaudissent du bout des doigts » dit un petit groupe de jeunes,…

Mais pourquoi cette soirée a plu ? Il faut dire que tous les ingrédients étaient réunis. Tout d’abord le niveau artistique des musiciens et des danseurs – Centre d’animation Argonne , Kader Attou, Per’culture, Animaniaxxx, Bumcello, Velotronik, Tribal Bitûme, Tukafac, N.Y Posse… – Quand on entend et voit sur scène jouer et danser ensemble des artistes amateurs et professionnels, on ne peut qu’applaudir des deux mains. Enfin, les deux  classes culturelles réunies dans la même rame (comme à la Sncf), distingo fortement entretenu et maintenu par la grande famille de la Culture. L’une dite « reconnue » et l’autre….souvent méprisée d’ailleurs par les mêmes.

La deuxième réussite de cette soirée est la provenance géographique des formations. Quel bonheur d’applaudir en même temps sur une même scène des groupes de Mérignac, de Bordeaux, de La Rochelle, de Bruxelles, de Cenon …La troisième raison de la réussite de cette soirée, c’est l’écrin environnemental du concert, place de la Comédie. Combien rêve de se produire dans un tel cadre.

Ce soir, avec ces trois ingrédients réunis (et d’autres certainement), ne sommes-nous pas, enfin, face à une vraie manifestation culturelle à la portée et pour la joie de tous, tout en offrant un niveau artistique de haut niveau ?

Pourquoi demain ne pas imaginer un spectacle théâtral place de la Comédie avec un très grand classique théâtral (un Shakespeare, un Molière, un Rostand etc…) comme cela se faisait il y a quelques années dans certains lieux bordelais de plein air, avec des compagnies théâtrales locales et nationales.

En attendant, le cru de Novart 2013 s’annonce très bien et cette soirée des improbables est un signe fort du probable.

Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 1:06
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A l’Opéra de Bordeaux : en trois mouvements, les danseurs s’éclatent !

Posté le Lundi 28 octobre 2013

La Symphonie en trois mouvements de Strawinsky habitait par toute la compagnie du corps de ballet de l’Opéra de Bordeaux. Un enchantement des yeux sur d’étonnantes performances ! Cette Symphonie est une œuvre que j’affectionne tout particulièrement et ceci depuis de très nombreuses années. Pourquoi certaines œuvres entendues par hasard restent ainsi gravées au plus profond du disque dur de notre cerveau ? Sa force est exceptionnelle. Aussi, avec la présence de corps en mouvement, cette force devient encore plus éloquente. La chorégraphie de Richard Wherlock est enchanteresse. Pas un seul instant de lassitude et de répit. Les danseurs sont omniprésents, ils entrent, ils sortent par les trois côtés de la scène (rare dans les chorégraphies). Les lumières sont remarquables. Sans compter les costumes de grande beauté esthétique. Vestons clairs et pantalons bouffants sombres. C’est la classe.

J’ai toujours pensé que les danseurs de l’Opéra de Bordeaux avaient la fibre contemporaine. Dans les séries Tendances présentées régulièrement sur cette même scène nous en sommes chaque fois convaincus. Aujourd’hui entre les mains de Richard Wherlock, la compagnie exulte. Magnifique travail !

Par contre, quitte à déplaire à beaucoup d’entre vous, je me suis profondément ennuyé avec les deux premiers ballets présentés dans ce programme autour de Strawinsky. Je ne sais pas pourquoi. Cette chorégraphie néoclassique de George Balanchine semble à mes yeux dater. J’ai l’impression de voir et revoir, depuis des années, mille fois les mêmes choses. Heureusement que des Pina Baush (tout récemment au Grand Théâtre) et des Richard Wherlock passent par là !

En ce dimanche après-midi, alors que les rues de Bordeaux et la place de la Comédie étaient gavées de monde, dans la salle du Grand Théâtre le public brillait par son absence. De très nombreux fauteuils attendaient. Je suis sûr que si le Kiosque culture de Tourny avait été ouvert, le plein aurait été fait et de nombreuses personnes auraient pu partager ces moments inoubliables de danse.

Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 9:50
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Michel Suffran, le Don Quichotte bordelais !

Posté le Jeudi 17 octobre 2013

Comment parler d’un homme qui lui-même est l’exemple et le modèle même du beau mot bien placé, bien posé et qui frappe immédiatement l’imaginaire ! Tant pis je me lance ! J’espère qu’il ne m’en voudra pas. Connaître et apprécier Michel Suffran, c’est se laisser emporter dans un torrent de mots et de belles images. Qu’il nous parle de Mauriac, de Montherland, de Ionesco, de Cervantes, d’Anouilh… le temps s’arrête et l’apesanteur se fait sentir. On a l’impression d’avoir face à nous ces personnages illustres.

En ce dimanche pluvieux, je me suis laissé entraîner, comme de très nombreuses personnes, sur le chemin du Domaine de François Mauriac, à Malagar sur les coteaux de Saint-Maixant en Gironde. Michel Suffran nous y attendait avec sa nouvelle pièce « Je m’appelle Jean Gilles« , librement inspirée du roman d’un autre écrivain bordelais André Lafon, décédé en 1918. Le texte de cette nouvelle pièce théâtrale est limpide, ciselé, émouvant et d’une grande richesse poétique. Pour la mise en lumière de ce délicat texte, j’aurais préféré entendre et voir des comédiens oeuvrant avec un peu plus intériorité, d’émotion, de sensibilité  physique et verbale. Des effets démonstratifs et artificiels étaient un peu trop omniprésents.

Lorsque Michel Suffran évoque ce jour là, les liens unissant nos grands écrivains tels que Mauriac, Lafon et Balde (alias Jeanne Alleman), je ne peux pas m’empêcher de penser à autre auteur bordelais, Jean de la Ville de Mirmont, mort en 1914, à l’age de 28 ans. A l’occasion de l’anniversaire des cent ans de sa mort (fin 2014), Michel Suffran souhaite obtenir de la Ville de Bordeaux l’installation d’une sculpture ou d’une stèle en hommage à cet écrivain, de préférence sur les quais, en résonance à ses poèmes, « l’Horizon chimérique ». Cette connaissance des  auteurs régionaux d’une génération perdue qu’il possède avec autant de précision, n’empêche pas Michel Suffran d’être un citoyen actif et efficace de sa Ville en se battant pour des causes patrimoniales et culturelles.

Ne serait-il pas le Don Quichotte de Bordeaux ? (personnage qu’il affectionne plus particulièrement jusqu’à le revisiter en écrivant sa célèbre pièce « Don Quichotte ou le Chevalier au miroir »). En complicité avec d’autres comparses bordelais, on connaît ses nombreux et laborieux combats (sauvegarde de la maison du marin, le petit mousse, l’hôtel Saint Joseph…plaques à la mémoire de Rosa Bonheur, Marceline Desbordes-Valmore…) sans compter un de ses plus vifs échecs (portail roman de la cathédrale, enseveli …) et son actuel combat pour la reconnaissance à Bordeaux du poète Jean de la Ville de Mirmont.

Michel Suffran tel que nous le connaissons aujourd’hui est plus qu´un grand écrivain connu et reconnu de tous, il est aussi la mémoire vivante de toutes celles et tous ceux qui ont marqué la Ville et sa région.

Aussi, pourquoi n’aurions-nous à Bordeaux, un espace repérable par tous les bordelais et les touristes (vitrine, boutique, etc..), dédié à la présentation et à la vente des très nombreux ouvrages et écrits de Michel Suffran sans être obligés de deviner leur existence derrière de petites maisons d’édition ou d’espaces discrets de diffusion. N’est-il pas à ce jour l’écrivain bordelais le plus pugnace et le plus compétent portant sur sa Ville d’aujourd’hui, un regard à la fois historique, contemporain, et…littéraire ?

blog JCM @ 22:28
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Au Capitole de Toulouse : chez Pelly les Manon se suivent et ne se ressemblent pas

Posté le Lundi 30 septembre 2013

Depuis ses débuts sur scène, je fais partie des admirateurs de Natalie Dessay en la suivant un peu partout en France, Blandine à Tours, Nanetta et Amina à Bordeaux, Ophélie à Toulouse, Lucia à Lyon, Olympia et Zerbinette à Paris, sans oublier ses mémorables concerts, avec Rolando Villazon à Toulouse, avec Jonas Kaufmann à Montpellier et avec Sophie Koch à Paris.

