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Archive pour la catégorie « critiques lyriques »

Salomé à l’Auditorium de Bordeaux : l’acoustique dans une cuve !

Même si toute l’action se déroule parmi les cuves dans le chai d’un grand Château viticole, pourquoi la musique et les voix, tout au moins pendant la toute la première partie de Salomé de Richard Strauss, résonnent-elles avec autant de flous, d’imprécision et de saturation ? Par moment, c’est carrément insupportable. Je n’ai pourtant pas l’impression que l’orchestre jouait particulièrement fort. L’entrée de Salomé est inaudible. Le décor très boite y est-il pour quelque chose ? Une véritable cuve de résonance.

Heureusement, dès les premières mesures de la « danse des sept voiles », tout semble revenir à la normale comme si mes tubes auditifs étaient mieux réglés ou comme si une décantation dans les cuves venait d’avoir lieu. La partie orchestrale, élément primordial dans cet opéra, trouve enfin dans cette immense fosse enfoncée sous le plateau, toute l’énergie et la subtilité Straussienne. Kwamé Ryan et sa centaine de musiciens nous emportent. L’acoustique cette fois-ci opère, car toutes les notes de chaque instrument jaillissent de la fosse comme un feu d’artifice. Il y a donc un problème lorsque les voix sont là. Les chanteurs ne méritent vraiment pas ce traitement.

La magnifique mise en espace, très imbibée de la signature Dominique Pitoiset, est passée comme une lettre à la poste. C’est vrai que dès que l’on parle de vin et de réception mondaine dans des chais de grands Châteaux, le public bordelais se retrouve et semble se sentir chez lui. Cette transposition glaciale est fluide et très efficace, à part la scène de la danse  que je n’ai pas du tout aimé. Cousue de fil blanc, elle se devine dès le début de l’ouvrage. Je trouve ce flashback vidéo réalisé spécifiquement pour le casting de cette production, montrant le côté malsain de la relation Hérodes/Salomé enfant, un peu facile. Par ailleurs, si cette production voyage (ce que je souhaite vivement), je ne vois pas chaque maison d’opéra réaliser une séquence filmée en fonction de sa distribution. J’avoue ne pas trop apprécier ce genre de personnalisation liée à un chanteur ou à un lieu.

Cette entrée de production d’opéra (et j’espère d’opéra/concert) dans ce nouveau lieu est prometteuse, à condition de tenir compte  de cet inconvénient de saturation lorsque la musique et les voix se rencontrent. J’avais déjà fait cette même remarque lors d’un précédent  concert avec les choeurs en fond de salle. Il y a très vite un effet cuve…

Nota : « il faut que l’oreille s’habitue à l’acoustique, en y venant plusieurs fois, on s’y fera ! »,  me dit une des responsables de l’Opéra. Aussitôt dit, aussitôt fait me voilà parti pour deux Salomé de plus. Choux blanc ! Mes oreilles, rebelles, ne peuvent pas s’y faire. J’ai aussitôt pris rendez-vous avec un oto-rhino-laryngologiste afin de lui expliquer mon handicap auditif chaque fois que je suis dans l’auditorium de Bordeaux pour entendre voix et musique réunies. Comme remède, il nota sur l’ordonnance « Changer de place, ne prendre jamais la même ». Il me précisa que le remboursement des places par la SS ne peut pas être envisagé. C’est ce que je fis. Un coup côté cour (avec un S, faute indélébile sur les plans de l’Auditorium ?…)  un coup côté jardin, un coup de face. Sur les quatre représentations de Salomé, j’en ai vu et entendu trois, en changeant chaque fois de place (sur les conseils de mon médecin).

Afin que le diagnostic de mon tuyau auditif soit complet, j’ai foncé à Montpellier assister au concert de l’opéra le Roi d’Ys d’Edouard Lalo dans l’immense vaisseau musical qu’est la salle Berlioz du Corum. Installé au dernier étage, j’ai tout perçu dans une force, une perfection des sons et des notes, exemplaire. Toutes les voix, même les plus faibles arrivaient dans une clarté absolue. J’étais sauvé !

