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Archive pour la catégorie « mots d’humeur »

A la queue leu leu : nouvel opéra bouffe au Grand Théâtre de Bordeaux !

Depuis quelques temps, je remarque que les gens aiment de plus en plus faire la queue et pas n’importe quelle queue : bien alignés les uns derrière les autres, deux par deux. Etonnant !

Quelle est cette nouvelle tendance branchouillarde bordelaise ?

Pour exemple, il est difficile de ne pas évoquer la queue la plus célèbre de Bordeaux, je veux parler de celle du restaurant « l’Entrecôte », celle que tout le monde connaît, pratique et aime (pas moi). Peu importe le temps, qu’il soit caniculaire, pluvieux, hivernal, ce n’est pas tellement la viande et à sa sauce qui comptent pour tous ces queutards, mais la longueur de la queue et le temps d’attente. Parlez-en avec vos amis, c’est ce qu’ils évoquent en tout premier avant de vous parler de la qualité de la viande.

Pour en revenir à mes moutons, au vrai sens du terme, je veux surtout vous parler de l’arrivée d’une nouvelle queue, celle qui se forme systématiquement pour un oui ou pour un non, au Grand Théâtre de Bordeaux. En effet, est-ce l’influence en ces périodes de fêtes de fin d’année de faire la queue partout et n’importe où qui conditionne les gens, mais ce qui est spectaculaire, c’est que les queues sont de plus en plus longues et étroites. Il faut se mettre par deux de préférence les uns derrière les autres. Lorsque vous êtes seul vous êtes obligé de vous prendre un partenaire de queue. C’est ce qu’on appelle de la cohésion sociale sans subvention publique !!! Au Grand Théâtre, et c’est surtout la l’objet de mon propos, la situation est à mourir de rire.

Dehors sous la pluie, face à l’entrée principale, alors que les places sont numérotés, les gens attendent deux par deux et commence à former une colonne bien droite (ici, employer le mot queue serai déplacé) sur le parvis dallé de la place de la Comédie. Curieux ! Au lieu de se promener, ou tout simplement se mettre à l’abri sous le péristyle du Grand Théâtre.

Un quart d’heure avant l’ouverture des portes, les amoureux de la queue préfèrent s’aligner immobiles et attendre bien face à l’entrée. A l’heure dite, c’est à dire 3/4 d’heure avant le lever de rideau, la porte centrale s’ouvre. Après le passage au compte-gouttes et obligatoire du contrôle vigipirate, ces mêmes personnes reforment des files d’attentes face au 3 entrées d’accès à la salle toujours deux par deux, face au cordon d’entrée. A peine croyable ce moutonnage. Qui leur demande ? Personne ! Ils sont là plantés à ne rien faire. Le plus drôle est que la forme de ces trois queues, pour garder l’expression choisie volontairement dans ce texte, se fabrique anarchiquement. Ces queues, au bout d’un moment, arrivent à se mettre en spirales et à se croiser, dans le hall d’entrée, de manière assez curieuse. Vous êtes-vous déjà trouvé prisonnier d’un noeud de queues. Moi oui ce soir, j’ai failli manquer d’air. Au lieu de visiter le hall, regarder les sculptures, lire les prospectus, de se promener, non, ils attendent par deux que les portes de la salle s’ouvrent. Lorsque celles ci s’ouvrent, il faut savoir que nous sommes encore à 30 minutes du début du spectacle. Etonnant ce besoin de queue !

Que l’on fasse la queue pour obtenir ou voir quelque chose de rare, ou faire la queue pour un évènement aux places limitées pourquoi pas, bien sûr, mais se rendre dans un théâtre où les places sont numérotées avec autant de temps avant l’ouverture et se mettre les uns derrière les autres par deux et attendre bêtement, je me pose plein de questions.

Quelque chose à craquer dans le comportement de tous ces homo sapiens se rendant au Grand Théâtre. Dans les couloirs, on parle de nouveau public qui n’a pas les repères de ce lieu, de nouveau comportement moutonnage style cinéma, de  nouveaux consommateurs de la culture, etc… Qui sont-ils ?

Dernièrement, il y a eu une queue qui s’est formée spontanément de l’entrée principale du Grand Théâtre, à l’entrée du quai de la station tram « grand théâtre » en contournant les rails par l’extérieur. Et après ça on dit que le français n’est pas discipliné ! Surtout lorsqu’on ne lui demande et impose rien. Un comble !

Nota : lire un autre feuillet sur ce sujet intitulé dans Anecdotes : Festival de queues à la sauce de poule en tutu !



