Ce soir, j’ai applaudi l’écran !

Posté le Dimanche 15 mai 2011

Emporté par un enthousiasme à basculer d’un balcon (si j’avais été bien sûr, dans une vraie salle d’opéra), j’ai applaudi un écran de cinéma. En effet, je me trouvais ce samedi 14 mai dans une salle ordinaire d’un cinéma, à une retransmission en direct du Metropolitan de New York. Une salle moyennement remplie. C’est vrai qu’aller assister à une représentation de la Walkyrie un samedi fin d’après-midi dans un complexe cinématographique de banlieue, cela tient plus d’une erreur d’aiguillage de tramway qu’à une volonté de plaisir à se cultiver. Ceci dit, moi j’y étais. Et tant mieux pour moi et dommage pour les absents. Quelle soirée !
A l’affiche, les plus beaux chanteurs du moment dans ces rôles wagnériens (Siegmund et Sieglinde). Vous vous impatientez de savoir qui ? : Jonas Kaufmann et Eva-Maria Westbroek. Pour moi, ce sont actuellement sur la planète les deux meilleurs chanteurs pour aborder ces deux rôles du frère et de la soeur jumelle (et pourtant j’en vois et j’en entends). Le metteur en scène avait même ajouter à Kaufmann quelques longueurs de plus dans sa chevelure, si bien qu’ainsi, ils arrivaient à se ressembler. Leurs voix, somptueuses. Du chant, rien que du chant ! Tout y est beau et merveilleusement bien fait. Le aigus de Siegmund aussi tranchants que son épée, le timbre et le moelleux de Sieglinde aussi vrai que sa douceur de visage et de jeu.
A la fin de leur duo du premier acte, lorsque le rideau se ferme sur eux à 6 000 km de là, l’émotion est entrée jusqu’au bout des poils de duvet de la peau. On restent béas et cloués avec un sentiment d’impuissance face à ces moments de grâce. Puis tout à coup, une fois ce moment indescriptible passé, les mains se rapprochent brutalement et sans contrôle expriment tout leur contentement. Ce soir, j’ai applaudi l’écran. Tant pis !

blog JCM @ 21:25
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Pardon ! je n’ai pas la téloche ! C’est grave ?

Posté le Dimanche 1 mai 2011

Je me trouve à discuter avec trois personnes de mes connaissances. On parle de tout et de rien et l’on rit, bref on passe un super moment.
Comme toujours dans ce genre de détente, notre (la vôtre) sainte télé fait son entrée par la grande porte. Le slogan « vu et entendu à la télé » frappe toujours.
Un de mes interlocuteurs se référant à une émission de télé vue la veille, me demande avec la phrase qui inévitablement tue : « tu l’as vue » ?
« Non, car je n’ai pas la télé » annonçai-je ! C’est alors qu’un bug fait son entrée dans les cerveaux de mes interlocuteurs. J’entends les sous-entendus : il n’a pas la télé ? Le pauvre ! Comment fait-il pour vivre ? On ne peut plus discuter avec lui, car il ne sait pas ! etc…
Une fois cette onde choc passée et qu’ils aient acceptée ma maladie incurable, un dialogue de haut vol s’instaure :
- comment fais-tu pour te tenir informé de l’actualité ?
- j’écoute la radio !
- oui, mais ce n’est pas complet, il n’y a pas les images ! (sic) et quelles radios ? . Attention, cela va faire mal ! me dis-je tout bas et balance : « j’écoute de préférence les radios du secteur public ». En effet, l’effet escompté jaillit. Stupéfaction générale. Dans leurs têtes, « non content de ne pas avoir la télé, il n’écoute que les radios publiques ». Voyant le désarroi des visages en face de moi, je rajoute : …et Radio classique.
Je me mets à leur place. Ils avaient devant eux un individu qui n’avait pas vu les déferlements d’images détaillées d’un accident mortel de la route ou celles des gros plans fardés des maquillages outranciers des intervenants de débats stériles.
Cependant, lorsque je leur signale que sur Radio France « il y a aussi » des informations et émissions sur l’actualité politique, sociale, culturelle, sportive, internationale etc…et que sur Radio Classique j’ai écouté pendant une heure et demie François Zimeray, ambassadeur de France en charge des Droits de l’Homme, ceci agrémenté d’un programme de musique classique, la discussion tombe alors comme un soufflet trop tôt sorti du four.
Et oui ! la télé a encore frappé !

blog JCM @ 11:29
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Chaises musicales à la sauce verdienne.

