Voilà un vrai coup de foudre !

Posté le Dimanche 13 mars 2016

En ce jour de corvée hebdomadaire, je me rends dans un grand magasin de l’hyper centre de Bordeaux, pour me ravitailler en divers produits de consommation courante. J’ai une préférence pour les heures creuses du début d’après-midi.
J’arrive à la caisse et pose tout mon fatras sur le tapis. Je suis le seul. Le jeune caissier me dit bonjour et se prépare à encaisser mes produits. Tout à coup son regard se fige vers une personne qui vient d’arriver derrière moi et me demande aussitôt : « vous accepteriez de faire passer la personne ? » Je me retourne et constate que la jeune personne derrière moi avait quelques produits dans les bras, qu’elle n’était pas enceinte, qu’elle n’était pas handicapée, enfin rien qui méritait qu’elle passe en priorité. Elle n’avait pas non plus l’air d’être pressée. La seule particularité de cette jeune personne est qu’elle était très belle, tenue très branchée, maquillée, la classe…
Mon regard revenant vers le caissier, je lui dit : « pourquoi je la laisserai passer ? » Sa réponse fut : « je vous fais tout simplement une proposition« . Et il se met à valider ma marchandise. J’étais très surpris de cette question.
Tout à coup, je ne sais pas quelle mouche venait de le piquer, il se lève brutalement de son siège et fait passer les produits devant le lecteur de codes-barres à une vitesse inouïe en ayant le regard fixé vers la jeune personne derrière moi, il était tétanisé. Je n’existais pas.
« Ça fait 30,20€ » me dit-il, sans me jeter un seul regard ( et pour cause ! ).
« Je paie en carte bleue » dis-je. Il accepte le paiement en restant toujours happé par la personne.
J’emballe tout mon fatras, et lui dit au revoir.   »Bonne journée » me dit-il, puis il se rassoit et dit bonjour à celle qui lui faisait apparemment perdre la tête. Le regard de ce jeune caissier était sans vie. Il écarquillait de grands yeux noirs légèrement exorbités tel un jeune loup face à une tendre brebis prêt à la croquer. Sa bouche entrouverte laissait déjà entrevoir le début d’une belle aventure d’amouraché. Il venait d’avoir un coup de foudre à la Louis de Funès. Incroyable !
Tant bien que mal, je pris mes affaires et m’éclipsa. La file d’attente s’était allongée derrière la jeune personne. Je ne connaitrai jamais la suite de cette naissante idylle. Se sont-ils échangés discrètement leurs numéros de téléphone derrière le ticket de caisse ? C’est tout le mal que je leur souhaite. Voilà ce que l’on appelle un vrai coup de foudre.

blog JCM @ 16:28
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Au TNBA de Bordeaux, Le Jeu de l’amour et du hasard : du théâtre par excellence !

Posté le Vendredi 11 décembre 2015

Ouf ! Pas de fumée, de musique intempestive et polluante, pas de hurlements inutiles, pas de gesticulations parasites pour le texte. Enfin des comédiens qui articulent et dont on comprend chaque mot. Et pourtant j’étais tout en haut de la salle. Tout cela nous change et fait du bien ! J’avais fini par croire, ces dernières années, que j’avais des problèmes auditifs chaque fois que j’allais dans ce théâtre.

Toutes ces appréciations s’adressent à la pièce Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, à tous les comédiens mais principalement à Laurent Laffargue qui, avec son immense talent de sculpteur, a su, une nouvelle fois, nous entraîner dans un tourbillon d’idées nouvelles, d’intelligence et de précision. Le décor est beau et très efficace. Le jeu des acteurs, volontairement exagéré, fonctionne très bien. On est loin du marivaudage scolaire. Avec Laurent Laffargue nous sommes dans une pièce de Marivaux avec tous ses contours, allant du comique à la tragédie, basés un texte éternel et ultra moderne. Contrairement à certains autres spectacles de TNBA ou l’esthétique et les effets spéciaux prévalent sur le texte, ici avec cette pièce de Marivaux tous les ingrédients purement théâtraux y sont. Nous assistons à une pièce de théâtre et non à un spectacle. Cette différence est pour moi essentielle. Les cinq jeunes comédiens et le plus âgé sont les personnages de cette oeuvre. Quoi demander de mieux ? Leur beauté physique n’est pas non plus étrangère à la crédibilité de leur rôle.