Un Organisme Grand Marketing (OGM) bordelais a frappé !

Elle m’a vraiment pris pour un OGM (Organisme Gros Mongol, comme dirait plutôt mon voisin l’ado) !

Je devais acheter 500 mini canelés. Avant de me précipiter chez le premier commerçant venu, je décide d’établir des comparaisons de prix et de qualité de ce fameux produit dit bordelais. Direction les boutiques bordelaises connues et moins connues qui fabriquent cet ingrédient de luxe (surtout du prix). Le prix d’un mini canelé oscille en effet entre 0,40€ et 1€ la pièce. L’écart est énorme !
Dans chaque boutique, j’achète un exemplaire de ce lingot d’or pour une dégustation approfondie. Dans une de ces boutiques, je tombe en arrêt, devant le prix unitaire de ce produit, 0,90€. Je signale à la vendeuse et patronne à la fois (c’est elle même qui s’est présentée comme étant Madame….), que son produit est cher et lui demande quelles sont les raisons de cette énorme différence de prix par rapport à ses concurrents.
La patronne-vendeuse ne se démonte pas et me répond « nous, tous nos produits sont régionaux et il n’y a pas d’OGM.« 
Mon sang passa tellement vite dans mon cerveau que j’ai failli m’évanouir devant tant d’aplomb. Elle m’a pris pour un demeuré.
Examinons les ingrédients d’un canelé type, utilisés par cette célèbre boutique : lait, oeufs, farine, sucre, beurre, sel, rhum, vanille.
Cherchons l’erreur ou les erreurs :
- sucre, vanille et rhum,  produits régionaux ???
- lait et beurre de la région, j’ai un doute. Qui est sans OGM : le soja, le mais, le fourrage donnés aux vaches…?
- les œufs, à part les oeufs de l’élevage personnel de la patronne, dans sa résidence secondaire…Production locale, j’en doute ???
- la farine, production locale de blé et autres céréales sans Organismes Génétiquement Modifiés, pourquoi pas !
Tout ceci semble frôler un effet de marketing au doûte certain !
J’aurais préféré de la part d’une grande professionnelle du canelé qu’elle me dise que sa boutique utilise la vraie recette (celle qui est tenue secrète par la Confrérie du canelé de Bordeaux) ou que le goût n’est pas le même etc…Tout, sauf que les produits de base sont régionaux et sans OGM. Elle m’a pris pour un vulgaire touriste avide de couleur régionale…avalant l’Opinion Grandement Menée (OGM) d’une commerçante peu scrupuleuse.


C’est pas gagné !

« Mangez 5 fruits et légumes par jour » Ce slogan répétitif et envahissant sous forme de matraquage intellectuel, commence à me traumatiser. Lorsque je passe un jour sans avoir accompli cet ordre insidieux, ça y est je suis malade. Le mal à la tête m’envahit et les grouillements en sol majeur de mon ventre se font entendre publiquement.

Pourtant je l’avoue, tous les jours je m’applique. Face à ma grappe de raisin, déjà je bloque, combien faut-il que je mange de grains ? Un seul, la grappe entière ou 5 grains. Lorsque je me fais de frites, combien de pommes de terre ? Lorsque je mange une pastèque, dois-je la manger entière ? Ne parlons pas des haricots verts et surtout des petits pois, le décompte est insurmontable. La liste est longue…

Tout ceci pour dire que ce slogan publicitaire et de marketing font que les marchés font leur beurre. Tant mieux pour les agriculteurs. Pour moi, c’est le but de ma semaine. Tous les samedi matin direction le plus grand marché bordelais. Aller faire l’achat de mes fruits et légumes pour la semaine en tenant compte des 5 par jour devient ma préoccupation première existentielle.  La semaine, je mange, je calcule, je pèse et le samedi j’achète. J’ai l’impression que ma vie est réglée à ce chiffre 5.

Ce qui me rassure c’est que je ne suis pas le seul. Alors que ne n’achète, et ceci depuis des lustres, que des fruits et légumes locaux ramassés mûrs qui correspondent à des productions de saison et évitent ainsi les longs, polluants et couteux prix de transport, mes congénères et bobos en prime, sont de plus en attirés soit par des produits exotiques de l’autre bout de la planète, soit, par les produits de quelques maraîchers du coin qui nous offrent des légumes « de leurs jardins » (comme l’explique ce père à son gamin, après avoir déposé son costume de dirigeant  pour se déguiser en campagnard du dimanche, et qui s ’aventure dans des explications alambiquées agricoles sur la culture des tomates du marchand, les traces bleues sur les fruits, etc.). Le marchand d’un âge très avancé comme les rides et les déformations de ses tomates, signale au père que ce n’est pas un jardin mais il a omis de nous parler de la présence de bouillie bordelaise sur la surface de ses fruits.

