À l’Opéra de Bordeaux : La lettre des sables engloutie par l’écume !

Posté le Samedi 26 avril 2014

A l’image de la côte atlantique après le dernière tempête, on ne peut que s’écrier :  quelle désolation ! Ce soir est présentée au Grand Théâtre de Bordeaux en création mondiale « La lettre des sables ». Que c’est ennuyeux ! Pourtant, l’affiche était prometteuse : Christian Lauba pour la musique et Daniel Mesguich pour le livret et la mise en scène. Résultat : tempête dans un verre d’eau !

J’espère que derrière les quelques applaudissements scandés (grande mode bordelaise à la fin de chaque spectacle) d’un public clairsemé, ces mêmes personnes pourront nous dire un jour ce qu’elles ont vu et entendu. Personnellement, je suis sorti de ces deux heures vingt de spectacle déconfit et en colère. Inconditionnel de la création contemporaine, je constate ses limites. Qu’est ce qu’une œuvre contemporaine lyrique à notre époque ? Entendre un style de musique rabâché depuis plus de quarante ans sur les scènes lyriques, devient lassant. De plus, saupoudrer cette musique de rythmes jazzies à la Gershwin, de flonflons des années guinguette ou des longs phrasés musicaux copyright à la Richard Strauss (très beaux certes, comme ce duo final évoquant le deuxième acte d’Ariane à Naxos) sans oublier quelques attaques gentiment empruntées aux oeuvres de Wagner, je dis non ! N’avons-nous pas de nos jours tous les ingrédients pour inventer de nouvelles formes d’opéra, avec des partitions musicales de notre temps, des instruments, des rythmes…de nos jours etc..La lettre des sables montre les limites. Faire un catalogue de style et de rythmes empruntés aux autres est critiquable. À moins que ce ne soit qu’une simple justification et une réponse à un cahier des charges, comme quoi il faut une création par an pour mériter le label opéra national. Et à quel coût !

Inspirés du roman de Herbert George Wells, La machine à explorer le temps, le livret et les dialogues de Daniel Mesguich sont désolants. On ne comprend rien, tout est fouillis, les textes sont creux, inintéressants ? Même à l’opéra tout le monde ne peut pas devenir écrivain. Le texte lu sur le surtitreur (avec en cadeau quelques fautes d’orthographe et décalages) et celui chanté et parlé sur scène, sont d’une pauvreté consternante.

Il faut dire que la scénographie et la mise en scène sont aussi les grandes fautives de ce déferlant naufrage. Quel déballage ! Des décors énormes, des accessoires par vagues, de la vidéo inutile et parasite, des jeux d’acteurs répétitifs, du m’as-tu-vu permanent sans oublier l’éternel théâtre dans le théâtre. On prévoit d’avance les situations sans même les comprendre, les clichés scéniques sont multiples. On ne retrouve pas du tout le travail habituel de Mesguich. Qu’est ce qui s’est passé ?

Paradoxalement, les chanteurs sont livrés un peu à eux-mêmes, leurs voix assez réservées et assez faibles sont couvertes par la musique et les dictions laissent à désirer. Même les textes parlés sont ennuyeux car ils mettent trop en exergue la pauvreté du texte.

Avant qu’une tempête entraîne cet ouvrage au fond de l’océan – pour être revisité dans des siècles lumières – le mal que l’on peut souhaiter à cette création c’est qu’elle soit donnée en version concertante sans les dialogues parlés et encore moins le surtitrage. Peut-être qu’aussi et ainsi une accalmie visuelle redonnera le calme marin à cet océan en colère.

Jean-Claude Meymerit 

 

 

 

blog JCM @ 11:44
Enregistré dans critiques lyriques
Au TNBA de Bordeaux, des mini objets pour la Grande guerre

Posté le Mercredi 19 mars 2014

Encore un spectacle sur la guerre de 14-18 (et ce n’est pas fini, la commémoration du centenaire, en cette année 2014, ne fait que commencer !). Aussi, c’est avec appréhension et beaucoup d’inconnues que je suis allé ce soir au TNBA voir cette production théâtrale intitulée « Grande guerre « . Tout ce que je regrette est que ce spectacle ne dure pas plus longtemps. C’est très frustrant, mais c’est grandiose ! Et pourtant tout est miniaturisé.

