Au Capitole de Toulouse : ô, ma Carmen adorée !

Posté le Mardi 17 avril 2018

Depuis de très nombreuses années, ô, combien de Carmen, de Don José, de Micaëla, d’Escamillo …dans mes oreilles ! Il faut savoir qu’à une certaine époque, rien qu’au Grand Théâtre de Bordeaux, l’opéra de Bizet se donnait, une à deux fois par saison lyrique, avec des distributions toujours différentes. C’est ainsi que nous y avons vu et entendu de la plus vulgaire à la plus sophistiquée des Carmen, du plus précieux au plus « bourrin » des Don José, de la plus engagée à la plus mièvre des Micaëla, du plus insipide au plus hargneux des Escamillo. Je ne parle pas des voix de certains chanteurs et chanteuses qui ont suscité dans le passé et ces dernières années des tonnerres d’applaudissements pour certains et des broncas pour d’autres. Ovation à l’époque pour une certaine Viorica Cortez dans Carmen, un certain Ernest Blanc dans Escamillo et une certaine Michèle Besse dans Micaëla. Des rires dans la salle pour une Carmen scéniquement vulgaire à souhait et pourvue d’une voix très laide, ou plus récemment un certain Escamillo qui ayant dû se tromper de rôle et qui face aux huées, a tout abandonné dès le lendemain, etc . C’est ça aussi l’Art lyrique, avec ses hauts et bas.

Par contre, ce dimanche à Toulouse, ovation spontanée pour toute la production, du plus petit rôle à l’héroïne principale. Quel plateau ! Tous les seconds rôles portent les personnages avec l’énergie et le chant souhaités. Très beau succès à tous. Pour illustration, je ne citerai que le personnage qui passe souvent inaperçu, Lilas Pastia. Celui de Toulouse, imposant et omniprésent grâce à Frank T’Hézan ne s’oublie pas. Et pourtant ce rôle n’a rien d’extraordinaire…Comme quoi le moindre petit rôle a une importance capitale dans l’équilibre d’une production. Lorsque sont affichés Luca Lombardo en Remendado, Olivier Grand en Dancaire, Marion Lebègue en Mercédes, Charlotte en Frasquita, Anas Seguin en Morales et Christian Tréguier en Zuniga, la magie opère.

Dimitry Ivashchenko dans Escamillo a la prestance imposante d’un gagneur macho avec de très belles nuances vocales. Anaïs Constant dans Micaëla, même si elle manque encore un peu de « niaque » vocale, nous a offert son air avec les notes graves que j’adore et qui me semblent indispensables, posées sur le « mais je ne veux pas avoir peur… ». C’est rare de nos jours ! Notre Don José est Charles Castronovo qui a su rester dans le cadre de son personnage aussi bien scéniquement que vocalement entre indifférent, repenti, amoureux transis, amoureux fougueux. Un très beau Don José.

Dans le rôle titre, une Carmen que je chéris plus particulièrement, Clémentine  Margaine. J’ai eu la chance de la découvrir au tout début de sa carrière, au Deutsche Oper de Berlin en 2013, où elle était en troupe sédentaire, dans Maddalena de Rigoletto et dans Carmen. Actuellement, elle triomphe sur la scène internationale dans de grands rôles : Carmen, Dalila, Anna des Troyens, Marguerite de la Damnation de Faust, Léonor de la Favorite…Sa Carmen de Toulouse possède toujours ces incroyables graves d’une beauté charnelle et d’une puissance insolente.

L’Orchestre national du Capitole, placé sous la direction d’Andrea Molino, le Choeur du Capitole, toujours au sommet du chant lyrique français, et la Maîtrise du Capitole ont reçu l’ovation très justifiée. Un mot sur la mise en scène Jean-Louis Grinda que j’ai adorée. Simple, moderne et traditionnelle à la fois, efficace, esthétique… autant de mots que nous aimerions apposer un peu plus souvent sur d’autres ouvrages présentés sur les scènes lyriques. Son clin d’oeil aux oeuvres de Richard Serra exposées au Guggenheim de Bilbao est saisissant.

Mon seul regret dans cette production, est le choix de la version « opéra comique » avec dialogues parlés. J’en ai marre de ces versions avec ces dialogues plus ou moins longs, triturés à en être ridicules à souhait. Comme souvent ces textes sont très mal dis avec des voix inaudibles ou désagréables. Au Capitole, les phrases sont interminables. Elles coupent toute l’action et l’émotion. Je suis un inconditionnel de la version « Guiraud ». Avec elle, l’œuvre est limpide, on ne se perd pas dans des considérations inutiles appelant même à sourire tellement ces dialogues sont stupides. Avec les récitatifs de Guiraud, Carmen devient alors un immense fleuve dramatique musical. C’est mon choix !