Posté le Samedi 30 avril 2011

Je ne pensais pas qu’en allant écouter une représentation du Trouvère de Verdi, j’allais assister à une démonstration du jeu des chaises musicales. En effet, tout semblait calme, les nombreux lycéens silencieux, le charme lyrique opérait, lorsque tout à coup en plein milieu d’un des tableaux du premier acte, le couple assis devant moi se lève, dérange tout le monde, avec bruits de fauteuils, murmures et commentaires variés, porte qui s’ouvre et se ferme, enfin bref, la totale. Côté positif, deux places se libèrent ! C’est alors que le principe des chaises musicales entre dans l’arène. Les personnes assises à côté de celles qui ont déserté se déplacent de deux crans, mais comme elles voient moins la scène, elles reculent d’un cran. Au même moment, d’autres personnes qui avaient repéré ces places libres avaient déjà entamé leur stratégie d’attaque. Marche arrière pour certains, car (je ne sais pas si vous me suivez ?), comme il n’y avait plus deux places côte à côte puisque les derniers en mouvement n’avaient repris leur marche arrière que d’un cran, ce fut la panique. De plus, et cela est bien connu : si on part de chez soi à deux pour aller voir un spectacle, il faut rester à deux, collé quoiqu’il arrive, car pour apprécier un spectacle il faut deux cases de neurones sinon rien ne va plus.

Le calme revient. Seulement, tout ceci avait distrait quelques personnes qui se sont senties obligées de boire. Donc, opération bouteilles d’eau, et les fameuses débouchonnades avec le bruit des bouteilles en plastic que l’on écrase. Et hardi petit ! chacun son flacon et sa marque. Les trois personnes pas très loin de moi venaient d’avoir subitement la pépie aiguë , car à en juger le nombre de va et vient du sac à la bouche, je voyais le moment ou d’autres envies allaient jaillir. Cette manie de boire par toute petite gorgée avec chaque fois ce rituel des plus stupides, est insupportable. Au fait, j’ai oublié de vous rappeler que nous étions à l’opéra et que les chanteurs continuaient à raconter sur scène leur déchirement familial et amoureux.

Non ! pas possible ? Encore un bruit de sièges. Un autre couple sort, avec le même bruitage de fond. À peine franchi le seuil de la porte, les chaises musicales reprennent leur rythme toujours sur un fond de Verdi. Cette fois ci les choses s’organisent mieux, c’était chacun pour soi : on descend et on remonte les marches, on regarde la scène, on se redéplace, on repart etc…aucune fixation. Entracte ! Pas de bol pour ceux qui venait de trouver enfin leur point de chute.

Le spectacle reprend et juste avant les premières mesures du célèbre air du ténor « di quella pira« , c’est reparti. Un autre couple sort avec bien sur le même scénario incontournable déjà vécu deux fois. Ce jeune couple n’a pas l’air de sortir, il reste à la porte. C’est vrai que les contre ut (même pâlots) ont dû les stopper dans leur élan.

Qu’est ce qu’ils tous ce soir à avoir la bougeotte, à sortir, à changer de place et à boire ? Par bonheur, la classe de jeunes collégiens, présente pas très loin, n’a pas bronché et a montré l’exemple du silence à respecter dans une salle de spectacle. Pourvu qu’ils ne pensent pas qu’assister à un opéra, c’est changer de places tous les quart d’heure ? Non, j’exagère !
J’ai oublié de vous dire, tout ce cirque a eu lieu à l’étage du Paradis du Grand Théâtre de Bordeaux.

blog JCM @ 18:19
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Le Trouvère à l’Opéra de Bordeaux : à tous les soirs, on gagne !