Devant ce petit étal artisanal, une dame s’arrête achète 1kg de tomates et une barquette d’oignons et demande à notre pépé « avez vous des citrons et des oranges ? ». J’ai failli intervenir et être déplaisant. Entendre de telle stupidité m’effraie. Pauvre papy, ! Il est resté sans voix. Cette question reflète bien la non connaissance encore à ce jour de la culture des fruits et légumes, des lieux de productions, les espèces, les variétés, etc…et on nous demande de manger 5 fruits et légumes par jour bêtement, sans nous expliquer les bases de leur production.

Pauvre consommateur, il gobe. Je me souviens d’avoir lu à l’étal d’un grand magasin d’alimentation en plein centre de Bordeaux, l’énormité suivante « pommes du Canada » « provenance France » Le pire est que le responsable des fruits et légumes de ce magasin n’a pas compris ma remarque. No comment !

C’est pas gagné !



L’Opérette en voie de disparition : réalité ou mensonge ?

« Quand on veut noyer son chien on dit qu’il a la rage ». C’est exactement ce qui se dit pour l’Opérette (*) : « elle est malade, moribonde, c’est une forme de spectacle d’un autre temps, elle n’attire que les vieux…« . C’est faux ! L’Opérette pourrait rester à la mode si tout le monde en décidait autrement et y mettait les moyens (les directeurs de théâtre, les artistes, les médias…). Ce n’est pas en réservant l’Opérette à une certaine catégorie de personnes que l’on pratique l’ouverture artistique à tous. Cette forme de ghetto organisé est révoltant.

Un directeur de théâtre lyrique (à quelques exceptions près), préfère monter mille fois une Flûte enchantée ou une Traviata qu’une Fille de madame Angot ou une Véronique. Pourquoi ces derniers ouvrages seraient-ils moins « public » que les autres. Il n’y a pas un public pour chacune de ces catégories (Opéra, Opérette). Il s’agit d’un même public. Dans l’absolu bien entendu. Dans la réalité, le système et les dénigrements sont tels que l’on met la catégorie Opérette dans le tiroir du ringardisme et tout est mis en oeuvre pour garder ce genre de spectacle dans sa poussière. Jérôme Deschamps à l’Opéra comique de Paris a bien compris la situation et grâce à lui l’Opérette retrouve petit à petit ses lettres de noblesses.

Le déclic de mon manifeste en faveur de l’Opérette m’est venu d’une manière plutôt bouillonnante ce dimanche après-midi dernier en assistant à la représentation d’un des plus célèbres opéras-comiques « la Fille de madame Angot » de Charles Lecocq. Cette production avait lieu dans une salle populaire de la banlieue Bordelaise « le Pin Galant ». Comme chacun le sait ce lieu ne créait pas de spectacles mais propose des spectacles tout faits, clé en main. En proposant ce spectacle un dimanche après-midi, la direction est sûre de faire le plein avec un public vieillissant ou les cannes ne passent pas inaperçues. Lorsqu’en haut des quelques marches du théâtre je regarde monter péniblement tous ces gens, une personne à côté de moi me balance « on se croirait au festival de cannes« . Même si ce jeu de mots est facile et ultra connu, je n’ai pu m’empêcher d’éclater de rire. Facile certes mais que ça fait du bien !…Aussi, si dans quelques années je vois rire quelqu’un, gorge déployée en haut de ces mêmes marches, me voyant arriver avec une cane, je penserai à ce dimanche là et j’en rirai moi même.

Revenons à nos moutons (ces derniers me font penser à la Mascotte d’Edmond Audran). Il y a quelques années elle fut montée à Paris en grande pompe avec un tapage médiatique exagéré. Cette production était lourdement montée, ennuyeuse, sans âme. Erreur de parcours. Une Opérette doit être montée dans une légèreté de rythme, de mise en scène, de jeu, de décors et costumes…et de diction. L’Opérette doit rester une fresque de plaisir pour l’oreille et la vue. C’est ça la clé de l’Opérette. Contrairement aux idées reçues, tout le monde ne peut pas chanter l’Opérette. Il faut des voix, des personnalités, des chanteurs comédiens.

