Ernest Blanc nous a quitté !

Posté le Jeudi 23 décembre 2010

Dès que cet immense baryton était affiché au Grand Théâtre de Bordeaux c’était la ruée. Mais pas n’importe quelle ruée. Pas de ces ruées que l’on voit actuellement à force d’entendre rabâcher sur les ondes et les antennes des noms et des spectacles et qui se précipitent sans savoir qu’elle est la carrière de tel ou tel artiste. Avec la venue d’un Blanc (ou d’un Vanzo, d’un Bacquier, d’une Eda Pierre, d’une Guiot…), le public connaissait déjà tout du répertoire des chanteurs programmés, leur voix, leur carrière et ce public venait les écouter chanter. Maintenant on voit de la lumière, un bureau de location noir de monde et la ruée se forme comme si les gens venaient chercher une part de ravitaillement en période de restriction. Le public vient maintenant voir un spectacle et non écouter des voix ou voir des danseurs. Peu importe qui chante, qui dirige, qui danse, le principal c’est : « On m’a dit que c’était joli ! » Avec ça !

Ernest Blanc était cet homme qui dès son apparition sur scène nous glaçait par sa grande prestance due à sa stature tout en nous subjuguant par cette extraordinaire et rare voix. Il faut l’avoir vu et entendu dans son célèbre Rigoletto, dans l’Escamillo de Carmen (en voilà un qui savait être et chanter Escamillo), Amfortas de Parsifal, Ourrias de Mireille, Renato du Bal Masqué, Gérard d’André Chénier, Valentin de Faust, le Hollandais, Wolfram de Tannhauser, le Comte de Luna du Trouvère…Tout en chantant à Bordeaux ces rôles là, il était affiché au Met de New York, à Londres, à Milan, à Salzbourg… et bien sûr à Bayreuth. Rare français à avoir chanté sur la colline verte.

Il vivait en Provence puis en région bordelaise pour y vivre paisiblement et laissait écouler le temps, en famille. Son fils Jacques Blanc, chef des choeurs au Grand Théâtre de Bordeaux, me donnait régulièrement de ses nouvelles. Je n’ai jamais osé lui demander de rencontrer son père. Qu’est-ce que je lui aurais dit ? Que j’étais un de ses profonds et fidels admirateurs. Que je l’avais vu dans de très nombreux rôles. Qu’il me raconte des souvenirs de son séjour à Bayreuth ? Que de banalités ! Le souvenir de ses prestations doit rester le plus fort.

Aussi, j’écoute de temps en temps ses enregistrements (son récital en particulier) et je revois cette époque bénie où les grands étaient grands et aidaient surtout les petits à devenir grands. Merci Ernest Blanc pour ces fabuleux grands moments lyriques. Il a fait définitivement ses adieux à la scène en 87 et nous quitte, ce 22 décembre, à 87 ans. Chiffre fatal !

blog JCM @ 21:21
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Que celle ou celui qui a connu une soirée pire me lance une bouchée !