Jean-Claude Meymerit



A l’Opéra de Bordeaux : le Dialogue des Carmélites au féminin

En 2009, j’avais écrit à l’occasion de la splendide reprise de cet opéra à la Halle aux grains de Toulouse, dans la mise en scène de Nicolas Joël, que cet opéra était l’opéra de la force : force du sujet, force de la musique, force de la scénographie, force des carmélites. A Bordeaux, c’est l’opéra de l’élégance, de la classe, de la féminité grâce au talent de Mireille Delunsch et à sa précision de mise en scène jusque dans les moindres détails. Comment ne pas oublier ces rampes mobiles de dizaines de cierges, symboles du carmel ou servant de barrières avec les civils etc…Comment ne pas être bouleversé par ces petites flammes s’éteignant les unes après les autres comme éteintes par le vent produit à chaque couperet. Sans oublier, le revirement de situation sociale du domestique du Marquis de la Force qui prend la place de ce dernier à la Révolution. Subtile lecture. Par contre, je ne suis pas convaincu par quelques détails historiques comme laisser la jupe au faux-cul sous le costume religieux de Blanche ou par les acrobaties de la vieille prieure à l’agonie montant sur sa « table/lit de mort » comme un cabri… 

Même si l’histoire de ce Dialogue des Carmélites est bien connue de tous, elle éveille en chacun de nous de grands moments émotionnels. Cette profonde attention est due en grande partie à la musique de Francis Poulenc. Quelle force dans ce torrent de notes où la mélodie et le modernisme s’accordent dans l’absolu ! L’apothéose, en écoutant le choeur final, lorsque les carmélites, chantant à l’unisson, s’interrompent les unes après les autres sous le poids de la guillotine. Une splendeur dans l’écriture lyrique. Quel dommage que Georges Bernanos n’ait pu connaître sa pièce portée sur les scènes d’opéras ! En effet, les créations eurent lieu en présence de Poulenc en 1957 à Milan et à Paris, cinq ans après sa mort.

A Bordeaux, mon coup de foudre a été, d’une part pour la sublime Géraldine Chauvet (Mère Marie). Quelle classe !  Voix puissante et beauté du timbre, émotion dans le jeu, et d’autre part par Sylvie Brunet (La Prieure), voix de velours et fruitée reconnaissable dès les premières notes. Quel dommage de ne pas voir et entendre cette immense artiste plus souvent sur les scènes lyriques. Rien à dire sur tous les rôles masculins avec une préférence toutefois pour l’aumonier, Eric Huchet. Par contre, je n’ai pas trouvé dans la direction musicale de l’orchestre cette envoûtante émotion tant attendue. Pourquoi ? Aurai-je été trop absorbé par la très théâtrale et intelligente mise en scène ? Avec Mireille Delunsch et ses carmélites, la séduction féminine a opéré !

Jean-Claude Meymerit



Slutchaï à l’Opéra de Bordeaux : un fait divers mondial !

Comment parler d’une oeuvre qui est une oeuvre mi figue, mi raisin. Pardon ! Je veux dire mi-théâtre mi-opéra, en tout cas une oeuvre dont, une fois sorti et planté sur le parvis du Grand Théâtre, on ne me souvient pratiquement plus de rien. C’est grave ! Pourquoi ce sentiment très désagréable ? Je l’avoue, je me suis énormément ennuyé. Oui, par la musique,. Oui, par la mise en scène. Oui, par l’histoire, car je n’ai rien compris. En partie due, par la faute du lustre de la salle, qui cache le surtitrage. Dommage, car je suis un fan d’opéras contemporains (trop rares à mon goût sur les scènes lyriques). Mais alors que s’est-il passé ? Ca y est je crois savoir. Je suis venu ce soir comme je le fais pour toutes les soirées lyriques, sans rien potasser. Ce soir, ne connaissant absolument pas l’oeuvre, et pour cause puisqu’il s’agit de la première d’une création mondiale, j’ai voulu me rendre compte de l’effet produit sur quelqu’un, lorsque celui-ci se rend pour la première fois à l’opéra entendre une oeuvre de Wagner ou de Janaceck, sans rien savoir à l’avance. J’ai volontairement fait exprès de ne rien vouloir savoir sur cette création afin de me laisser aller à mes impressions premières. Moralité, si on ne possède pas un minimum d’information, on ne peut pas apprécier correctement.C’est vrai qu’il est plus difficile de rater dans les médias l’information d’un match sportif entre deux méconnus villages de campagne qu’un spectacle théâtral ou lyrique dans une grande ville. Ce soir, j’ai vu de la lumière, je suis entré. Et bien ce principe-là de découverte spontanée individuelle, ne fonctionne absolument pas. Il est regrettable que l’Opéra de Bordeaux soit à quelques euros près, pour ne pas éditer une feuille recto verso présentant les créations, distribuée gracieusement. Ce manque d’initiative me dépasse. On préfère laisser le public dans le flou. Pour une structure qui a de plus un statut national, un minimum de pédagogie auprès de son public le soir même, serait la bienvenue. Maintenant que je sais que le texte de ce pseudo opéra ou de cette pseudo pièce de théâtre musicale est issu d’un grand poète russe Daniil Harms, que la mise en scène est de Christine Dormoy, dame de théâtre, de la Cie du Grain et que la musique est d’Oscar Strasnoy, je vais essayer de revenir voir cette oeuvre pour mieux l’apprécier. J’espère ainsi effacer cette impression fugace d’avoir vu et entendu un opéra comme si j’avais lu ou vu un vulgaire fait divers de rue. C’était peut être ça la démarche contemporaine non avouée de cette oeuvre…Nous sommes dans le festival Novart ne l’oublions pas !