Il faut courir voir cette pièce, on sort enchanté. Dans la rue on a envie d’aimer tout le monde. Est ce un hasard ? Demandez à Marivaux et à Laffargue.

Nota : ce soir grand concert dans toutes les gammes : toux, raclements de gorges, éternuements, grignotage bombons et gâteaux, crissement des bouteilles d’eau et surtout grincement des sièges, c’est insupportable. Bravo à l’équipe de comédiens d’avoir surmonté tous ces obstacles sonores.

Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 13:42
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Au Grand Théâtre de Bordeaux, les Chevaliers de la table ronde : coup de lance dans l’eau !

Posté le Vendredi 27 novembre 2015

Moi qui apprécie fortement ce genre de répertoire (comédie musicale, opérette, opéra bouffe), je m’étais fait une joie de découvrir cet ouvrage d’Hervé que je ne connaissais absolument pas. Seuls, les refrains de sa « Mademoiselle Nitouche » fredonnent dans ma tête.

Cette coproduction bordelaise des Chevaliers de la table ronde est montée à grands coups de communication, voire de marketing. En effet, tout est mis en place pour vendre ce spectacle comme un produit de consommation courante. L’enseigne/affiche annonce la couleur ou plutôt les deux couleurs, blanc et noir. D’emblée dans le hall d’entrée du Grand Théâtre le ton est donné avec des totems signalant la vente de l’enregistrement de cette œuvre. En effet, sur un immense comptoir, les CD attendent le client. Les programmes sont également au graphisme bicolore du spectacle. Tout ceci ne me dérange pas, bien au contraire, c’est classe et efficace. Nous sommes bien dans l’ère de la communication. On sent tout de suite que c’est une production de tournée avec tout son emballage commercial.

Dans la salle, le rideau de scène représente l’affiche du spectacle. Dès que celui ci s’ouvre, le décor et les costumes sont tous aux rayures et aux couleurs graphismes blanc et noir. Tout semble magnifiquement commencer.

Mais alors, qu’est-ce qui ne fonctionne pas dans cette production ?

Ce ne sont que ces cris, des hurlements, un débit du texte parlé incompréhensible, une excessive gesticulation permanente des artistes qui nuit à la compréhension du texte. Je n’en pouvais plus ! Une bouillie (pour un opéra bouffe, c’est normal !!!). Ce n’est pas parce qu’un ouvrage s’appelle opéra-bouffe qu’il faut en rajouter des tonnes en forçant outrancièrement sur la manière de parler et de gesticuler. C’est un contresens.

Tous ces artistes à la fois chanteurs, comédiens, danseurs ont beaucoup de talent et de qualité, mais ce n’est suffisant s’il n’y a pas la compréhension du texte. Les couplets chantés, eux, sont beaucoup mieux défendus.

Ce qui m’a fait le plus rire et que j’ai trouvé le plus ridicule, ce sont les surtitrages. A quoi servent-ils ? Une opérette parlée et chantée en français avec un surtitreur. Le comble de l’absurdité ! Ce ne sont pas eux qui vont aider les artistes à se perfectionner. Au contraire.

Le jeu scénique va tellement vite avec mille choses sur scène qu’on n’a pas le temps de lire et inversement le temps qu’on lise on ne voit pas ce qui se passe sur scène. Ne vaudrait-il pas mieux que les artistes apprennent à bien articuler et « porter leur diction » plutôt que d’installer des outils modernes inutiles et parasites ? Ne vaudrait-il pas mieux également que les metteurs en scène respectent un peu plus avant tout les chanteurs, en jouant sur leur faiblesse et leur qualité.