Partout, je suis resté scotché par autant de talent et de personnalité, sauf pour sa Manon de Genève qui m’avait déjà dérangé à l’époque. Je n’ai pas du tout la même conception du rôle (scéniquement et vocalement). Il est vrai que je ne peux pas ôter de mes souvenirs, Andrée Esposito, Raina Kabaivanska, Leontina Vaduva et surtout Renée Fleming à Paris dans la magnifique production de Gilbert Deflo.

Avec sa Manon donnée ces jours-ci à Toulouse, dans la mise en scène de Laurent Pelly , je suis resté une nouvelle fois assez critique sur la prestation de Natalie Dessay. Qu’elle ait chantée Manon un peu partout avec beaucoup de succès certes, mais en tant qu’admirateur de cette chanteuse et amoureux de cet opéra, je ne m’y retrouve pas.

A Toulouse, elle a davantage fait du théâtre musical que de chanter un opéra. Elle est restée Dessay et non Manon. Pour cimenter cela, Laurent Pelly a voulu en faire (à tort) une petite fille pseudo-écervellée, excitée avec un côté nunuche et capricieux. Mais le tout est si exagéré qu’il en devient vite agaçant. Il faut dire, de plus, que les costumes de la production ne lui siéent pas du tout. On ne croit pas à son personnage. Cette vision nous entraîne de ce fait à suivre le déroulé de l’ouvrage d’une manière complètement différente. C’est peut-être très intéressant mais frustrant.

Aussi, j’ai voulu comparer l’approche de ce rôle, faite par Natalie Dessay, avec celle d’une autre chanteuse qui a interprété cette Manon dans la même production de Pelly.  Je veux parler d’Anna Netrebko (hélas en vidéo). Son entrée est sublime ? Elle joue une jeune fille délurée, innocente, habitée par la joie de vivre et avide de découverte. Son air d’entrée est superbe d’expression. On a envie de lui crier : ne pars pas à Paris, il va t’arriver malheur ! Son évolution sociale dans l’ouvrage est fabuleuse et nous émeut. Quelle classe son Cours la Reine, à genoux. Avec Natalie Dessay on n’y croit pas, on a envie de la laisser partir très volontiers vers son destin et attendre. Dommage !

A très vite Nat sur nos scènes lyriques (mais pas dans Manon) ! Tu nous manques déjà !

Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 22:49
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A l’Auditorium de Bordeaux, Paul Daniel applique le mariage pour tous !

Posté le Vendredi 27 septembre 2013

Je n’aurais jamais imaginé qu’il eût fallu, pour comprendre le premier programme du concert de Paul Daniel, nouveau Directeur musical de l‘Orchestre national de Bordeaux Aquitaine, avoir passé une thèse en culture musicale éditée en dix volumes, ou avoir écouté en boucle tous les enregistrements des œuvres de Purcell et de Malher téléchargés d’une manière illégale sur Internet…

Très bêtement, je lis le programme du premier concert de ce nouveau Chef : «Music for the Funeral of Queen Mary» de Henry Purcell et «Symphonie n°2 en ut mineur« de Gustav Malher.