Une grande fresque dramatique racontée avec de tous petits moyens (je veux parler des objets utilisés). Quelle intelligence de la part de ce collectif néerlandais « Hotel Modern et Arthur Sauer» de renommée internationale. Ils ont tout compris. Si on demande aujourd’hui à quelqu’un dans la rue de nous raconter les grandes lignes de cette Première guerre mondiale, les réponses sont floues. Avec ces artistes, nous avons des réponses : l’origine de cette guerre, les pays « déclencheurs », les émotions, la violence, le bruit, l’horreur, le souvenir, le respect…

Ce spectacle théâtral est basé sur les principes de trucage de cinéma, trois jeunes filles, « truceuses » et diseuses, s’activent devant leurs paillasses en manipulant des quantités d’objets miniatures et effets avec un doigté et une précision implacables. Le tout avec la complicité d’un musicien et bruiteur et sous l’œil de plusieurs caméras digitales activées avec discrétion par nos six mains d’artistes. Tous ces trucages et effets sont retranscris en direct sur grand écran. Les yeux du public balayent à la fois les artistes sur scène manipulant leurs objets miniatures et le résultat projeté. C’est assez magique. Pas question de refaire une scène nous ne sommes pas au cinéma, nous sommes au théâtre.Tout doit être rapide, précis, minutieux et spontané. On sort de là, ému, révolté et enrichi par le sujet abordé mais ébloui par les effets artistiques. C’est un spectacle qu’on ne peut pas décrire, on doit le vivre.

Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 23:21
Enregistré dans autres critiques
A l’Opéra de Bordeaux, du Carolyn Carlson à plein poumon !

Posté le Lundi 17 mars 2014

Remarquable ! J’ai même cru que le Grand Théâtre partait en lévitation !  Carolyn Carlson vient de créer ce soir en première mondiale sa chorégraphie « Pneuma » sur une musique du compositeur danois Gavin Brvars. C’est époustouflant à vous en couper le souffle. Un comble, pour un ballet qui évoque justement le souffle, la légèreté, le rêve, l’air, l’esprit aérien, l‘au-delà des nuages…! C’est un spectacle dans lequel il faut se laisser vivre au rythme de sa propre respiration. Ce ballet est inspiré du texte de Gaston Bachelard « L’Air et les Songes : essai sur l’imagination du mouvement ».

On doit aussi cette magnifique soirée au corps de ballet de l’Opéra de Bordeaux qui trouve là une nouvelle fois ses brillances contemporaines. Une vingtaine de danseurs, y compris certains solistes, tous au même rang, disparaissent et s’unissent dans la légèreté des gestes de la chorégraphie. C’est magique ! Les effets scéniques et les pas répétitifs sont d’une force inouïe. Le décor sobre des divers tableaux est d’une grande efficacité et les nombreux jeux de lumières nous font planer et rêver encore plus.

C’est un spectacle qui nous pénètre, au lever du rideau, dès les premières notes émises. Cette musique est envoûtante, elle n’impose rien, elle nous parle. En se laissant bercer, bousculer par le souffle, en regardant ces corps féminins et masculins se fondrent dans la légèreté, tout est dit, pas besoin de discours. La nature est bien là, dans nous et autour de nous.

Aussi, j’ai presque envie de dire que cette heure et demie passée en compagnie de Carolyn Carlson, de Gavin Brvars et des danseurs de l’Opéra de Bordeaux, vaut tous les plus beaux discours écologiques parlant de l’avenir de la planète. Avec ce poème-ballet, les réalités font surface. Que l’on soit humain, oiseau, papillon, végétal, air ou vent, montrés ce soir sur scène, l’espace et son infini nous attirera toujours par sa grande fragilité et son mystère.

Jean-Claude Meymerit

 

blog JCM @ 23:57
Enregistré dans autres critiques
Les Indépendants campent à l’Espace Saint-Rémi de Bordeaux

Posté le Lundi 10 mars 2014

Un collectif d’une trentaine d’artistes plasticiens bordelais (peintres, sculpteurs, installateurs…), « Les Indépendants », campent pendant une dizaine de jours dans ce magnifique lieu qu’est cette ancienne église Saint-Rémi.

