Grands pas de deux à quatre pattes

Posté le Dimanche 11 mars 2012

Je veux bien sûr parler des grands pas de deux, extraits des plus grands ballets classiques que sont Raymonda, la Belle au bois dormant, le Lac des cygnes, Gisèle, la Sylphide, Roméo et Juliette et Don Quichotte.
La classe et la beauté étaient au rendez-vous ce dimanche après-midi dans un lieu culturel de la banlieue bordelaise brillant, lui, par la laideur de son extérieur et de son intérieur. Vous me direz on s’en fout, une fois les lumières éteintes on ne regarde pas le plafond et les murs. Faut tout de même avoir envie de se déplacer vers un espace aussi triste, entouré de rues désertes, malgré un soleil radieux éclairant ce beau dimanche après-midi de mars.
Quitte à fermer les yeux en rêvant d’être dans une belle salle de spectacle et même quitte à y venir à quatre pattes, il ne fallait pas surtout rater ce grand moment d’art de la danse offert par sept danseurs et danseuses, solistes (sujets, coryphées et quadrille) du Ballet de l’Opéra national de Paris. Ce programme était dirigé artistiquement par un des danseurs étoiles présent sur scène, Karl Paquette. Comme un bonheur ne peut pas être complet, il fut dommage que la diffusion de la musique enregistrée fut si mauvaise. Saturation, souffle, mauvais équilibre des basses et aigus. Pour une représentation de spectacle vivant de cette qualité, la technique n’a vraiment pas suivi. Hélas !
Sur des chorégraphies incontournables de Noureev, de Petipa, de Perrot, de Bournonville…nos solistes nous ont offert toutes les facettes de cette signature qu’est l’Ecole française de la danse. Que ce soit les ports de corps, les jeux de jambes et de bras, c’est signé. On est scotché sur place. Que c’est beau ! Le public a fait une ovation très bien méritée à ces sept danseurs messagers de la danse française de l’Opéra de Paris, référence mondiale. Qu’en on pensé les quelques danseurs du Ballet de Bordeaux, entre aperçus dans la salle. On dit, dans les chaumières des chaussons bordelais, que le Ballet de Bordeaux serait la dernière compagnie française de danse classique de province. Est ce vrai ? Si c’est oui, profitons-en et espérons applaudir la prochaine saison de nouveaux grands classiques du répertoire. Les spectacles de danse classique sont extrêmement rares sur les scènes françaises. Que Bordeaux ne s’endorme pas sous les lauriers de l’acquis !
Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 21:01
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A l’Opéra de Nancy : « oh ! che bella italiana ! »