En applaudissant avec chaleur, je voulais me persuader. Me persuader de quoi ? Que ce genre de spectacle est fait plutôt pour des salles de jauge moyenne ? Pas forcément. Il y a quelques années, toutes ces formes lyriques légères et drôles avec beaucoup de passages parlés étaient défendues jusque dans le plus haut des cintres de la salle du Grand Théâtre, il n’y avait pas de surtitrage ridicule et on comprenait tout.

L’articulation, la projection de la voix et le respect des metteurs en scène pour les chanteurs (et pour le public) étaient une priorité incontournable. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Jean-Claude Meymerit

 

 

 

blog JCM @ 16:12
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Festival de queues à la sauce de poule en tutu !

Posté le Jeudi 22 octobre 2015

Que se racontent trois queues lorsqu’elles se rencontrent ?

Si vous espérez trouvez dans ce texte des allusions douteuses ou coquines, vous vous trompez de blog.

Je veux uniquement évoquer et parler de « faire la queue ». Vous savez ces espèces de serpentin composés de couches successives de deux ou trois personnes, bien droites avec la tête sans cesse en mouvement telle celle d’un pigeon qui piste du coin de l’œil celui qui s’aventurerait à resquiller ou à faire semblant de connaitre un ami dans la file d’attente afin de grignoter quelques places.

Ce soir c’est un festival de queues qui s’est constitué sur l’esplanade autour du Grand Théâtre de Bordeaux, principalement du côté jardin. En effet, vu de la terrasse du monument (enfin je suppose) le spectacle est saisissant. Du cours du 30 juillet à la façade du théâtre, trois queues forment un immense dessin d’escargot.

La première queue démarre dans la gueule du célèbre restaurant bordelais, qui, heureux d’avoir gagné un procès sur son concurrent, continue d’offrir tous les soirs à une foule de moutons, sous la pluie, la canicule, le vent et le froid, son incontournable sauce à la recette bien gardée. Ce soir, cette queue atteint la rue qui sépare le trottoir de ce restaurant avec celui du Grand Théâtre. Concernant celui-ci, ce soir est donné un spectacle avec des pas de deux de ballet classique rendus célèbres grâce au chorégraphe Marius Petipa. La place au tarif unique, accessible à tous, donne accès à un placement libre dans la salle. D’où l’explication de cette queue interminable. Du jamais vu ! Elle allait de la porte centrale d’entrée du Grand Théâtre vers la gauche du théâtre, longeant la voie du tram pour se former en spirale sur la placote jouxtant le jardin.

J’espère que vous suivez mes explications et que vous dessinez en même temps. Pour le moment nous avons le corps arrière de l’escargot, sa coquille et la partie avant du corps avec pour l’instant une seule corne. La seconde corne ou plutôt la troisième queue démarre sur l’avant du corps de l’escargot pour disparaître dans le restaurant nouvellement installé dans le bâtiment du théâtre. Il attire la foule. Et comme dirait une personne sûre d’elle, qui attendait dans la file «  j’aime beaucoup ce restaurant, car on y mange des œufs de poule et ils sont très bons ! » Houlà ! me dis-je en écoutant cette remarque, à part la poule, je ne pense pas que soient servis des œufs de de pintade, de cane ou d’oie. De dinde peut être…No comment ! C’est vrai que faire la queue en plein courant d’air pendant des quarts d’heure pour un oeuf de poule, même très bien cuisiné par un très grand chef et à un prix bien au dessus de la moyenne, je me demande si ces gens ne feraient pas mieux de s’acheter directement une poule ! Je ne faisais qu’écouter. Je n’y suis jamais allé. Peut être que l’oeuf vaut la poule !

Tout à coup, alors que j’étais bien installé dans la plus grande queue, celle qui allait voir le ballet, toutes se mirent à bouger. Celle de la sauce magique diminuait de plus en plus. celle de la corne de mon dessin l’escargot, avide d’un oeuf de poule, avait pratiquement disparue et celle de la grande boucle en forme de crosse d’évêque se rendant à un spectacle de danse avançait  tel le corps de ballet de l’Opéra dans la disparition des cygnes sur le lac, au petit matin.