Jean-Claude Meymerit, dimanche 15 avril 2018

 

 

JCM-Bordeaux @ 17:42
Enregistré dans critiques lyriques
Lucia di Lammermoor au Grand Théâtre de Bordeaux : une double vision !

Posté le Vendredi 6 avril 2018

En changeant de place entre les deux parties de l’ouvrage, j’ai eu l’impression d’avoir assisté à deux versions de l’œuvre de Gaetano Donizetti.

Pendant toute la première partie (actes 1 et 2) je ne pouvais pas lire le surtitreur, ce qui en soi ne me dérange pas et me plait même beaucoup mieux. Ce qui se déroulait sous mes yeux ressemblait plus à un grand déballage de vide grenier à faire pâlir les brocanteurs de la place des Quinconces de Bordeaux, qu’à un palais écossais du 17°. Les chanteurs, choristes et figurants arpentent cet amoncellement de meubles, les déplacent les font tomber… leur donnant ainsi presque une existence corporelle. De splendides lumières de Fabio Barettin soutiennent énergiquement tout cet ensemble. Très spectaculaire. A l’aise dans le visuel de ce capharnaüm, j’y ai pioché tous les éléments souhaités, à mon rythme et mon choix avec les références que j’avais sur l’œuvre.

Pendant la seconde partie (acte 3), je pouvais lire les surtitrages – si j’ai changé de place, c’est simple : j’en avais assez de tous ces gens autour de moi, qui passaient leurs mails et leurs SMS pendant le spectacle tout en commentant leur envois ou qui gesticulaient outrancièrement, pour essayer de capter une syllabe par ci-par là sur le surtitreur –  Insupportable !

A ma nouvelle place, ne pouvant pas échapper cette fois-ci au surtitreur, tout mon univers de rêverie, de fantasmes s’envolait. J’avais sous mes yeux des doubles lectures, des images télécommandées, mon imaginaire s’était évaporé. Ce constat est dû à la mise en scène de Francesco Micheli, foisonnante d’idées et de détails qui à eux seuls suffisent à la compréhension. Esthétiquement j’ai adoré cette production. Ces meubles descendants des cintres, ces levers de la toile de fond de scène cachant ou laissant apparaître les chœurs, la scène de la folie avec cette immense table et les verres de vin rouge – allias le sang d’Arturo – remplis à différentes hauteurs donnaient l’illusion d’être devant un harmonica de verre souhaité par Donizetti, pour cet air de la folie. Le dernier tableau de l’œuvre, lorsque Edgardo se trouve dans le cimetière de ses aïeuls, au milieu de tous ces corps de choristes hommes allongés et alignés sur le sol, est d’une force inouïe et frappe l’esprit. Cette mise en scène est digne de grandes scènes lyriques.

Seulement, avec le surtitrage nous avons l’impression que nous, public, sommes incultes ou stupides. Aussi, trop de placages entre les paroles du surtitreur et ce que nous voyons sur scène, est insupportable. Dans cette production, c’est en effet trop souvent le cas. Pouvons-nous laisser partir notre imaginaire et nos émotions lorsqu’on est toujours en train de tout vous expliquer ou de vous donner la main ? Non ! Cet opéra n’a pas non plus un livret à vous donner des insomnies.

Un petit mot sur les chanteurs. Dommage que l’interprétation ne soit pas à la hauteur de l’ambition de la production. Autour de la composition originale et efficace du « flash back » voulu par le metteur en scène, du magnifique Florian Sempey dans le rôle d’Enrico ainsi que l’imposant Raimondo en la personne de Jean Teitgen, j’ai eu quelques difficultés à apprécier le Edgardo de Julien Behr. Son premier acte fut laborieux et son dernier guère mieux. Pour Lucia, malgré la beauté de son chant bien fait, je n’ai pas trouvé en elle ce quelque chose qui émerveille et qui émeut. C’est beau et bien et alors ? Il est vrai que cette œuvre est encore dans le giron de l’époque dit Bel canto, mais après avoir vu et écouter sur scène des Mosuc, Dessay, Anderson, et surtout Damrau, Georgia Jarman me semble un peu pâlotte. Les autres artistes de cette production bordelaise campent leurs personnages avec beaucoup d’intentions vocales et physiques.