Dès l’entrée, nous sommes happés par cette immense respiration que dégage la scénographie de cette exposition. Des voilages tendus dans la nef symbolisant un campement (d’où le nom, je suppose, de leur manifestation « Nomade »), permettent d’offrir au visiteur une dimension plus humaine du volume de l’église.

Comment toujours lorsqu’on entre dans un tel lieu aussi vaste, une hésitation de quelques minutes nous envahit, par où commencer ? Mes yeux grands ouverts  balayent l’ensemble de toutes ces sculptures, ces grandes toiles et ces installations…sans encore distinguer la particularité de chaque œuvre. Car ici on peut parler d’œuvres. Des toiles aux couleurs osées, aux motifs et sujets affirmés. Des styles complètement opposés, mais absolument pas présentés dans l’esprit catalogue souvent rencontré qui ressemble le plus souvent à un déballage du dimanche matin d’un marché de brocante qu’à une exposition artistique. Ici, les organisateurs ont su appréhender l’espace en mariant subtilement toutes les œuvres. Magnifique travail de scénographie !

Comme il serait fastidieux de décrire le travail de ces nombreux artistes exposants, ou insolant de ne parler que de certains et pas d’autres, j’évoquerai simplement les quelques émotions reçues, grâce aux traits géométriques sur fond totalement noir, aux couleurs violet et vert flirtant sur des bleus crus, aux lettres et aux chiffres séquestrés dans des cubes, aux familles de portraits se prélassant au sol…

En sortant de cette étonnante exposition, une question traversa mon cerveau encore tout imbibé de ces belles sensations : pourquoi ce genre d’exposition ne retient pas l’attention du Bus d’Art contemporain de la Ville de Bordeaux ? Un peu de curiosité et de communication serait suffisant à valoriser ce genre de manifestation innovante comme celle de nos Nomades… Indépendants…au lieu des sempiternelles mêmes galeries privées d’expositions classiques de tableaux et de photos, visitées par ce même Bus. Nous n’avons peut-être pas la même définition du mot Art contemporain !

Jean-Claude Meymerit

 

blog JCM @ 10:15
Enregistré dans autres critiques
Les Indes galantes à l’Opéra de Bordeaux : Scozzi devant Rameau !

Posté le Samedi 22 février 2014

Autant l’avouer tout de suite, je n’ai pas du tout d’attirance pour cet opéra de Jean-Philippe Rameau, les Indes galantes. L’ayant vu en 1978 sur cette même scène je m’étais juré de l’exclure de mon répertoire de spectateur, même si la distribution vocale de l’époque était de grande classe, avec des voix célèbres (Massard, Garcisanz, Issartel…).

Pourtant, comment ne pas résister à l’appel d’un ouvrage signé Laura Scozzi pour la mise en scène ? Christophe Rousset a bien réuni tous ses Talents Lyriques, mais dans cette production, la star c’est elle. On arrive par moment, à oublier les longueurs et les passages musicaux fastidieux. Après son Orphée aux enfers de l’an dernier, le public attendait avec impatience ses Indes Galantes. « Ca va décoiffer !« , disait-on dans les chaumières. Les représentations de Toulouse en 2012, avaient déjà pas mal interpellé le public.

Et bien non, ça ne décoiffe pas, car Laura Scozzi nous parle de la vie, de la vraie vie, étonnante de vérité, le tout dans un paquet cadeau d’humour. Elle met en scène des tableaux fortement imbibés de problèmes actuels de société, religieux, politique, écologique… Lorsque la scène se situe dans un paysage désert au Moyen Orient évoquant la condition féminine ou dans les montagnes du Pérou dans une usine de fortune de fabrication de drogues dures, ou en Amazonie dans un plan de déforestation, ou bien encore sur une plage branchée juste à la sortie des égouts de la ville, Laura Scozzi nous questionne fortement. C’est évident que tous ces clichés, nous les connaissons par cœur, mais une petite piqûre de rappel ne nuit pas. De plus, dans certaines micro-scènes – le couple et son fonctionnement, la virilité et l’obsession sexuelle, le pouvoir, la vieillesse, la nudité, la grossesse…- Laura Scozzi s’adresse directement à notre sensibilité et à nos émotions.. Quelle chance de pouvoir apprécier ce genre de relecture, même si elle est parallèle au livret lyrique. Je préfère, car ce n’est pas l’histoire creuse et insipide de cet opéra qui peut nous émouvoir. Nous ne sommes plus au 18°siècle, même si ce genre d’opéra, comme les Indes galantes, doit rester avant tout un opéra de divertissement. En supprimant de vraies interventions de ballet, la metteur en scène nous propose ici de la figuration permanente très active dans des figures chorégraphiques étonnantes.