C’était assez beau et spectaculaire.

En quelques minutes les trois queues avaient disparues !

blog JCM @ 15:57
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Don Carlo à l’Opéra de Bordeaux : un beau catalogue d’images tronqué !

Posté le Vendredi 25 septembre 2015

La version de Don Carlo de Guiseppe Verdi donnée en ce moment à l’Auditorium de Bordeaux me laisse perplexe. Sur les voix il n’y a rien à dire. Un plateau de chanteurs remarquables. Les quelques réserves que nous pourrions faire par ci par là deviennent anecdotiques. Le Chœur de l’Opéra de Bordeaux et le Chœur Intermezzo sont poignants d’expression et de puissance.

L’orchestre, projette au plus loin de la fosse sous le plateau scénique, les rondeurs et émotions souhaitées. Toutefois, je suis un peu gêné par la lenteur de la direction de Paul Daniel, tout au moins pour les deux premiers actes. Aurai-je l’oreille déformée par les nombreuses références discographiques ou scéniques ? Je n’ai pas été captivé pendant la première heure. Par contre pour les deux derniers actes,  tout bascule. Le Chef nous tient. Les chanteurs semblent s’engager un peu plus.

Venons-en à la mise en scène ou plutôt à ce déroulé de tableaux scéniques. Comment le metteur en scène Charles Roubaud a t-il pu être à la fois inspiré et désinspiré ? L’occupation de cet espace scénique, pour une production d‘opéra, est très ingrat. Sur les murs blancs d’un enclos construit autour de la scène et sur celui du fond du bâtiment de l’auditorium, des images vidéos sont projetées (feuillage, statues, cathédrale, prison, etc.). Ces images sont d’une magnifique beauté et s’intègrent comme un gant de satin sur ce fond de salle, encombré de fauteuils, barres de protection, etc. On fini par oublier tout cet encombrement. Seulement patratac, la dernière image que j’avais trouvée lors d’une répétition générale (regard indiscret), comme le clou visuel du spectacle, a ce soir, complètement disparu. Mystère ! D’après ma mini enquête dans les couloirs, j’apprends que le metteur en scène a décidé le jour J de la première représentation, de supprimer ce visuel. Dommage pour le spectateur ! Ce décor visuel final du dernier tableau de l’œuvre, représentait une grandiose croix dorée, la même que nous voyions toute petite en fond de scène au premier tableau, symbolisant le tombeau de Charles Quint. Cette croix projetée était entourée d’immenses candélabres aux cierges allumés et aux flammes vacillantes. Majestueux et efficace. Ainsi, une intelligente boucle était formée entre le premier et le dernier tableau de l’ouvrage. Il est évident que le public n’a pas eu la connaissance de ce changement brutal même si ce regret était évoqué à la sortie par de nombreux spectateurs. Ce soir de première, nous n’avons eu droit qu’à un mur de fond d’auditorium, nu, sans saveur et les sièges en vedette. Lorsque Don Carlo est entrainé par le moine dans les profondeurs du tombeau de Charles Quint, il ne se passe rien, c’est même laid.

Par ailleurs, j’ai été interpellé par les tenues vestimentaires des chœurs, assis sur les gradins face au public. Ils sont habillés avec leurs propres vêtements de tous les jours. Pourquoi pas ! Quels liens avec l’action se passant en tenue historique sur le plateau. Manque de moyens financiers ? Voyeurisme d’un public d’arène de jeux romains ? Témoins des tensions religieuses et politiques de la cour ? Ou tout simplement le miroir de nous, publics assis dans la salle ? La liste est longue. Tout le monde peut y voir ce qu’il veut. Si c’est l’approche de cette dernière interprétation, j’accepte alors cette pauvre, ou plutôt ce manque de direction d’acteurs. Ils se trouvent abandonnés à leur propre destin.  Esseulés sur cette grande scène nue sans aucun accessoire de décor, ils se déplacent de gauche à droite d’une manière répétitive sans aucune intention et émotion. Une Cour d’Espagne qui s’ennuie. Que dire de la jeunesse physique de Philippe II ? Avec un peu plus de noblesse dans les tissus de son costume, une direction d’acteur dans son jeu et un peu de blanc dans ses cheveux, Philippe II aurait pu être le père de Don Carlo…

Malgré les quelques réserves sur la mise en scène proprement dite, rien que pour la palette de chanteurs, les chœurs, les musiciens de l’orchestre et les images-vidéos, il faut courir voir ce Don Carlo bordelais.

Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 11:08
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C’est pas gagné !

Posté le Samedi 12 septembre 2015

« Mangez 5 fruits et légumes par jour » Ce slogan répétitif et envahissant sous forme de matraquage intellectuel, commence à me traumatiser. Lorsque je passe un jour sans avoir accompli cet ordre insidieux, ça y est je suis malade. Le mal à la tête m’envahit et les grouillements en sol majeur de mon ventre se font entendre publiquement.

Pourtant je l’avoue, tous les jours je m’applique. Face à ma grappe de raisin, déjà je bloque, combien faut-il que je mange de grains ? Un seul, la grappe entière ou 5 grains. Lorsque je me fais de frites, combien de pommes de terre ? Lorsque je mange une pastèque, dois-je la manger entière ? Ne parlons pas des haricots verts et surtout des petits pois, le décompte est insurmontable. La liste est longue…

Tout ceci pour dire que ce slogan publicitaire et de marketing font que les marchés font leur beurre. Tant mieux pour les agriculteurs. Pour moi, c’est le but de ma semaine. Tous les samedi matin direction le plus grand marché bordelais. Aller faire l’achat de mes fruits et légumes pour la semaine en tenant compte des 5 par jour devient ma préoccupation première existentielle.  La semaine, je mange, je calcule, je pèse et le samedi j’achète. J’ai l’impression que ma vie est réglée à ce chiffre 5.

Ce qui me rassure c’est que je ne suis pas le seul. Alors que ne n’achète, et ceci depuis des lustres, que des fruits et légumes locaux ramassés mûrs qui correspondent à des productions de saison et évitent ainsi les longs, polluants et couteux prix de transport, mes congénères et bobos en prime, sont de plus en attirés soit par des produits exotiques de l’autre bout de la planète, soit, par les produits de quelques maraîchers du coin qui nous offrent des légumes « de leurs jardins » (comme l’explique ce père à son gamin, après avoir déposé son costume de dirigeant  pour se déguiser en campagnard du dimanche, et qui s ’aventure dans des explications alambiquées agricoles sur la culture des tomates du marchand, les traces bleues sur les fruits, etc.). Le marchand d’un âge très avancé comme les rides et les déformations de ses tomates, signale au père que ce n’est pas un jardin mais il a omis de nous parler de la présence de bouillie bordelaise sur la surface de ses fruits.

Devant ce petit étal artisanal, une dame s’arrête achète 1kg de tomates et une barquette d’oignons et demande à notre pépé « avez vous des citrons et des oranges ? ». J’ai failli intervenir et être déplaisant. Entendre de telle stupidité m’effraie. Pauvre papy, ! Il est resté sans voix. Cette question reflète bien la non connaissance encore à ce jour de la culture des fruits et légumes, des lieux de productions, les espèces, les variétés, etc…et on nous demande de manger 5 fruits et légumes par jour bêtement, sans nous expliquer les bases de leur production.

Pauvre consommateur, il gobe. Je me souviens d’avoir lu à l’étal d’un grand magasin d’alimentation en plein centre de Bordeaux, l’énormité suivante « pommes du Canada » « provenance France » Le pire est que le responsable des fruits et légumes de ce magasin n’a pas compris ma remarque. No comment !

C’est pas gagné !

blog JCM @ 16:17
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A Bordeaux : Tran5fert, quand tu nous tiens !

Posté le Vendredi 28 août 2015

- « As-tu vu l’expo « Tran5fert » dans l’ancien bâtiment de la Police de Bordeaux ?