Un grand bravo aux artistes du Choeur de l’Opéra national de Bordeaux toujours au top et aux lumineuses sonorités et à leur investissement dans tous les nombreux jeux de scène souhaités par le metteur en scène. Bravo aussi à l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, qui, placé ce soir sous la Direction de Pierre Dumoussaud, nous séduit comme à l’accoutumée par sa précision et son respect du public, sachant s’adapter à l’acoustique du Grand Théâtre comme dans un gant de soie.

Jean-Claude Meymerit

Nota : comme à l’accoutumée, j’aime bien revoir la même production plusieurs fois de suite afin d’en savourer les modifications éventuelles de jeu et de mise en scène et surtout apprécier l’évolution des voix etc.. En cette dernière de hier au soir 11 avril par rapport à celle du 5 avril dernier, rien n’a bougé. Assez étonnant. Les faiblesses sont toujours au rendez-vous. On ne peut pas parler de fatigue mais de voix non adaptées à certaines de ces rôles.

Pour l’anecdote, j’ai aperçu hier au soir un petit détail qui m’a fait beaucoup rire. Pour son air de la folie, Lucia avait sur l’avant bras droit un morceau de sparadra. La pauvre pensas-je ! C’est elle qui trucide son promis à coups de couteau et c’est elle qui a un petit pansement d’une blessure à l’avant bras ! C’est tout, mais ça me fait beaucoup rire ! Surtout que le metteur en scène la fait arriver de la chambre sans une goutte de sang sur la robe…

JCM-Bordeaux @ 11:59
Enregistré dans Non classé
A chacun ses mots !

Posté le Samedi 31 mars 2018

« Excusez-moi Monsieur, y a t-il un coin mercerie dans le magasin » ?

Au regard ahuri du caissier de cette enseigne commercial à la célèbre voyelle, venant d’enregistrer ma question, je compris rapidement que quelque chose ne fonctionnait pas. D’où venait ces quelques secondes de panique dans chacun de nos deux cerveaux ? Avais-je demandé une chose odieuse, insolente ? M’étais-je trompé de nom ?

Je repris mon souffle et je repose ma question « y a t-il un coin mercerie dans le magasin ? ». Le vendeur me demanda ce que je veux dire « mercerie. » Après lui avoir presque donné par cœur, à une voyelle près, la définition du Larousse, il m’avoua qu’il ne connaissait pas ce mot et m’indiqua toutefois le chemin à prendre dans le magasin, vers un tout petit rayon coincé entre les yaourts et les aliments pour chiens. Peu importe j’avais trouvé mon bonheur.

Au passage à sa caisse avec mes aiguilles et boutons, j’imaginais : et si à sa même place de caissier, ce même jeune homme m’avait demandé ce qu’est un corner à la rémoise – moi qui est toujours pensé que c’était un gâteau à la crème que l’on servait aux joueurs de foot lorsqu’ils avaient marqué un but – je l’aurais envoyé au rayon pâtisserie de cet enseigne !

JCM-Bordeaux @ 19:30
Enregistré dans anecdotes
Hérodiade à l’Opéra de Marseille : la magie d’antan !

Posté le Samedi 24 mars 2018

Quel bonheur de revoir cet Hérodiade de Jules Massenet, disparu des affiches lyriques depuis les années 70 !

Après de nombreuses mises en scènes d’opéras, vues dans diverses salles, en décalage absurde et à grands coups financiers avec les deniers publics, n’apportant rien à un public fidèle et encore moins à un nouveau public, Marseille ose le grand opéra français avec une distribution quasi 100% française dans une mise en scène sobre, belle et efficace.

Tous les ingrédients sont réunis pour retrouver les héros de cet opéra, oubliés depuis des décennies.

Un décor unique orné d’immenses cierges design, disposés différemment au fil des actes avec quelques projections vidéos de fond sont magnifiques et profondément évocatrices : le ciel étoilé pendant le monologue de Phanuel est magique et le mur de Jérusalem planté de clous saignants pendant la scène finale est sublime. Jean-Louis Pichon, réputé pour être un homme respectueux des œuvres nous offre avec cette production un bel exemple de mise en scène porteuse d’efficacité et de beauté.

