Dialogue de sourds

Posté le Jeudi 25 février 2010

Sur le quai d’une station de tram :
Un homme attend, la tête bien enfoncée dans un bonnet de laine lui couvrant entièrement les oreilles.
Une dame arrive, rien sur la tête, les cheveux au vent. Ils se connaissent. Comment allez-vous ? Que devenez-vous ? demande la dame.
Le monsieur répond un quelque chose et la dame lui dit : pardon ! je n’ai pas compris ! et elle met sa capuche de manteau lui cachant presque tout le visage.
Lui, aussitôt, enlève son bonnet pour répéter sa réponse. Elle lui répond un quelque chose à son tour et lui à ce moment là , dit : pardon ! j’ai pas compris ! et il remet son bonnet.
Elle enlève sa capuche et répète sa question.
Le tram est arrivé. Dommage ! Ce petit jeu aurait pu durer des heures.

blog JCM @ 20:45
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Jeunes chanteurs lyriques en mal de scène !

Posté le Jeudi 25 février 2010

Venant d’assister tout récemment à un récital de jeunes chanteurs d’opéra, la première remarque qui me vient : quel gâchis !

Réuni dans une magnifique salle de spectacle municipale, un nombreux public, d’une moyenne d’âge ayant dépassé les bancs universitaires et malgré une température ambiante frôlant les degrés acceptables de conservation, était super content, moi aussi ! En effet, j’ai assisté à un catalogue d’airs interprétés à la queue leu leu sans aucune logique de chronologie, d’époque, de style comme dans une compile de fêtes de fin d’année (et même pas de chant collectif en rappel de salut). On dirait qu’ils ne se sont jamais rencontrés avant cette soirée.

Qu’est ce que j’ai vu et entendu ? Un dizaine de jeunes chanteurs sans flamme et sans sourire venir en avant scène interpréter égoïstement leurs airs d’opéra. L’opéra est un art joyeux. Il faut être heureux de chanter et surtout de le faire partager. Alors, pourquoi ces allures abattues et ces mines catastrophées ? Seule, une jeune mezzo, dans l’air des lettres de Werther, a apporté un sourire d’émotion accolé aux paroles d’amour de son chant. C’est bien peu.

On constate alors, non sans le regretter, l’utilité de ces écoles d’opéras qu’étaient les troupes sédentaires des grandes maisons lyriques françaises. Les jeunes chanteurs avaient alors tous les outils d’apprentissage scénique (opéra et opérette, danse, comédie). Devant cette lamentable carence française en matière d’aide aux jeunes chanteurs français, cette dizaine d’artistes lyriques a décidé de se regrouper en troupe. L’idée est super et originale mais sans ambition, dommage ! Dans l’attente d’un engagement dans un grand rôle d’opéra, ils s’essayent dans des airs mais non dans des rôles. Ce n’est pas suffisant pour devenir un artiste lyrique. Sont-ils eux seuls responsables ?

C’est ainsi qu’on se rend compte qu’il manque en France une éducation à l’art lyrique (chanteurs et public) et ce n’est pas ce genre de spectacle qui y contribue. Il me semble qu’il y a d’autres possibilités de créer des spectacles lyriques avec des petits moyens, sans tomber dans un récital ringard en tenues vestimentaires de pseudo gala. Nous sommes en 2010….

blog JCM @ 20:36
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Dialogue entre capuche et bonnet !

Posté le Lundi 1 février 2010

Sur le quai d’une station de tram :
Un homme attend, la tête bien enfoncée dans un bonnet de laine lui couvrant entièrement les oreilles.
Une dame arrive, rien sur la tête, les cheveux au vent. Ils se connaissent. Comment allez-vous ? Que devenez-vous ? demande la dame.
Le monsieur répond un quelque chose et la dame lui dit : pardon ! je n’ai pas compris ! et elle met sa capuche de manteau lui cachant presque tout le visage.
Lui, aussitôt, enlève son bonnet pour répéter sa réponse. Elle lui répond un quelque chose à son tour et lui à ce moment là, dit : pardon ! j’ai pas compris ! et il remet son bonnet.
Elle enlève sa capuche et répète sa question.
Le tram est arrivé. Dommage ! Ce petit jeu aurait pu durer des heures.