- « Non »

- « Il faut y aller, dépêche toi, c’est remarquable »

- « Ok, j’y vais ! »

En effet, ce fut un choc ! Un choc par le lieu lui-même, vestige bordelais très connu, puisqu’il s’agit de l’ancien Hôtel de Police ou Commissariat ou plutôt Castéja, nom parlant le plus à la plupart des bordelais. Moi même, j’y ai passé quelques heures d’attente, et autres moments pas des plus agréables. C’était hier !

Avec cette exposition, intitulé Tran5fert, tous les souvenirs de cet endroit un peu ternes dans ma mémoire, s’estompent pour subitement s’éclairer grâce à un collectif d’artistes travaillant autour des cultures urbaines qui a su d’une manière intelligente et avec un talent fou, exploiter ce magique lieu architectural.

Dès le franchissement de ces fameuses grilles, c’est gagné. Tout est fait pour nous accueillir, en passant d’un décor pictural à des hôtesses d’accueil d’une gentillesse et d’une patience inouïes. Elles nous expliquent le concept, nous guident pour mieux apprécier cette exposition etc. Déjà on se sent invité, c’est rare ! Lorsque j’ai voulu payer un quelque chose pour l’entrée, elles m’expliquent que c’est gratuit. C’est encore plus rare !

Puis nous voguons en nous laissant entraîner dans les méandres des couloirs, des vastes salles, des exigus bureaux et de la majestueuse cour intérieure.Chaque recoin est exploité, chaque dessin mural épouse l’espace. Le sol, les murs et le plafond sont habités par le talent de ces artistes pour la plupart bordelais. Beaucoup de sujets sont abordés, la ville et la nature, l’homme et l‘animal, l’enfance, la pollution…Leurs interrogations se traduisent par des peintures, des sculptures, du mobilier, de la vidéo, des installations etc. ça foisonne d’inventions scéniques et de mises en scène d’idées.Une autre particularité est la disponibilité de toutes les « gardiens » (on pourrait dire de la paix) de cette expo. Ils répondent à nos questions, y apportent des compléments. C’est passionnant !

Après avoir admiré les très nombreuses oeuvres exposées dans deux grandes salles, nous entrons ensuite dans un circuit tout autour de la cour en passant par une quinzaine d’ex-bureaux, occupés chacun par un artiste. On est immédiatement immergé dans leur propre univers. Chaque pièce leur appartient. Les artistes osent, ils se dénudent, nous sommes en pleine création artistique, c’est émouvant et beau. Certains ont utilisés quelques documents ou mobilier abandonnés par les occupants précédents. Des procès-verbaux, des constats, des carnets de rendez-vous, la fameuse lampe (ou sa copie) d’interrogation…Tout est mis en exergue artistique dans la simplicité et l’efficacité.

On pourrait parler pendant des heures de cette exposition tellement la richesse est maitresse de ces lieux et de ces œuvres. Cependant, que de questions nous nous posons, nous simples visiteurs et amoureux de l’Art contemporain.

Alors que cet exemple d’exposition dans un lieu « adapté » dans une ville telle que Bordeaux, trouve sa place et répond à une très forte majorité de bordelais et de touristes, rien n’est fait pour retenir ces engouements. On se souvient de l’occupation artistique de la caserne Niel à son tout début de réhabilitation, qui aurait pu devenir un haut lieu artistique de la Ville mais transformé en une autre vocation. Ce bâtiment de Castéja est déjà affecté à tout autre chose qu’à l’Art. Autant d’occasions que la Ville rate en matière d’espace d’Art contemporain de haut niveau et de portée artistique internationale. Il est vrai que Bordeaux n’est pas Berlin !

Artistes de Tran5fert, dépêchez-vous de repérer un autre lieu éphémère sur Bordeaux afin que nous puissions à nouveau apprécier des Tran6fert, Tran7fert etc.

Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 10:13
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Norma à l’Opéra de Bordeaux : une leçon de chant avec les beaux yeux d’Elza !