Posté le Mardi 21 février 2012

Plus que belle, époustouflante ! On l’a enfin la vraie « Italienne à Alger ». Après les regrettées Horne, Terrani, Dupuy…, toujours présentes dans nos oreilles, on attendait Lemieux, elle est arrivée. Ouf !  Ras le bol d’entendre et de voir des pseudo « Italiennes » dans la plupart des théâtres. Avec la production bordelaise, j’avais écrit que l’Italienne à Alger n’était pas une opérette de Lopez, mais un opéra avec des grandes et belles voix.
Marie-Nicole Lemieux possède tout, un charme fou, un magistral contralto, des aigus percutants, un jeu scénique exalté…Tous les ingrédients pour ce rôle là. Elle insuffle à tous ses airs les nuances charnelles et brillantes voulues par le rôle. Qu’ils paraissent courts ! On est sous son charme. Elle a pour partenaires, le jeune chinois Yijie Shi, qui enchante la salle avec un timbre à la Florez et une naturelle virtuosité. Tous les autres rôles sans les citer sont à leur place, chantent, jouent et s’amusent et le public est heureux. Grande soirée. L’orchestre y est aussi pour beaucoup. Paolo Olmi à la tête de l’orchestre de Nancy participe et s’implique dans chaque note.
Reste la mise en scène ou devrais-je dire la magnifique scénographie. Le décor, imposante carcasse d’avion suite à un crash dans une forêt tropicale, je suppose, car beaucoup de bambous. Très beau mais trop envahissant sur le plateau de Nancy. J’ai cru comprendre que ce gigantesque décor et ce lieu inconnu où se déroule l’action, étaient volontaires afin de ne pas brusquer, choquer ou éveiller d’éventuelles interprétations entre les deux civilisations présentes dans le livret. Stop à cette sombre hypocrisie ! Sous prétexte d’histoires racistes, ethniques, politiques, sociales, sexuelles.. on ne va tout de même pas changer toutes les histoires d’opéra pour aller dans le sens du poil de certaines personnes qui y voient et verront toujours ces questions là. La liste est longue dans le monde des livrets d’opéra. Les histoires de ces opéras existent. En les écoutant et en les voyant chacun se raconte les siennes avec sa propre conscience et ses propres valeurs. Le spectacle n’est-il pas fait pour ça ? Aussi, je préfère que les metteurs en scène affichent soit clairement un parti pris, une idée ou soit tout simplement présentent l’oeuvre dans une convention totale plutôt que d’essayer de masquer l’intrigue par des non dits et des fouillis d’idées floues en utilisant le plus souvent des effets scéniques vulgaires et gratuits de pure provocation à des fins uniquement médiatiques (très en vogue actuellement dans certaines salles d’opéra). A Nancy, même si le décor est dans l’exagération, il fonctionne très bien car nous sommes dans un opéra bouffe. Cette production de « l’Italienne à Alger » est une merveille.

Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 19:30
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Connaissez-vous l’opéra « Mac Beth » de Verdi ?

Posté le Dimanche 5 février 2012

Titre lu dans la revue municipale culturelle de Bordeaux et vu en vitrine du kiosque culturel de la même ville : Mac Beth au lieu de Macbeth. Qu’est ce que j’ai pu rire ! J’aime !
Il est évident que cette annonce (en gros titre) n’a pas été écrite par un féru d’opéra ni par un féru tout court. Peu importe, est-ce vital pour notre confort quotidien ? De plus, personne n’est obligé de connaitre tout le répertoire de Shakespeare et encore moins connaître toute l’encyclopédie sur l’Histoire.
Couper le mot en deux, faire un espace puis mettre une majuscule à Beth cela ressemble plus à une ignorance ou une contamination de Mac, qu’une erreur de frappe. Réflexion faite, je pense que la personne, auteur de ces titres, doit avoir sous ses yeux toute la journée un ordinateur au célèbre trois lettres ou venait de déjeuner chez un autre célèbre Mac ou encore venait de faire les soldes en s’arrêtant chez Mac Douglas ? Confondre Macbeth avec Mac Do ou encore MacBook ou parmi tant d’autres, fallait oser. Le paradoxe est encore plus fort lorsqu’on lit les lignes explicatives qui suivent dans le magasine, on lit clairement Macbeth etc…Certes, l’erreur est acceptable, mais par contre, qu’une relecture par un Rédacteur en chef dans un Service de com, laisse passer ces grosses bourdes dans des titres largement diffusés l’est beaucoup moins.
Merci tout de même pour cette Mac Bethise !

blog JCM @ 20:35
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L’opéra de Limoges où règne un parfum lyrique.