blog JCM @ 23:47
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Quand pour Kaufmann, Werther devient un lied…

Posté le Mardi 19 janvier 2010

Il faut le voir et l’écouter ! Cet opéra de Massenet est actuellement programmé à l’Opéra Bastille de Paris. Benoît Jacquot, le cinéaste bien connu en a fait la mise en scène. Nicolas Joël a réuni sur cet immense plateau, trop vaste pour ce genre d’opéra, le meilleur casting en matière de chant français.Tout d’abord une magnifique Charlotte avec la toujours belle et intelligente Sophie Koch. Ce n’est pas pour elle une prise de rôle, elle a déjà eu l’occasion de le chanter sur d’autres scènes internationales. Quelle leçon de chant : tout est beauté. Un timbre fruité dans une voix puissante, des aigus magnifiques, le tout accompagné d’une parfaite diction. Cette diction impeccable nous la trouvons également chez Anne-Catherine Gillet qui interprète le rôle de Sophie. Joie de vivre, voix claire, aérienne avec dans le médium de belles intonations. Merci à cette magnifique artiste d’avoir su imposer sa vision du rôle. Le metteur en scène a accepté que sa Sophie soit amoureuse de Werther comme une adolescente de quinze ans. Ce qu’elle rend sur scène à merveille. Cette conception donne une force et une consistance à ce personnage des plus passionnantes. Dans le registre du beau chant français, le chanteur incontournable est Ludovic Tézier. On ferme les yeux et l’on se laisse bercer par ses phrasés percutants, chaleureux, une diction de haut vol. Bref, le meilleur baryton d’aujourd’hui. Espérons le voir et l’entendre dans le Werther version baryton avec cette mise en scène.Après père de Mireille tout récemment sur la scène parisienne, le voilà père de Charlotte, Alain Verhnes est le Bailli, rôle assez court. On a tous envie d’avoir pour père cet homme-chanteur avec cette prestance et cette généreuse voix.
Tout ce beau monde évolue dans une production de Benoît Jacquot créée en 2004 à Londres achetée depuis peu par l’Opéra de Paris.Avec le casting parisien, le metteur en scène est aux anges. Il le dit lui-même. Les chanteurs ont l’âge des personnages, ils sont jeunes, beaux avec les voix les plus belles actuellement dans ces rôles-là. Sa mise en scène n’est que précision. À t-on besoin d’avoir de lourds décors et une foule de figurants ? Non, l’histoire c’est eux, Charlotte, Albert, Sophie et bien sûr Werther, ce célèbre héros du romantisme allemand.
Notre Werther parisien est Jonas Kaufmann. Il semble que Goethe l’ait écrit pour lui. « Les souffrances du jeune Werther », c’est lui. Il maîtrise notre langue à la perfection. Tous les mots sont décortiqués et les notes posées sur eux avec délicatesse. Tout son chant devient un lied. Aussi, comment ne pas pleurer à l’acte de la chambre ! L’émotion dans ses phrasés et dans son chant Kaufmann est au paroxysme. On a envie de l’aider. Il aime Charlotte, il est aimé d’elle, mais leur amour est impossible. Seul le suicide en effet peut le sauver.
J’ai entendu et vu des dizaines de Werther mais jamais comme celui de Kaufmann. Son allure et son physique de parfait héros romantique, son regard perdu, son chant en demi-teinte avec toutes ces nuances…Nuances jamais entendues à ce jour par aucun chanteur. Comment ne pas résister et ne pas craquer à l’émotion dégagée ? Les airs les plus connus, les plus héroïques qui font délirer les salles dès l’émission de la dernière note, deviennent ici avec Kaufmann, silence religieux, charme et émotion. Dans la salle, on ne respire plus. On croirait entendre tout le texte de Goethe en forme de lied. Le public est en état de choc. C’est rare !
L’orchestre de l’Opéra de Paris est un des plus grands et des plus splendides orchestres avec des instruments et des sonorités semblant jaillir de la fosse. Mais quitte à en décevoir certains, quel dommage cependant que ce magnifique ensemble soit dirigé par un homme qui, plus je le vois diriger, plus m’ennuie. Il s’agit du grand Michel Plasson. Déjà ses dernières prestations souffraient de cette lenteur d’exécution (à Orange en particulier). Où sont tous ses merveilleux d’enregistrements, ses prestations toulousaines lyriques mémorables ? Vous avez la chance, Monsieur Plasson, d’avoir en face de vous sur scène des chanteurs de haut vol qui jonglent avec leur souffle pour s’accorder à votre tempo. Ils le souhaitent peut-être, mais nous public on s’ennuie un peu en vous écoutant. Ce fut le cas pour cette représentation de Werther tout au moins pendant les deux premiers actes….