Posté le Mercredi 27 mai 2015

Magnifique ! Envoutante ! La déesse de cette production de Norma de Vincenzo Bellini au Grand Théâtre de Bordeaux est Elza van den Heever. Dès son entrée, la salle reste figée et accrochée à ses premières notes et à la beauté de son timbre au velouté reconnaissable parmi tous. On sait immédiatement qu’elle sera une grande Norma. Malgré ce rôle déjà écrasant par l’écriture musicale et l’engagement scénique, sa montée au bûcher semble prématurée et on a envie de lui crier : « non, arrête ! » afin de continuer à savourer l’art de cette grande chanteuse. Son Anna Bolena de l’an dernier était une merveille, avec Norma, on est dans le sublime. A quand d’autres grands rôles belcantistes ? N’oublions pas non plus ses Verdi qui promettent de grands soirs. Je regrette de ne pas avoir pu aller l’entendre à Frankfort pour son Desdemone mais j’espère vivement que le Don Carlo affiché à l’Opéra de Bordeaux en ce début de saison, est pour elle. Chantant ce rôle à Strasbourg en juin prochain, il serait très étonnant qu’elle ne le chante pas à Bordeaux. A suivre !

Cette production aurait été un sans faute, si la mise en scène avait été à la hauteur des voix. Le décor nous laisse de marbre et pas forcément de grande beauté. On pourrait même dire le contraire. Il est laid. Courage aux artistes de monter et de contourner cet immense tronc central. La mise en scène proprement dite nous le fait par moment oublier avec de très fortes trouvailles et une lecture très intéressante de la physiologie des personnages.

Oubliez ce décor, fermez les yeux et écoutez !

Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 10:08
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Un sandwich grandeur humaine !

Posté le Samedi 18 avril 2015

Il faut le faire ! La jambe leste, une dame de la cinquantaine, descend du quai opposé à la rame du tram et se précipite sur les portes, appuie sur les tous les boutons, une porte puis l’autre sans se rendre compte qu’elle était du mauvais côté de la rame. Elle essayait d’ouvrir toutes les portes. Nous, sur le quai d’en face, piaillant comme des volailles en détresse, lui indiquions haut et fort de sortir de la voie. La rame en sens inverse devant arriver d’un instant à l’autre.

Un moment de grand frisson collectif ! Même si c’était l’heure du repas, nous n’étions pas prêts pour assister à une telle sandwicherie.

blog JCM @ 17:53
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A l’Opéra de Bordeaux : un troisième Tristan et Isolde pour le podium !

Posté le Lundi 30 mars 2015

Trois productions de Tristan et Isolde de Richard Wagner en deux mois. Après Toulouse et Strasbourg, aujourd’hui c’est au tour de Bordeaux d’afficher cette oeuvre, dans une mise en scène des plus abouties. Elle est signée Giuseppe Frigeni. Ces représentations ont lieu à l’Auditorium de Bordeaux dans un espace scénique spécialement aménagée pour l’occasion du sol au plafond.

Avant de parler de cette passionnante prestation bordelaise, je refuse de dire qu’elle est celle des trois productions françaises je préfère car dans aucune de ces trois j’ai été vraiment transporté à 100%. La principalement raison vient d’un élément commun aux trois : l’absence d’une Isolde de notre temps. J’ai entendu et vu trois Isolde au chant et au jeu assez « vieillots ». N’existe t-il plus d’Isolde à l’image d’une Waltraud Meir, d’une Nina Stemme, d’Evelyn Herlitzuis, d’une Janice Baird…sans parler de celles que nous n’oublierons jamais, Hildegard Behrens, Gwyneth Jones…toutes engagées vocalement, aux timbres jeunes, gouteux, puissants, reconnaissables ? Sans oublier pour toutes ces Isolde précitées, un très profond engagement scénique.