Jean-Claude Meymerit

26 novembre 2012

 



Avec Philippe Jaroussky et Marie-Nicole Lemieux, un tourbillon de bonheur !

Soirée époustouflante en ce vendredi soir au Pin Galant de Mérignac. Vous savez mon peu d’admiration que j’ai pour ce lieu  laid et insipide, mais ce soir, le décorum s’est évaporé pour ne laisser l’oreille et les yeux qu’à ce magnifique trio que sont l’Ensemble Artaserse, Philippe Jaroussky et Marie-Nicole Lemieux. Un contre-ténor et une contralto réunis. Pour rien au monde, je n’aurais raté ce concert tel que nous aimerions en avoir plus souvent sur nos scènes. On a déjà tout dit sur cet ensemble de musiciens l’Ensemble Artaserse, talentueux certes mais également généreux et souriants, heureux de nous offrir en immense cadeau de musique du 17° allant de Monteverdi à Cavalli en passant par Strozzi, Sances, Merula, Sartorio…. Que de découvertes musicales ! Au milieu de ce groupe de passionnés musiciens, nos deux idoles. Philippe Jaroussky avec toujours cette exceptionnelle maitrise, ce talent fou et subtil et cette voix qui nous fascine et ô combien, magique. Marie-Nicole Lemieux est peut-être moins connue par le grand public que son complice mais elle a séduit et conquit immédiatement ce public, grand habitué du lieu. Elle peut y revenir, son succès est assuré. Quoi dire sur cette chanteuse ? Elle a tout. Dans mon article sur son « Italienne à Alger » en janvier dernier à Nancy, j’avais déjà exprimé toute l’admiration que je porte à cette chanteuse. Voix magistrale, timbre exceptionnel de contralto. Tout de velours haut de gamme. Ces aigus, des sabres dorés. Son humour et sa présence physique, fracassants. Attention toutefois de ne pas trop en jouer. Le public peut s’en lasser. On le voit déjà avec une autre chanteuse dont ses pitreries commencent à agacer sérieusement. Marie-Nicole Lemieux nous émeut jusqu’aux larmes puis tout à coup nous fait hurler de rire par une pirouette au sens propre et au sens figuré. Comme elle dit elle-même très justement on peut être sur scène, sérieux et joyeux à la fois. Comme elle a raison. Ces deux artistes ont de plus les qualités que l’on aime et que l’on apprécie profondément : ils ont une gentillesse débordante, un grand respect pour leur public, une disponibilité rare en prenant le temps d’échanger ou d’écouter des jeunes avides de conseils. La complicité sur scène de ces deux chanteurs est magique. Ils ont su présenter leurs airs et leurs duos dans des enchainements de jeu scénique mixant derrière chaque note et mot un tourbillon de sentiments d’amour, de passion, de jalousie, de fureur, de vengeance et d’honneur. Est-ce du théâtre-concert ou du concert-théâtre ? Un genre très peu répandu et qui plait. Que la musique baroque engendre autant d’enthousiasme chez un public en fête, c’est gagné. Ce public, serait-il las de tous ces concerts de musique baroque qui paraissent si souvent ennuyeux ou tout le monde est triste, chanteurs, musiciens et public ? Philippe Jaroussky et Marie-Nicole Lemieux ont tout compris. Le tourbillon des sentiments (titre de leur concert) pourrait s’intituler le tourbillon du bonheur.