Jean-Claude Meymerit
Lundi 18 Janvier 2010
Source : http://www.paysud.com

blog JCM @ 0:10
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Quand deux étoiles invitées brillent dans les reflets du Lac

Posté le Mardi 19 janvier 2010

La rencontre mémorable de deux danseurs étoiles dans le Lac des Cygnes chorégraphié par Charles Jude
Un moment magique…
Connaissez-vous Giuseppe Picone et Itziar Mendizabal ? Ils sont tous les deux, actuellement affichés sur la scène du Grand Théâtre de Bordeaux (ou plutôt non affichés, car leurs noms n’apparaissent aucune part et il faut avoir une âme d’un Sherlock Holmes pour dénicher leurs dates de prestation). Lui, Giuseppe Picone, grand danseur étoile italien, est très demandé sur les plus grandes scènes lyriques et compagnies de ballets. Bordeaux a déjà eu la chance de le voir tout récemment dans Gisèle et Roméo et Juliette. Elle, Itziar Mendizabal, d’origine basque espagnole, est actuellement attachée à l’Opéra de Leipzig. Ses prestations sont également célèbres par l’engagement et l’approfondissement artistique qu’elle manifeste dans ses nombreux rôles.
La rencontre de ces deux étoiles a eu lieu sur la scène du Grand Théâtre ce 23 décembre dernier dans la reprise de l’efficace production du Lac des Cygnes chorégraphiée par Charles Jude. Ce fut un moment assez magique.
Même si cet ouvrage trouve à mes yeux quelques langueurs visuelles et quelques images scéniques désuètes, la musique de Tchaikovsky, elle, reste sublime par sa limpidité liée aux subtiles facettes de l’intrigue. Ce ballet est terrible pour la danseuse qui interprète ce double rôle : celui du cygne blanc ou Odette (dont le célèbre 2°acte) et du dit Cygne noir ou Odile (avec ce célèbre pas de deux du 3°acte). La difficulté est l’endurance physique demandée par deux personnages totalement opposés. A une certaine époque, ils étaient confiés à deux danseuses différentes. Je pense qu’il serait toujours judicieux d’y revenir lorsque une soliste n’a pas l’envergure de tenir la totalité de l’ouvrage, plutôt que de peiner avec elle tout au long de l’ouvrage et de ne recevoir aucune émotion. Avec Itziar Mendizabal, ce fut tout l’inverse. Quel bonheur ! Quel talent, intelligence, subtilité et précision. Une comédienne en tutu ? Presque ! Son interprétation du 2°acte est sublime d’émotion. Elle aime Siegfried, elle lui dit par le port de ses bras, de ses doigts et de ses jambes, comme si des paroles jaillissaient de tout son corps. J’ai rarement vu une interprétation aussi aboutie. Son 3°acte est tout de lumière, de brillance et de séduction. Comment ne pas tomber sous le charme. Ses gestes sont précis, directs et envoutants. Frissons garantis!
Quand à Giuseppe Picone, il m’avait, dans ses précédentes prestations bordelaises, littéralement subjugué. Il porte en lui ce romantisme du fatalisme et de l’amour déçu. Même si ce rôle de Siegfried n’est pas un des plus porteurs et plus brillants pour un danseur, Giuseppe Picoine s’impose par sa prestance, sa magnifique silhouette féline, ses sauts aériens et ce silence absolu lorsque il touche le plancher. Il vole. Avec très peu d’élan, il s’envole, vole et se pose comme une feuille morte. A tous les deux, du grand art de danse classique. Et ils sont à Bordeaux
Aussi, quel dommage de ne pas connaître assez tôt les dates de distribution de tous ces solistes. Heureusement que les fans et connaisseurs de ballets, par leurs réseaux et des méandres inexplicables, obtiennent les renseignements et ont le temps d’acheter in extremis quelques malheureuses places à visibilité réduite. Quelles sont les vraies raisons de cette non information du public ? Que le public choisisse les soirs en fonction des distributions et laissent des salles vides d’autres soirs ? Je ne crois pas du tout à cette argument avancé. Le public bordelais adore la danse, et le ballet de l’Opéra de Bordeaux, mais il est vrai qu’il ne s’inquiète outre mesure de connaître au préalable les distributions. Rares sont ceux en effet qui choisissent les dates en fonction des solistes. Par contre, il me semble que lorsque on est danseuse ou danseur étoile, ou lorsqu’un théâtre nomme des solistes c’est pour qu’ils soient reconnus artistiquement et être connus, vus, applaudis, suivis et pourquoi pas idolâtrés par le public. Alors, pourquoi des Picone, Grizot, Kucheruk, Yebra, Mikhalev, Mendizabal…. ne bénéficient-ils pas, à Bordeaux, contrairement à d’autres villes, de cette aura. Sans entrer dans le star système, pourquoi ces solistes n’auraient pas ces égards de reconnaissance pour leur art et leur rang d’Etoile ?