Posté le Dimanche 29 janvier 2012

Entre deux voyages dans certaines grands villes européennes où je me rends régulièrement pour y entendre et voir des grands noms du chant lyrique ou tout simplement y découvrir des productions incontournables, il m’arrive aussi de me rendre à l’opéra théâtre de Limoges. Pourquoi après Berlin, Madrid, Vienne…choisir Limoges ? Parce qu’il règne dans ce théâtre un parfum lyrique que j’aime et qui me comble de joie car on y parle d’opéra (comme à Toulouse et à Bordeaux avant que celui-ci devienne opéra national).
Je me suis déplacé pour aller y applaudir la Jenufa de Janacek, superbe nouvelle coproduction montée avec les opéras de Reins et de Rennes. Même si tous les chanteurs ne s’appellent pas Deborah Polaski, Eva-Maria Westbroek ou Hildegard Behrens… (artistes que j’ai eu le bonheur d’entendre dans cet ouvrage), ici à Limoges l’émotion de ce drame était au rendez-vous et sa version originale de 1904 méritait fort ce déplacement. Un spectacle rond et harmonieux.
A l’opéra de Limoges, pas de sophistication ou d’accueil artificiel et impersonnel que j’ai trop souvent le malheur de connaître dans un opéra que je fréquente plus que tous les autres puisqu’il s’agit celui de ma ville. La convivialité est présente dès que nous entrons dans ce temple. C’est le mot clé de la maison. Un véritable accueil dans sa vraie dimension humaine. Ceci donne l’impression d’être invité chez quelqu’un, dans une maison d’opéras tout simplement.
Dès le contrôle d’accès à la salle, nous avons droit à un petit mot individuel sympa. Les personnes du vestiaire vous mettent en garde sur les objets laissés dans les poches etc..L’ouvreuse en vous accompagnant à votre place vous tend un super programme sous forme de quatre pages cartonnées couleur, gratuit avec la biographie des chanteurs, le synopsis et la distribution globale. Une base d’information indispensable que le spectateur a besoin et le droit de connaître et qui devrait être automatique appliquée dans certains autres théâtres (tout au moins dans les opéras nationaux qui ont une vocation de pédagogie inscrite dans leur charte).
La salle est super confortable, on y voit de partout, les prix supers bas et les gens du public dans le hall ou à leur place parlent opéra. Que c’est rassurant !
A quelques minutes du lever du rideau, une hôtesse vient vous voir pour vous proposer de changer de place afin de mieux lire les surtitrages. Je suis resté sans voix. Quel geste élégant. Dans le théâtre que je connais très bien, c’est l’inverse qui se produit. même si des places restent libres à droite ou à gauche il est interdit de se déplacer. Réflexion faite je me demande si ce n’est pas la différence fondamentale entre un opéra municipal et un opéra national : l’accueil et le parfum lyrique ?
Bravo l’Opéra de Limoges, on y reviendra, c’est promis !

blog JCM @ 12:08
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L’opéra retransmis en direct, ce cher intouchable !

Posté le Dimanche 11 décembre 2011

Ce samedi soir était retransmis au Gaumont de Talence en direct du Metropolitan de New York, l’opéra de Charles Gounod, Faust.
Connaissant l’immense popularité de cet opéra français, il était préférable d’arriver assez tôt dans ce complexe cinématographique aux antipodes d’une salle d’opéra. C’est ce que je fis en arrivant 1h30 à avant le début de la séance. Un monde fou commence à s’agglutiner en bas des marches avec un patchwork d’âges impressionnant. Tout content de constater cet engouement pour l’opéra devenu brutalement populaire et surtout de constater que le public de ces retransmissions a considérablement évolué, j’en étais presque prêt à aller féliciter le Directeur de la salle pour son travail de pédagogie de sensibilisation et de communication. Heureusement que je ne l’ai pas fait. Quelle honte j’aurais eu !
Car hélas, trois fois hélas (ou mille fois), tout s’écroula lorsqu’une voix au micro du cinéma annonce que la projection du film « les Intouchables » se passe salle 1. Aussitôt, tel un ballet organisé à l’ouverture des jeux sportifs des kermesses de mon quartier, sortent des rangs des enfants, des familles entières pour se précipiter vers le contrôle. Je regarde la file d’attente de mon Faust et constate que nous étions une petite poignée clairsemée comme des jetons abandonnés sur un jeu de damier ou comme un immense tissu bouffé par les mites. Tous ces rescapés aux « intouchables » avaient de plus dépassé l’age de jouer à la corde à sauter. Voilà encore un échec total. Je l’ai dis et je le redis et le redirais longtemps et haut, pourquoi ne pas profiter de ces retransmissions pour éduquer les jeunes, les familles à cette forme d’art qu’est l’opéra ? Même si nous ne sommes pas dans la forme d’art vivant absolu on est tout de même à sa porte. Cet intermédiaire, certes bâtard, serait toutefois un bon tremplin pour une approche concrète du répertoire lyrique.
Ceci dit, avec une place à 26 euros, on est loin des premières clés de démocratisation de l’Art. Par contre, (et c’est ce que je fais le plus souvent) il suffit d’attendre quelques petits mois pour s’offrir, presqu’à moitié prix, le DVD de la retransmission. Un constat en bonus : le film « les intouchables », lui, en version DVD coutera le double d’une entrée de cinéma. Vous suivez ?