Jean-Claude Meymerit

 



A l’Opéra de Bordeaux, un Don Giovanni en baisse de séduction !

Pour la troisième fois en dix ans, l’Opéra de Bordeaux reprend le Don Giovanni dans la très efficace mise en scène de Laurent Laffargue. Toutefois, cette reprise m’interpelle.
Où sont donc passés cette fougue, ce modernisme de jeu, cette jeunesse libertine, cette précision dans la direction d’acteurs et dans les rouages de la mise en scène des productions de 2002 et 2006 ? En ce soir de première, tout l’ensemble semble éteint. 
Le tout premier acte est mortel d’ennui. Il faut dire que notre metteur en scène préparait en parallèle sur la même scène les Noces de Figaro (magnifique, j’en parlerai plus tard). D’où cela peut-il venir ? La mise en scène n’a pratiquement pas bougé, les effets comiques sont toujours là, les voix (à une exception près) sont présentes, le décor est toujours aussi surprenant…mais alors ? Peut être pas assez de répétitions, un orchestre un peu vagabond et incertain, un assemblage de petits détails mal réglés comme par exemple la tâche de sang au sol qui semble faire des siennes en bougeant et en se retournant au grès des passages et des changements de décors, les portraits du catalogue qui ne tiennent pas contre le mur et qui gênent les jeux des scènes futures, l’utilisation d’un crayon tellement fin pour dessiner les croix du cimetière qu’on ne les voit même pas (planerait-il à un nuage d’économie pour renflouer les caisses disparues ?). A tout ceci, il faut y ajouter un parti pris pas des plus heureux : cranes rasés des trois protagonistes (Don Juan, Leporello et le Commandeur). Un crane rasé oui, trois non, que c’est laid !
Soyons optimiste et attendons l’évolution au fil des représentations.
La majorité des voix est sans reproche. Une Donna Anna en la personne de Jacquelyn Wagner, sublime. A sa rayonnante voix il y ajoute tendresse, intelligence et finesse. Une Zerlina (Khatouna Gadelia) enjouée, une voix veloutée, accompagnée d’un physique idéal. Par contre mauvais temps pour notre Donna Elvira (Mireille Delunsch). Que lui arrive t-il ? Laideur des graves presque parlés, des passages « abimés », un jeu éteint. Quelques aigus brillants mais rares. Elle n’y croit pas. Elle qui fut une merveilleuse Elvira il y a quelques années ! J’appréhende sa prise de rôle de Salomé. 
Entre nous : est-ce bien raisonnable de l’aborder ? Quand je pense qu’une journaliste bordelaise rabâche que c’est la chouchoute des bordelais. Depuis quand ? A en croire les quelques remous dans la salle ce soir là à son égard, où sont les fans ? Notre Leporello (Kostas Smoriginas) fait un parcours sans faute servant son maître Don Giovanni (Teddy Tahu Rhodes) qui lui surjoue un peu trop avec son physique et sa voix. Quelques nuances auraient été les bienvenues. Rien à dire pour nos deux compères amoureux Masetto et Don Ottavio (Sébastien Parotte et Ben Johnson).
Par contre, l’Orchestre national Bordeaux-Aquitaine, sous la direction de Mikhail Tatarnikov ne me semble pas avoir été des plus attentifs à la lecture de l’ouvrage ce qui n’a fait qu’appuyer cet effet lenteur et ennui sentis au cours de la soirée.
Jean-Claude Meymerit



A l’Opéra de Bordeaux, trois chanteuses osent jouer !