Jean-Claude Meymerit
vendredi 25 Décembre 2009
source : http://www.paysud.com

blog JCM @ 0:09
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Le Dialogue des Carmélites, l’opéra de la force

Posté le Mardi 19 janvier 2010

Le Dialogue des Carmélites, l’opéra de la force : force du sujet, force de la musique, force de la scénographie, force des carmélites. Sans jeu de mots facile, ce n’est pas pour rien si l’action se situe dans la famille de la Force en 1789…
Comment rester insensible à cette élégante production du Dialogue des Carmélites déjà montée à Toulouse en 1995 dans la mise en scène de Nicolas Joël. Reprise ce mois-ci, quatorze ans après, elle n’a pas pris une seule ride. Il est vrai que cet espace de la Halle aux Grains semble avoir été construit pour cet ouvrage. Avec quelle subtilité, sa forme hexagonale s’est subitement transformée en cour intérieure de Carmel. Sur un des six côtés un imposant décor de flèches et de portes gothiques d’où s’évadent des jeux et faisceaux lumineux, porteurs d’implantations scéniques. Sur les cinq autres cotés, les spectateurs sont, comme accoudés aux fenêtres, en fidèles recueillis, en républicains, en voyeur derrière les grilles du Carmel, en foule le jour de l’exécution, etc. À leurs pieds, l’orchestre et la plateau scénique se partagent équitablement l’espace du parterre. Quel équilibre !
Même si l’histoire de ce Dialogue des Carmélites est bien connue de tous, elle éveille en chacun de nous de grands moments émotionnels. Cette profonde attention est due en grande partie à la musique de Francis Poulenc. Quelle force dans ce torrent de notes où la mélodie et le modernisme s’accordent dans l’absolu ! Ce choeur final lorsque les carmélites chantent à l’unisson puis s’interrompant l’une après l’autre alors que la guillotine tombe brutalement. Une splendeur dans l’écriture lyrique. Quel dommage que Georges Bernanos n’ait pu connaître sa pièce portée sur les scènes d’opéras ! En effet, les créations eurent lieu en présence de Poulenc en 1957 à Milan et à Paris, cinq ans après sa mort.
Même si ma prédilection va pour la distribution de 1995 avec Françoise Pollet (imposante Madame Lidoine), Martine Dupuy (sublime classe en Mère Marie), Nadine Denize (tragique Prieure), Catherine Dubosc (douce Blanche)…je garde toutefois pour cette reprise une profonde tendresse. Comment ne pas oublier Sylvie Brunet dans La Prieure, toute en générosité et humanisme aussi bien dans son jeu que dans ses magnifiques invocations vocales, et Anne-Catherine Gillet dans Constance, avec chez elle la jeunesse, l’engagement et cette lumineuse voix d’une pétillante fraîcheur. Je ne veux pas oublier d’autres très grands moments avec les autres chanteuses : Isabelle Kabatu (Madame Lidoine), Qiu Lin Zhang (Mère Jeanne), Susanne Resmark (Mére Marie)… et les rôles masculins au plus haut de leurs formes (Nicolas Cavallier, Gilles Ragon…).
Comme dans tout jeu de comparaison, ce sont souvent des discussions des plus aléatoires. Toutefois, je garde un souvenir impérissable de Michel Plasson en 95 à la tête de l’Orchestre national du Capitole alors que la direction de ce jour en la personne de Patrick Davin m’a laissé un peu sur ma faim. Pourquoi ? Un peu plus de flamme et de passion célestes m’auraient enchanté. Certes, un bémol bien insignifiant !

