Florian Sempez au Grand Théâtre de Bordeaux, un spectacle à lui seul !

Posté le Jeudi 7 mars 2019

Voir et entendre ce magnifique baryton sur scène est un véritable one man show. Enfant du pays bordelais, tout le monde le connaît et tout le monde l’aime, même si pour certains, « il en fait trop ». Cependant, on ne peut pas rester insensible à sa présence et surtout à sa puissante et séduisante voix. Ce soir au Grand Théâtre de Bordeaux, il a conquit une salle pleine de « supporters ».

Comment ne pas résister aussi à son programme musical. Choix intelligent. Il a débuté son récital par le poème de Ernest Chausson le Poème de l’amour et de la mer. C’était surtout un grand mariage d’amour entre cette voix chaleureuse et les textes poétiques de Maurice Bouchor. Puis vinrent des airs d’opéra de Mozart, de Haydn et de bien sûr de Rossini, avec en bouquet final, l’air de Figaro que Florian Sempez défend avec panache sur de nombreuses scènes lyriques internationales.

En bis, il se défoule avec des airs très drôles dont les paroles légères ont entraîné le public dans de francs fous rires. Il faut le voir jouer avec son cheveux, ses mains, offrant par moment quelques œillades à son public en signe de complicité. En cadeau final il appelle Benjamin Bernheim qui est en répétition à Bordeaux pour Manon, mise en scène par Olivier Py. Ces deux voix aux accents si différents s’unissent à merveille dans un air de l’Elisir d’amore de Donizetti.

Il ne faut pas oublier David Zobel au piano dont les doigts riaient sous l’énergie du chanteur. Monsieur Sempey, merci pour ce magnifique récital.

Jean-Claude Meymerit, 6 mars 2019

Nota : Le public de ce soir m’a assez dérouté. Très calme. Avant le récital et pendant l’entracte, les discussions dans la salle et dans les couloirs se faisaient discrètes, de grands silences planaient. Une ambiance assez monacale. L’ovation après chaque air et au salut final à Florian Sempez démontre que ce public était surtout très sensible au talent fou de ce chanteur.

 

JCM-Bordeaux @ 17:21
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Ariane à Naxos au Capitole de Toulouse : en lévitation pour le duo d’amour.

Posté le Lundi 4 mars 2019

Il est vrai que ce duo final écrit par Richard Strauss est un des plus beaux et un des plus périlleux duo d’amour d’opéra. En ce dimanche après-midi au Capitole de Toulouse, Catherine Hunold et Issachah Savage nous ont offert un moment de lévitation inoubliable.

La mise en scène de Michel Fau, dans des décors et des costumes de David Belugou, n’a fait que surligner cette osmose vocale.

Les voix de ces deux chanteurs sont magnifiques, aux belles inflexions, aux couleurs magiques et aux aigus percutants et soyeux qui nous font hérisser le poil. Catherine Hunold a des aigus de feu. A aucun moment elle crie, elle chante, je ne me souviens pas d’avoir eu une telle sensation émotionnelle avec d’autres Ariane et pourtant quelles splendides Ariane j’ai eu la chance d’applaudir sur certaines scènes lyriques européennes : Deborah Voigt à Bilbao, Katarina Dalayman à Paris, Renée Fleming à Baden-Baden, Eva-Maria Westbroek à Munich… Pour Bacchus, du jamais entendu. Ce ténor habite son personnage avec une voix sonore et puissante, très bien projetée. Vivement son Siegmund à Bordeaux dans les prochaines semaines.

Bravo à ces deux artistes dont leurs voix s’harmonisent à l’excellence. Dans le célèbre duo final de l’ouvrage, nous vibrons avec eux.

Même si cette passionnante production est respectueuse de l’histoire et de l’époque des situations de cet opéra (c’est rare!), j’émets quelques réserves sur certains autres principaux personnages en dehors des trois Nymphes (Caroline Jestaedt, Sarah Laulan, Carolina Ullrich), aux voix puissantes et splendides.

Même si sa voix est belle, Anaïk Morel dans le rôle du Compositeur m’a semblé un peu en retrait aussi bien par son jeu que par sa voix – comment ne pas oublier Sophie Koch dans ce rôle du Compositeur qui est devenu la référence incontournable -. Dans cette production de Toulouse, la Zerbinette de Elizabeth Sutphen manque sérieusement de puissance et d’épaisseur vocales. Aussi, on reste sur sa faim surtout pour son grand air.