Côté musical, tous les jeunes chanteurs sont surtout d’excellents comédiens et se fondent parfaitement dans cette chorégraphie d’une extrême précision. Quelle prouesse de leur part – nager, sauter, courir, se dévêtir… et bien sûr, chanter.

Et Rameau dans tout ça, me diriez-vous ? Peu me chaut ! Sans de telles mises en scène il y a bien longtemps que nous n’entendrions plus parler de certains de tous ces opéras de style baroque.

 

blog JCM @ 9:11
Enregistré dans critiques lyriques
Au TNBA de Bordeaux, la Fausse suivante, une bâtarde !

Posté le Mercredi 12 février 2014

C’est reparti ! Est-ce de la chorégraphie, du théâtre ? Ni l’un ni l’autre. C’est de la « spectaclerie ». Un spectacle bâtard. C’est ce qui ressort de la présentation de la Fausse suivante de Marivaux donnée actuellement au TNBA de Bordeaux. Une fois de plus nous y trouvons, singeries, vidéos, figuration inutile, mouvements intempestifs, bruitage musical de fond permanent (insupportable)…au déservice du texte de Marivaux. Celui-ci n’est qu’un prétexte à avoir le label, soirée théâtre. Tout y est parasite.

Certes, l’histoire de cette pièce, déjà compliquée en tant normal, devient ici hermétique. On ne comprend absolument rien. Qui dans la salle a suivi l’histoire ? En tout cas, pas les personnes autour de moi, qui la plupart ont déserté la salle, ou celles qui sont restées les bras croisés à la chute du rideau.

Il y a tellement de parasitage scénique, qu’on n’écoute plus le texte. Les scènes à deux personnages sont ennuyeuses à mourir. Les gags ne font même pas rire. Heureusement que les ballets de tulles mobiles avec des lampions lumineux suspendus, sont du plus bel effet. De très belles scènes chorégraphiques surgissent de ces tableaux sans texte, mais trop rare. Ce genre de soirée ni théâtre, ni danse laisse le spectateur sur sa faim.

Pour moi ce spectacle n’est pas une lecture moderne de la pièce de Marivaux. Ce genre de mise en scène ou scénographie enfonce au contraire le texte. Nous sommes avec cette pièce à l’opposé du Cyrano de Bergerac de Dominique Pitoiset. Avec cette dernière, la mise en scène apporte une force supplémentaire au texte initial, avec la pièce de Marivaux, la scénographie détruit le texte. Tout au long de cette longue et fastidieuse soirée je rêvais et voyais devant moi un simple décor 18ème siècle avec son décoroom et costumes de l’époque. Je  suis sûr que le modernisme y aurait été beaucoup plus présent. Quant à l’interprétation, faute d’avoir la distribution mentionnée dans le programme, nous ne pouvons pas dire qu’un tel ou un tel est bien ou pas bien, nous ne savons pas quels rôles ils jouent. Alors que chaque technicien est mentionné dans sa branche , les comédiens ne sont pas fléchés en face des rôles. Pourquoi ? Ce qui prouve bien que le côté spectacle passe avant le côté théâtre.

blog JCM @ 1:21
Enregistré dans autres critiques
Opéra de Bordeaux : un Roméo, c’est bien, deux c’est mieux !