Or, comme je n’avais pas fait attention au «slogan» de Paul Daniel «Etonner et innover par plus de variété, plus de contrastes, plus de risques… », je me rends à l’Auditorium serein, heureux de passer une superbe soirée sans prise de tête. Ce « slogan » aurait dû m’interpeller  car j’y adhère absolument. A condition qu’une communication suive. On ne peut pas accepter de brouiller les pistes d’un public qui n’est pas forcément averti. N’entendons-nous pas toujours dans les couloirs de l’Opéra de Bordeaux, qu’il faut sensibiliser les jeunes et attirer un nouveau public à la musique classique ? Le bousculer oui, mais en lui offrant les bases et non annoncer par micro au début du concert : »n’applaudissez pas avant la pause de la première partie… » Quelle première partie ? Après l’œuvre de Purcell ? ou au milieu de l’œuvre de Malher ? Celui-ci en effet, avait souhaité qu’il y ait une pause de quelques minutes entre deux mouvements. Autant on peut comprendre aisément la volonté de Malher en laissant le public quelques instants dans le silence, on ne comprend pas qu’il ne faille pas applaudir dans l’Auditorium avant l’entr’acte alors que tout le monde se lève, fait du bruit, va boire et fumer. L’annonce faite au micro est ridicule et apporte un peu plus de confusion à l’assemblage de ces deux œuvres. Qu’est ce que j’aurais aimé que quelqu’un vienne en avant scène et explique ce que nous allions entendre et donner d’éventuelles consignes, même stupides, comme celles de ne pas applaudir ! Heureusement que quelques personnes, qui devaient être en train de passer leurs derniers messages sur leur smartphone ou préparer en direct le repas de leur famille restée à la maison (ce fût le cas devant moi), ont applaudi. Je ne parle pas de tous ceux qui sont restés les mains jointes, hésitants comme entrant en méditation.

Marier deux oeuvres qui n’ont rien à voir entre elles, à part, comme m’a dit un de mes voisins de sièges «ce sont les funérailles qui les lient ! ») Certes, mais comme dit Cyrano «C’est un peu court jeune homme !..

Heureusement que les 500 personnes qui ont occupé le sol de la place de la Victoire le soir de la retransmission en plein air sont plus cultivées que moi et ont compris du premier coup que la première partie du concert était composée de l’œuvre d’un musicien suivie immédiatement de la moitié de l’œuvre d’un autre musicien. Deux auteurs qui n’ont rien en commun entre eux, sinon 200 ans d’écart. A moins que ce ne soit ce chiffre de 200, le fil conducteur de la soirée, car nous avions sur scène une centaine de musiciens et une centaine de choristes.

Grandiose ! Tout était absolument magnifique, bouillonnant, puissant et délicat à la fois. Que ce soit l’Orchestre et son nouveau Chef, les artistes du Chœur de l’Opéra et ceux de l’Orfeon Pamplonés, Henriette Bonde-Hansen et bien sûr Nathalie Stutzmann…du velours, l’émotion était au rendez-vous : Henry et Gustav se mariaient !

Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 22:53
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Lucio Silla à l’Opéra de Bordeaux : au bonheur des dames !

Posté le Lundi 23 septembre 2013

A la tête de la production d’un des tous premiers opéras de Mozart, Lucio Silla, les femmes sont à l’honneur au Grand Théâtre de Bordeaux.

A la mise en scène, Emmanuelle Bastet. A Bordeaux, on se souvient surtout, de son bouillonnant Cosi fan tutte dans les années 2002-2003. Son Lucio Silla créé en 2010 à Angers-Nantes est d’une précision remarquable. Dans un décor très sobre, elle nous entraîne dans un enfermement dans lequel on ne sait pas jusqu’à la scène finale qui va l’emporter, l’amour ou le pouvoir ?

Dans la fosse, à la tête de l’Orchestre national de Bordeaux-Aquitaine, Jane Glover tout en délicatesse et autorité nous enchante.

Sur scène, de jeunes chanteuses Elizabeth Zharoff dans le rôle de Giunia, Paola Gardina dans celui de Cecilio, Daphné Touchais dans celui de Celia et Eleonore Marguerre dans celui de Cinna nous transportent. Elles nous offrent, dans des registres les plus expressifs, une vingtaine d’arias et de duos les uns plus  beaux que les autres. Un véritable catalogue musical. Aussi, notre héros principal mâle semble un peu perdu dans ce monde de jupons. Pour un dictateur, c’est surprenant !

Celui qui a été aussi très timide, c’est le public. Il n’y avait pas foule au balcon. J’aurais presque envie de crier à ceux qui ne sont pas venus : « Mozart n’a pas seulement écrit la Flûte enchantée et son air outrancièrement médiatisé, soyez curieux ! ». Lucio Silla est là !

Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 23:34
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Alceste à l’Opéra de Paris : quel génie ce Py !

Posté le Samedi 14 septembre 2013

Avec le peu de moyens qu’il eut pour monter cet opéra, une production de génie est sortie de son chapeau. Où est la pauvreté annoncée ? Cet Alceste de Gluck est au contraire une production excessivement riche, fine et intelligente. Dans cet écrin noir et blanc se sont confortablement installés nos chanteurs protagonistes. Et quels chanteurs ! Sophie Koch, dans le rôle-titre, est majestueuse aussi bien vocalement que scéniquement. Avec ses sept ou huit grands passages en soliste, elle nous offre un véritable récital. On aurait volontiers bien voulu l’accompagner bien au-delà de sa mort. Sa palette de sonorités et de couleurs de voix est au rendez-vous dans le moindre détail et dans chaque syllabe de ses phrasés. Son jeu, fait de délicatesse et d’engagement, est sublime. Ses partenaires sont tous à la hauteur de cette production. Du plus petit rôle au plus grand, nous avons eu de véritables leçons de chant avec en prime la diction. Denrée assez rare de nos jours sur nos scènes lyriques et surtout théâtrales.

La production de ce Alceste de Py fait déjà office de référence. J’espère que nous continuerons à la voir à l’affiche au cours des prochaines saisons.

Dans la fosse – tout au moins au premier acte, puisque le talentueux metteur en scène à fait monter l’orchestre sur la scène pour le second acte – nous retrouvons Marc Minkowski avec son Chœur et Orchestre des Musiciens du Louvre Grenoble. On ne présente plus cet ensemble, ça bouillonne, ça caresse, ça mord.

Nous devons aussi une grande partie de la réussite de cette soirée aux artistes-dessinateurs qui, une demi-heure avant le début de l’ouvrage jusqu’à la dernière scène, s’activent depuis des échafaudages à dessiner à la craie et à effacer à grands coups d’éponge, sur l’immense tableau noir central servant de décor principal, de magnifiques croquis. Même si tout ceci accapare un peu trop notre attention, cette originalité de mise en scène est remarquable et efficace.

Avant d’entrer dans le prochain univers d’Olivier Py que sera la Dialogue des Carmélites aux Champs-Élysées, attendu avec impatience, j’ai le souvenir indélébile de deux de ses chefs d’œuvre de mise en scène : son Tristan et Isolde à Angers et tout récemment son Trouvère à Munich. Chaque fois avec lui s’opère la magie qui émeut, remue, percute et dérange à la fois.

Cet homme de grande sensibilité et de réelle générosité devrait nous offrir dans les prochaines années encore de grands moments lyriques sans oublier des surprises dans sa nouvelle fonction à la tête du Festival d’Avignon. Ce Py, quel génie !

Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 20:50
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Mon pèlerinage à Bayreuth

Posté le Dimanche 25 août 2013

Comme l’a écrit Albert Lavignac en 1897, « on va à Bayreuth comme on veut, à pied, à cheval, en voiture, à bicyclette, en chemin de fer, et le vrai pèlerin devrait y aller à genoux. Mais la voie la plus pratique, au moins pour les Français, c’est le chemin de fer ».

Aussi tôt dit, aussi tôt fait, j’y vais donc cette année (ma 5ème fois en 32 ans), par chemin de fer (tout au moins en partie). Cette année pour m’y rendre, j’ai préféré utiliser pour la première fois les transports en communs (tram, train, avion, bus et …mes jambes). J’ai quand même mis 13 heures de Bordeaux à Bayreuth. Quand je vous dis que l’idée d’y aller à pied est presque réaliste ! Faire Bordeaux aéroport Charles-de-Gaulle en train, fastoche, même si je peux, en ces périodes de vacances scolaires, vous conter toutes les variantes des règles du jeu des 7 familles. Avec Air France, comme quelques conditions d’embarquement ont changé en quelques semaines, des suppléants et pénalisations interviennent au niveau des bagages. Mon pèlerinage pour Bayreuth commence bien. Arrivé sain(t) et sauf (voir mon billet sur le sujet) à l’aéroport de Munich, il faut rejoindre la gare (3/4 d’heure de trajet en train de région) puis changer de train. Manque de chance la ligne pour Bayreuth, via Nuremberg, est coupée par endroits d’où transport en bus sur un tronçon et changement de train à nouveau. Arrivé à Bayreuth (heureusement que j’ai vu la pancarte), car parti comme j’étais parti j’aurais pu continuer à faire le tour de l’Allemagne de train en train en changeant toutes les 1/2 heures. On s’y fait. J’avais pris le rythme. Vivement un lit et dormir.