Rien que pour le duo de rêve entre Catherine Hunold et Issachah Savage, il faut courir au Capitole de Toulouse.

Jean-Claude Meymerit, le 3 mars 2019

JCM-Bordeaux @ 14:43
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À l’Opéra de Bordeaux : est-ce que la jeunesse suffit à produire un Barbier di qualità ?…

Posté le Samedi 9 février 2019

J’adore le Barbier de Séville de Rossini. Après avoir vu et entendu les deux distributions proposées par l’Opéra de Bordeaux, je reste toutefois un peu sur ma faim. La jeunesse ne suffit pas à donner toute la splendeur et la force que demande cette oeuvre.

Même si l’intelligente et précise mise en scène de Laurent Pelly prend toute son ampleur dans un éclatant et élégant décor, même si Marc Minkowsky endiable toutes les notes et nous entraîne dans des cadences musicales toutes faites de dentelles et d’émotions exceptionnelles, même si le chœur d’hommes s’amuse scéniquement, avec un engagement vocal très remarqué…., DES VOIX de solistes me manquent.

Me manque surtout des Rosine au timbre charnel de mezzo à l’ampleur vocale. Me manque des Comte d’Almaviva au timbre sûr surmontant toutes les difficultés d’agilité vocale. Me manque des Basilio hommes murs au timbre profond et généreux et aux allures inquiétantes.

Dans cette production bordelaise, seuls Carlos Lepore bouillonnant et sanguin nous offre un Bartolo digne des plus grands, Julie Pasturaud, une Berta étonnante à la voix magnifiquement projetée et bien sûr Florian Sempey dans son énième Figaro qui mène la danse avec diablerie, énergie à revendre et une voix époustouflante. Ces trois excellents chanteurs nous font vibrer et on y croit. Dommage que tous les autres chanteurs restent un peu en retrait et sont « un peu verts ». Ils jouent bien, ils chantent bien, ils sont tous jeunes et beaux mais j’ai envie de dire « et alors ? » Cette tendance actuelle dans les maisons lyriques à toujours vouloir programmer dans tous les rôles de cet opéra des chanteurs qui débutent, m’agace assez. Vieillir artificiellement un chanteur pour interpréter Basilio ou Bartolo est assez ridicule et ringard. Le Barbier de Séville est justement un des ouvrages où il faut à la fois des chanteurs jeunes et mûrs. C’est cette mixité qui en fait sa force. Il faut que cet opéra-théâtre soit très bien chanté et très bien joué, le tout avec beauté et engagement et surtout avec des voix sûres.

Lorsque on a eu la chance d’avoir entendu une Jennifer Larmore ou une Karine Dehayes en Rosine, un Rockwell Blake ou un Henri Legay en Almaviva, un Humbert Tomatis ou un Xavier Depraz en Basilio, le Barbier de Séville reprend alors ses lettres de noblesse. Aussi, devrions-nous dire que les castings de nos jours devraient être surtout affaire de Précaution utile ?

Jean-Claude Meymerit, le 9 février 2019

JCM-Bordeaux @ 15:52
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Au Capitole de Toulouse, une Lucrezia, ange plus que démon !

Posté le Lundi 28 janvier 2019

Lorsque Annick Massis apparaît sur scène, sa présence et sa voix éclairent immédiatement le plateau. Peut-on imaginer que notre Lucrezia Borgia de Donizetti toulousaine ait pu assassiner, empoisonner…Impossible.

Annick Massis nous fait aimer son personnage. Cette prise de rôle est une réussite totale voire une performance vocale. Le rôle assez long ne ménage pas l’héroïne et ses phrasés musicaux. L’air final, saupoudré de ruptures allant du grave à l’aigu, est saisissant. Sa voix est toujours d’un éclat, d’une puissance et d’une beauté impressionnants. Ses graves sont projetés et sonnants, ses aigus sont solaires, ses longs phrasés sont tenus et posés. Du bel canto par excellence.