Ce que j’ai vu et entendu ce dimanche, ne réunissait malheureusement pas tous ces ingrédients. « Mais faute de grives on mange des merles » ! J’avais rarement vu et entendu un souffleur aussi présent. Manque de répétitions ? Avec l’exemple de cet après-midi là, on se rend compte immédiatement que la médiocrité (ou les manques de moyens) dans un spectacle d’Opérette ne pardonnent pas. Où sont les Opérettes montées au Grand Théâtre de Bordeaux du temps de Gérard Boireau ? Distribution de haut vol, chorégraphie pétillante, choeur chantant et jouant, décors et costumes étincelants et bien adaptés à chaque artiste et surtout des mises en scène bien ficelées et finies. En clair des spectacles modernes attirant un très nombreux public des plus variés.

Aujourd’hui : public très vieillissant ???, rareté des productions, et productions non abouties. Demain : public varié, nombreux spectacles d’Opérettes, productions soignées. Pourquoi pas. Rêvons !

(*) entendons par ce mot générique : opéra comique, opéra bouffe, opérette viennoise, opérette féerie etc…

Jean-Claude Meymerit

 

 



A l’Auditorium de Bordeaux : à qui s’adresse « La Légende d’Iseult » ?

La question reste entière. On se la pose aussi bien sur le spectacle lui-même que sur le prix des places.

Quelle belle et noble idée ce raccourci musical de l’opéra de Richard Wagner « Tristan et Isolde », mais à qui s’adresse t-il ? Au mélomane wagnérien ? Au néophyte ? Au jeune ? On ne sait pas très bien. Ce concert est bâtard et manque d’ambition et d’originalité. On voit bien que Novart n’est pas passé par là !..

Pourtant dès les premiers accords, on se laisse bercer et prêt à accepter une longue ballade dans la légende de ces deux héros. On déchante assez vite. Le texte-réplique de Tristan est narré en français et agrémenté de quelques bribes d’explication sur le déroulé de l’histoire. Il est mis en surtitrage afin d’être en harmonie avec la traduction du texte chanté en allemand par la soprano. Le principe de ce duo, narrateur et chanteuse accompagnés de dix talentueux musiciens est très intéressant mais c’est vraiment un raccourci simpliste de l’œuvre de Wagner. Quel est l’intérêt ?

En sortant de la salle, je rencontre quelques connaissances. Nous avons tous le même sentiment et le même avis sur le concert mais de plus, nous sommes habités d’une certaine aigreur concernant le prix des places : 30 euros, prix unique nous dit-on au guichet. On se moque de qui ! Surtout que les annonces, éditées sur Internet et dans le programme papier de l’Opéra, stipulent des tarifs allant de 15 à 30 euros. Cherchez l’erreur ! A l’entrée de l’Auditoruim, quelques personnes sont parties. Ce n’est pas normal ! Il y a un vrai problème de fond et de communication. Déjà que le remplissage de ce concert est assez faible, si les prix dissuadent, le but culturel et artistique n’est pas atteint. J’avoue avoir eu la chance, car moi même quittant le guichet (ne voulant pas dépenser à mon tour 30 euros pour un concert d’une heure) un spectateur m’a offert une place qu’il avait en surplus. Qu’il en soit remercié vivement.



Pas d’effet « magnétic » avec la langue de Shakespeare !

Dans le cadre des circuits du Bus d’Art contemporain des Dimanches sans voiture, organisés par la ville de Bordeaux, la première halte de ce dimanche, eu lieu place Paul et Jean-Paul Avisseau devant l‘école primaire Stendhal, quartier des Chartrons. Là sur un pan de mur d’enceinte de l’école sous le projecteur naturel du soleil, nous attend une magnifique fresque allant du blanc au noir en passant par une palette de gris. Elle représente un groupe de cinq minois de gamins expressifs à souhait. Sur la gauche de ce mur, une phrase de Nelson Mandela en gros caractères est peinte au pochoir. De couleur rouge, elle est écrite en anglais ce qui me paraît logique. Jusque là rien d’original. Cette œuvre est du célèbre artiste nantais Jef Aérosol, précurseur de l’Art Urbain, depuis les années 82.