Jean-Claude Meymerit
Lundi 30 Novembre 2009
Source : http://www.paysud.com

blog JCM @ 0:08
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Le rendez-vous manqué du Balcon

Posté le Mardi 19 janvier 2010

Esthétiquement c’est une réussite. Un décor majestueux, coloré, plateau tournant, grand escalier à la courbe sensuelle, passerelle en forme de balcon autour de l’orchestre…C’est beau et efficace. Et alors, et après ?
On sort de cette représentation du Balcon, nouvelle version 2004, d’après la production de Fribourg, ébloui par le décor et sa scénographie, mais où sont passés le texte de Jean Genet et la musique de Peter Eötvös? Quel ennui ! Un premier acte interminable. J’ai eu la chance d’avoir vu et entendu sur cette même scène de très grandes créations lyriques bordelaises basées sur des textes célèbres comme les « Noces de sang » de Federico Garcia Lorca, la « Charrue et les étoiles » de Sean O’Casey, « Colombe » de Jean Anouilh ou encore « Vu du pont »d’Arthur Miller etc. Les compositeurs épousaient musicalement les textes tout en les respectant. Cette production du Balcon me semble être du déjà vu et assez ringarde avec un texte qui attend la musique, et une musique qui attend le texte. En vérité, les phrases et les mots s’étirent au bon vouloir de la musique sans rien apporter de passionnant à l’oreille (même au contraire). La musique avec ses notes (ou sons) se promène entre les mots, comme si c’était chacun pour soi. Lorsqu’un compositeur s’attaque à un texte du répertoire, il devrait le respecter, sinon il devrait écrire son propre livret. De plus, ce décalage est amplifié par le surtitrage. Quelle idée de surtitrer un opéra français comme celui-ci quand les mots et les phrases sont tellement effilochés, hachés, décortiqués et que des phrases entières sont affichées alors que le débit du texte par les chanteurs-diseurs est d’un ralenti frôlant les exercices d’ateliers de diction. On attend patiemment la fin du texte affiché. C’est énervant !
Que dire de ces chanteurs-diseurs ? Ils campent parfaitement leurs divers personnages, mais le jeu semble être en permanence sous le regard du metteur en scène, Gerd Heinz. Certes, cette mise en scène hyperthéâtralisée est très précise. Elle est omniprésente comme le souhaitait Genet dans ses pièces. Les parties chorégraphiées à l’américaine sur rythme de jazz, nous apportent un peu de respiration.
Le second acte, plus court, est plus dense. Aussi, l’action active le débit, et les phrasés sont moins ennuyeux. Le dénouement chanté par Madame Irma (Maria Ricarda Wesseling) est une magnifique page musicale. Elle vient s’ajouter au magnifique duo entre Chantal (Magdalena Anna Hofman) et Roger (Thomas Dolié). C’est peu pour 1h50 de spectacle.
Musicalement, j’ai pu apprécier le travail de précision de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, de tous ses solistes musiciens que l’on aperçoit et entend sur scène dans des apparitions insolites et drôles. Kwamé Ryan à la baguette, l’oeil partout surveille tout autour de lui son petit monde de musiciens et de chanteurs-diseurs. Rien ne lui échappe. Bravo !
En conclusion, une soirée lyrique dont il ne reste même pas un arrière-goût de reviens-y. Il y avait bien longtemps que je n’avais pas vu autant de spectateurs quitter la salle en plein spectacle et voir autant de places vides après l’entracte. Dommage !
J’espère que les énormes moyens financiers octroyés à cette production ne viendront pas ternir les autres productions de l’année!