Posté le Dimanche 17 avril 2011

Lorsqu’une maison d’opéra affiche deux distributions pour un même ouvrage, louer une place en fonction de celles-ci fait partie du coup de poker (*). Avec le Trouvère à l’Opéra de Bordeaux, on gagne à tous les coups. Cette superbe production nous vient de l’opéra de Marseille dans une mise en scène, élégante, simple et intelligente de Charles Roubaud. Des décors qui occupent l’espace avec force et pureté, preuve du bon goût, avec des éclairages remarquables bougeant à notre insu apportant le petit plus qui fait mouche. Nous sommes loin de ces hideux éclairages de la récente Ariane à Naxos sur cette même scène. Côté chant, les voix sont aux rendez-vous et quelles voix. Alors qu’une Leonora, Leah Crocetto, en grande verdienne, chante tout dans la délicatesse avec ornementations et filets à la Caballé, la seconde, Elza van den Heever, aborde le rôle avec plus de charnel et de niaque aux graves et aux aigus plus directs. Le Manrico de Giuseppe Gipali a trop de retenue comme s’il avait peur de dire les mots et de les affirmer alors que le timbre et la puissance sont là. Son homologue Trouvère, Gaston Rivero, a beaucoup plus de vaillance dans l’interprétation du rôle et dans la projection des phrasés, mais je ne sens pas en lui une entière sûreté. Pourquoi ces deux ténors ne se lâchent pas un peu plus. Azucena, c’est Elena Manistina que j’adore car c’est la sorcière bien aimée au timbre chaud et caverneux sur un fond de puissance énorme. Dans la seconde distribution, Véronica Simeoni, est plus sorcière des quartiers chics qu’une sorcière gitane aux actions des plus macabres. Sa voix est belle. Très grande mezzo mais pas assez de sombre et de machiavélisme. Alors que le Comte de Luna de Alexey Markov m’a laissé sur ma faim, surtout par une absence totale de jeu de scène et de composition du rôle, Lionel Lhote dans ce même rôle m’a littérallement transporté. D’une somptueuse puissance au timbre généreux et très coloré. Avec quelle aisance il amène ses aigus. On dit qu’il va revenir dans le rôle Sharpless l’an prochain (chut c’est un secret ! ). Dans les deux distributions Eve Christophe-Fontana garde le sien. Cette soprano d’une grande finesse, déjà appréciée dans son Echo d’Ariane, donne ici à Inès tout le relief vocal souhaité. Pendant qu’Eric Martin-Bonnet toujours égal à lui-même, tient le rôle de Ferrando le mieux possible, je garde pour la fin la découverte dans le même rôle, d’une pépite en la personne de la basse Wenwei Zhang. Une merveille de chant, de facilité et de puissance. Pourvu que la direction de Bordeaux pense à lui très vite.
Les choeurs dans cet ouvrage ont une place primordiale et le complément avec les choeurs de l’Opéra de Paris, sauf erreur de ma part (l’affiche ne le dit pas), sont somptueux. Lorsqu’ils passent ou arrivent de derrière les immenses paravents décors, les sonorités se mélangent, les personnalités de chacun surgissent tels des arômes d’un bon vin et jaillissent dans la salle comme dans une séance de cours de dégustation.
La partition orchestrale de cet opéra ne m’a jamais séduite, et j’avoue que la prestation du Chef d’orchestre Emmanuel Joel-Hornak a été des plus conventionnelles mais sans plus. A sa décharge, peut-on vraiment beaucoup plus ajouter à une telle partition ?
Ayant assisté à ces deux représentations très différentes l’une de l’autre et que le public applaudit pendant de très longues minutes sans se lever de son fauteuil, comme s’il avait été assommé par cette avalanche de notes, je me pose la question suivante: aurions-nous retrouver notre carte de visite bordelaise comme quoi le public de Bordeaux aime les voix, les connaît et les apprécie à condition qu’elles soient généreuses puissantes et belles. Ariane à Naxos l’a montré, le Trouvère le confirme. J’espère que la programmation de l’an prochain tiendra compte des ovations et des commentaires des couloirs « enfin des voix, il y a bien longtemps qu’a Bordeaux on n’en avait pas entendu d’aussi belles ».
(*) quand est-ce que l’Opéra de Bordeaux perdra cette fâcheuse habitude d’afficher : distribution A et distribution B. Pour le public, la B est moins bonne que la A. C’est peut-être un raisonnement ridicule, mais il est réel. Pourquoi, ne pas faire tout simplement, comme font tous les opéras du monde, mettre les dates en face des noms.