Le reste de la distribution pèche un peu dans tous les rôles et plus particulièrement pour celui de Maffio Orsini. De la place où j’étais on devinez sa voix. Le personnage demande plus de puissance et surtout plus d’engagement. Cette jeune mezzo fait son travail correctement mais rien je transpire. Tous les rôles masculins sont à leur place, même si le duc Alfonso de Ferrare demande un peu de profondeur et Gennaro un peu plus d’homogénéité vocale dans ses airs.

Cette production de Toulouse nous vient du Palais de les Arts Reina Sofia de Valence. Elle est simple et sans artifice inutile. Elle sert vraiment de support à l’ouvrage, en regrettant toutefois que la direction d’acteurs de Emilio Lopez soit assez minimaliste ou voire absente. Giacomo Sagripanti à la baguette enveloppe le tout d’une maitrise et ciselage au service de la musique et des chanteurs.

Etre envoûté l’espace d’un soir par une Borgia, c’est le must !

Jean-Claude Meymerit, dimanche 27 janvier 2019

JCM-Bordeaux @ 14:02
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Pene Pati au Grand Théâtre de Bordeaux : de l’insolence vocale dans l’élégance !

Posté le Dimanche 18 novembre 2018

Ce chanteur d’opéra est le lingo d’or des ténors. Du jamais entendu. Tous les qualitatifs liés à la voix sont à utiliser. Connaissez-vous beaucoup de chanteurs qui possèdent à la fois, un timbre ensoleillé à la Pavarotti, une puissance à la Corelli, une sensibilité à la Kaufmann, une diction à la Alagna, des aigus à la Christ Merrit, une délicatesse à la Gedda… Cependant il n’imite personne, il est lui. Ce soir, en un seul programme, il a voulu nous présenter dans toutes les facettes de son chant. C’est une réussite.

Le début du programme démarre par un cours cycle de mélodies de Gabriel Fauré. Alors que son pianiste bordelais accompagnateur Jean-Marc Fontana grand professionnel et toujours très pédagogue nous demande de ne pas applaudir après chaque poème, l’inverse se produisit. Moi le premier, les mains jointes prêtes à se manifester, je me suis arrêté net, scotché. L’art de Pene Pati dans la mélodie, son phrasé et sa diction du français nous frappent dès les premières notes. Brutalement conquis, nous voulions lui manifester immédiatement. Le public a donc tout de même applaudi après chaque poème de Fauré rompant avec les traditions du récital de cycles de mélodies.

Notre ténor enchaîne par une série de romances italiennes de Francesco Paolo Tosti. Même si ses qualités vocales nous séduisent toujours autant, son côté chanteur italien à la Pavarotti m’a assez peu intéressé. Par contre, avec son  » Ah lève-toi soleil » du Roméo et Juliette de Charles Gounod le délire commence. Inouï ! Enfin un Roméo amoureux et fougueux aussi bien dans la voix que dans l’engagement scénique, avec toujours cette ampleur, cette puissance et cette beauté accompagnées d’un découpage vocal des sentiments, exemplaire. Son « paraît  » final est touché par la grâce.

Il enchaîne avec l’air de Rodolfo de Luisa Miller de Giuseppe Verdi puis en bis vient l’air de la fleur de Carmen. Des dizaines de Don José vus sur scène à mon actif, des centaines d’écoutes de ce tube lyrique par les plus grands, et subitement Pene Pati apparaît. J’ai pleuré ! Oui j’ai pleuré. Et je n’étais pas le seul. Son « je t’aime » à la fin de son air est un sommet de l’art lyrique.

Puis vient un air de Tosca, splendide. Toujours sous les ovations du public, il attaque le célèbre Catari de Salvatore Cardillo. Il n’en fait qu’une bouchée. Il quitte la scène en nous offrant en cadeau final avec toute l’élégance requise, l’air de Des Grieux de Manon de Jules Massenet.

A t-il un professeur de chant magicien ? Est-il doué au point d’avoir toutes les palettes existantes d’une voix ? Ou tout simplement aurait-il été choisi ?…

Merci monsieur Pene Pati, avec votre Percy dans Ana Bolena de Donizetti actuellement programmée sur la scène bordelaise, revenez-nous vite, avec Mario, Hoffman, Don José tous vos nouveaux fans vous attendent.

L’ovation finale digne des plus grands concerts nous fait dire « on y était ! ».

Jean-Claude Meymerit

16 novembre 2018

JCM-Bordeaux @ 22:07
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Un chauffeur transparent !