Mon appréciation complète et positive de cette œuvre fut parasitée par une demande naïve que je fis au prestataire bordelais qui la présentait. Face à cette vingtaine de mots en anglais exposée sur un espace public à la vue du commun des mortels, je lui demande pourquoi il n’y avait pas une traduction en français de la phrase de Mandela dans un coin de cet immense mur. Sa réponse, sans appel et devant témoin : « vous n’avez que chercher vous-même la traduction ». Whahou ! Et vlan ! Belle réponse ! Insistant, il me signale qu’une traduction si petite qu’elle soit, aurait déséquilibré l’œuvre ! On rêve par une réponse aussi ridicule. Je rappelle que cette fresque est éphémère et ne doit restée qu’un mois et qu’elle est installée sous les yeux des passants petits et grands. Aussi, elle est sujette à d’éventuelles dégradations et là on ne posera plus la question d’équilibre ou non !

Cette réponse est un mépris et une insulte aux personnes qui comme moi ne maîtrise pas parfaitement l’anglais. Je ne suis pas sûr que tous les habitants de ce quartier et les tous petits de l’école connaissent parfaitement la langue de Shakespeare. « les institutrices sont là pour leur expliquer », me lança une dame qui écoutait notre discussion. Et revlan !

Pourquoi sommes-nous tout le temps obligés de « subir » la langue anglaise sous prétexte que c’est de l’Art contemporain. Je ne suis pas sûr que c’est comme ça que l’on sensibilise le public de la rue. Je pense le contraire. Il n’est pas question de revendiquer le franchouillardisme primaire, mais lorsqu’on se trouve en groupe constitué – qui a payé – pour découvrir et mieux appréhender des œuvres d’Art contemporain, le minimum d’information doit être donné par les organisateurs. Le musée des Beaux-Arts de Bordeaux l’a très bien compris et dans son exposition actuelle sur des photographies de l’Ouest américain, a doublé chaque grand titre par une version française. Ici, on nous respecte et aussi nous y retournerons !



L’idiot n’est pas toujours celui que l’on pense !

Stop à ce harcèlement collectif qui essaie de vous faire passer pour un idiot personnage, inculte, pas branché, en dehors du monde…sous prétexte que vous ne connaissez pas le personnage à la mode, personnage inodore et incolore ; star d’une vulgaire émission télévisée. On veut vous faire croire que si vous ne le connaissez pas, vous êtes un vieux ringard encore sous l’emprise des postes de radio à galène et dansant la bourrée dans les bals du samedi soir.

Fort d’avoir été, à deux reprises, victime de ce type de réflexion et de situation, je m’insurge haut et fort.

La première fois eu lieu lorsque je fus invité à une soirée people à laquelle je ne voulais absolument pas participer. La responsable organisatrice, pour me persuader, sortit sa dernière carte : « vous savez, il y aura untel » (ce untel était un sportif médiatisé, illustre d’après elle mais complètement inconnu pour moi). Aussi sec, je lui rétorque que je ne connaissais pas ce sportif. Choquée, elle me dit « ah bon vous ne le connaissez pas « ,  « eh bien non ! ». Pour lui faire remarquer sa stupide réaction, je lui demande en boumerang : « connaissez-vous unetelle ? » Sa réponse fut bien sûr « non », et dans une délectation jouissive, je lui donne le nom d’une grande chanteuse wagnérienne ( si elle avait su, je ne sais pas quelle réaction j’aurais eu à mon tour…mais c’est une autre histoire).

La seconde fois que j’ai reçu ce genre de remarque remonte à quelques jours. Un monsieur me remet lors d’une manifestation publique un jeu de questions-réponses qui devait me faire gagner une invitation à une réception dans un grand château viticole bordelais en présence d’unetelle, personnalité très connue dans le monde des top models. Face à mon refus de participer à ce genre de jeu (de surcroît avec des questions stupides dignes d’un site internet atteint par une attaque de virus), ce monsieur me donne le nom de ce top model. Me voyant complètement hébété devant son jovial minois et son excitation lubrique rien qu’en annonçant son nom, je lui dis que je connaissais pas cette personne. Pris un peu au dépourvu, il me liste son CV (avec qui elle était mariée, ses prestations…). « je m’en fous lui dis-je, je ne la connais pas et j’ai horreur de tous ces peoples ! ». Pour se faire aider dans sa détresse, d’avoir devant lui une personne complètement inculte et arriérée, il appelle une de ses collèges et lui raconte ironiquement mon ignorance. Aussitôt dans ma tête : si j’appliquais la même technique que la première fois ? C’est parti, je me lance : « et vous, vous connaissez vous, unetelle, untel unetelle… ». A mon tour d’admirer leurs têtes déconfites de cabillaud prêt à être transformé en morue. Lorsque je leur donne la réponse (j’avais choisi à nouveau des noms de grands chanteurs lyriques internationaux), le silence s’établit.