Posté le Mardi 21 décembre 2010

Une amie a imaginé et espéré, en réunissant autour d’une table cinq personnes qui ne se connaissaient pas ou à peine, qu’elles allaient communiquer en s’apportant mutuellement des connaissances culturelles indispensables pour ne pas rester en cette fin d’année, complètement idiots. Beau programme de soirée d’hiver ! En clair, une soirée de recyclage culturel. Une soirée copyright de certaines mascarades bourgeoises du siècle dernier avec en moins le style et les grands noms. Savez-vous ce que c’est qu’un repas au cours duquel vous entendez pendant les deux premières heures durant, montre en main (ou portable), la même voix qui, avec la même emphase débordante de vide et d’inepties, essaie de vous inculquer une bouillabaisse culturelle à en faire vomir une oie en plein gavage de Noël ? La bêtise et l’insolence dans toute sa splendeur. A part votre serviteur qui avalait les plats servis, comme s’il finissait un jeun et que le repas de ce soir-là était une délivrance stomacale.
Dieu sait si j’ai fait des diners insipides (que j’avais décidé de plus faire). Pourquoi ai-je accepté celui-ci ? Cela était écrit, il devait avoir lieu, comme un assaut final ou tout simplement comme une exorcisation à tout jamais de ce type de soirée.
Ce soir-là, j’ai vu l’horreur du comportement humain. Le même pantin qui, pendant plus de deux heures, à trouver le moyen de nous déballer dans le moindre détail la vue qu’il a depuis son appartement à l’étranger, de nous dire qu’il possédait un enregistrement live unique de Callas dans Lucia (imaginez ma tête !) – pour votre info, il s’agit d’un enregistrement que tous les fans de Callas possèdent dans leur discothèque – de nous signaler qu’il était allé à une exposition à Paris et que la file d’attente était énorme et nous raconter une saga sur la vente de sa magnifique statuette qui coûte une fortune. Par l’étalage de ce catalogue beaucoup moins passionnant que celui de la Redoute et des 3Suisses confondus, il croyait épater la galerie en essayant de créer autour de la table une jalousie à faire baver tous les puceaux du village feuilletant toujours les mêmes pages. Il y a presque réussi, à part moi, toujours la tête dans le sauté de veau. La maîtresse de maison, elle, en transit permanent entre la cuisine et la table, avait dû tomber sur un dictionnaire de poche car chaque fois qu’elle arrivait à la table, elle nous lançait un mot clé de relance de discussion (ou plutôt monologue) dont cet hideux personnage saisissait au vol. Les trois autres convives le badaient comme les estivants d’un 14 juillet regardant un feu d’artifice le regard agars et les lèvres entrouvertes de bonheur. Je me suis levé et proposé à la maîtresse de prendre congé avant la fin du repas. Voyant son état de culpabilité de maîtresse de maison ayant raté sa soirée, me dit : je ne sais plus recevoir ! je ne sais plus réunir mes invités ! je n’ai pas su donner la parole à tout le monde ! etc… Voyant son état désespéré, je fis marche arrière et décida de reprendre mon rôle de potiche stupide inculte. C’est alors que pour couper court au vomissement culturel de ce même type, je me lançai dans ma dernière et très rare intervention, espérant tout au moins jeter un froid de moquerie : vous connaissez Libourne ? dis-je calmement. J’ai pris ma question dans la gueule comme un boomerang car un des convives (dans le rôle de la carpe de service) connaissait bien cette ville et commença à me la détailler. J’avais tout faux ! Il prenait le relais. C’est vrai qu’il n’avait pas encore parlé. J’ai repris mon masque de mec qui s’emmerde et j’ai fini le repas en mangeant et buvant à volonté sur un descriptif touristique très détaillé de Libourne…(Google peut aller bugger !).

blog JCM @ 22:33
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Tout s’explique ou presque !

Posté le Mardi 21 décembre 2010

Avant l’ouverture de l’autoroute, en un jour ensoleillé, un voyage en voiture Pau-Bordeaux à une vitesse énervant mes confrères automobilistes friands de raconter à leurs copains de pauses café ou sous les banderoles d’une manifestation : « j’ai fait Pau-Bordeaux en 2h04 au lieu d’1h43, car qu’est ce qu’il y avait comme cons et comme vieux sur la route ». Dans quelle catégorie dois-je emmarger ? D’ailleurs le problème n’est pas là. Départ de Pau à 18h en plein soleil, puis au bout d’une heure de route le paysage s’assombrit. Puis les phares commencent à s’allumer et le noir plus dense. Bien entendu mes feux de route, mal réglés, éclairent à peine les lignes blanches de côté et j’ai peine à me repérer. Puis une fois accusé mes feux de route (tous neufs), j’accuse ma vue. Il est vrai que j’ai horreur de conduire la nuit, Je suis obligé d’écarter les paupières comme si je devais rester éveillé sous la menace après avoir passé trois nuits blanches à compter les moutons béarnais.
D’où ma vitesse calmos et les propos à venir (n’oubliez pas ! la machine à café et les banderoles). Décision prise, demain je prends rendez-vous chez l’ophtamo et fais régler mes feux de route. Arrivé enfin dans les bas fonds d’un parking bordelais, je stoppe le moteur et récupère mes affaires errantes dans la voiture. Sur le siège du passager je prends mes lunettes : « tiens ! tiens bizarre, mais alors ? qu’est ce que j’ai sur le nez ? ». Fou rire à faire exploser les 6 étages du parking et en les transformant en terrain de boules. J’avais gardé pendant les 2h30 de route mes lunettes de soleil !

blog JCM @ 20:21
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Pour bien voir, la monture ne fait pas la vue !