Ce soir, sur scène, (je veux dire à l’écran), un Faust avec des noms prestigieux du chant lyrique actuel : Jonas Kaufmann en époustouflant Faust, Marina Poplavskaya une Marguerite de rêve et de tendresse, René Pape l’incontournable Méphisto sans oublier le magnifique Valentin de Russell Braun. Le tout placé sous la magique baguette de Yannick Nézet-Séguin. Le seul bémol vient de la mise en scène dans laquelle on se demande si le metteur en scène a vraiment lu le livret.
Quel dommage de ne pas pouvoir faire partager et bénéficier de tels événements exceptionnels à un plus grand nombre.

Jean-Claude Meymerit
10 décembre 2011

blog JCM @ 12:49
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Opéra de Bordeaux : enfants terribles mais trop sages

Posté le Mardi 22 novembre 2011

Quel esthétique spectacle ! Peut-être trop bien léché et surtout trop théâtralisé. Quelques fois le trop « bien fait » et l’excès de théâtralisation tuent et passent avant le drame musical. Mais le public bordelais adore ces nouvelles présentations d’opéras. On ne va tout de même pas trop s’en plaindre ! Quoique ! En pinaillant légèrement, j’aurais aimé un peu plus de réalisme et de fantaisie dans cette oeuvre de Cocteau. A-t-on toujours besoin aujourd’hui à faire au théâtre du correctement visuel ? On voit vite que Stéphane Vérité est un magnifique homme de théâtre qui a les moyens financiers mais qui oublie certains détails importants ! Comme par exemple les interventions du narrateur que l’on entend à peine. De ce fait on perd certains éléments clés de l’histoire. Pourquoi avoir donner ce look à Elisabeth au tout début de l’oeuvre. Elle ne fait vraiment pas jeune fille mais plutôt bourgeoise mure sportive. La musique de Philip Glass composée en 96, que je déguste avec délicatesse, peut déplaire à certains car répétitive mais quel fourmillement et quel pétillement de notes ? Celles-ci sont entre les six mains de trois talentueux pianistes – Françoise Larrat, Jean-Marc Fontana, sous la direction de Emmanuel Olivier – . Ceux-ci se regardent, s’écoutent, la fosse est aussi pleine musicalement que s’il y avait eu un orchestre. J’entends par là que cette musique de Glass a une force étonnante. Sur scène, les quatre artistes chanteurs jouent et chantent. Le baryton Guillaume Andrieux dans le rôle de Paul nous émeut et joue vrai. Quel talent ! Dans le celui d’Elisabeth, Chloé Briot surjoue trop. Un peu plus de naïveté et de gaminerie et de « laisser-aller » auraient été idéales. Par contre sa voix nous séduit. Gérard est interprété pas Olivier Dumait. Le travail de cet artiste est propre et sans bavure mais par défaut de mise en scène son texte n’est pas mis en valeur. Le personnage de Agathe/Dargelos joué par Amaya Dominguez, dans des tenues de haute couture, possède une voix avec toute cette séduction veloutée et ambigüe du personnage. Dans l’ensemble tous ces enfants sont bien sages !
C’est un spectacle très classe. Je ne peux pas ignorer les magnifiques vidéos projetées qui donnent à l’ouvrage des dimensions insoupçonnées. Bien sûr, l’utilisation de cette technologie a ses limites surtout lorsqu’elle tombe en panne en pleine émotion scénique et qu’apparait à l’écran la page de garde de l’ordinateur laissant ensuite la place au rideau qui tombe pour un entracte impromptu d’un quart d’heure, le temps de réparer. Dommage ! Très belle soirée qui restera toutefois gravée dans les mémoires et dans les archives.
Jean-Claude Meymerit
20 novembre 2011

blog JCM @ 17:25
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Sauvée des rails !