Jean-Claude Meymerit
Source : http://www.paysud.com

blog JCM @ 0:06
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A Coeur Joie à Bordeaux: les voûtes de l’église Sainte-Croix ont chanté

Posté le Mardi 19 janvier 2010

Ceci se passait, samedi soir 26 septembre, en l’église Ste Croix de Bordeaux en compagnie des voix, en première partie, de la Jeune académie vocale d’Aquitaine, et en seconde partie du Choeur national des jeunes A coeur joie. Le tout dans un bain de musiques du XX° et XXI°. La première partie fut une leçon d’orfèvrerie où chaque voix d’enfant se détachait dans son registre et sa couleur d’une manière assez exceptionnelle. Elles venaient s’accoler les unes aux autres comme des aimants. Ce travail de précision, on le doit à la directrice de chant, Marie Chavanel.
La seconde partie nous a permis d’apprécier un autre groupe composé d’une trentaine de jeunes adultes dirigés cette année par Fred Sjöberg qui assurera cette fonction uniquement pour une période de trois ans selon la tradition de cette chorale. Le programme choisi a été peut être, selon mon goût, un peu trop hétéroclite. Sur les huit morceaux proposés, une page musicale contemporaine m’a subjugé. Les choristes étaient placés aux quatre coins de l’église. Ainsi, les voix se croisaient dans l’espace, s’attendaient, se superposaient, éclataient. Quel bal de notes sous les voûtes de cette église ! Un moment très fort. Je reste persuadé que la musique classique contemporaine, voire expérimentale, a plus que jamais sa place dans les bâtiments religieux à la condition toutefois qu’une mise en espace des chanteurs soit appliquée (comme ce soir). C’est alors que le public deviendra alors agréablement prisonnier de l’oeuvre musicale et pourra plus aisément la découvrir et la déguster.
Au cours de cette soirée, j’ai toutefois regretté de ne pas avoir entendu les présentations de chaque oeuvre (pas de micro dans un tel espace ?). Un petit document écrit récapitulant l’ensemble des morceaux choisis aurait été le bienvenu. Le nom du musicien est aussi important que les noms de ceux qui le chantent. Surtout dans un répertoire moins connu. Dommage, car en quittant les lieux on reste sur sa faim : quels étaient les morceaux chantés et quels en étaient les auteurs ?

Jean-Claude Meymerit
Dimanche 27 Septembre 2009
Source : http://www.paysud.com

blog JCM @ 0:03
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Le « Met » au cinéma : comme si on y était…ou presque !