« Un à un », leur lançai-je ! et je quittai la place…..

 

 



Adieu Sanna je t’aimais bien tu sais…!

Vous connaissez tous Sanna, cette immense et magnifique créature plantée majestueusement place de la Comédie, œuvre du célèbre artiste sculpteur catalan Jaume Plensa. Pendant plusieurs mois la ville de Bordeaux a hébergé dans divers lieux stratégiques (Pey Berland, Jardin public, place de la Bourse, Camille Julian, La Bastide, place de la Comédie…)…) de nombreuses créations de cet artiste qui furent fortement appréciées, presque à l’unanimité, de tous les passants. Certains souhaitaient vivement garder une de ces œuvres de manière permanente dans le paysage bordelais. Seulement problème ! Qui pouvait en acheter une ?

Une oeuvre artistique achetée par les citoyens, et non imposée (comme la flèche de la Victoire ou la Tortue, le Lion bleu ou la Maison à Pellegrin etc…), pourrait avoir un impact certain. Moi-même très sensible à toutes ces sculptures de Jaume Plensa, je rêvais que la Ville en acquière une, mais d’une manière originale, c’est  dire que ce soient les bordelais eux-mêmes qui l’achètent sur la base d’un petit calcul rapide.

Partant de l’hypothèse qu’une oeuvre coûte aux environs de 500 000€ et que Bordeaux est composée de 250 000 habitants, la participation mathématique reviendrait à dire que chaque habitant pourrait donner 2€. Approche très théorique bien sûr. Dans l’absolu, entre ceux qui pourraient donner effectivement minimum 1€, à ceux qui pourraient verser des centaines et milliers d’euros, en passant par des mécènes, des entreprises, des commerces, etc…l’achat pourrait se réaliser. A condition que la méthode de récolte de ces fonds soit entre les mains des bordelais (groupe de citoyens) soutenus techniquement par les Services de la Ville. Malheureusement, la suite des événements a complètement biaisé mon idée initiale.

Concrètement, ma proposition portait principalement sur l’oeuvre installée rive droite, sur l’esplanade Edmond Géraud, car elle était en prise directe avec le poète précité. Cette oeuvre de Plensa en forme de triptyque «  The poets » représentait la poésie et la philosophie. Edmond Géraud célèbre écrivain et poète bordelais de l’époque romantique, habitait pratiquement sur ce même espace. De plus, ces 3 statues de Plensa, posées en haut de mats donnaient l’impression d’avoir été créées pour ce lieu aussi bien de jour comme de nuit (éclairés intérieurement de couleurs changeantes). Elles étaient idéales pour y séjourner. Cette préférence que j’ai fortement soutenue était également liée à la proximité du Lion bleu de Xavier Veilhan. Tout cela me semblait avoir un sens, une logique culturelle et patrimoniale.

N’aurions-nous pas eu ainsi une magnifique vitrine Bordeaux rive droite sur deux grands artistes contemporains mondialement connus ?

J’ai proposé au Journal Sud-Ouest, avec beaucoup d’insistance, de lancer cette idée de souscription afin d’avoir des retours et créer ainsi une dynamique interactive d’acquisition collective d’une des œuvres de Jaume Plensa. Par le grand des hasards, le jour même de la parution de cet article de sensibilisation, le Maire de bordeaux propose au cours d’une conférence de presse la même idée. Bien évidemment la proposition du Maire vient écraser la mienne. Ma vive réaction publique fut sanctionnée par un nouvel article dans le presse mettant plus l’accent sur un fond de polémique que je ne souhaitais absolument pas. Des insultes et calomnies à mon attention suivirent sur un réseau social (jalousie, mesquineries politiques ou tout simplement stupidité..). En effet, nous étions aux portes des élections municipales !…

Même si le Maire de Bordeaux a reconnu publiquement la paternité de mon idée, le ver était dans le fruit et déjà pour moi l’échec de cette acquisition, par l’originalité d’une souscription issue des bordelais eux-mêmes, était du passé. Autant moi, je mettais l’accent sur l’acquisition d’une œuvre (semble t-il la moins chère) et la plus significative dans son emplacement, autant la Ville de Bordeaux misait sur une des plus importantes « Sanna » (création spécifique de l’artiste pour Bordeaux). Renseignements pris, toutes les œuvres étaient déjà entre les mains de propriétaires internationaux, sauf les deux créations spécifiques pour Bordeaux, « Sanna » place de la Comédie et « Paula » place Pey Berland. Le choix final de la Ville fut donc Sanna.