Posté le Mardi 30 novembre 2010

J’achète chez un opticien une paire de lunettes cerclée d’un monture foncé de style année 60. Après avoir expliqué au vendeur ma demande, un peu surpris mais comprenant immédiatement, ôta les verres d’origine. En effet j’avais besoin pour un spectacle théâtral d’une monture assez visible pour donner une physionomie plus sérieuse et vieillissante à un comédien. Pour 15 euros, je passe à la caisse, prends le tramway et rentre chez moi. Tout à coup, une idée me vint – heureusement que je me fais tout seul mes histoires car si j’espérais me distraire avec la majorité des voyageurs. Ils font une gueule comme s’ils étaient obligés d’apprendre le bottin téléphonique par cœur pour le lendemain matin -, je veux voir sur ma tête si ce genre de monture siérait à mon visage actuel. J’enlève mes vraies lunettes et mets sur mon nez les fausses en faisant toutefois attention que des regards indiscrets ne furètent pas mon cinéma. Le plus difficile restait à se voir dans une glace. La nuit portant toujours conseil les vitres du tram me servirent de miroir et je pus ainsi ajuster discrètement ma monture. Ce côté narcissique ne devait pas se voir et je voulais surtout pas que l’on me voit en train d’essayer des lunettes sans verre. La dessus, branle bas de combat, mon arrêt de tram est annoncé. Je descends en catastrophe de la rame et me rends chez moi. Je cherche péniblement mes clés puis essaie de trouver la serrure de ma boite aux lettres à tâtons puis avec quelques difficultés je réussis à entrer chez moi en pestant contre le phénomène du vieillissement et des conséquences sur la vue. Ce n’est que lorsque je me suis trouvé face au miroir de ma salle de bains avec mon nouveau look sur le nez que j’ai compris que sans verre, les montures seules n’apportent pas la vue.

blog JCM @ 21:30
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L’école du bon goût

Posté le Lundi 29 novembre 2010

C’est frais, plein de charme, joyeux, bien fait, agréable à l’oeil, autant de qualificatifs entendus ce dimanche après midi au Grand-Théâtre de Bordeaux suite à la représentation de « Die Schule der Frauen » d’après l’Ecole des femmes de Molière, sur une musique de Rolf Liebermann. Même si le remplissage de la salle semblait avoir subi la rivalité des écoles de consommation de fêtes de fin d’année, ouvertes ce jour-là, à en juger par de très nombreux trous de fauteuils vides et un paradis déserté (il est vrai que la plupart des places de face ne bénéficient pas du surtitrage si bien utile pour cet opéra méconnu), cet ouvrage est une petite merveille offerte en cadeau de Noël.
Tout en célébrant le centenaire de la naissance de Rolf Liebermann, quelle heureuse initiative de proposer au public bordelais cet opéra bouffe créé, dans sa version définitive, il y a plus de cinquante ans à Salzbourg. La musique, sans faire dresser les poils, est efficace, tendre et expressive. Ne voulant pas entrer dans le jeu de ceux qui disent que l’on retrouve dans cette musique tel ou tel musicien, je dirais simplement que cet opéra est un immense collier fait de perles musicales d’influences diverses enfilées à la queue leu-leu, formant ainsi une parure des plus réussies. On a fortement envie d’applaudir après le couplet d’Agnès (par la toujours succulente Daphné Touchais) et surtout après le magnifique monologue d’Arnolphe (imposant Andrew Greenan) prêt à capituler devant la jeunesse.
Certains interprètes auraient demandé dans leur personnage un peu plus d’envergure dans le jeu et dans la voix. Cette remarque tient surtout du fait que la mise en scène fortement marquée, signée d’Eric Génovèse, sociétaire de la Comédie française, dans un décor unique (que de maisons témoins de type industriel nous visitons actuellement sur les scènes lyriques !) et omniprésent devenant acteur lui même, ne demande aucune faiblesse. Les rares gags à l’efficacité immédiate sont très bien dosés (les fleurs descendant des cintres, l’ombre chinoise du vélo, le corps d’Horace encastré dans le mur de façade à l’image des gags à la Cartoon etc..). Aucune faute de mauvais goût dans cette mise en scène.
Par contre, j’ai été légèrement dérangé par la stature et le jeu de Paul Gay dans le rôle de Molière car je ne vois pas celui-ci, grand et imposant…au contraire, je l’imagine petit et insignifiant (même si je n’ai jamais rencontré ce cher Poquelin, « car nouvelle dans cette agence ! » comme dit ma banquière lorsque je lui parle de Molière !). Par ailleurs, je n’ai pas retrouvé en ce chanteur cette présence vocale que j’avais apprécié dans tous ses derniers rôles. Les rôles de Georgette et Oronte (Sophie Pondjiclis et Jacques Schwarz) sont bien tenus, sans plus, aussi bien vocalement que scéniquement. Par contre, le maillon faible est le jeune ténor Michael Smallwood. A peine audible par moment, dommage car le texte musical de ce rôle est tout en subtilité et innocence. Heureusement que son jeu de gaffeur amoureux est juste et le sauve de son chant.La direction d’orchestre de Bordeaux Aquitaine est confiée à Jurjen Hempel qui avec beaucoup d’intelligence, équilibre les différentes intensités d’écritures musicales, entre les musiciens, la puissance des voix et la jauge de la salle. Cet opéra bouffe semble avoir été écrit pour la salle du Grand Théâtre. Spectacle à voir et à écouter.