blog JCM @ 20:08
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La marque qui fait mouche !

Posté le Vendredi 11 mars 2011

Que les trams sont sources de scénarios et de gags succulents ! Cette fin d’après-midi, la rame est assez pleine, mais une place à côté de moi est libre. Une jeune dame chic et genre, reflet d’un étalage de son pouvoir d’achat, monte dans la rame. Elle est accompagnée de sa fillette « bien habillée » comme dirait ma petite voisine de quatre vingt dix ans. Cette fillette « chérie » – tel est son surnom – est obligée de s’installer un peu plus loin, coincée entre les sièges. Tout ceci paraît très banal dans un tramway. Là où cela commence à devenir très énervant c’est lorsque la mère emploie dans une même phrase à toutes les sauces et très fort le mot « chérie », pour bien faire voir et entendre à toute la ramée qu’elle aime sa fifille « chérie » : « tu n’as pas de place chérie ?« , »mets toi là « chérie !« , « chérie on va bientôt arriver à l’appartement« , « chérie comment ça été à l’école ? » etc, etc, etc…Puis tout à coup après ce torrent de « chérie », offert en pâture à tout le monde, la mère demanda à l’enfant d’ôter son béret « chérie enlève ton béret il fait chaud« . Tout à coup, la fifille à sa maman pique une crise de nerf et dit « tu n’as pas pris mon écharpe à l’école, tu l’as oublié…« . La mère devant l’hystérie de sa fille ajouta « comment, tu aurais pu faire attention etc… tu te rends compte, une écharpe en cachemire« . Le mot était lâché, l’écharpe était en cachemire ? Peu importe l’oubli à l’école, mais pour les passagers elle était en cachemire.
Sans réfléchir comme sorti d’une boite magique, je pris le bout de mon écharpe de laine (5 euros chez Tati) qui était légèrement coincée sous le fessier de cette dame et la lança sur mon épaule gauche d’un geste à faire pâlir Marylin en disant très haut : « oooh ! mon Hermes ! »
Silence net de la dame en question. Les gens autour sourires et rires sous cape. La femme, au bout d’un très long moment me balança « c’est pas intelligent, vous trouvez ca drôle ? » Le fou rire coincé dans mon écharpe devant le visage, je n’ose plus bouger. Après avoir respirer un bon coup et d’un ton solennel, elle ajouta : « vous savez, du cachemire il y en a à tous les prix ! » Grandiose ! Phrase inoubliable ! Fou rire refoulé chez les passagers. La dame attrape sa fille sans un mot et descend à l’arrêt immédiat.

blog JCM @ 23:43
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Ariane à Naxos, toutes en voix !