Cet ouvrage de Massenet, comprend des passages musicaux somptueux aux leitmotivs à la Wagner. Comme un catalogue qui se feuillette devant nous, chaque air, duo, ensemble, page musicale..toutes les voix sont sollicitées au maximum surtout dominées par les trois chanteurs hommes avec en prime la classe légendaire de Jean-François Lapointe en Hérode, la force vocale de Nicolas Courgal en Phanuel, l’engagement vocal et la beauté du timbre de Florian Laconi en Jean. La diction de ces trois chanteurs est impeccable, pas besoin de surtitreur. On ne pas en dire autant des deux chanteuses, Inva Mula et Béatrice Uria-Monzon. Est-il difficile de prononcer « a » au lieu de « aou » ou « in » au lieu de « ouin » ? C’est incroyable que personne ne puisse persuader les chanteurs français de travailler leur diction surtout lorsqu’ils chantent des œuvres en langue de leur pays. Béatrice Uria-Monzon, avec sa puissance dans les aigus et son magnifique port altier de reine, est une imposante Hérodiade. Par contre, je ne suis pas sûr que le rôle de Salomé soit idéal à ce stade de la carrière d’Inva Mula. N’est-ce pas trop tard ? Parmi les autres seconds rôles je n’ai retenu que les quelques phrases chantées en coulisses par Christophe Berry. Du très beau chant. Dommage qu’un imbécile dans la salle l’ait hué au salut final car même si cet énergumène l’a confondu avec le metteur en scène (c’est ce que je présume !) son geste a déstabilisé le chanteur au moment du salut.

L’Orchestre de Marseille, dirigé par Victorien Vanoosten, en symbiose totale avec le plateau, est royal. Il a reçu l’ovation méritée, comme le Chœur de l’Opéra aux sonorités exceptionnelles.

Si j’ai personnellement beaucoup apprécié ce spectacle, je suis un peu déçu du public marseillais. Pas un seul rappel. Le rideau est tombé aussitôt que tous les protagonistes ont eu fini de saluer individuellement. C’est chiche ! Il faut dire aussi que la salle était fortement clairsemée. Dommage !

Pendant les 700 kms qui me séparent de Bordeaux, j’ai eu le temps de me remémorer tous ces spectacles d’opéras qui faisaient d’antan les beaux soirs des théâtres lyriques nationaux, comme Hérodiade, Sigurd, la Juive, l’Africaine…

Jean-Claude Meymerit

 

JCM-Bordeaux @ 20:54
Enregistré dans Non classé
Y-a-t’il une clé à pipe dans le train ?

Posté le Lundi 12 février 2018

Une annonce dans le train par le contrôleur :

« Il y a un petit garçon qui vient de se coincer le bras entre deux sièges. J’ai pu deviser un côté mais pour l’autre côté je n’ai pas pu car je n’ai pas de tournevis adapté. Quelqu’un aurait-il une trousse, avec une clé à pipe ?

La démarche du contrôleur était bien, mais qui part en voyage avec sa trousse de tournevis et de clés à pipe ?

JCM-Bordeaux @ 12:40
Enregistré dans anecdotes
Quand la nudité éclaire des bêtes de scène !

Posté le Samedi 10 février 2018

Ayant lu d’excellentes critiques, et autant de moins bonnes, sur le dernier spectacle d’Emma Dante, célèbre chorégraphe-dramaturge-metteure en scène de la scène italienne, je me décide lors d’un de mes passages à Paris d’aller applaudir son dernier spectacle « Bestie di Scena » (Bêtes de scène). Cette création du Piccolo Teatro di Milano présentée au Festival d’Avignon en 2017, est actuellement en ce début février 2018 à l’affiche du Rond-Point.

Sept femmes et sept hommes, sur un plateau entièrement nu, s’échauffent en direct pendant que les tous premiers spectateurs commencent à s’installer. Rien d’original. Nous nous trouvons, face à un  tableau largement usité par des centaines de compagnies. Rien de passionnant à voir gesticuler des comédiens dans des tenues du quotidien pendant plus de quinze minutes.

A l’heure dite du début du spectacle, les lumières de la salle baissent très lentement pendant que les comédiens-danseurs, dans une chorégraphie d’une grande précision, s’avancent à tour de rôle en avant-scène pour se commencer à se dévêtir. Les tee-shirts, les joggins, les chaussures, les chaussettes valsent au niveau du premier rang de la salle. Lorsque les quatorze personnages sont entièrement nus, leur jeu consiste à cacher mutuellement leurs parties intimes. C’est cocasse et assez drôle.