Jean-Claude Meymerit
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blog JCM @ 20:52
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Empire et meilleur !

Posté le Samedi 23 octobre 2010

Un panneau : antiquités ! Chic, je vais pouvoir trouver mon bonheur en matière d’objets de l’Empire (couteaux, verres, montres, cannes etc), car à l’entrée de cette minuscule boutique dans le quartier St Pierre, trônait une statuette de Napoléon. « Et que veut ce charmant Monsieur ? » (eh oui !), me demanda une jeune femme au visage ciré ressemblant à une statue de poupée en céramique comme celle exposée dans son magasin. « Avez-vous des montres à gousset, c’est pour un spectacle, elles n’ont besoin d’être en état de marche » lui dis-je en retour. « C’est pour payer moins cher ? » fut sa réponse de commerçante. Surpris, et pour ne pas être désagréable à mon tour, je lui demande ce qu’elle possède en matière d’objets représentant cette époque. « Je ne connais pas l’Empire et ma cousine est à Monoprix »…Faut suivre ! Cette fameuse cousine arrive, sans un regard et un bonjour. Elle fut immédiatement briffée par la poupée de cire et me dit brutalement « c’est pour acheter ou pour repérer ? » Avec un grand merci et au revoir, j’ai quitté ces commerçantes pour qui l’antiquité, à en juger leurs visages fortement restaurés, est pour elles, plus une peur du passé qu’une passion professionnelle.

blog JCM @ 22:09
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Le roman de Claudie Gallay « l’amour est une île » : entre vie et théâtre

Posté le Mercredi 13 octobre 2010

« Entre vie et théâtre, mes personnages pris dans vos rêves ont pesé chair ».
C’est par ces magnifiques mots, que Claudie Gallay vient de me dédicacer son roman « Lamour est une île » qui vient de sortir chez Actes sud.
Comme toujours chez cette auteur, les personnages, les situations et l’ambiance sont très forts et précis. Une écriture flirtant avec le rythme théâtral. Coïncidence ou simple exercice de style spécial à ce roman ? En effet, dans son livre, le théâtre trône. Nous sommes transportés au festival d’Avignon en 2003, en pleine canicule et de surcroît pendant la grève des intermittents du spectacle. Entre les personnages femmes et hommes de la scène, celles et ceux de passage dans la ville ou les sédentaires, on ne sait plus très bien qui est vrai et qui est artificiel. Qui fait du théâtre et qui est dans la vraie vie ou vice versa. Éternel miroir ! Entre une actrice toujours follement amoureuse d’un metteur en scène vivant sur une péniche. Entre un auteur de pièce de théâtre curieusement mort avant l’édition de sa pièce. Entre la jeune sœur de ce poète disparu venant en Avignon chercher des vérités. Entre une moins jeune habitante de la ville, hébergeant chez elle pendant le festival de jeunes comédiens du Off tout en se souvenant des Jean Vilar, Gérard Philippe, Laurent Terzieff…Tout ce petit monde se croise, joue, souffre, aime pendant que les manifestants s’interdisent de jouer ou interdisent l’accès à la scène aux autres. Dans ce roman, les personnages sont tellement forts qu’on imagine immédiatement derrière eux, des visages actuels célèbres. Combien de fois, il a fallu que je stoppe ma lecture pour ôter de ma vision, des Adjani dans le rôle de La Jogar, des Samie dans celui d’Isabelle, des Caubère dans celui d’Odon, etc…..Et le crapaud ? Quel rôle ! Quel amour !
(Rencontre avec l’auteur chez Mollat, le 13 octobre 2010)
Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 23:25
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Les Ballets Trockadero de Monte-Carlo : le bonheur fait mâle !