Posté le Jeudi 24 février 2011

Quel bonheur ! Des voix ! Et quelles voix ! Je parle des voix femmes !
Voilà enfin des soirées d’opéra que l’on aime et que l’on aimerait avoir un peu plus souvent.
Pouvons-nous mieux rêver qu’Heidi Melton dans le rôle d’Ariane ? Cette soprano que Bordeaux connaît bien après son Amélia du Bal masqué et son Elisabeth de Tannhäuser. Je me souviens lui avoir dit un soir après une représentation du Bal masqué : « A quand Ariane ? » C’est fait. Je ne me suis pas trompé et l’Opéra de Bordeaux a eu raison en l’engageant. On pourrait faire le même éloge pour la Zerbinette de Brenda Rae. On reste cloué par la facilité, l’agilité et surtout l’aplomb de sa ligne de chant dans un rôle truffé de difficultés. Que dire du Compositeur, magnifiquement tenu et chanter par Elza van den Heever ? J’avoue préférer dans ce rôle, la tessiture d’une mezzo soprano plutôt que celle d’une soprano lyrique. Cela dit notre Compositeur est d’une vaillance de jeu et de voix remarquable. Je ne veux pas oublier les trois autres rôles féminins, Naïade, L’Echo et Dryade tenus par Mélody Louledjian, Eve Christophe et Katharina Magiera, qui ont enchanté l’auditoire. Du très beau chant en dégustation.
Que les hommes me pardonnent, mais j’ai eu quelques difficultés à adhérer à leurs voix. Ingratitude des rôles masculins, écrasement des voix femmes ? Je ne sais, en tout cas ils ne me laissent pas beaucoup de souvenirs, y compris Bacchus qui a chanté aux forceps égratignant au passage quelques beaux moments musicaux straussiens.
Dans la fosse, la grâce. Notre Orchestre national et son chef Kwamé Ryan, avec le faible effectif souhaité par Richard Strauss, nous ont transporté et offert cette beauté suave des opéras « roses » de l’auteur.
Reste la mise en scène de Roy Rallo. L’acte-prologue démarre merveilleusement bien. Le choix d’une galerie d’art contemporain au lieu d’un salon bourgeois viennois fonctionne très bien et même très bien. Fonds de murs délabrés, lavabos (enfin les revoilà sur scène, ils me manquaient…), décors salis volontairement, et présence unique d’un immense oeuvre contemporaine. Tout cela se tient et les chanteurs ont l’air de s’y sentir bien. Puis brutalement à l’acte principal tout tombe dans la laideur. Laideur du décor et surtout de l’éclairage. Quel manque de respect pour le public. Ce n’est pas sombre, c’est très mal éclairé. Les visages dans l’ombre. On pense plus à une panne électrique ou a un service minimum des électriciens jour de grève, qu’à une subtilité de mise en scène. J’ai là en mémoire des spectacles très sombres presque dans le noir mais que c’était beau, on arrivait à voir (grâce à de talentueux metteurs en scène et éclairagistes) les visages et le jeu de physionomie des chanteurs. Ici rien. Lorsque l’on vient voir un spectacle vivant c’est pour voir les protagonistes et surtout les solistes qui chantent. De plus, soit je n’ai rien compris dans l’histoire, mais il semble que l’intrigue dit que pour gagner du temps et pour ne pas ennuyer les invités, les deux troupes séria et bouffe joueraient en même temps. On parle même de comédiens de la commedia del arte. Où étaient-ils donc ? Nous avions sur scène deux prestations identiques. À aucun moment, on ne distinguait au premier coup d’oeil le séria du bouffe. Bien sûr l’intention du metteur en scène est plus sensée, plus intellectuelle, plus recherchée. En clair, il a voulu dire quoi ? Que l’amour, que l’on soit sérieux, triste ou joyeux est le même, que ce n’est pas parce qu’on plaisante toute la journée que l’on est heureux en amour, etc etc… OK on a compris ! Et le respect de l’histoire et le respect du public (voire des chanteurs) où est-il ? Je rappelle que cet unique acte est musicalement d’une beauté extrême, alors pourquoi vouloir nous gâcher ce plaisir à l’oreille par la laideur de la vue.
En toute objectivité, si je ne dois garder qu’une seule image de la mise en scène de cette production, c’est l’ouverture sur la fin du duo d’amour qui clôture l’ouvrage, des portes de l’arrière-scène du Grand Théâtre qui laissent entrevoir la rue arrière. C’est la première fois que je vois l’utilisation de ces portes. Que c’est fort et beau !

blog JCM @ 20:45
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3M puissance 4 !