Hélas c’était trop demander. Il faut passer l’épreuve de l’arrivée à l’hôtel (?). En vérité c’est un restaurant qui loue des pièces très chères (sans salle de bains, pas de lavabo, pas de chaise, pas de lampe et de table de chevet, pas de rideau aux fenêtres, une chaleur à crever et petits déjeuners en sup). Quoi faire, répartir ?  Ah non ! Avoir attendu 8 ans pour avoir une place au Festspielhaus. Ce ne sont pas des conditions matérielles qui allaient m’abattre. Demain on verra mieux. Je vais dormir ou tout au moins essayer car un remue ménage impressionnant de claquements de portes commença (salle de bains et toilettes communes obligent). Infernal ! Le lendemain matin en m’adressant directement aux femmes de chambres mon confort s’est amélioré. J‘avais une chaise, une lampe et une rallonge traversant la pièce. Je pouvais enfin préparer mon ascension à la Colline verte.

En effet, les 3kms à faire à pied, me séparant du temple de Wagner, furent la dernière épreuve de ce pèlerinage

Ma seconde nuit fut plus paisible car Wagner était passé par là avec son prologue, Das Reingold. Entre le ballet du bruit des portes et les cris de désespoir des filles du Rhin encore présents dans mes oreilles pleurant leur trésor, le sommeil a fini par me gagner. La suite de mon séjour fut à tout point de vue, un enchantement. Le Ring du bicentenaire de la naissance de Wagner.

J’en ai vu des mises en scène du Ring complet où par œuvres séparées. Que ce soit celle de Peter Hall à Bayreuth, de Patrice Caurier et Moshe Leiser à Bilbao, de Götz Friedrich à Berlin, de La Fura dels Baus à Valence, de Bob Wilson à Paris, de Robert Carsen à Cologne, de Nicolas Joël à Toulouse, de Günter Krämer à Paris, de Guy Cassers à Berlin, de Vera Nemirova à Frankfort, d’Andréas Kriegenburg à Munich, sans compter Nantes, Vienne, Marseille, Nice…celle de Frank Castorf pour le bicentenaire à Bayreuth a battu tous les records d’impact sur le public. Celui-ci s’est déchaîné, jamais je n’ai entendu dans un théâtre autant de réactions, de huées et de bravos… Il est vrai que nos yeux ont eu du mal à voir et accepter certaines scènes. Quant à la compréhension des parallèles et des transpositions de l’histoire imposées par le metteur en scène, elle a failli me provoquer une hémorragie cérébrale.

De plus dans sa mise en scène, Castorf joue sur tous les tableaux. Je ne suis pas sûr qu’il y soit arrivé entièrement. Autant les décors et la scénographie globale est grandiose et prodigieuse, la direction d’acteurs (au sens propre du terme) n’est pas toujours réussit. Pour un homme de théâtre c’est gênant. Il est très loin des précisions de jeu d’acteurs de nos metteurs en scène français (Py, Pelly, Carsen et le magicien Chéreau). Chez certains chanteurs un peu empotés ça se voit.

On ne reconnaît plus du tout la mythologie germanique initiale. Tout ce qui est lié avec les éléments de la nature devient produits de consommation et de profits.Je ne vais pas détailler toutes les scènes qui demanderaient des pages et des pages d’explications. L’idée de départ est remarquable. Avoir changé l’or jaune sonnant et trébuchant en or noir présent dans tout notre environnement et notre quotidien de consommation est très pertinent. Et ceci que l’on soit dans un monde capitaliste ou communiste.