Elles sont trois. Trois chanteuses lyriques en formation au Cnipal (Centre National d’Artistes Lyriques) de Marseille. Deux sopranos (Jennifer et Yuko Naka) et une mezzo-soprano (Simona Caressa). Elles ont offert au public bordelais, dans le cadre des Midis musicaux un récital d’extraits d’opéras présenté d’une manière assez originale.
Des fleurs posées sur et dans le piano, au sol, dans les cheveux, sur une table, avaient toutes un rôle à jouer. Au cours de leurs diverses interprétations, nos trois chanteuses jouent avec ces fleurs comme avec des partenaires.
L’originalité de ce concert venait surtout de la mise en espace des morceaux choisis. Il est en effet très rare de voir des chanteurs en récital mettre un soupçon de mise en scène dans leur concert. Il est vrai qu’elles avaient contourné la difficulté en choissant des morceaux d’opéras plus que des airs. C’est ainsi que nous avons pu voir et entendre un enchaînement subtil de courts extraits du Chevalier à la rose de Strauss. Puis, le trio des femmes dans Falstaff de Verdi et l’attente du retour de Pinkerton par Cio-Cio San et Suzuki dans la Butterfly de Puccini.Très belle réussite d’assemblage.
Dommage qu’elles n’aient pas osé aller plus loin dans cette démarche en ne donnant que des extraits même s’ils souvent moins familiers pour le public mais souvent bien plus intéressants qu’un simple air. Pour le public, la comparaison avec les grands noms du chant lyrique est tellement évidente et risquée, que s’attaquer en récital à des airs lorsqu’on débute, est très périlleux. Au lieu de l’air de Suzel de l’Ami Fritz de Mascagni, qui ne nous fera jamais oublier Freni et ceux supers rabâchés de Luna, Chapi…,j’aurais bien mieux apprécié d’autres extraits d’opéras. Sans chercher bien loin on doit bien trouver des extraits réunissant trois femmes (Manon, Carmen, les Noces…sans compter les très nombreux duos de femmes existant dans bon nombre d’ouvrages).
La formation d’artistes lyriques passent également par le jeu scénique. Ces trois chanteuses semblent l’avoir comprise, mais encore faut-il quelles aient en face un quelqu’un qui les aide et les entraîne dans ce sens.

Jean-Claude Meymerit



Strauss, Elektra et Baird

Quels chanceux ces montpelliérains ! Après Hildegard Berens il y a déjà quinze ans ils ont eu aujourd’hui Janice Baird. Quelles magnifiques Elektra ces deux chanteuses. En plus des deux précitées, j’ai eu la chance d’en applaudir deux autres célèbres dans ce rôle là : Gwyneth Jones à Orange en 91 et tout récemment Evelyn Herlitzius à Berlin.
Pour rester sur la production de Montpellier signée jean-Yves Courrègelongue, Janice Baird abordait là sa énième production. J’ai des souvenirs mémorables de quelques unes de ses prestations d’Elektra : à Toulouse en 2004 dans la très efficace mise en scène de Nicolas Joël, à Nantes en 2005 dans celle époustouflante de Charles Roubaud, à Bilbao en 2007 dans celle de Peter Konwitschny, qui est pour moi la plus aboutie et la plus violente, à Strasbourg en 2008 dans la très intelligente mise en scène de Stéphane Braunschweig, à Berlin en 2009 avec celle de Kirsten Harms. Toutes les interprétations de Janice Baird en fonction des mises en scène et des années, sont à la fois complémentaires et différentes formant chaque fois l’Elektra unique. On a l’impression que l’interprétation de ce personnage, avec des facettes à l’infini, est pour elle, sans limite. Lorsqu’on a vu une seule fois Janice Baid tenant à bout de bras écartés vers le ciel, vêtue d’un jeans, d’un tee shirt et d’une veste de laine bleu marine, la fameuse hache objet central de l’opéra, on est tétanisé à vie. Quel force de prestance et de jeu. Cette immense artiste qui paradoxalement est connue et méconnue du public français va faire enfin son entrée parisienne (mise à part son unique concert à Pleyel en Salomé) en 2013 dans les trois opéras de la tétralogie de Wagner.