Posté le Dimanche 6 février 2011

On me demande souvent de raconter la célèbre anecdote concernant les 3M bordelais (appellation usitée à Bordeaux pour désigner les trois célèbres personnalités littéraires bordelaises, Montaigne, Montesquieu et Mauriac). Comme elle est souvent reprise avec enrobages pas souvent des plus heureux, je viens par cet écrit la relater dans sa version originale.
C’était au cours d’une réunion professionnelle par visioconférence entre une dizaine de personnes, par moitié une direction bordelaise et sa hiérarchie parisienne. L’objet de cette réunion, par vidéo interposée, était l’organisation d’un congrès sur Bordeaux de très haut niveau devant réunir une quarantaine grands décideurs internationaux scientifiques. L’objet de la discussion arrive sur le choix d’un cadeau de prestige symbolisant Bordeaux, à offrir à toutes ces personnalités. Mon supérieur de l’époque, se prenant toujours pour un symbole de la connaissance universelle et riche en idées originales à faire pâlir les catalogues de pacotilles à trois sous de cadeaux de fin d’année, propose un coffret de bouteilles de vin de Bordeaux (pas très original mais mieux que des tasses avec le Pont de Pierre peint). Presque arrivé en crise d’apnée devant le peu d’originalité, je me lance dans une proposition et lui glisse à l’oreille « pourquoi pas un bel ouvrage sur les 3M bordelais« . L’idée semblant le séduire, il annonce à nos interlocuteurs à 600 kms de là, cette proposition. Au lieu de me donner la parole (car j’avais déjà fait des répérages), il prend pour lui la proposition et dit à nos interlocuteurs « je vous propose un beau livre sur les 4M ».
À l’annonce de ce chiffre, je commence à me liquéfier. Avec les autres personnes de la salle nous nous regardons avec un frisson de détresse. Nos collègues parisiens demandent immédiatement qu’est ce que c’est que les 4M ? Et notre supérieur bordelais dans une envolée d’orgueil leur dit « vous ne connaissez pas les 4M bordelais ? » et se lance tel un gladiateur, la culture à la main, à l’assaut de Paris et écrasant sur son passage le petit culturel bordelais qui lui avait soufflé l’idée : « il s’agit de Montaigne, Montesquieu, Mauriac (et oui, il savait !) et… » À cet instant, nos visages se figent comme transformés en mascarons. Nous attendons avec effroi le quatrième M et comme bien sûr ce nom ne vient pas, je me lance et jette tout fort à nos interlocuteurs parisiens : « Meymerit  » (c’est mon nom). Éclat de rire chez tout le monde et stupéfaction chez notre cow-boy en culture bordelaise. Ce que ne dit pas l’histoire, c’est à qui il pensait pour illustrer le quatrième M ?

blog JCM @ 12:00
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L’Italienne à Alger à l’Opéra de Bordeaux : du champagne éventé !