Posté le Mardi 12 octobre 2010

ll y avait bien longtemps que je n’avais pas assisté à un spectacle de ballet aussi vibrant, entraînant le public dans un tourbillon de bonheur. Il fallait observer la tête des gens aux entractes et à la sortie, souriants, détendus, joyeux. Certes, la plupart avaient déjà entendu parler de cette magnifique compagnie, ou vu le spectacle ailleurs qu’a Bordeaux. Il faut dire que cette compagnie à l’originalité implacable d’être composée uniquement d’hommes. Elle a été créée en 1974 et tourne dans le monde entier. Comme beaucoup de « balletomanes », je connaissais certaines extraits de ce spectacle par des images filmées et photos. Les voir sur scène, c’est un feu d’artifice d’humour dans une perfection de technique et de performances réalisées. Le public bordelais semblait recevoir comme par enchantement un piqûre de rappel de comportement d’amateur de spectacles de danse. C’est ainsi que je me suis revu lors de ces grandes soirées de ballet au Grand Théâtre lorsque le public applaudissait à tout rompre les diverses figures à l’intérieur de tel ou tel pas de deux et autres figures. Aujourd’hui malheureusement, et je le déplore, rares sont les gens qui applaudissent les performances d’une danseuse en plein fouettés ou celles d’un danseur en pleines envolées. Aussi, ce fut ce soir, un bonheur collectif unanime, rarement senti dans un théâtre, pour un spectacle de danse.
Les « Trocks », le diminutif de cette compagnie, avait couché dans le programme, un extrait de l’acte II du Lac des cygnes, le Grand pas classique, le Go for Baroco, la Mort du Cygne et Paquita, Mais, qu’est ce qui fait que cette compagnie nous chavire dans le rire et dans l’admiration ? C’est que leur professionnalisme dans la technique et dans l’expression scénique sont au zénith. Lorsque un danseur, au gabarit frôlant les videurs de boites de nuits, en tutu sur les pointes, fait un sourire ou lance une œillade avec une légère exagération, la salle est en délire et il continue de danser. Le régal ! Tous ces effets de quelques dixième de secondes font tilt à tous les coups. Et je ne parle pas du clou de la soirée avec l’inénarrable danseur dans la Mort du Cygne et ses plumes qui, sortant de son tutu, tombent au sol en toute innocence. C’en est même très émouvant. Il faut avoir vu ce spectacle au moins une fois dans sa vie. Bravo ! »
Jean-Claude Meymerit
Source : www.paysud.com
12 octobre 2010

blog JCM @ 22:33
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La Carmen de Bordeaux : « bel ennui dans un écrin »