Posté le Dimanche 26 août 2018

Assis à la première place dans un bus de Bordeaux Métropole, je capte la scène suivante (qui ne fait peut être rire que moi !) :

A un  arrêt, un jeune homme monte, sans dire bonjour au chauffeur et lui demande :

-  » il passe toujours par le campus ?  »

-  » Oui, toujours  »  répond le chauffeur et le jeune s’installe dans le bus.

Depuis quand les bus roulent sans chauffeur ?

JCM-Bordeaux @ 15:33
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Festival de voix lyriques dans le ciel munichois !

Posté le Mardi 31 juillet 2018

A peine avoir touché le sol de la capitale bavaroise, les plus grandes voix lyriques du moment nous accaparent.

Le premier soir débute avec le prologue de l’immense fleuve wagnérien, l’Or du Rhin. Même si j’ai eu beaucoup de mal à adhérer à un décor souvent nu, aux plateaux mouvants se soulevant ou s’inclinant au fil de scènes et à certaines laideurs, la mise en scène proprement dite est en est tout autrement. L’utilisation d’une centaine-danseurs de figurants faisant office de vagues du Rhin, de lingots d’or, de murailles, de chaises, de rochers etc.…est d’une puissance phénoménale. Ce n’est pas du théâtre dans le théâtre mais une forme de distanciation ou le metteur en scène souhaite que la notion de théâtre soit en permanence perçue par le public. Les personnages entrent et sortent de scène parce qu’il faut entrer ou sortir. Aucun camouflage ou effet spécifique. C’est à l’état brut. Une fois que l’on accepte ce concept, l’écoute musicale se fait beaucoup mieux et les émotions arrivent.

Le deuxième soir, un concert gratuit est donné en plein air derrière le Staatsoper dans le cadre de Opéra pour tous. Entre Brahms et Dvorak, Sonya Yoncheva dans sa somptueuse et volumineuse robe bleue nous offre quatre airs du répertoire lyrique verdien – Le Trouvère, Don Carlos, la Force du destin et Luisa Miller – La pluie orageuse a cessé, les parapluies se sont repliés, les voix du public se sont tues, seule celle de Soya Yoncheva envahie la place. Avec grâce et humour, elle nous offre ces quatre airs avec une énergie, un velouté et ses accents très personnels. Elle nous séduit et nous bouleverse. On est loin de son récent récital de Bordeaux où la déception était au rendez-vous. A Munich, on l’a retrouvée !

Pour ma troisième soirée, sur les marches et dans les couloirs du Staatsoper, l’attente est fiévreuse. Le public venu du monde entier, s’impatiente à retrouver Kaufmann dans Siegmund, rôle qu’il n’a pas chanté en version scénique depuis celui du Met de New York il y a sept ans. Dans la mise en scène de cette Walkyrie, on sent un peu moins cette distanciation froide du Prologue. Beaucoup plus d’objets sont présents. Le premier acte est un émerveillement par la mise en scène et surtout par les voix. Les figurants sont toujours là et toujours aussi efficaces. De mini lampes de poche à l’intérieur de leurs mains, portées et manipulées par les figurants eux-mêmes, éclairent soit le visage des protagonistes, soit des scènes comme le passage du verre entre Sieglinde et Siegmund, soit éclairent l’épée plantée dans le frêne etc. Ces présences et ces appuis de lumière spécifique sont d’une efficacité redoutable. De plus, c’est très esthétique.

La quatrième soirée est un moment de grâce passé en la compagnie de Christian Gerhaher, baryton spécialiste du lied qui vient d’être un magnifique Amfortas du Parsifal de Munich. Quelle élégance dans le mot et dans le son ! Une leçon de chant unique ! Combien de chanteurs lyriques actuels devraient prendre exemple sur ce baryton. Dans ce récital donné ce soir, que ce soit chez Debussy ou chez Schumann, sa diction, ses nuances, ses aigus sont d’une magie de chant exceptionnelle.

Le cinquième soir, le retour avec le Ring est Siegfried. La mise en scène, tout au moins pour le premier acte, est assez fouillis, la distanciation, tellement appuyée dans l’Or du Rhin, commence à se dissiper et les figurants/danseurs sont plus des compléments de personnages que de simples objets de décor. Le dragon de Siegfried est d’une efficacité et d’une beauté remarquable. Ce troisième volet de la tétralogie paraissant souvent un peu plus « ennuyeux » que les autres volets, devient sur la scène munichoise, une fresque limpide et prenante.