Puis le spectacle s’enchaîne ou plutôt se déchaîne. Avec la venue original sur scène d’objets usuels (jerrican d’eau, poupée, pétards, balais, fausses cacahuètes…). Les corps se libèrent et bougent sans aucune retenue. Que ces corps soient beaux ou ingrats, petits ou grands avec de petits ou de gros seins ou des pénis aux tailles libres…, la palette de toutes ces différences voyantes fait disparaître tous les aprioris sur la nudité de corps humains. Ces disparités s’effacent très rapidement, comme si nous nous retrouvions tous sur scène, à poil ! Chacun de nous se reconnaît, ou imagine quelqu’un de ses connaissances. Pendant une heure, nous nous voyons tous sur scène, représentés par ces quatorze comédiens. Ne soyons pas hypocrites, qui n‘a pas imaginé ses collègues, ses patrons, ses voisins en tenue minimum. Les adeptes du naturisme doivent être contents car nous retrouvons dans ce spectacle quelques préceptes de leur philosophie.

Aucun voyeurisme, de l’Art au naturel.

Même si j’ai apprécié certains tableaux de ce spectacle, je n’ai pas entièrement adhéré à l’ensemble. Qu’a voulu démontrer précisément la metteure en scène ? Je n’y ai vu que le reflet d’un échantillon de notre société à l’état pur et sans tabou. C’est déjà pas mal, mais d’autres créateurs ont déjà abordé ce sujet. Rien de neuf sous le soleil, malgré les originaux tableaux magnifiquement réglés.

Ce soir là, j’avais derrière moi des « hystériques » qui gloussaient à tous moments même sur des scènes les plus anodines. Je pense que c’est plutôt dû à un mal à l’aise devant la nudité permanente qui a dérangé ces personnes.

Si ce spectacle a pu démystifier certains préjugés sur la nudité du corps humain c’est gagné et je dis bravo ! Pas sûr !

Jean-Claude Meymerit

 

JCM-Bordeaux @ 23:35
Enregistré dans autres critiques
La Walkyrie au Capitole de Toulouse : un festival de voix !

Posté le Dimanche 4 février 2018

Ayant toujours en mémoire cette production de la Walkyrie de Nicolas Joël créée en 1999, je ne pouvais pas rater cette reprise toulousaine. A cette époque nous avions eu la chance d’y applaudir l’immense Wotan de James Morris. Un majestueux Wotan dans un décor imposant, cette image restera indélébile dans ma mémoire. Quelle classe ! Cette magie s’est renouvelée en 2003 à l’Opéra de Nice, avec ce même Wotan.

La reprise de cette production en ce début de février 2018 toulousaine dépassa toutes mes espérances. Commençons par cet imposant décor, sombre, composé d’un immense escalier central surmonté de portiques et de sculptures massives et plus particulièrement ces ensembles de chevaux en mouvement. Le tout sur un fond de scène formé de structures en croisillons, symboles d’enfermement ou de propre piège  des protagonistes ou à celui tendu par les autres. Où est passé le côté miséreux du baraquement de Hunding, où sont passés les paysages extérieurs de montagne, bois ou autre ? Peu importe. Tout se passe dans les méandres de cet escalier et son décorum. J’aurais aimé toutefois un peu de précision dans les jeux de lumières qui auraient prolongé nos émotions. Je veux parler de l’éclairage sur l’épée plantée dans le frêne et de tous ces éclairages un peu crus qui laissaient trop apparaître les marques techniques au sol.

Côté distribution, du haut vol. Impossible de sortir de l’emprise, sans exception, de toutes ces voix. J’attendais avec impatience la prestation de Daniela Sindram dans sa prise de rôle de Sieglinde. Habituée à chanter Fricka, je croyais qu’il y avait une erreur dans l’impression de la programmation. Sa Sieglinde est élégante, avec sa voix de mezzo et ses éclatants aigus de soprano dramatique, elle réunit toutes les lignes de chant et les tonalités passant d’un registre à l’autre avec une aisance à couper le souffle. La Fricka de Elena Zhidkova nous donne le frisson par sa volupté de timbre et son jeu de femme maîtresse. Comment ne pas résister à ses ordres ! Anna Smirnova dans Brünnhilde nous cloue littéralement au siège. Je n’ai jamais entendu ce rôle chanté avec autant d’engagement et de puissance de voix. Puisqu’il s’agit d’une mezzo, elle nous gâte par ses magnifiques graves puis nous entraîne dans des envols d’aigus d’une puissance inouïe. Son « hojotoho ! » d’entrée annonce immédiatement la suite de son interprétation. Jusqu’à la dernière note, pas un moment de faiblesse dans la voix, même dans les instants d’émotion et de tendresse avec son père, les coup de glaives de sa voix sont toujours omniprésents pour notre seul bonheur. Du grand art !