Celle de Bordeaux, Alwyn Mellor, à la voix métallique, aux aigus criés, me faisant sursauter chaque fois, m’a empêchée d’apprécier la magie de ce magnifique rôle. Son Tristan, en la personne de Erin Caves, possède le physique et surtout la tessiture, telle que nous nous l’imaginons pour un Tristan. Hélas sa voix est trop faible. Il se retrouve de ce fait, toujours un peu en retrait. Par contre, son 3ème acte est excellent. Il fait face à toutes les embûches de ce terrible acte. Janina Baechle est notre Brangäne, rôle qu’elle chante sur de nombreuses scènes internationales, est sans reproche mais assez conventionnelle. En la personne de Brett Polegato nous avons un très beau Kurwenal. Sa voix possède un relief et de très beaux accents souhaités. Son jeu discret est précis. Dans le roi Marke, Nicolas Gourjal abordait pour la première fois ce rôle tant rêvé de lui. Grace à la volonté du metteur en scène, il a gardé sa jeunesse physique malgré l’âge voulu du rôle. Sans avoir la voix caverneuse que nous attendons et entendons souvent dans ce rôle là, la sienne est puissante, bien projetée, tout en étant charnelle, puissante et colorée reconnaissable parmi toutes. Les seconds rôles tenus par Guillaume Antoine (Melot), Jean-Marc Bonicelet (le pilote) et Simon Bode (le berger). Une mention spéciale pour celui-ci car il assure pendant tout le 3eme acte un complément de rôle muet, du plus grand effet. Il est bien évident que nous devons cette trouvaille à Giuseppe Frigeni qui n’arrête pas de nous faire réfléchir tout au long de l’ouvrage par des éléments minutieux de mise en scène. La liste en est longue et toujours passionnante. Jamais je n’ai vu un Tristan avec autant de niveaux de lectures de l’oeuvre dans la même soirée. Le tout dans un bain de lumières aux changements quasiment permanents, appuyant certains mots ou situation. Chaque scène ou leitmotiv a sa couleur. Ancien assistant de Robert Wilson, il nous offre des déplacements et des gestes dignes de ce maître. Le décor est parfaitement adapté au lieu puisqu’il habite les contours des gradins. L’effet scénique est par moment féérique. Esthétique ou esthétisme ?

Il a souhaité présenter l’oeuvre comme une immense boucle, basée sur les visions d’un mourant au portes immédiates de la mort. En effet dès l’ouverture du premier acte nous voyons Tristan mort sur son lit. A l’arrivée d’Isolde et de Brangäne, il se « réapproprie » la vie, d’ou cette distance permanente voulue par le metteur en scène, avec ses partenaires. Au troisième acte le jeune berger se transforme en espèce de chaman accompagnant Tristan dans le rêve de sa mort, jusqu’à avoir un sursaut spasmodique lorsque Isolde achève son air final. Nous pourrions citer des dizaines d’exemples de détails de cette subtile et intelligente mise en scène et direction d’acteurs. Ayant assisté aux deux premières représentations, il semble que certaines gestuelles ont disparu dans les déplacements de certains, remplacées chez d’autres par des gestes conventionnels de style concours de conservatoire. Dommage !

Je garde bien sûr pour la fin celui qui a obtenu, et à très juste titre, la plus grande ovation. Il s’agit de Paul Daniel à la tête de l’orchestre national de Bordeaux Aquitaine. Quel équilibre entre la fosse, la salle et les chanteurs ! De la haute voltige. A aucun moment la musique a couvert une voix. Ce qui prouve que Wagner n’a pas besoin de se jouer avec excès sonores. Je ne sais pas si c’est le fait que l’orchestre soit placé presque intégralement sous la scène, mais dès que l’on ferme les yeux, les souvenirs acoustiques de la Colline verte remontent. Paul Daniel sait donner à son orchestre des sonorités de miel splendides et des nuances de délicatesse presque inaudibles, mais tellement adaptées à l’oeuvre et à la salle. Du travail de dentelier. Vivement d’autres Wagner !

Jean-Claude Meymerit

PS : au fait, quelle est la production qui va se trouver en n°1 sur le podium national ?  Aucune.

 

blog JCM @ 21:48
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