Le sixième soir, changement de style avec la Traviata de Verdi. C’est encore l’éternelle mise en scène de Günter Krämer vue et revue et qui n’est pas des plus inventives et intéressantes. Le premier acte est insupportable par le manque de place pour les chœurs et les personnages. Tous sont obligés de faire plus attention où ils marchent qu’à ce qu’ils chantent. Ils sont coincés sur l’avant scène sur une bande étroite d’espace. L’intérêt de cette représentation est surtout la présence du couple Charles Castronovo et la divine et diva Diana Damrau. Leurs duos sont divins. Lui est le Rodolpho du moment. Il possède toute la palette et les couleurs du rôle. Elle, c’est un volcan scénique, sa voix s’est légèrement élargie tout en gardant son extrême agilité et son timbre. Ses graves sont à tomber à la renverse de bonheur. Nous l’attendons dans un nouveau répertoire, qui ne va pas tarder. Dans le rôle de Germont, une découverte en la personne de Simone Piazzola. Des belles phrases appuyées, des superbes aigus et des graves intelligemment retenus.

Voulant absolument connaitre l’autre théâtre consacré à l’art lyrique, le Gärtenplatztheater, et n’ayant pas le choix du spectacle présenté en cette fin de saison, j’ai du, pour le septième soir de mon séjour, me contenter de voir Jésus super star d’Andrew Lloyd Webber. Dans ma jeunesse, n’ayant jamais vu sur scène cette comédie musicale ou opéra-rock, l’occasion tombe bien et j’en étais ravi. Quelle déception ! Que cela a vieilli. Le sujet, n’est que prétexte à une succession de morceaux chantés et dansés mais hélas dans une chorégraphie simpliste vue et revue, pas innovante, assez bâtarde et ennuyeuse. Décidément les productions lyriques de Munich ne sont pas avares en participants sur scène. Après la centaine de personnes présentes dans le Ring du Staatsoper, les très nombreux chanteurs danseurs de cette production du Gärtenplatztheater se gênent. Il me tardait que cette soirée s’achève.

Comme pour mon séjour à Munich, c’est la dernière journée du Ring. Avec le Crépuscule des Dieux, nous sommes sur la plus haute marche de cet escabeau wagnérien de quatre marches. C’est la plus aboutie. Le décor est omniprésent sur les trois actes. Il occupe la totalité de la scène et évoque le patio intérieur d’une multinationale financière où son mécénat artistique est représenté par des vitrines de costumes anciens et du cheval de Brünnhilde. Ce Crépuscule est un chef d’œuvre.

Je ne peux bien évidemment pas passer sous silence tous ceux qui nous ont séduits, émerveillés, fait pleurer au cours de ces quatre opéras du Ring. Le principal responsable est Kyrill Petrenko et son orchestre. On ne peut plus trouver de mots pour qualifier sa prestation. Tout a été dit et écrit sur son approche et sa lecture de l’œuvre. C’est la beauté, la puissance, le respect. Il faut le voir faire signe à tout instant aux chanteurs et à ses superbes musiciens d’un signe de la tête. Il communie avec toutes et tous. Quel grand Monsieur ! Même si à Bayreuth l’an passé sa prestation dans la production de Frank Castorf nous avait scotchée, à Munich sa direction est plus en harmonie avec la mise en scène de Andreas Kriegenburg et tous les chanteurs. Et quels chanteurs !

Si je dois les nommer par ordre de mes préférences, arrive en tête bien sûr Nina Stemme dans Brünnhilde. Qui chante à l’heure actuelle ce rôle avec autant de beauté, de force et d’exigence ? Elle. Ses phrasés et ses aigus sont magiques et époustouflants. Comment ne pas résister à l’émotion lorsqu’elle attaque son grand air final du Crépuscule. Nos larmes sont là. Laissons-nous emporter dans les flots du Rhin avec elle. Au baisser du rideau, nous sommes abasourdis, sous le choc.