Comment ne pas être transporté par ce choeur des Walkyries. On regretterait presque de ne pas être un de leur prisonnier. Une homogénéité vocale rarement entendue. Chacune d’entre-elles semblait pouvoir être une Brünnhilde, une Fricka ou une Erda. Grandiose !

Côté homme, Thomas Konieczny en Wotan, au timbre si reconnaissable et si particulier, sculpte chaque mot et chaque note de la partition en évoquant à tout instant ses désirs de puissance, mais également ses regrets d’echec de père. Les adieux à sa fille sont troublants, ses dernières phrases, d’une insolente beauté de puissance vocale, sont bouleversantes. Dimitry Ivashchenko dans Hunding n’a pas, comme la plupart des titulaires de ce rôle, cette méchanceté bestiale et vulgaire. Lui, est tout simplement jaloux et veut terminer sa mission vengeresse en modulant une magnifique voix aux splendides sonorités. Michael Köning, dans Siegmund, nous séduit par cette voix claire et puissante, projetée sans effort et sans perdre aucune des intentions. Vocalement, son premier acte est exemplaire.

L’Orchestre national du Capitole placé sous la baguette de Claus Peter For, s’est montré comme à l’accoutumée, maître de la fosse. Aucune saturation auditive, le Chef a su équilibrer l’ensemble avec une maîtrise absolue jusque dans les sonorités détaillées des instruments.
Une Walkyrie digne des plus grands festivals dédié à Wagner.
Jean-Claude Meymerit
3 février 2018
JCM-Bordeaux @ 14:43
Enregistré dans critiques lyriques
A l’Opéra de Bordeaux, Pelléas et Mélisande…grandissime !

Posté le Lundi 22 janvier 2018

Quel parcours de combattant pour avoir une place ce dimanche 21 janvier à l’Auditorium de Bordeaux pour assister à la seconde et dernière représentation (pourquoi que 2), de Pelléas et Mélisande de Claude Debussy.

Avant même de l’avoir vu, on sentait déjà qu’il ne fallait pas rater un tel événement lyrique. L’affiche affichait un plateau de rêve.

Après l’avoir vu, on conseillerait même que c’est le spectacle qu’il est obligatoire de voir ou d’avoir vu une fois – ou plusieurs fois – dans sa vie. Tout y était réuni. Aussi, il est très difficile de savoir par qui ou par quoi commencer. La réussite en revient en tout premier à l’Orchestre national de Bordeaux Aquitaine avec à sa tête Marc Minkowski. Un fleuve de velours aux contours mordorés. Quelle magie d’équilibre entre ses musiciens tous placés sur scène et les chanteurs jouant et se déplaçant tout autour. C’est alors qu’opère la signature du metteur en scène Philippe Béziat lorsque les lumières de la salle s’éteignent et que le plateau avec en son centre l’orchestre entouré de praticables, de voilages noires et d’un immense fond noir de scène, sur lequel sont projetées des séquences vidéos.

Ce ne sont pas les vidéos en soi qui sont passionnantes – peut-être même un peu trop – , mais plus les espaces ou elles sont projetées. De plus, leur traitement en noir et blanc est fabuleux de classe. Des forêts, de l’eau, des regards, des grottes…des profondeurs de champ et du trompe l’œil à couper le souffle. Avoir utilisé un grande partie de la salle – aux dépends des spectateurs qui n’ont pas pu avoir de places - dans toute sa hauteur et largeur, est grandiose. Le metteur en scène Philippe Béziat connaissant parfaitement cet ouvrage – l’ayant traité au cinéma - a aussi une grande connaissance de l’espace et de l’esthétique. Ce fut pour moi, un très grand choc visuel.

Sa direction d’acteurs est aussi exceptionnelle. Tous bougent avec précision en exprimant en continu toutes leurs émotions, par leurs gestes, leurs postures et les expressions de leur visage. Les chanteurs sans exception sont les personnages. Que dire des voix ?

La sublime et mal reconnue des directeurs de théâtre, Sylvie Brunet-Grupposo, aborde à nouveau le rôle de Geneviève avec toute l’intelligence vocale (et quel timbre !). Jérôme Varnier reprend le rôle d’Akel qu’il aborde lui aussi sur de nombreuses scènes. Sa chaleureusement voix de basse toujours appréciée, est mise au service de ce personnage complexe et profond.