Posté le Samedi 29 janvier 2011

Dommage ! À ma connaissance, Rossini n’est pas un producteur d’opérettes à grand spectacle ! Si le but recherché de cette Italienne de Bordeaux était de faire rire afin que la scène finale se termine avec un public en délire scandant son contentement dès le rideau baissé avec des applaudissements comme à la fin d’une opérette de Lopez, c’est gagné, mais pour moi c’est raté. Alors pourquoi cet ennui ? Cette coproduction (Madrid, Houston, Florence et Bordeaux) se veut pleine d’esprit avec un étalage dégoulinant de gags donc certains bien amenés et bien ficelés, mais cela me laisse froid. Se pose alors la première question : pourquoi faut-il que les metteurs en scène actuels, en montant un opéra-bouffe de Rossini, veulent à tout prix forcer sur les jeux de scène, les objets, les situations, alors que souvent une simple lecture en serait plus efficace ? L’histoire en soi parle d’elle-même, sans en rajouter. Ce vendredi, soir de la première, grève d’une partie des métiers du plateau et des coulisses. On nous annonce version de concert. Que cela ne tienne, un opéra en concert est souvent préférable de nos jours à certaines mises en scènes n’ayant pour but que flatter l’ego de quelques personnes en manque de reconnaissance et de certains directeurs de théâtre en recherche de scandale.
En guise de version concert, on nous présente l’élément principal du décor. Puis les interprètes costumés dans des mouvements scéniques maladroits (normal, ils improvisent) viennent chanter la partition. Comme je mettais mon ennui sur le fait d’avoir assisté à une bâtarde présentation, je revins voir la production dans sa présentation complète et ce sentiment d’ennui fut reconduit. Les envahissants mouvements, les matériels, les costumes et les gags vus et revus mille fois, évoquent un Alger et une Italie en mélangeant les clichés de leur passé avec ceux d’un faux modernisme outrancier. C’est un opéra-farce il est vrai et le sujet n’est qu’un prétexte! Côté interprètes, certes c’est bien chanté, propres et certaines voix sont belles, des timbres chauds mais pour la plupart assez faibles (le Grand Théâtre n’est tout de même pas immense !). Seulement chez tous ces chanteurs il y manque la flamme, l’énergie vocale, en clair l’engagement. Et chez Rossini, il le faut. J’en déduis qu’avec mise ne scène ou non, l’opéra passe avant tout par la voix et l’engagement de chaque chanteur. Pour illustrer ces propos, je suis allé faire un tour sur quelques images de l’Italienne à Alger montée très classiquement, voire très poussiéreuse pour nos jours, mais qu’est ce que c’est drôle ! Pourquoi ? Parce que des personnalités et des voix sont là et s’imposent dans du bouffe au service de Rossini (Horne, Dupuy, Baltsa, Berganza, Valentini-Terrani, Lamore etc…). On est alors en face d’opéra et non de spectacle de divertissement. On vibre et Rossini revit.

blog JCM @ 20:56
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Le Gers où la vie est sans Histoire !

Posté le Samedi 15 janvier 2011

En ce jour de janvier, dans un classique salon bordelais de livres anciens, je suis attiré par un ouvrage qui répond au premier coup d’oeil à mes recherches.
Il s’agit d’une grande chemise cartonnée fermée des quatre côtés par des petits rubans sales mais dorés. En titre en gros caractères : « Bordeaux et ses environs sous Louis XIII » édité en 1904. Comme toujours en de pareilles circonstances, les références historiques ne surgissent pas dans la tête aussi vite et avec autant de précision que le chiffre de sa carte bleue. Quand commence et se termine exactement le règne de Louis XIII ? J’avais des chiffres en mémoire mais comme il s’agissait d’un ouvrage très cher, l’erreur d’une année peut coûter une saisie bancaire. Pas de marchand à l’horizon (c’était la pose méridienne). Si je demandais à des visiteurs. C’est ainsi que je fis de nombreuses connaissances mais je compris vite que Louis XIII n’était tout de même pas le sujet préféré traînant sur les tables de nuit. Par contre, moi, je voulais absolument savoir à quoi ressemblait Bordeaux entre 1645 et 1656, c’était vital (chacun ses fantasmes, un samedi midi le ventre creux…).
Joie, le marchand arrive ! Il avait du repérer mon manège autour de cet ouvrage. Je lui pose ma question « quand est-ce que le règne de Louis XIII s’arrête ?« . Il regarde l’ouvrage et me dit 1904. A la tête ahurie que je devais faire, il défait avec énergie les quatre rubans et me propose de feuilleter. En effet je retrouve mes esprits et…mes dates. Le vendeur s’approche et me déclare : vous savez j’ai acheté ce document à un particulier bordelais, lui aurait pu vous renseigner sur Louis XIII, mais pas moi car je ne suis pas de Bordeaux, je suis du Gers ! Adorable réponse en me disant tout bas au creux de l’oreille : « on peut baisser le prix ».

blog JCM @ 19:19
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Quand les principes de stupidité dépassent les principes de précaution !

Posté le Vendredi 31 décembre 2010

On ne doit pas laisser des jeunes filles mineures toutes seules dans une baignoire ! répondu par un agent d’accueil du Grand Théâtre de Bordeaux à des grands parents qui emmenaient leurs deux petites filles assister à un spectacle de ballet et qui n’ont pas pu avoir les quatre places de la même baignoire (petite loge fermée sous les galeries et légèrement surélevée par rapport aux sièges du parterre). Voilà le décor planté. Cela se passe dans un grandiose lieu culturel où la règle du risque zéro et de l’interdiction est reine.