Celle qui m’a beaucoup émue aussi bien vocalement que scéniquement est Anja Kampe. Celle qui était déjà une merveilleuse Sieglinde à Bayreuth ces dernières années, nous a séduit par la beauté de sa voix et son jeu de femme soumise à son terrible mari Hunding (superbe Ain Anger) et d’amoureuse de son frère jumeau retrouvé, Siegmund. Dans Siegmund nous retrouvons Jonas Kaufmann que tout le monde attendait. Comme dans chacun de ses rôles il nous enchante par son timbre, ses nuances, la force et la tenue de certains aigus comme son « Wälse » éblouissant. Kaufmann sera toujours Kaufmann. Fricka est la talentueuse Ekaterina Gubanova. Elle a la voix et la présence idéales convenant parfaitement à cette mise en scène à l’identique de Sophie Koch, en 2012 à la création de cette nouvelle production. Qui trouver de mieux à l’heure actuelle, en tant que Siegfried, que Stefan Vinke. Il a tenu ses deux Siegfried avec vaillance aussi bien vocalement que scéniquement. Il est Siegfried. Son air de la forge, son air du réveil de Brünnhilde et surtout son Siegfried du Crépuscule sont mémorables. Quelques aigus plus clairs et plus précis auraient-été les bienvenus ? Certes, mais on oublie vite ce petit regret. Cet heldentenor restera gravé dans nos mémoires pendant longtemps. Dans cette production de Munich, j’ai le regret de ne pas voir eu comme Wotan, John Lundgren, au lieu de Wolfgang Koch. Il s’est vu attribuer Alberich avec qui il en a fait qu’une bouchée. Cette voix aux sons profonds chauds et puissants est impressionnante. Par contre Wolfgang Koch semble avoir quelques difficultés avec Wotan. Pour preuve, la fin de son duo avec Brünnhilde nous a fait trembler pour lui et pour nous. Le souffle lui manque, les mots ne sortent plus. Heureusement que la partie orchestrale lui a permis de retrouver ses moyens et nous donner sa dernière phrase correctement. Tous les autres rôles sont passionnants aux dictions parfaites avec des projections de voix remarquables. La liste est longue. De très artistes au service de Wagner et de l’art du chant.

Munich a été la scène lyrique la plus convoitée de cet été pour tous les mélomanes de Wagner venus de tous les coins du monde. Bayreuth doit avoir la colère !

Jean-Claude Meymerit, le 30 juillet 2018

 

 

 

JCM-Bordeaux @ 14:41
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Angela Gheorghiu à l’Opéra Garnier de Paris : dans le creux de l’oreille !

Posté le Mardi 19 juin 2018

Tous les amoureux de la diva étaient au rendez-vous pour l’unique prestation scénique en France, d’Angela Gheorghui.

Depuis quelques jours, on commençait à découvrir sur les réseaux sociaux, le programme musical de cette soirée qui ne comportait aucun air d‘opéra. Que des mélodies assez inconnues pour la plupart des spectateurs. Aussi, c’est un peu frustré que je me rends à ce récital et assez déçu de ne pas entendre cette immense artiste dans un répertoire mixte de mélodies et d’airs lyriques. Heureusement, ce n’en fut rien.

Lorsqu’elle apparait dans cet écrin rouge et or qu’est l’Opéra Garnier de Paris, dans une voluptueuse robe rouge, coiffée d’un architectural chignon, et qu’elle avance sur scène très lentement, accrochée au bras de son pianiste Alexandru Petrovici, elle semble sévère, assagie, comme si le poids des années avait sévi. Drôle d’impression ! Par bonheur, cette impression s’estompe immédiatement lorsqu’elle attaque les premières notes d’une mélodie de Pergolèse. La salle est déjà captée par sa douceur, sa forme de fragilité. Puis quand vinrent les autres mélodies allant de Rameau à Rachmaninov en passant par des Bellini, Donizetti, Flotow… sans oublier quelques airs populaires de son pays, la salle est subjuguée. Nous sommes tous accrochés à ses lèvres comme si elle s’adressait à chacun de nous, en nous murmurant à l’oreille ses mélodies finement choisies.

En seconde partie de la soirée, Angela Gheorghui apparaît en robe noire à traine avec un immense châle vaporeux sur les épaules. Comme à chacune de ses apparitions scéniques, elle connaît son public et elle sait ce qu’il aime et attend dans ses saluts chaleureux et ses baisers adressés à tous les étages de la salle. Sa légère minauderie nous enchante. L’alchimie avec le public est toujours en ébullition.