Jean-Claude Meymerit



A l’Opéra de Nancy : « oh ! che bella italiana ! »

Plus que belle, époustouflante ! On l’a enfin la vraie « Italienne à Alger ». Après les regrettées Horne, Terrani, Dupuy…, toujours présentes dans nos oreilles, on attendait Lemieux, elle est arrivée. Ouf !  Ras le bol d’entendre et de voir des pseudo « Italiennes » dans la plupart des théâtres. Avec la production bordelaise, j’avais écrit que l’Italienne à Alger n’était pas une opérette de Lopez, mais un opéra avec des grandes et belles voix.
Marie-Nicole Lemieux possède tout, un charme fou, un magistral contralto, des aigus percutants, un jeu scénique exalté…Tous les ingrédients pour ce rôle là. Elle insuffle à tous ses airs les nuances charnelles et brillantes voulues par le rôle. Qu’ils paraissent courts ! On est sous son charme. Elle a pour partenaires, le jeune chinois Yijie Shi, qui enchante la salle avec un timbre à la Florez et une naturelle virtuosité. Tous les autres rôles sans les citer sont à leur place, chantent, jouent et s’amusent et le public est heureux. Grande soirée. L’orchestre y est aussi pour beaucoup. Paolo Olmi à la tête de l’orchestre de Nancy participe et s’implique dans chaque note.
Reste la mise en scène ou devrais-je dire la magnifique scénographie. Le décor, imposante carcasse d’avion suite à un crash dans une forêt tropicale, je suppose, car beaucoup de bambous. Très beau mais trop envahissant sur le plateau de Nancy. J’ai cru comprendre que ce gigantesque décor et ce lieu inconnu où se déroule l’action, étaient volontaires afin de ne pas brusquer, choquer ou éveiller d’éventuelles interprétations entre les deux civilisations présentes dans le livret. Stop à cette sombre hypocrisie ! Sous prétexte d’histoires racistes, ethniques, politiques, sociales, sexuelles.. on ne va tout de même pas changer toutes les histoires d’opéra pour aller dans le sens du poil de certaines personnes qui y voient et verront toujours ces questions là. La liste est longue dans le monde des livrets d’opéra. Les histoires de ces opéras existent. En les écoutant et en les voyant chacun se raconte les siennes avec sa propre conscience et ses propres valeurs. Le spectacle n’est-il pas fait pour ça ? Aussi, je préfère que les metteurs en scène affichent soit clairement un parti pris, une idée ou soit tout simplement présentent l’oeuvre dans une convention totale plutôt que d’essayer de masquer l’intrigue par des non dits et des fouillis d’idées floues en utilisant le plus souvent des effets scéniques vulgaires et gratuits de pure provocation à des fins uniquement médiatiques (très en vogue actuellement dans certaines salles d’opéra). A Nancy, même si le décor est dans l’exagération, il fonctionne très bien car nous sommes dans un opéra bouffe. Cette production de « l’Italienne à Alger » est une merveille.

Jean-Claude Meymerit



L’opéra retransmis en direct, ce cher intouchable !

Ce samedi soir était retransmis au Gaumont de Talence en direct du Metropolitan de New York, l’opéra de Charles Gounod, Faust.
Connaissant l’immense popularité de cet opéra français, il était préférable d’arriver assez tôt dans ce complexe cinématographique aux antipodes d’une salle d’opéra. C’est ce que je fis en arrivant 1h30 à avant le début de la séance. Un monde fou commence à s’agglutiner en bas des marches avec un patchwork d’âges impressionnant. Tout content de constater cet engouement pour l’opéra devenu brutalement populaire et surtout de constater que le public de ces retransmissions a considérablement évolué, j’en étais presque prêt à aller féliciter le Directeur de la salle pour son travail de pédagogie de sensibilisation et de communication. Heureusement que je ne l’ai pas fait. Quelle honte j’aurais eu !
Car hélas, trois fois hélas (ou mille fois), tout s’écroula lorsqu’une voix au micro du cinéma annonce que la projection du film « les Intouchables » se passe salle 1. Aussitôt, tel un ballet organisé à l’ouverture des jeux sportifs des kermesses de mon quartier, sortent des rangs des enfants, des familles entières pour se précipiter vers le contrôle. Je regarde la file d’attente de mon Faust et constate que nous étions une petite poignée clairsemée comme des jetons abandonnés sur un jeu de damier ou comme un immense tissu bouffé par les mites. Tous ces rescapés aux « intouchables » avaient de plus dépassé l’age de jouer à la corde à sauter. Voilà encore un échec total. Je l’ai dis et je le redis et le redirais longtemps et haut, pourquoi ne pas profiter de ces retransmissions pour éduquer les jeunes, les familles à cette forme d’art qu’est l’opéra ? Même si nous ne sommes pas dans la forme d’art vivant absolu on est tout de même à sa porte. Cet intermédiaire, certes bâtard, serait toutefois un bon tremplin pour une approche concrète du répertoire lyrique.
Ceci dit, avec une place à 26 euros, on est loin des premières clés de démocratisation de l’Art. Par contre, (et c’est ce que je fais le plus souvent) il suffit d’attendre quelques petits mois pour s’offrir, presqu’à moitié prix, le DVD de la retransmission. Un constat en bonus : le film « les intouchables », lui, en version DVD coutera le double d’une entrée de cinéma. Vous suivez ?