Posté le Mercredi 1 janvier 2014

Quand une idée (même utopique) vous trotte dans la tête pendant des jours et des jours, autant en parler à quelqu’un. Voilà chose faite. Je vous en parle. Je sors du Grand Théâtre de Bordeaux où je viens d’applaudir le très beau spectacle de ballet, Roméo et Juliette de Sergueï Prokofiev, dans une chorégraphie et mise en scène de Charles Jude. Ce ballet se déroule dans une scénographie, qui, depuis 2009, n’a pas vieilli d’un poil. Elle y inclut des décors mobiles stylisés, des changements à vue, des projections, des numéros de cirque…

Tout en regardant évoluer les magnifiques danseurs, je me mets à rêver. Et si la Direction de l’Opéra avait la géniale idée de réutiliser cet univers scénographique pour présenter l´opéra de Gounod. Cet ouvrage, que j’affectionne tout particulièrement, y trouverait pleinement sa place. En effet, ce décor de pans de bois qui s’animent au fil des tableaux et ces immenses tulles ne sont que sobriété et élégance. Le tableau de la place publique est de toute beauté. Les lumières précises et suggestives y sont aussi pour beaucoup. Tous ces ingrédients ne sont-ils pas l’idéal pour cet opéra ? A t-on besoin de chercher absolument des scénographies outrancières ou laides coûteuses sous prétexte de créations, ou de justifier des subventions publiques ? –  à en juger par deux des dernières productions que j’ai vues, celle de Bordeaux en 2000 et surtout l’hideuse toute récente de Tours -. Par contre, seule celle de Nicolas Joël, que j’ai eu la chance de voir plusieurs fois au Capitole de Toulouse et à l’Opéra comique de Paris était à la fois puissante, délicate, belle et intelligente.

Avec ce décor bordelais de ballet nous entrons directement dans l’histoire du drame et l’accent est immédiatement mis sur les protagonistes. N’est-ce pas idéal aussi pour une production lyrique, classique certes, mais efficace et centrée immédiatement sur l’action, la musique et les voix ? A t-on besoin de plus ? Cet opéra comporte de nombreuses scènes de combats, qui doivent être réglées comme pour un ballet. Aussi, ne pourrait-on pas imaginer le concept suivant : avec un metteur en scène de théâtre, des jeunes chanteurs français et des scènes chorégraphiées à l’image de celles du Roméo de Jude, nous pourrions obtenir un très beau spectacle lyrique à moindre coût. En alternance avec le ballet de Prokofiev, nous aurions une vraie stratégie culturelle originale allant dans le sens de l’économie financière du moment.

Aussi, si par chance cette réflexion arrivait sur le bureau des dirigeants artistiques de l’Opéra de Bordeaux, nous pourrions assister dans les prochaines années, un soir le ballet de Prokofiev, le lendemain l’opéra de Gounod, dans le même décor. C’est l’époque des souhaits, rêvons !

 

blog JCM @ 14:09
Enregistré dans reflexions
Quand la spirale médicale s’emballe, la Sécurité Sociale casque !

Posté le Lundi 9 décembre 2013

Si vous connaissiez mon jeune neveu ! Sportif, cultivé, bien dans ses pompes. Il a 22 ans. Et alors, me dites-vous ? J’y arrive ! En l’espace de quelques minutes, il a failli se retrouver en hôpital psychiatrique après avoir été absorbé par un tourbillon absurde et scandaleux de fonctionnement du monde médical.

Pour répondre à une demande de licence sportive, il doit subir un banal contrôle des yeux. Le rendez-vous est pris chez un ophtalmologiste du centre de Bordeaux à 16h (l’heure est importante). La simple vue de tous ces appareils sophistiqués commence à le fragiliser. N’ayant reçu aucune explication des techniques employées, notre jeune héros signale au médecin que tout cela l’impressionne beaucoup et que s’il n’arrête pas tout de suite les manips sans explications, il allait vomir et tomber dans les pommes. Cause entendue, il arrête. Malheureusement, après ce préambule assez banal, la spirale infernale s’emballe. Le cabinet médical avait déjà appelé une ambulance pour réanimer (?) notre patient. Voyant celui-ci sur pied, et refusant de partir avec eux aux urgences d’un hôpital, un des ambulanciers lui réclame 61 euros pour le déplacement. Refusant de payer ce service non adapté et pas nécessaire, l’ambulancier lui propose le deal suivant : qu’il se laisse faire et qu’il accepte de se laisser conduire en ambulance à l’hôpital, ainsi il n’aura rien à payer (logique implacable !). Seulement voilà, il y a une autre condition, il doit être attaché et mis sur une civière pour le transport. Résistant quelque peu, mon jeune neveu accepte ce nouveau deal (toujours pour ne pas payer les 61 euros).