Même si son récital est composé de mélodies excessivement courtes, la présence de la diva et surtout la maitrise unique de sa voix nous met en état de lévitation. Toute la palette de son art est au rendez-vous. Certaines notes filées semblent être suspendues dans l’espace. Les quelques aigus forte que demandent les partitions sont lancés et tenus comme elle sait magnifiquement le faire. Ses phrasés murmurés sont une leçon de chant. Sa voix est toujours suave, chaude et colorée, avec ces quelques notes ténébreuses qui font chavirer. Un timbre unique. La classe.

C’est la première fois que je vois des surtitrages pour des récitals de mélodies  Etonnant le texte ! Dans le programme de ce soir, on n’y parle que de nature avec un catalogue d’oiseaux et de fleurs, du ciel, d’étoiles, de paysages, d’eau…sur une toile de fond d’amours champêtres. Mais n’est-ce pas l’essence même, aux siècles passés, de tout un ensemble de poèmes mis en musique ? Aussi, je me demande si je ne préfère pas rêver avec ma seule interprétation des phrases chantées et de l’expression dégagée par les chanteurs, au lieu de lire toutes ces lignes sur un surtitreur qui au bout d’un moment, se ressemblent toutes et m’ennuient.

Jean-Claude Meymerit, le 19 juin 2018

JCM-Bordeaux @ 12:06
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Touche pas à mon bouquin !

Posté le Jeudi 14 juin 2018

Avez-vous remarqué ce phénomène ou plutôt cette mode qui règne dans les médias et qui m’interpelle de plus en plus ? Je veux parler de la présence sur tous les plateaux de télévision et micros de radios, de tous ces bouquins cachés derrière chaque invité. En soi, c’est enrichissant et passionnant mais au bout de centaines d’émissions, la présence sous le tapis de tout ce foisonnement de bouquins, devient insupportable et indigeste.

Je ne parle absolument pas des émissions spécifiques axées sur la littérature et l’écriture, construites essentiellement sur cet Art et qui ne parlent que de cet Art. J’évoque toutes les autres – politiques, sociétales, gastronomiques, culturelles, divertissements etc., dont les sujets servent de prétexte à la promotion des livres des invités. Dès que quelqu’un (de connu de préférence) a un petit bobo, se fait larguer, à rater sa vie ou a découvert dans le tiroir de sa grand mère, la recette culinaire sur comment bien cuire un œuf dur, il écrit – ou fait écrire – . Tout lui est bon. Aussitôt les médias s’en emparent et cela devient un événement littéraire. Et on en parle, et on en reparle comme si c’était un futur prix Renaudot ou Goncourt.

Cet engouement pour tous ces écrivains-reality qui nous racontent leur vie en long et en large depuis leur enfance, est à la longue assez insupportable. Le talent d’un invité de media, n’est-il pas de raconter son histoire oralement avec passion et humilité sans pour cela être obligé de dire à chaque phrase « comme je l’ai écrit dans mon livre ». Comme on ne l’a pas lu, on s’en fout et comme on n’ira pas non plus l’acheter, on s’en fout encore plus !

Que deviennent tous ceux qui créent, qui pensent, qui ont les mêmes savoir-faire, les mêmes sujets d’études, vécu les mêmes déboires de la vie, qui agissent et appliquent au quotidien leurs idées et leurs projets de vie…et qui n’écrivent pas ? Pourquoi seules les personnes qui sortent un bouquin auraient-elles des idées, feraient partie d’une certaine intelligentsia et auraient-elles droit de cité et seraient invitées ?

Techniquement, cela paraît toutefois assez logique. C’est plus facile de repérer quelqu’un qui a sorti un livre que quelqu’un qu’il faut aller chercher dans la nature. Cependant, si les responsables des medias faisaient un vrai travail d’investigation dans la recherche d’intervenants au lieu de prendre le premier classement de vente de livres ou d’inviter la personne déjà connue médiatiquement, qui va nous raconter pour la énième fois les mêmes banalités, chacun d’entre nous aurait la chance de faire partager ses connaissances, son originalité et son talent.

Etre édité n’est pas toujours pas signe de qualité, d’originalité ou de talent littéraire.