Sur scène nous voyageons, grâce à un immense plateau tournant, d’un môtel-station service douteux au bord d’une autoroute, servant également de maison de plaisirs pour l’Or du Rhin, à un premier puit pétrolier du 19°en Russie pour la Walkyrie, en passant par une falaise de façonnage d’immenses têtes de Mao, Staline, Marx et Lenine pour Siegfried, par Berlin avec sa célèbre Alexanderplatz et ses quartiers pauvres et mafieux du côté est du mur et pour finir avec la façade du Wall Sreet de New-York…pour le Crépuscule des Dieux. Tous ces gigantesques tableaux sont remarquables de force et de beauté. Dans cette mise en scène beaucoup de sexe (Wotan avec Freia et avec Erda, Siegfried avec l’Oiseau…) et de violence (des litres de sang sur les visages, les mains, les murs…), le tout bien sûr fortement lié à l’argent.

L’énervement du public vient surtout de l’exagération dans le foisonnement de matériels, objets, situations, projections de films, jeu de scènes en parallèles de chanteurs, etc…C’est étouffant, on ne suit plus l’histoire. On regarde les scènes se dérouler et on essaie d’écouter car tout ce remue ménage arrive à parasiter l’écoute du chant. C’est vraiment handicapant. Même si la présence d’un cameraman aux vues de tout le monde, caméra sur l’épaule, se déplaçant pour nous montrer sur grand écran ce qui se passe dans la chambre, dans le bar, dans la roulotte etc…est d’un effet très original et percutant, ça parasite également. Ainsi pour exemple, lorsque Sieglinde et Siegmund se reconnaissent et chantent leur magnifique duo, on voit sur écran le sommeil forcé de Hunding. Lorsqu’une scène se passe devant la caravane, on voit en parallèle se qui se passe à l’intérieur, etc….

A la fin de Siegfried on peut comprendre la colère unanime du public à la fin de l’ouvrage. A la fin du duo du réveil de Brünnehilde dans les bras de Siegfried, on a l’esprit et le regard détournés par la scène la plus grotesque de ce Ring. Arrivent deux immenses alligators qui commencent par s’accoupler puis pendant que Siegfried donne des cacahuètes au mâle, la femelle avale la jeune fille jouant l’Oiseau. Lorsque Siegfried s’en rend compte il tire l’Oiseau de la gueule et la libère. Cela n’apporte absolument rien, c’est de la provocation gratuite. Ce même Oiseau qui dans certaines autres mises en scène n’apparaît pas, ici le rôle devient important allant jusqu’à un rapport sexuel avec Siegfried sous l’horloge de l’Alexanderplatz de Berlin. Le public a ri.

Côté chanteurs – comme très souvent à Bayreuth – ce n’est pas toujours le top des top, mais les voix sont homogènes. Pas de grandes révélations. Par contre, un enchantement avec la direction d’orchestre de Kirill Petrenko. Absolument envoûtant. Cette fosse d’orchestre et l’acoustique de cette salle, quelle magie ! Bayreuth c’est aussi ça…et ça se mérite !

Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 20:53
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Un vol sous sainte surveillance !

Posté le Jeudi 22 août 2013

Prendre l’avion engendre toujours un peu d’appréhension. Même pour tous ceux qui embarquent, s’installent et prennent leurs aises comme chez eux dans leur canapé. Le moment du décollage est toujours un peu stressant. Chacun sa méthode de vaincre sa peur. Il  a ceux qui s’enfoncent bien droit dans leur siège et qui attendent. Il y a ceux qui ferment les yeux. Il y a ceux qui s’intéressent subitement à l’avenir économique de la planète en se précipitant sur les journaux spécialisés en la matière, distribués gracieusement. Et bien sûr dans tout ce panel de techniques, il y a la prière. Ma voisine de siège, dès que le commandant de bord annonce le décollage, fait deux signes de croix (peut être qu’un seul n’est pas suffisant !). Ouf, le décollage est réussi !