Ce soir, sur scène, (je veux dire à l’écran), un Faust avec des noms prestigieux du chant lyrique actuel : Jonas Kaufmann en époustouflant Faust, Marina Poplavskaya une Marguerite de rêve et de tendresse, René Pape l’incontournable Méphisto sans oublier le magnifique Valentin de Russell Braun. Le tout placé sous la magique baguette de Yannick Nézet-Séguin. Le seul bémol vient de la mise en scène dans laquelle on se demande si le metteur en scène a vraiment lu le livret.
Quel dommage de ne pas pouvoir faire partager et bénéficier de tels événements exceptionnels à un plus grand nombre.

Jean-Claude Meymerit
10 décembre 2011



Opéra de Bordeaux : enfants terribles mais trop sages

Quel esthétique spectacle ! Peut-être trop bien léché et surtout trop théâtralisé. Quelques fois le trop « bien fait » et l’excès de théâtralisation tuent et passent avant le drame musical. Mais le public bordelais adore ces nouvelles présentations d’opéras. On ne va tout de même pas trop s’en plaindre ! Quoique ! En pinaillant légèrement, j’aurais aimé un peu plus de réalisme et de fantaisie dans cette oeuvre de Cocteau. A-t-on toujours besoin aujourd’hui à faire au théâtre du correctement visuel ? On voit vite que Stéphane Vérité est un magnifique homme de théâtre qui a les moyens financiers mais qui oublie certains détails importants ! Comme par exemple les interventions du narrateur que l’on entend à peine. De ce fait on perd certains éléments clés de l’histoire. Pourquoi avoir donner ce look à Elisabeth au tout début de l’oeuvre. Elle ne fait vraiment pas jeune fille mais plutôt bourgeoise mure sportive. La musique de Philip Glass composée en 96, que je déguste avec délicatesse, peut déplaire à certains car répétitive mais quel fourmillement et quel pétillement de notes ? Celles-ci sont entre les six mains de trois talentueux pianistes – Françoise Larrat, Jean-Marc Fontana, sous la direction de Emmanuel Olivier – . Ceux-ci se regardent, s’écoutent, la fosse est aussi pleine musicalement que s’il y avait eu un orchestre. J’entends par là que cette musique de Glass a une force étonnante. Sur scène, les quatre artistes chanteurs jouent et chantent. Le baryton Guillaume Andrieux dans le rôle de Paul nous émeut et joue vrai. Quel talent ! Dans le celui d’Elisabeth, Chloé Briot surjoue trop. Un peu plus de naïveté et de gaminerie et de « laisser-aller » auraient été idéales. Par contre sa voix nous séduit. Gérard est interprété pas Olivier Dumait. Le travail de cet artiste est propre et sans bavure mais par défaut de mise en scène son texte n’est pas mis en valeur. Le personnage de Agathe/Dargelos joué par Amaya Dominguez, dans des tenues de haute couture, possède une voix avec toute cette séduction veloutée et ambigüe du personnage. Dans l’ensemble tous ces enfants sont bien sages !
C’est un spectacle très classe. Je ne peux pas ignorer les magnifiques vidéos projetées qui donnent à l’ouvrage des dimensions insoupçonnées. Bien sûr, l’utilisation de cette technologie a ses limites surtout lorsqu’elle tombe en panne en pleine émotion scénique et qu’apparait à l’écran la page de garde de l’ordinateur laissant ensuite la place au rideau qui tombe pour un entracte impromptu d’un quart d’heure, le temps de réparer. Dommage ! Très belle soirée qui restera toutefois gravée dans les mémoires et dans les archives.
Jean-Claude Meymerit
20 novembre 2011



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