Arrivé aux urgences de l’hôpital St André de Bordeaux, le jeune n’avait qu’une chose en tête, partir, récupérer sa voiture et rentrer chez lui. Hélas ! Pour quitter l’hôpital, il faut qu’un médecin le voit et donne son accord sur un bon de sortie. Revendiquant haut et fort qu’il est en très bonne santé, nenni, une infirmière, après de multiples examens d’analyses, lui impose un déshabillage et lui revêt la fameuse et si séduisante blouse de malade tout en lui installant un appareil au bras (un tensiomètre je suppose). Elle lui demande ensuite d’attendre en salle. Déjà à ce moment précis de cette histoire à frémir, notre jeune, parti pour un examen de routine des yeux, se retrouve en tenue légère, un tensiomètre au bras dans une salle d’attente des urgences et toujours en pleine forme. Pendant ce temps dans la même salle, des gens soufrent et hurlent de douleur et attendent des heures. On croit rêver devant tant d’absurdité. N’en pouvant plus de cette situation ridicule et des heures s’écoulant pour rien, notre jeune enlève la machine du bras et va se rhabiller. L’infirmière surgit et l’informe que si le médecin de service le voit fuir, il sera attaché et obligé d’absorber de force des calmants (rien que de l’écrire, j’en frémis ). Elle rebranche la machine et le médecin arrive. Mon jeune neveu lui raconte toute l’histoire sans oublier de rajouter son slogan « je suis en pleine forme ! » OK dit le médecin « mais avant que je vous relâche et pour être sûr que vous êtes en bonne santé, vous allez passer un électrocardiogramme ». Et c’est reparti ! Passer le test, attendre les résultats et les papiers de sortie, notre jeune est lâché sur le trottoir de l’hôpital bordelais à 22h.

Pour une visite des yeux d’une demi-heure, le cauchemar s’est transformé en plus de cinq heures. Sa voiture, elle aussi a attendu des heures dans un parking payant (non remboursées par la Sécurité Sociale). Cinq heures de temps perdu et inutile, passées entre les mains du monde médical. Si l’on additionne, ambulance, ambulanciers, infirmière, médecin, secrétaire…voici une opération qui mérite quelques instants de réflexion, d’une part, sur le fond de la prévention médicale exagérée et d’autre part, sur le gaspillage de l’argent public.

blog JCM @ 22:19
Enregistré dans mots d'humeur
Slip Opéra Novart, dans la même poche !

Posté le Samedi 23 novembre 2013

Sur le billet d’entrée on peut lire les mots Slip Opéra Novart auxquels on doit ajouter le mot Glob. En effet, c’est grâce au Glob théâtre de Bordeaux que ce spectacle-défilé d’une très haute originalité est présenté ce jour dans le hall et l’escalier du Grand Théâtre. Il est interprété par la Compagnie Arsène d’Ivry-sur-Seine. Hommage au célèbre slip kangourou.

En ce jour de froid et de grisaille, une demi heure de bonheur et de rire vaut tout antidépresseur. Nos huit comédiens-mannequins dès leur entrée dans leur peignoir de bain blanc et leur tong, donnent le ton. Gestes et démarches gauches, sourires coincés ou trop détendus nous mettent d’emblée dans l’ambiance de la détente et de la bonne humeur. Le public installé autour de l’escalier central n’a jamais dû  autant voir de slips kangourou de sa vie, sans parler des tous jeunes présents qui eux, ont dû se demander quel était cet objet venu d‘une autre planète.

Ce décalage artistique est génial. Voir ces hommes de divers âges en slip kangourou dans un décor d’un tout autre âge, voilà des images de très grandes forces.