Angoisse des grands parents car il ne restait en location que deux places dans une baignoire et deux autres celle juxtaposante. Aussi, dilemme : soit chacune des deux soeurs mineures d’une douzaine d’années sera accompagnée dans la baignoire par un des grands parents, soit, elles resteraient ensemble profiter d’un moment de bonheur entre elles, malgré la consigne stipulée par l’employée, ayant des comptes à régler avec le passé. Pas le sien, car celui-là on s’en fout, mais avec le passé de ces baignoires au cours du XVIIIe° et XIXe° siècles lorsque ces baignoires servaient plus aux contacts des chairs que celui de la musique. Qu’est ce qui se passait dans ces minuscules petits lieux. Je crois que notre charmante hôtesse avait dû recevoir de son CE, en cadeau de Noël, un livre du Grand Théâtre et se voyait en crinoline dans une de ces baignoires, le rideau à croisillons baissé. Oui car j’ai oublié de vous le dire à l’époque on était dans ces baignoires pour voir mais pas pour être vu et un rideau grillé se levait en fonction des activités pratiquées à l’intérieur. Ceci dit il ne faut pas non plus exagérer, il s’agissait le plus souvent de galants rendez-vous de personnalités hommes et femmes bien à vue dans la ville et qui venaient passer un agréable moment. On s’y voit déjà soi-même !

Là où je reste un peu dubitatif c’est au risque éventuel encouru par nos deux jeunes filles. Un acte de pédophilie ? Réfléchissons ! Afin que ces deux gamines subissent ensemble des sévices corporels d’attouchement, encore faudrait-il que ces « attoucheurs » soient également deux et dans la même baignoire. De plus, il faudrait que ces deux pervers « attaquent » en même temps et que les deux gamines, surprises, en restent bouche bée ensemble; le tout dans un silence quasi-absolu ou seule la musique de Prokofiev agirait. Bon, pourquoi pas ! Admettons ! Ou bien, un seul pervers est dans la baignoire et se précipite sur une des gamines sans que sa soeur hurle et que l’autre occupant de la quatrième place réagisse. Bon, pourquoi pas ! Admettons ! Imaginons maintenant le scénario catastrophe, mais inverse ! Que nos deux jeunes innocentes sautent sur les deux personnes bien installées sur leurs sièges. Bon, pourquoi pas ! Soit, admettons ! Tout semble envisageable dans ce temple de l’art puisque l’alerte de principe de précaution a été donnée. Avec toutes ces hypothèses envisagées, les probabilités qu’un drame se déroule sous les yeux et les oreilles de centaines de personnes regardant et écoutant religieusement un spectacle de danse, semblent peu plausibles. Quoique ! Pourquoi cet agent a prévenu ? Est-ce déjà arrivé ? En tout cas, pour gâcher le plaisir d’un beau spectacle à une famille en leur laissant imaginer le pire, il ne peut pas y avoir plus stupide.

Pourquoi fonctionner continuellement sur des interdictions et des principes de précautions exacerbés et complètement absurdes – il ne faut pas rester debout devant son siège, on subit des fouilles trop excessives et un peu limites à l’entrée du service location en semaine, il ne faut pas faire de photos de la salle au début du spectacle et aux entractes, etc..sans oublier la présence d’ampoules blanches allumées en permanence aux places du paradis pendant les spectacles -. Sait-on jamais ! Laisser le paradis dans le noir ? Que de fantasmes ! Par contre, silence sur les gens qui grignotent et qui boivent, qui laissent pendre leurs vêtements sur les balustrades et qui utilisent leur portable pendant le spectacle. Il est vrai que l’exemple vient d’un utilisateur de la loge d’avant scène gauche, qui a chaque représentation, fait jaillir de ses mains expertes, une lumière blanche persistante de son iPhone pour en faire bénéficier la salle. Normal, tout le monde n’est pas le Directeur !

blog JCM @ 19:03
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