Posté le Samedi 19 novembre 2011

Avez-vous déjà sauvé la vie à quelqu’un ? Moi oui, ce matin même. C’est vrai que cela n’est pas monnaie courante et que statistiquement parlant il n’est pas prouvé qu’un individu sauve un quelqu’un dans sa vie. Cela fait un drôle d’effet surtout lorsque ce geste normal baigne dans une indifférence la plus totale. Bien sûr, on se sauve pas quelqu’un pour sa propre gloire, pour un article dans la presse locale (pourtant très friande) ou pour une statue de héros, mais un simple merci peut éponger un peu de la peur vécue.
Une petite dame élégante d’une cinquantaine d’année toute vêtue de noir avec un guilleret chapeau attend au bord du trottoir du quai du tramway, comme si elle voulait traverser. Mais son hésitation attire mon regard. Voyant arriver la rame et la regardant faire, je me dis « elle ne va tout de même pas traverser maintenant ? ». Et si ! Le temps qu’elle fasse le mouvement de vouloir descendre du quai je la saisis par le bras et la tire en arrière juste sous le nez du tram qui était sur elle. Le chauffeur, qui avait dû voir la scène, klaxonne à notre niveau. Je me retourne vers notre rescapée pensant qu’elle m’aurait adressé un petit signe de la tête et peut être esquissé un doux merci. Bigre, non pas, que nenni ! Rien. Je monte dans la rame, elle aussi et toujours rien. Tant pis me dis je ! Je ne l’ai pas fait pour moi. Et si mon geste lui avait interdit d’en finir ? Je suppose qu’elle m’aurait engueuler. A mon arrêt je descends. Elle reste dans le tram avec toujours cette tête et ce regard sans vie. Un sentiment bizarre me gagne. Voulait-elle se suicider ? Etait-elle préoccupée et absorbée ? Etait-elle shootée ? A t-elle eu un moment d’inattention ? N’a t-elle pas encore tout réalisé ?

blog JCM @ 14:39
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L’honnêteté qui coûte !

Posté le Dimanche 30 octobre 2011

L’action se passe une fin d’après-midi dans une rame de tram bondée. Les gens tassés et entassés à en vomir par les odeurs nauséabondes voguant entre les faibles interstices (normalement) laissés entre les corps. A un arrêt, un monsieur d’une cinquantaine d’année se lève brusquement (car lui était assis) et tend par dessus les têtes son titre de transports, sans dire un mot, à une jeune homme qui essayé de se dégager aux forceps de l’allée centrale pour descendre rapidement.
Le jeune homme prend le ticket sans réfléchir et réussit à descendre. Voyant celui-ci quitter le tramway avec son ticket, notre homme bouscule tout le monde et dit : « mais il part avec mon ticket, j’avais encore neuf voyages ». Il ne criait pas, il était presque aphone, suffoqué par ce qu’il venait de lui arriver et n’arrêtait pas répéter « mais il part avec mon ticket !, mais il part avec mon ticket !, mais il part avec mon ticket !… ». Il réussit à quitter la rame et nous dit « je vais le rattraper ! », « je vais le rattraper ! »…
Je me mets à la place du jeune homme : quelqu’un me tend un ticket par dessus les têtes des autres voyageurs lorsque je suis préoccupé à me frayer péniblement un passage pour descendre, est-ce que je pense que c’est pour le composter et le remettre ensuite au propriétaire ? Bien sûr que non ! D’ailleurs comment faire pour lui redonner dans la bousculade ? La société Kéolis doit être ravie, un passager honnête et consciencieux que rien n’arrête… mais qui a perdu, probablement, une dizaine d’euros.

blog JCM @ 17:26
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Carmina Burana à l’Opéra de Bordeaux : une soirée de bonheur !