Posté le Lundi 27 septembre 2010

Pourquoi me suis-je autant ennuyé à la représentation de la nouvelle production de Carmen au Grand-Théâtre de Bordeaux ? Il faut dire que la direction d’orchestre (Christian Orosanu) m’a assez dérouté (dès l’ouverture). J’avais l’impression d’être sur le divan de mon « psy » me lisant Marguerite Duras! On nous avait fait miroiter que cette production de Carmen baignait dans la violence. Déjà musicalement, c’est raté. On philosophe musicalement. De plus pourquoi avoir choisi cette version opéra comique avec des dialogues interminables souvent mal projetés par les artistes. Personnellement, je suis un inconditionnel de la version avec récitatifs de Guiraud. Je reste persuadé que cette production aurait été plus forte dans cette version.
Il faut dire que la distribution pose aussi interrogation. Qui était vraiment dans la peau du personnage ? Carmen (Janja Vuletic) est belle, grande et fine. Ses poses sont toutefois trop souvent calculées. On devine toujours ce qu’elle va faire. Dommage ! Un peu plus de chien, de charme, de « niaque » auraient été les bienvenus. Comme dans sa voix : c’est bien fait, le timbre est beau mais le petit « plus », manque. Elle chante Carmen mais elle n’est pas Carmen. La prise de rôle de Gilles Ragon en Don José m’a laissé complètement hermétique et sans aucune réception d’émotion. A force de vouloir tout chanter ne risque-t-il pas de fatiguer son public? Où est cette passion intérieure, cet amour fou, cette jalousie extrême dans le duo final, face à l’abandon de Carmen ? A part la gesticulation… Mais le pire est Escamillo (Michael Chioldi) voix sans puissance, timbre sans saveur, projection curieuse laissant une sensation de déplaisir. On n’a pas envie d’écouter. Même le jeu n’est pas au rendez-vous. Il s’ennuie et nous ennuie. Quelques « hou » en guise de fleurs l’ont accueilli au salut.
Heureusement qu’un rayon de soleil apparut en la personne de Alketa Cela dans le rôle de Micaela. Ouf ! En l’écoutant on est enfin à l’opéra. Plénitude de puissance dans la voix avec beauté, phrasé, nuances et méduim. C’est beau, c’est chaud, c’est puissant. Elle y croit. Elle est Micaela ! Parmi les seconds rôles, qui dans Carmen ont des places indispensables, je voudrais mettre l’accent sur la jeune Diana Axentil dans le rôle de Mercedes. C’est rond, charnel, puissant avec le charme en plus.Même les choeurs, qui sont comme à l’accoutumé à la perfection de leur art, semblaient être gêné de temps en temps par la lenteur de l’orchestre. On aurait souhaité qu’ils explosent et fasse vibrer leur joie, violence et peur comme ils savent le faire à l’unisson de leurs voix. Pourtant, cet ennui général que j’ai subi le long de ces quatre actes, n’aurait pas dû exister car côté mise en scène, tous les chanteurs avaient l’écrin idéal pour se lâcher. Or, tout dans cette production semble retenu.Transposé l’action à la frontière du Mexique et des Etats-Unis, pourquoi pas, car tout est imaginaire. Laurent Laffargue a visé juste et sa Carmen est porteuse de superbes images même si quelques éléments de décors semblent pauvres. Est-ce deux barrières qui font obstacle aux débordements de la foule ? Est ce trois poches-poubelles éclatées qui font bidonville ? Est-ce quelques légers cartons posés sur une remorque, demandent autant de main-d’oeuvre à la frontière ? Ces quelques mesquines remarques n’entravent en rien cette riche mise en scène qui aurait dû permettre des débordements de jeu en tension amoureuse, violence…. Le plateau nu du dernier quart d’heure, couvert de pétales rouges, est superbe de simplicité et de force. Malheureusement, dans cette efficace mise en scène, tout le monde reste sur la réserve et tout s’étire. On s’enlise dans l’ennui. Il faut le faire, dans Carmen !
Jean-Claude Meymerit
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blog JCM @ 18:11
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La chevalière au miroir