Posté le Mardi 19 janvier 2010

Après Salomé, Thaïs, Butterfly, j’ai assiste avec Sonnambula, à la quatrième séance de retransmission d’opéra depuis le Metropolitan Opera, de New York, le célèbre « Met ».
Magnifique performance technique remplaçant pour un soir le rêve de tout amateur d’opéra : assister réellement à une représentation dans cette immense salle mythique américaine. Grâce à une haute technologie (sauf pour Sonnambula où l’on sentait un léger décalage dans la synchronisation de l’émission des sons et l’image) on nous y propulse. Certes, et alors ?
Pas de voyage au-dessus de l’océan avec une arrivée sur le parvis de la place du Lincoln Center de New York, non ! Ça se passe en banlieue bordelaise dans un cinéma sans âme, le Gaumont de Talence. Les attentes au guichet et à l’entrée de la salle manquent encore un peu d’organisation et de fluidité. En clair, une manifestation à la même enseigne et au même traitement que n’importe quel film programmé. La différence est que les places sont quand même à 25 euros.
Une fois dans la salle, les fauteuils sont, je suppose, plus spacieux qu’au Met. Les 260 places sont rapidement prises d’assaut par un public qui semble avoir sa carte senior . Celui-ci pour la plupart réparti en groupes bien organisés paraît déjà propriétaire des lieux. Que les gens s’embrassent, se connaissent tous, cela est fort sympathique et chaleureux! Ce sont effectivement des amateurs d’opéras et de musique classique à en croire un de mes voisins fredonnant l’air de Butterfly en même temps que la chanteuse.
Par contre je n’appelle pas ça de la démocratisation de l’opéra. Si c’était le cas, les places seraient meilleur marché. Comment attirer un nouveau public, comment intéresser les jeunes à l’opéra ? Je regarde autour de moi, sur la totalité des places occupées par les personnes présentes, seules quatre le sont par des jeunes. Quel dommage de ne pas profiter de ces évènements lyriques (qui ne sont toutefois que des projections de films) pour organiser en marge de ces retransmissions des moments forts de sensibilisation par des débats, des conférences, des expos, des comparaisons d’enregistrements etc…Ne pourrait-il pas y avoir une vraie politique culturelle lyrique autour ? Tous les ingrédients de logistique y sont.
Je pense que pédagogiquement, les scolaires auraient leurs places à ces soirées. En complément du remplissage de sa salle avec des groupes de personnes aisées,ne pourrait-on pas faire un effort financier et pédagogique vers d’autres populations.?En effet, au cours de ces soirées, si on enlève les groupes constitués on ne retrouve qu’une toute petite poignée de passionnés d’opéra individuels et pas de jeunes. C’est peu, sur une population urbaine bordelaise de 700 000 habitants.
Un des points positifs de ces soirées est le silence et la tenue des spectateurs dans la salle pendant toute la durée de la retransmission. Pas de toux, pas de papier de bombons, pas de grignotages de pop-corn, de lumières bleues des portables…Notre population locale de seniors semble plus résistante aux virus que les américains de la salle du Met.
Côté spectacle, je formule chaque fois les mêmes remarques : ce sont ces désagréables gros plans de chanteurs surtout dans certains rôles. Je préfère ne pas regarder l’écran plutôt que décompter les rides et les défauts du visage d’une Butterfly ou d’une Salomé de plus de 45 ans (au lieu de 15 ans dans les textes).
Je voudrais aussi relever les bavardages inutiles et de surcroit en anglais-américain entre les actes. Qui comprend ? Quel intérêt de voir une Butterfly ou une Dessay déjà épuisées par les rôles, kidnappées dès la fermeture du rideau pour répondre aux questions de Fleming, Woigt ou Domingo. Tout cela enlève la magie et l’émotion de l’acte écoulé. Surtout que la régie de la salle du cinéma nous laisse parfois dans le noir. Il est vrai qu’à part regarder l’écran quoi faire pendant les entractes ?
Néanmoins je continuerai à assister à ces retransmissions car elles nous permettent de découvrir ou de redécouvrir des opéras, des chanteurs et des mises en scène uniques.
Côté ambiance, je garde en tête une superbe anecdote qui m’a beaucoup amusé et qui est très significative des confusions de genres de ce type de soirée (du cinéma ? de l’opéra ? une retransmission ? du vrai direct ? de la démocratisation culturelle ? etc ?). Une spectatrice arrive dans la salle juste quelques petites minutes avant le lever du rideau à New York. Il ne reste plus qu’une ou deux places au tout premier rang du cinéma. Aussi, elle va s’asseoir sur les marches tout en haut de la salle, prend son téléphone et très en colère et dit tout fort à son interlocuteur « c’est honteux : être assise pour un opéra sur les marches et payer 25 euros. A Bordeaux, il n’y a pas de politique culturelle, à côté de Toulouse quelle différence !  » et elle raccroche. No comment ! En effet, cette personne venait d’un seul coup de mixer dans sa tête tous les ingrédients de l’ambiguïté de ces retransmissions. J’ai beaucoup ri !