Les trois principaux rôles, sont des prises de rôles. Alexandre Duhamel apporte à Golaud toutes les facettes voulues par ce rôle avec une voix chaude et puissante au jeu précis et torturé. Un très expressif Golaud. Chiara Skerath est Mélisande à qui elle s’en remet toute entière. Dès son apparition, on devine qu’elle est déjà perdue aux deux sens du terme. Sa fragilité jusqu’au destin final nous émeut, grâce aussi à cette très belle voix à la fois légère et engagée aux tendres médium. Séduisante découverte. Reste le personnage de Pelléas. On ne remerciera jamais assez Stanislas de Barbeyrac d’avoir tenté ce rôle. Il est Pelléas par la voix, le physique, le jeu. Sa magnifique voix de ténor aux larges médiums nous enchante. Tout est beau. De plus c’est un fin comédien. Vivement que nous le revoyons dans ce rôle.

Si par hasard, Monsieur le Directeur de l’Opéra de Bordeaux, vous tombez sur ce modeste billet, pensez à Sylvie Brunet et à reprendre sans trop tarder ce fabuleux Pelléas.

Jean-Claude Meymerit

22 janvier 2018

 

JCM-Bordeaux @ 18:13
Enregistré dans critiques lyriques
A l’Opéra national d’Amsterdam, un Tristan et Isolde d’amour !

Posté le Lundi 22 janvier 2018

Il n’était pas question de rater cette production co-produite par le Théâtre des Champs Elysées et l’Opéra de Rome. Ne l’ayant pas vue à Paris, je m’empresse de me rendre à Amsterdam, d’autant plus que la distribution proposée me semblait plus intéressante que celle des deux autres théâtres partenaires. Réunis en cette première du 18 janvier, sur l’immense plateau du National opéra et ballet d’Amsterdam, tous les noms des chanteurs affichés laissaient prévoir une représentation de rêve. Ricarda Merbeth, Stephen Gould, Günther Groissböck, Michelle Breedt, Iain Paterson… Ils allaient nous enchanter.

Tous ces artistes, je les connaissais et je venais de les applaudir, pour la plupart, cet été à Bayreuth, tout au moins Merbeth, Gould et Paterson affichés dans une mise en scène de la petite fille de Wagner. Autant l’approche et la mise en scène de cette dernière ne m’ont pas du tout séduites et émues, autant celle de Pierre Audi à Amsterdam m‘a profondément passionnée.

Certes, elle n’effacera pas toutes ces mises en scènes que j’ai eu la chance d’applaudir à droite et à gauche aux quatre coins de l’Europe. Mes préférences allant à celle d’Olivier Py à Angers, de Kaus Guth à Dusserdorft, d’Alex Ollé à Lyon, de Christophe Marler à Bayreuth, sans parler de celle d’Antony Macdonald à Strasbourg que j‘ai adorée, sans oublier celle de Giuseppe Frigeni à Bordeaux.

Celle de Pierre Audi est passionnante par ses presque non-dits ou ses non-montrés. Les décors bougent, les lumières animent sans arrêt le plateau, les chanteurs font de grands déplacements occupant l’ensemble de l’immense espace. C’est très théâtralisé, voire géométrique ; la direction d’acteurs se voit et cela m’intéresse. Voir le faux… D’autant plus que les deux héros se croisent, se regardent sans se regarder, se parlent sans se parler etc. Qui joue avec qui ? On cherche, on hésite, on veut comprendre à tout instant les intentions du metteur en scène. Pas de filtre de mort ou d’amour sous forme liquide, mais la manipulation d’une pierre noire et d’un diamant. Ces deux pierres aux pouvoirs magiques se retrouvent en grandeur géante en décor principal au second acte. C’est passionnant. Cette œuvre se prête tellement bien à toutes ces interprétations.

J’aurais une petite réserve pour la scène finale avec le  grand air d’Isolde. Je trouve qu’il a manqué au metteur en scène, un soupçon d’imagination pour cette fin tant attendue et appréciée du public. Dans la production d’Audi, on reste un peu sur sa fin.