Aujourd’hui à quelques jours de la fermeture de la souscription lancée essentiellement par la Ville, seuls 44 000 € sont réunis sur le montage financier suivant : coût de l’œuvre, 450 000 € : 350 000 € par la Ville et 150 000€ par les souscripteurs. D’après l’élu à la Culture cette acquisition tombe à l’eau. Dommage !

Je suis déçu et content à la fois. Déçu, car garder une œuvre de cet artiste aurait été un fleuron de plus sur la Ville appartenant aux bordelais. Content, car si la Ville avait accepté d’associer à cette souscription des bordelais dans l’organisation par le biais d’un collectif sur la base d’un concept « minimun 1€ » par bordelais ou touristes (via les commerçants, les établissements scolaires, les lieux culturels, le Kiosque culture, les matches sportifs etc..), l’opération aurait abouti. J’en suis certain. En regardant partir cette œuvre vers d’autres cieux, je ne peux m’empêcher d’être triste et amer.

Adieu Sanna, je t’aimais bien tu sais, c’est dur de lutter contre des sculptures de fer !…

 

 



Quand la spirale médicale s’emballe, la Sécurité Sociale casque !

Si vous connaissiez mon jeune neveu ! Sportif, cultivé, bien dans ses pompes. Il a 22 ans. Et alors, me dites-vous ? J’y arrive ! En l’espace de quelques minutes, il a failli se retrouver en hôpital psychiatrique après avoir été absorbé par un tourbillon absurde et scandaleux de fonctionnement du monde médical.

Pour répondre à une demande de licence sportive, il doit subir un banal contrôle des yeux. Le rendez-vous est pris chez un ophtalmologiste du centre de Bordeaux à 16h (l’heure est importante). La simple vue de tous ces appareils sophistiqués commence à le fragiliser. N’ayant reçu aucune explication des techniques employées, notre jeune héros signale au médecin que tout cela l’impressionne beaucoup et que s’il n’arrête pas tout de suite les manips sans explications, il allait vomir et tomber dans les pommes. Cause entendue, il arrête. Malheureusement, après ce préambule assez banal, la spirale infernale s’emballe. Le cabinet médical avait déjà appelé une ambulance pour réanimer (?) notre patient. Voyant celui-ci sur pied, et refusant de partir avec eux aux urgences d’un hôpital, un des ambulanciers lui réclame 61 euros pour le déplacement. Refusant de payer ce service non adapté et pas nécessaire, l’ambulancier lui propose le deal suivant : qu’il se laisse faire et qu’il accepte de se laisser conduire en ambulance à l’hôpital, ainsi il n’aura rien à payer (logique implacable !). Seulement voilà, il y a une autre condition, il doit être attaché et mis sur une civière pour le transport. Résistant quelque peu, mon jeune neveu accepte ce nouveau deal (toujours pour ne pas payer les 61 euros).

Arrivé aux urgences de l’hôpital St André de Bordeaux, le jeune n’avait qu’une chose en tête, partir, récupérer sa voiture et rentrer chez lui. Hélas ! Pour quitter l’hôpital, il faut qu’un médecin le voit et donne son accord sur un bon de sortie. Revendiquant haut et fort qu’il est en très bonne santé, nenni, une infirmière, après de multiples examens d’analyses, lui impose un déshabillage et lui revêt la fameuse et si séduisante blouse de malade tout en lui installant un appareil au bras (un tensiomètre je suppose). Elle lui demande ensuite d’attendre en salle. Déjà à ce moment précis de cette histoire à frémir, notre jeune, parti pour un examen de routine des yeux, se retrouve en tenue légère, un tensiomètre au bras dans une salle d’attente des urgences et toujours en pleine forme. Pendant ce temps dans la même salle, des gens soufrent et hurlent de douleur et attendent des heures. On croit rêver devant tant d’absurdité. N’en pouvant plus de cette situation ridicule et des heures s’écoulant pour rien, notre jeune enlève la machine du bras et va se rhabiller. L’infirmière surgit et l’informe que si le médecin de service le voit fuir, il sera attaché et obligé d’absorber de force des calmants (rien que de l’écrire, j’en frémis ). Elle rebranche la machine et le médecin arrive. Mon jeune neveu lui raconte toute l’histoire sans oublier de rajouter son slogan « je suis en pleine forme ! » OK dit le médecin « mais avant que je vous relâche et pour être sûr que vous êtes en bonne santé, vous allez passer un électrocardiogramme ». Et c’est reparti ! Passer le test, attendre les résultats et les papiers de sortie, notre jeune est lâché sur le trottoir de l’hôpital bordelais à 22h.