Alors que vol se déroule normalement, le commandant nous apporte quelques informations (géographique, températures etc…et altitude). Mot malheureux. Lorsqu’il nous signale que nous sommes au plus haut (10 000 m), ma voisine se précipite sur son sac, fouille le contenu avec ardeur en envahissant légèrement mon espace vital. Tout ce remue ménage afin de sortir un chapelet. Elle se signe à nouveau à plusieurs fois et se met à réciter ses prières d’une manière audible pour son voisin. Là, il était évident que nos jours étaient comptés. Croyant ou pas croyant, ce genre de comportement te fout les chocottes. Heureusement qu’une diversion de l’hôtesse avec ses boissons coupe net ma brave voisine dans ses prières. Je m’attendais au pire pour l’atterrissage. Elle n’allait tout de même pas nous faire chanter tous en chœur le Alléluia ! Non, calme plat. À l’arrêt de l’appareil elle range son chapelet qu´elle avait toujours gardé en main et nous descendons…sain(t)s et saufs.

blog JCM @ 8:19
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Quand la SNCF joue la frileuse !

Posté le Mercredi 7 août 2013

Quelle hypocrisie ! Je viens de prendre le train entre Marseille et Bordeaux avec pas plus d’appréhension qu’entre Toctoucau ville et Toctoucau plage (à vérifier !), et pourtant !

Entre Nîmes, Montpellier, Béziers, Narbonne, les choses se compliquent. Alors que l’ambiance est paisible, deux jeunes filles viennent s’adresser à moi pour signer une feuille (nom, adresse etc…) afin de réunir des fonds pour une structure d’handicapés. Elles-mêmes ont un handicap, elles sont muettes. En vérité, elles ne sont muettes que lorsqu’elles s’adressent aux voyageurs car entre elles, elles tchatchent normalement.

Cette feuille d’émargement et de promesse de versement d’argent, contient déjà plusieurs signatures. Je leur demande leur carte d’autorisation de démarcher dans le train, même si leur feuille porte la signature de faux (logo et siège social illisibles, tâches de gras, feuille légèrement froissée et écornée), leur réponse (plutôt leur non réponse, n’oublions pas qu’elles sont muettes) est limpide. Je les ai envoyées promener. Elles ont eu davantage de «chance» avec mes voisins de voyage. Et ça signe et ça signe !… Je suis scotché par autant de naïveté et d’insouciance.

Lorsqu’elles ces deux damoiselles ont quitté le wagon, un de mes voisins senior et signataire, s’adresse à moi et me dit : « je ne sais pas si j’ai bien fait de signer, elles sont bizarres ! ». Je le regarde droit dans les yeux et lui dit « vous savez, lorsque les gens seront toujours aussi cons de signer sans regarder et sans se poser les bonnes questions, il ne faut pas qu’après, ils se plaignent ! » Pas élégant comme réponse c’est vrai mais terriblement efficace. Comme un électrochoc, il bondit de son siège affolé, et court à la poursuite de nos deux fausses muettes. Il revient bredouille, abattu, vidé…il s’est fait avoir. Elles étaient descendues. Il avait donné son nom, son adresse et sa promesse de don.

Passent les contrôleurs que j’interpelle pour en savoir un peu plus. Leur réponse m’a cloué : « ce n’est pas la première fois, c’est classique, il s’agit de personnes qui montent dans les gares Languedoc Roussillon, font signer des faux documents tout en essayant de récolter de l’argent » et ils rajoutent : « des fois elles volent les sacs et objets posés sur les tablettes pendant que les passagers dorment ». Paraît-il que cela dure depuis des années et tous les jours.

Pas d’amende en tant que voyageur sans billet, pas d’expulsion, on laisse faire. A ma question : « pourquoi vous n’avertissez pas les voyageurs, comme dans certains lieux publics, par une phrase, style : des risques de pickpocket peuvent intervenir, prenez soins de vos bagages et objets personnels etc.. », leur réponse fut « on n’a pas le droit de faire des annonces sur ce fléau, la SNCF ne veut pas ! ».

Alors je pose la question : pourquoi ? Du coup, ce sont eux qui sont restés muets !

blog JCM @ 13:04
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