Les librairies sont pleines de tous ces bouquins inutiles et très utiles à la fois. La liberté d’expression existe et c’est un luxe que nous avons de pouvoir écrire et être édité mais il existe livre et livre. Celui du roman et de la fiction et celui des récits, anecdotes, descriptifs, événements, quotidien…Il y a un fossé entre ces deux mondes.

Ce phénomène est d’autant plus surprenant que ce n’est pas sûr que le genre support papier entre les mains de nos concitoyens, soit toujours à la mode. Tout le monde veut écrire et être édité et de moins en moins de personnes lisent ces supports papier – tout au moins les jeunes -. Qui va acheter un livre-reality, alors qu’Internet répond pratiquement à toutes les questions.

Pouvoir écrire, est une chance unique.

Ecrire, est un bonheur extrême.

Etre édité, est une consécration.

N’être jamais invité à prendre la parole, est une frustration.

Garder pour soi ses émotions et son savoir, est une injustice.

Pouvoir en parler, est la liberté.

JCM-Bordeaux @ 7:30
Enregistré dans mots d'humeur
Elīna Garanča au Grand Théâtre de Bordeaux : l’étoile du chant lyrique dans le ciel bordelais !

Posté le Mardi 12 juin 2018

« J’y étais ». Voilà ce que je pourrai dire dans les prochains jours, mois, années en me souvenant de cette soirée unique et envoûtante proposée par l’Opéra de Bordeaux.

Elīna Garanča à Bordeaux, je suppose que c’est l’événement que le monde entier a dû nous envier. Même si la salle n’était pas à son remplissage maximum ( ?), tous les amateurs venus d’un peu partout de l’hexagone étaient au rendez-vous, et quel rendez-vous ! Osons le dire, c’est la voix féminine la plus accomplie du moment. Cette voix renferme toutes les facettes du beau chant, souhaitées. Un timbre velouté homogène et splendide, une agilité exceptionnelle, des aigus insolents de puissance et de beauté. Ses sons poitrinaires nous bouleversent. Elle utilise sa voix avec une aisance et des subtilités très rares. Du très grand art.

De plus, Elīna Garanča est une comédienne accomplie. Au physique lumineux, elle se présente dans des robes étincelantes de classe. Dans la première partie, consacrée aux lieder de Robert Shumann et aux mélodies et romances de Serguei Rachmaninov, elle se présente avec une robe verte, sobre en apparence, mais d’une très grande élégance de haute couture. Dans la seconde partie, elle apparaît avec une robe de soirée au rouge éclatant qui entraîne le public à émettre un « oh ! » collectif. Le rouge bien sûr idéal pour évoquer Dalila et Carmen et…l’amour, sur lequel elle avait basé son récital.

Alors que dans la première partie, elle nous offrait une retenue à couper le souffle, liée à chaque mélodie et à chaque phrasé, dans la seconde partie Elīna Garanča explose, se déplace, s’amuse discrètement avec le public. Elle est Dalila, elle est Carmen. Quelle beauté ! Son intelligence et ses subtilités vocales font de ces deux personnages des êtres charnels et vivants. Par un seul jeu de mains ou d’un regard en coin, elle est ces personnages et nous envoûte.

Pendant tout le concert, nous avons apprécié la délicatesse du pianiste-complice en la personne Malcom Martineau. Il nous a offert en soliste dans la Suite bergamasque de Claude Debussy. Un moment de grâce.

En bis, Elīna Garanča nous offre l’air de Santuzza de Cavalleria Rusticana de Mascagni et celui de Lauretta de Gianni Schicchi de Puccini. Que du beau chant. On pourrait parler d’Elīna Garanča pendant des pages et des pages. Chacune de ses apparitions sur les scènes internationales font fureur. On se souvient tous – faute de ne pas l‘avoir entendu sur scène – des retransmissions inoubliables de sa Cenerontola, de son Eboli, de sa Charlotte, de sa Carmen, de son Octavian…et tout récemment de sa Dalila.

A Paris, elle sera bientôt Didon des Troyens de Berlioz, courons-y…à pied si nécessaire. Elīna Garanča est une étoile du chant unique ! Elle brillait ce soir dans le ciel bordelais.

Jean-Claude Meymerit, Bordeaux le 11 juin 2018

 

 

JCM-Bordeaux @ 10:36
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