Côté chanteurs, quoi dire ? Que Ricarda Merbeth est toujours une Isolde engagée au timbre clair, symbolisant bien un jeune Isolde. Sa voix est puissante et ses aigus cinglants. Stefen Gould est toujours immense dans ce rôle. Pas un seul instant de fatigue, quelle puissance lui aussi dans les aigus et quelle clarté. Dans le rôle du roi Mark, le plaisir apparaît dès les premières notes de Günther Groissböck. Son personnage et sa voix sont à l’opposé de certains rois Mark trop vieux ou aux voix trop profondes qui en font des personnages voués à être cocus. Chez Goissböck, sa jalousie est visible avec beaucoup de jeunesse et d’humanité, sans fatalisme.

Tous les autres rôles sont défendus avec beaucoup de présence aux voix idéales pour ces rôles en citant tout particulièrement Michelle Breedt et Iain Paterson, habitués à leur rôle respectif.

Marc Albrecht conduit avec grandeur et précision le magnifique Orchestre Philarmonique des Pays-Bas. Il fut longuement ovationné.

Je ne peux pas finir ce billet sans signaler mon admiration au public d’Amsterdam qui, sans manifester avec hystérie ou hurlements débordants, son plaisir et sa joie, s’est levé d’un bloc aux premiers applaudissements. Une salle debout, du parterre au dernier balcon, ainsi que tous les musiciens de l’orchestre. Quel tableau émouvant ! Du jamais vu. Puis quelques instants après les bouquets de fleurs arrivent et sont distribués à l’ensemble de tous les chanteurs. Quelle classe. On peut alors vraiment parler d’amour entre les artistes et le public. Bel exemple !

Jean-claude Meymerit

19 janvier 2018

JCM-Bordeaux @ 15:59
Enregistré dans critiques lyriques
Quel « touchant » aurevoir !

Posté le Dimanche 21 janvier 2018

À l’aéroport d’Amsterdam, je me présente au poste de contrôle de l’embarquement. Autant à l’aller, à l’aéroport de Bordeaux, le contrôle était réduit à son strict minimum, autant celui du retour a été des plus…touchants.

Je veux parler bien sûr de palpage manuel de mon auguste corps, en plein public, effectué par un expert du doigté ressemblant plus à un Brat Pitt grisonnant qu’à un ours mal léché gavé aux sucreries hollandaises. Tant qu’à être « tripoté », autant que le partenaire ne soit pas désagréable.

C’est parti ! Sous le portique, jambes écartées, bras en l’air. Scann en cours. Raté, cela ne suffit pas. Ce playboy me fait sortir de cette cabine-sas et me redemande de me remettre les jambes écartées et les bras en l’air au milieu des voyageurs qui passaient, eux, sans se faire tâter. Il faut imaginer le tableau. Tout mon corps y passa et chaque fois il trouvait quelque chose – grosseur dans ma poche due à un mouchoir en boule, dans l’autre poche une petite grosseur due à une pastille de chewing-gum -, puis dans la poche de ma chemise – un volet de 10€-. Lorsqu’il s’est mis devant moi penché en avant pour mieux m’encercler, comme si nous nous connaissions depuis l’enfance et se séparant à jamais, hardi petit ses doigts se faufilent dans mon pantalon, frôlant gracieusement les contours de mon anatomie. Je pensais qu’il était tombé follement amoureux de moi. D’accord Amsterdam est une ville libre mais à ce point là…..

Lorsqu’il me palpa la poitrine et sous les bras, je n’ai pas pu m’empêcher de rire aux éclats car il me chatouillait. Lorsqu’on a les bras levés le phénomène est pire. Comme l’élévation de mes bras avait fait sortir la chemise de mon pantalon, j’appréhendais qu’il me touche les poignées d’amour, zone qui me font hurler (de rire) tellement, à ces endroits là, je suis chatouilleux. Comme ses doigts n’avaient pas choisi ces sensibles lieux, j’ai pris les devants et mis mes mains sur ces parties de corps pour lui signaler qu’il n’y touche pas. Hélas, peine perdue. Il me fait relever les bras et subitement mit ses mains sur mes hanches en me chatouillant ce qui me fit crier de rire puis il m’a serré fort dans ses bras. Situation rocambolesque. Bien sûr, il avait fait exprès et cela avait amusé toute la galerie et fait rire ses collègues. Quel farceur !

Alors que derrière moi les voyageurs passaient tranquillement sans être aucunement inquiétés, pourquoi ai-je été choisi, moi,  par ce bel âtre ? Peut-être pour me dire un aurevoir plus chaleureusement. Que ces amsterdamois sont « touchants » !….

Jean-claude Meymerit

20 janvier 2018

JCM-Bordeaux @ 12:07
Enregistré dans anecdotes
12345...20