Posté le Samedi 7 août 2010

Il faut vite courir l’acheter (ou le voler) et le lire sans en sauter un seul mot ! Ce pertinent et très intelligent livre de Zoé Shépard (Aurélie Boulet de son vrai nom, puisque tout le monde le sait), est édité par Albin Michel. Quel régal !
Sans flatterie facile de ma part, je suppose que, si son plumage ressemble à son ramage, cet auteur est le (la) phénix de notre pays. Il ne faut surtout pas lire cet ouvrage d’une seule traite. C’est comme déguster le must des desserts d’un seul coup de cuillère. Il doit se lire par tous petits morceaux en se léchant les babines à chaque phrasé. Que c’est drôle et caustique ! Et pourtant le sujet est très grave. Et comme il est vrai ! Comment faire 35 heures de travail dans un mois ? Si, dans le train, vous voyez des gens sourirent ou rirent aux éclats, c’est qu’ils ont entre les mains ce volcanique livre intitulé « Absolument dé-bor-dée ou le paradoxe du fonctionnaire ».
Ce bijou concerne un peu plus de cinq millions de fonctionnaires français. Même si on soustrait le million de personnel hospitalier, il reste un peu plus de quatre millions d’agents de la Fonction publique d’Etat et Territoriale qui devraient se sentir interpellés. Combien, parmi cette population, oseront se reconnaître et témoigner ? Cet environnement et cette incompétence collective moutonnière résonnent toujours très fort dans ma tête : pointeuse, management, cadrage, formation, évaluation, groupes de travail,…tous ces mots qui depuis une dizaine d’années fleurissent et se prolifèrent comme une crise d’acné sur le visage de mon petit voisin de palier et qui comme pour l’auteur, sont insupportables à entendre, à écrire et surtout à vivre au quotidien.
Bien sûr, la résistance est la seule arme contre ce mascaret dévastateur qui veut nous faire croire que tout cela est utile et bénéfique pour le développement du service et pour l’épanouissement de l’individu. Foutaise ! Pour exemples : mise en place d’un audit dans un service, de quarante personnes, qui ne fonctionne plus, dix huit mille euros encaissés par la consultante en management de statut privé et de surcroît femme du Boss principal, pour tout simplement accoucher, au bout de plusieurs semaines, d’une synthèse de niveau d’école maternelle sans redoubler : il faut changer le chef de service. Comme application, mis au placard de ce dernier avec salaires et primes de haut niveau et une mission bidon pour couverture. Un autre cadre avec une fonction bien définie, absent physiquement de son lieu de travail pendant plus de quatre mois (car sans travail), sans inquiétude de la hiérarchie, ni comptes à rendre à son retour, comme s’il était à son bureau tous les jours. L’indifférence totale ! Une honte ! Ou encore, le recrutement d’un cadre devant apporter un soutien juridique sur tous les dossiers locaux, nationaux et internationaux. Dès que ce cadre signale un dossier non conforme à la législation ce n’est pas la personne qui l’a monté qui doit le corriger mais c’est ce juriste qui reçoit une remarque de son supérieur. Ses entraves dans les rouages administratifs de copinages font que ce cadre a été mis au placard à l’age de trente ans, alors que recruté spécifiquement pour cette mission. Un autre recrutement absurde et inutile : après un choix très difficile qui a failli ruiner l’industrie pharmaceutique, la manip a été d’ajouter à un service qui fonctionnait sans accroc, une tête supervisante et entreprenante de haut niveau, force de propositions de management dans le secteur de la gestion des ressources humaines. Résultat, le choix s’est porté sur un cadre administratif qui avec un sourire continuellement bloqué de quelqu’un qui vient d’attraper pour la première fois la queue de Mickey dans le manège de son village, démontre tous les jours ses facultés implacables d’analyses et de synthèses d’où son surnom : « 1+1 = 2″. La liste n’est malheureusement pas exhaustive, elle contient d’autres merveilleuses perles de luxe payées généreusement par le contribuable : on ne doit pas réclamer du travail à son supérieur car c’est considéré comme du harcèlement moral. Avoir osé cette démarche outrageuse à l’égard de son supérieur a valu au responsable d’une mission d’être mis sur la touche. Un autre cas : attendre plus d’un an (avec relances) la réponse à une question basique de logistique adressée par mail au plus haut placé dans la hiérarchie à quelques centimètres du bureau du demandeur. Ce n’est que lorsqu’il a changé d’ordinateur afin de posséder les derniers nés en outils électroniques périphériques à usages plus personnels que professionnels, qu’il s’est rendu compte que des messages étaient en attente. Et bien sa logique a voulu que des réponses soient tout de même apportées sans tenir compte de l’urgence et du délai déjà très…avarié ! Malheureusement, pendant un an, le travail n’a pas pu se réaliser. Etc…etc…
En lisant le livre de Zoé Shépard, on est très en colère. Même si le style d’écriture est très ironique, caricatural (à la Tati) et très théâtral, le fond est là et bien là, sur une toile de fond dramatique. Quoi faire contre toutes ces incompétences entretenues sournoisement et hypocritement protégées par les grands dirigeants ? Rien ! Ou si, lire ce livre et vite le prêter très rapidement à d’autres fonctionnaires. Peut-être une prise de conscience collective arrêtera cette hémorragie de création de postes-cadre à fausses responsabilités, instaurés artificiellement pour afficher un faux-semblant de modernité, d’efficacité et de développement au détriment de tous ceux et celles qui sont obligés d’exécuter et de se taire.

blog JCM @ 20:31
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