Nos comédiens-mannequins défilent dans l’escalier, chacun mettant l’accent sur les avantages de son sous-vêtement. J’oublie de vous dire que sur chaque slip présenté, un objet était ajouter. Nous avons droit au slip cèpe, au slip clou, au slip tutu, au slip cendrier, au slip Bayreuth, au slip coupe cigare, au slip pélican, au slip huîtres, au slip lampe de poche, au slip Buren, etc, etc..mais mon préféré est le slip robinet de barrique d’ou jaillit une coulée de vin rouge directement dans un verre. Quelques passages sont illustrés d’airs lyriques…sans oublier le slip cheval dans une originale chevauchée des Walkyries. Les deux commentateurs du défilé s’amusent à se tromper, à faire des lapsus, des jeux de mots subtiles et faussement lourdingues…le tout dans la simplicité et sans prise de tête.

Au fait, pourquoi appelle-t-on ce slip blanc avec une poche frontale, slip kangourou ? Vous ne le saurez pas, vous n‘aviez qu’à venir. Les moments uniques ne se ratent pas ! Novart continue à taper fort dans l’art populaire de haut niveau.

Jean-Claude Meymerit

 

blog JCM @ 17:25
Enregistré dans autres critiques
« Viejo, solo y puto » à Novart : un mal de tête espagnol !

Posté le Jeudi 21 novembre 2013

Ce soir vient d’avoir lieu à la Manufacture Atlantique de Bordeaux, dans le cadre de Novart 2013, la première représentation de « Viejo, solo y puto » (je vous laisse traduire). Cette pièce, qui a déjà reçu de nombreuses récompenses, est la première écrite par Sergio Boris, acteur et metteur en scène argentin.

Seulement voilà, malgré la force de ce spectacle, de son interprétation et de sa mise en scène, il y a un hic et il est de taille. Cette pièce est jouée dans sa langue originale, c’est à dire en espagnol. Dans tous les documents de communication de présentation de cette œuvre à Bordeaux, il est dit : « spectacle surtitré en français ». Le problème est que l’on ne pouvait pas lire le texte projeté par le surtitreur, trop pâle. Chacun sa technique, comprendre l’espagnol et rester, quitter la salle (comment malheureusement certains l’ont fait ne pouvant pas lire le texte projeté) ou bien rester et attraper un mal de tête terrible (c’est mon cas). Avec une avant scène trop éclairée par une forte lumière blanche, les surtritrages en fond de scène disparaissent. Il faut à chaque minute réadapter ses yeux afin de les faire passer du mode sans effort au mode écarquillement. Au bout de quelques minutes la gymnastique oculaire devient tellement fastidieuse que l’on reste en position veilleuse. Dans les dernières minutes alors que la lumière de scène baisse légèrement on arrive, enfin, à lire aisément les surtires. Ouf ! mais un peu tard ! Le mal est fait. Quelle souffrance et quel dommage de ne pas avoir profité du texte. Demain cela ira mieux car j’espère que les techniciens se pencheront sur ce problème, rien que par respect pour le public.

Si on ne fait qu’écouter la langue espagnol sans rien comprendre (comme moi) on se laisse toutefois entraîner par le jeu éblouissant des cinq comédiens. Quelle force de justesse et quelle énergie. Le tout dans un assez grand calme. Pas d’effets inutiles, pas de cris (très à la mode pour faire croire que l’on fait du théâtre). Avec nos amis comédiens argentins, c’est du grand art théâtral, comme on en voit que très rarement. Le discours est d’une justesse incroyable. On est tellement dans le « beau et le juste dire » que l’on a l’impression d’être dans les dialogues d’un film d’ambiance. Sans parler fort, les comédiens se font entendre. les mots se chevauchent, les dialogues simples, doubles ou triples se distinguent. Le naturel au service de l’art théâtral.

Le décor représente l’arrière boutique d’une pharmacie argentine. Il donne le la de la situation, même si j’aurais préféré un peu plus de réalisme dans le décor général ou un peu de bruits de cette grouillante ville lorsque les portes de la pharmacie s’ouvrent. Ce genre de détails n’enlève rien au travail esthétique percutant du jeu et de la direction d’acteurs.

Rien qu’en ayant regardé toute la soirée des médicaments pauvrement installés sur de nombreuses étagères miteuses de cette pauvrette pharmacie, mon mal de tête a presque disparu. Médication par vision ou magie de l’art ?

Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 0:51
Enregistré dans autres critiques
1...34567...18