Posté le Mercredi 19 octobre 2011

La première partie du spectacle de ballet nous donne déjà l’esprit de la soirée, classe et bonheur : sur scène, sept couples de danseurs portés par le Concerto n°1 pour piano et orchestre de Chopin enregistré par Martha Argerich et l’Orchestre Symphonique de Montréal sous la direction de Charles Dutoit. Sous nos yeux, pureté, beauté et performance chez tous les danseurs.
En seconde partie, Carl Orff en partenaire musical. Quoi rêver de mieux ? Toute la compagnie de ballet de l’Opéra de Bordeaux (à une ou deux exceptions près) est présente sur scène. La troupe rayonne. Les danseuses et danseurs sourient car heureux de danser sur cette chorégraphie de Maurizio Wainrot (rappelons-nous du Messie). Ils explosent. Les danseurs du corps de ballet, les solistes et les étoiles sont tous mélangés, tous sur le même piédestal. C’est généreux, beau et émouvant. Pas de critique particulière sur telle ou telle facette technique de ces deux ballets car ce soir la danse est au rendez-vous avec un grand D. Ensembles, gestes, corps, visages… tout danse.
Ce que j’ai vu et entendu ce soir est vraiment digne d’une scène nationale (pas comme une certaine et récente Butterfly !). Dans la fosse d’orchestre, cette cantate scénique composée par Carl Orff est la version réalisée pour petite formation (deux pianos, timbales et percussions). Elle est dirigée par Pieter-Jelle de Boer avec précision et beaucoup d’application (un peu trop à mon goût).
Les choeurs de l’Opéra de Bordeaux, toujours au zénith de leur art (même si là aussi j’aurais aimé un peu de plus d’envolée et de brillance). Quand aux solistes, mon admiration va surtout à Mickaël Mardayer, contre-ténor. Quelle leçon de chant ! Le tout accompagné de nuances et couleurs remarquables. Son morceau nous a semblait vraiment trop court. Florian Sempey, baryton, a beaucoup de présence et son chant est puissant et bien timbré. Par contre, je n’ai pas du tout apprécié la voix de la soprano Sophie Desmars. Voix assez faible et aigrelette, style cocotte des années 50. C’est vraiment dommage, car la longue tenue de la note finale de son premier morceau est une performance.
Pour terminer il faut saluer à nouveau le chorégraphe Maurizio Wainrot, qui par la richesse de son travail, mis en oeuvre par les répétiteurs Andréa Chinetti et Miguel Angel Ellias, a offert aux danseurs du Ballet de Bordeaux, habitués aux classiques, un magnifique cadeau de danse contemporaine.
Jean-Claude Meymerit

blog JCM @ 12:56
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Evento Bordeaux : critiques mobiles :