Pour une visite des yeux d’une demi-heure, le cauchemar s’est transformé en plus de cinq heures. Sa voiture, elle aussi a attendu des heures dans un parking payant (non remboursées par la Sécurité Sociale). Cinq heures de temps perdu et inutile, passées entre les mains du monde médical. Si l’on additionne, ambulance, ambulanciers, infirmière, médecin, secrétaire…voici une opération qui mérite quelques instants de réflexion, d’une part, sur le fond de la prévention médicale exagérée et d’autre part, sur le gaspillage de l’argent public.



A l’Auditorium de Bordeaux, Paul Daniel applique le mariage pour tous !

Je n’aurais jamais imaginé qu’il eût fallu, pour comprendre le premier programme du concert de Paul Daniel, nouveau Directeur musical de l‘Orchestre national de Bordeaux Aquitaine, avoir passé une thèse en culture musicale éditée en dix volumes, ou avoir écouté en boucle tous les enregistrements des œuvres de Purcell et de Malher téléchargés d’une manière illégale sur Internet…

Très bêtement, je lis le programme du premier concert de ce nouveau Chef : «Music for the Funeral of Queen Mary» de Henry Purcell et «Symphonie n°2 en ut mineur« de Gustav Malher.

Or, comme je n’avais pas fait attention au «slogan» de Paul Daniel «Etonner et innover par plus de variété, plus de contrastes, plus de risques… », je me rends à l’Auditorium serein, heureux de passer une superbe soirée sans prise de tête. Ce « slogan » aurait dû m’interpeller  car j’y adhère absolument. A condition qu’une communication suive. On ne peut pas accepter de brouiller les pistes d’un public qui n’est pas forcément averti. N’entendons-nous pas toujours dans les couloirs de l’Opéra de Bordeaux, qu’il faut sensibiliser les jeunes et attirer un nouveau public à la musique classique ? Le bousculer oui, mais en lui offrant les bases et non annoncer par micro au début du concert : »n’applaudissez pas avant la pause de la première partie… » Quelle première partie ? Après l’œuvre de Purcell ? ou au milieu de l’œuvre de Malher ? Celui-ci en effet, avait souhaité qu’il y ait une pause de quelques minutes entre deux mouvements. Autant on peut comprendre aisément la volonté de Malher en laissant le public quelques instants dans le silence, on ne comprend pas qu’il ne faille pas applaudir dans l’Auditorium avant l’entr’acte alors que tout le monde se lève, fait du bruit, va boire et fumer. L’annonce faite au micro est ridicule et apporte un peu plus de confusion à l’assemblage de ces deux œuvres. Qu’est ce que j’aurais aimé que quelqu’un vienne en avant scène et explique ce que nous allions entendre et donner d’éventuelles consignes, même stupides, comme celles de ne pas applaudir ! Heureusement que quelques personnes, qui devaient être en train de passer leurs derniers messages sur leur smartphone ou préparer en direct le repas de leur famille restée à la maison (ce fût le cas devant moi), ont applaudi. Je ne parle pas de tous ceux qui sont restés les mains jointes, hésitants comme entrant en méditation.

Marier deux oeuvres qui n’ont rien à voir entre elles, à part, comme m’a dit un de mes voisins de sièges «ce sont les funérailles qui les lient ! ») Certes, mais comme dit Cyrano «C’est un peu court jeune homme !..

Heureusement que les 500 personnes qui ont occupé le sol de la place de la Victoire le soir de la retransmission en plein air sont plus cultivées que moi et ont compris du premier coup que la première partie du concert était composée de l’œuvre d’un musicien suivie immédiatement de la moitié de l’œuvre d’un autre musicien. Deux auteurs qui n’ont rien en commun entre eux, sinon 200 ans d’écart. A moins que ce ne soit ce chiffre de 200, le fil conducteur de la soirée, car nous avions sur scène une centaine de musiciens et une centaine de choristes.

Grandiose ! Tout était absolument magnifique, bouillonnant, puissant et délicat à la fois. Que ce soit l’Orchestre et son nouveau Chef, les artistes du Chœur de l’Opéra et ceux de l’Orfeon Pamplonés, Henriette Bonde-Hansen et bien sûr Nathalie Stutzmann…du velours, l’émotion était au rendez-vous : Henry et Gustav se mariaient !

Jean-Claude Meymerit



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