Jean-Claude Meymerit
Jeudi 26 Mars 2009
Source : http://www.paysud.com

blog JCM @ 0:00
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Jonas Kaufmann, l’unique !

Posté le Lundi 18 janvier 2010

Pas de comparaison conventionnelle et facile :
« C’est un nouvel untel ! »
« Il a les aigus d’untel ! »
« Il a la diction d’untel ! »
Non, il est lui Jonas Kaufmann. Un ténor qui ne ressemble qu’à lui-même et qui ne veut être que lui-même.
Des preuves ? Il les a données le 17 mars dernier au Théâtre des Champs Elysées à Paris en offrant un exemplaire récital dans un concert un peu académique.
Pas de cabotinage ni de show chez ce Munichois . Il nous a offert du chant et quelle leçon de chant, même si par moments, on se sent frustré dans le répertoire italien par un certain empâtement dans le phrasé. Mais en revanche dans le répertoire français on est suspendu à ses nuances musicales et à sa diction jusqu’au dernier étage du théâtre. On l’écoute religieusement. Du plus beau pianissimo au plus percutant aigu, toutes les notes, tous les mots, toutes les émotions donnent à ses personnages les reliefs indispensables. Jonas Kaufmann, on le reconnaît entre tous par cette voix si particulière composée de veloutés « barytonnants », de phrasés légèrement engorgés et des « pianissimis » dans lesquels on arriverait presque à donner un sens à chaque lettre et à chaque note. Il ne faut pas oublier ses puissants aigus très bien maîtrisés et qui lui sont si personnels. Ce sont toutes ces qualités qui le rendent unique.
De plus, il faut y ajouter son charme scénique si typique et si attachant. En effet, par son physique de beau ténébreux romantique, il est unique. Il éclaire la scène. Son sourire est aussi craquant que sa voix. Quel charisme et quelle tenue! Quel exemple pour tous ceux qui pensent que chanter est synonyme de pantomime!
Ce soir-là Puccini, Verdi, Bizet, Massenet, Wagner sont à l’honneur. C’est surtout avec ce dernier compositeur que le frisson passe et vous coupe la respiration. Il est Lohengrin, c’est son rôle. Rien qu’avec un air, on imagine tout l’ouvrage avec la même fascination pour ce personnage. Heureux sont ceux qui vont pouvoir l’entendre dans cette prise de rôle cet été à Munich.
Malheureusement, cette soirée de rêve a été ternie avec l’accompagnement guignolesque de l’Orchestre national de Belgique et de son Chef. Des morceaux orchestraux super connus devenus pénibles à écouter, ennuyeux sans saveur, secs, sans âme. Qui a eu cette l’idée de choisir cet orchestre et ce chef pour être à côté d’un tel chanteur ? Un chef qui croit que parce qu’on est jeune il faut absolument sauter avec des gestes encombrants. De plus, je pense qu’il n’a pas compris que ce n’est pas parce que le chanteur projette des notes élevées qu’il faut pousser l’orchestre avec des à-coups sonores déplacés. Jonas Kaufmann méritait bien mieux.
La soirée s’est achevée avec une ovation des plus passionnées à l’égard du ténor . Spectateurs debout avec des bravos tombant des étages comme des bouquets de fleurs. Voilà ce genre de soirée pour laquelle on a tendance à dire autour de soi, j’y étais !

Jean-Claude Meymerit
Vendredi 20 Mars 2009
Source : http://www.paysud.com

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