Posté le Samedi 8 octobre 2011

Soirée inaugurale, éventée pendant la nuit ! :
En quittant, ce vendredi soir, les lieux de la place de la Comédie où avait lieu le lancement de la deuxième édition d’Evento, je suis parti sur une impression assez agréable de cette soirée que j’ai même trouvé très bon enfant et familiale, puis après une nuit des plus calme, au réveil, le côté bon enfant de la veille a un gout fadasse et sans saveur. Qu’est ce que j’ai vu et entendu ? : le lancement d’une manifestation artistique contemporaine en grande pompe sur cascade d’euros. Parmi le public et non la foule, des avertis silencieux et immobiles, des pseudos cultureux qui s’extasient à chaque hurlement de notre animateur italien du soir et à chaque mot projeté sur la façade du Grand Hôtel. Et bien sûr aussi de très nombreux non avertis qui, un peu perdus, essaient de raccrocher tous les morceaux.
Dans quelle catégorie je me situe je n’en sais rien, en tout cas, je n’ai pas tout compris, j’ai aimé et j’ai détesté à la fois. Planté dans la foule, j’ai passé cette soirée d’une heure et demi à tourner sur moi même comme une toupie ou tourner la tête au maximum de mes possibilités cervicales afin d’essayer de capter le maximum d’événements qui se passaient sur les façades de la place, sur le marches du Grand Théâtre et sur la mini scène centrale. Tout ceci a un côté amusant et distrayant et on se laisse très vite prendre au jeu.
Or, où tout cela se complique lorsque notre animateur italien, célèbre metteur en scène, acteur et cinéaste, une des figures les plus importantes de la scène théâtrale contemporaine, Pippo Delbono apparaît sur la petite scène centrale de la place et commence à s’époumoner au micro par des discours et textes en français et en italien. De toute façon peu importe la langue car comme on ne comprend rien du tout. La très sophistiquée technique avait trop forcée sur la saturation du son (mode de plus en plus répandue pour être label contemporain). En parallèle sur la façade du Grand Hôtel s’affichent des phrases clés en traduction ou en complément des textes lus par Delbono (?).
Je retiens de cette soirée quelques moments forts comme cette simulation d’incendie de l’hôtel avec sa trentaine d’invités installés au balcon central tout en buvant du vin rouge. Magnifique visuel. Autre moment fort, est le plaisir de découvrir et d’entendre la formation musicale dirigée par le compositeur lui-même, Alexander Balanescu, dans de magnifiques pages. La cerise sur le gâteau est sans hésiter la présence des artistes du choeur de l’Opéra interprétant quelques morceaux de cet auteur. Moments de pur bonheur musical.
Parmi tout ce pot pourri artistique inaugural, qu’est ce que j’ai retenu ? :
- un déballage et étalage de matériel sonore et lumière (avec blocage pendant 3 soirs du tram, difficultés de traverser la place mise dans le noir ces trois soirs). Répétitions obligent.
- un monsieur de notoriété internationale lisant ses textes sur des feuilles volantes au lieu de les avoir appris par coeur.
- mauvaise synchronisation entre tout ce petit monde dans le déroulé de la soirée.
- démagogie en faisant monter sur scène, à la fin, un musicien de rue bien connu à Bordeaux les soirs d’été aux terrasses des restaurants. Très beau geste de monsieur Pippo Debono. Les artistes bordelais étaient ainsi représentés.
- projections ordinaires sur les façades, n’arrivant pas à la cheville des magnifiques fresques projetées place de la Bourse au moment des Fêtes du vin et du fleuve.
- présence de Bobo, l’acteur fétiche de Delbomo, présenté comme une bête curieuse.
- heureusement, partie musicale par l’orchestre de Balanescu et chantée par le Choeur de l’Opéra, passionnantes.
En clair, beaucoup de bruit pour presque rien. Qu’en pensez-vous Messieurs Frédéric Mitterrand et Alain Juppé, ministres présents ce soir là ?

Danse avec « Sortie de la caverne, l’école du rythme » de Claudia Castellucci :
Vent de fraîcheur sur la scène du Grand Théâtre de Bordeaux pour ce ballet final suite à un mois de travail avec une douzaine de danseurs amateurs bordelais. Quel magnifique travail ! Même si le trac se sent sur certaines épaules, la volonté et la précision du geste
sont bien là. Cette douzaine de filles et garçons d’une vingtaine d’années nous offrent le sens de leur rythme personnel tout en restant et en respectant le collectif. La chorégraphie de Claudia Castellucci est limpide, surprenante et parlante. Les musiques choisies offrent une palette d’embryons rythmiques variés des plus passionnants. Beau tableau lorsque disparaissent, comme par magie, dans le noir du fond de scène, les danseurs regroupés comme absorbés par le mystère de ce fond de caverne. A quand d’autres soirées de ce style ?

blog JCM @ 11:27
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