Catégorie

Archive pour la catégorie « critiques lyriques »

A l’Opéra de Lyon : La Fura Dels Baus a encore frappé !

Un opéra mis en scène par Alex Ollé du collectif La Fura dels Baus nous fait toujours déplacer. Quelle surprise nous réserve t-il, cette fois-ci ? Ce qui est évident, c’est que la magie frappe toujours. Ce Vaisseau fantôme ou Der Fliegende Holländer donné à l’Opéra de Lyon en première ce samedi dernier n’a pas démenti et les effets scéniques sont toujours aussi surprenants. Bien sûr on n’est pas dans le grand délire de ce collectif de la Tétralogie de Wagner à Valence, mais comme pour le Tristan et Isolde de 2010 dans cette même salle de Lyon, la mise en scène est respectueuse du livret, tout en lui donnant des reliefs  à couper le souffle. Par contre, autant pour le Tristan j’avais été scotché du début à la fin, pour ce Vaisseau, je suis plus nuancé. Même, si les effets d’occupation de la scène sont au maximum, la direction d’acteurs semble laisse un peu trop de vide. Une fois en avant scène, les chanteurs solistes et ceux du chœur bougent pauvrement. On perd certaines émotions.

Les vidéos sont toujours aussi efficaces, surtout celles qui sont projetées au sol, le relief de celui-ci bouge à tout moment – bancs de sable modifiés en fonction de la houle et des marées -. La coque rouillée du bateau qui s’élève dans les cintres est impressionnante. L’accès du pont se fait par une immense échelle qui oblige les chanteurs à se harnacher pour monter et descendre. La sécurité avant tout !

Venons en aux chanteurs. Avec un timonier, Luc Robert, aux accents clairs et puissants, tout s’annonce bien. L’arrivée de Daland ne fait que confirmer. Quel plaisir de retrouver Falk Struckmann. Après avoir été un magnifique Holländer en 2000 à l’Opéra de Paris, il est aujourd’hui Daland. Aux rayonnantes couleurs de voix, ce rôle l’habite, il est le personnage. Face à lui, le Holländer de Simon Neal est magistral. Prestance et présence sont au rendez-vous. C’est le style de personnage de hollandais que j’aime. Sa voix est puissante, claire, avec toute la distance souhaitée par le personnage. Humain et fantôme ? La Mary de Eve-Maud Hubeaux, aux beaux accents, tient honorablement son rang même si j’aurais aimé que les directives de son jeu soient plus précises.

Pour les deux autres protagonistes, Erik et Senta, je reste un peu sur ma faim. Vraiment dommage. Tomislav Muzek dans le rôle d’Erik me laisse assez indifférent. Je ne trouve pas que sa voix et son jeu soient des plus passionnants. Il est assez rare de trouver un Erik idéal. C’est d’autant plus dommage que l’écriture musicale de ce rôle est très séduisante pleine d’amour passion et de douceur. La voix qui me pose le plus de problème d’appréciation est celle de Senta. Elle est claire, puissante avec de beaux médiums mais les aigus se raidissent et ce n’est pas toujours agréable à l’oreille. On sent presque ses limites. J’ai beaucoup souffert pour ses derniers phrasés. Cette chanteuse Magdalena Anna Hofmann est très bonne comédienne et sa voix juvénile aux supers assises aurait pu correspondre au personnage. Alors pourquoi, cette sensation ? L’effet première ?

La place des chœurs dans cet ouvrage est énorme. Cette masse vocale nous a conquis. Les jeux vocaux et sonorités entre les hommes et les femmes sont somptueux d’émotions. Que dire de la direction d’orchestre ? Je me suis un peu ennuyé et ceci dès les premières mesures. Ce côté pépère m’a beaucoup gêné d’autant que je ne possédais aucune information sur les intentions du chef d’orchestre Kazushi Ono. Je suis donc resté assez frustré.

Chaque fois que je me rends à l’Opéra de Lyon, je suis toujours fasciné par ce théâtre. Quelle beauté et quelle élégance. Tout d’abord la façade et son majestueux dôme. Il fallait oser et Jean Nouvel a osé. Dans le hall, ce sont les couleurs noires et rouges qui dominent avec des éclairages indirects qui annoncent déjà la magie du spectacle. Puis vient l’ascension vers les étages, par des passerelles à claire voie en aluminium qui couinent et qui bougent. Pour les « vertigeux » dont je fais partie, c’est la galère, mais quelles émotions. Toutes ces passerelles épousent l’imposante coque noire laquée qui englobe le fond de la salle. Dès que nous franchissons le sas d´accès à la salle d’un rouge éclatant et fortement éclairé, nous entrons dans la salle ou l’inverse opère. Nous entrons dans une boîte entièrement noire. Quelle classe ! Chacune des places possède devant elle une petite loupiote qui créait une étrange ambiance. Le raffinement est également présent dans la tenue vestimentaire des filles et des garçons qui nous accueillent. Vêtus d’un tee shirt noir et d’un pantalon noir à soufflets rouges dans le style « samouraïs ». Ils sont très beaux. Et surtout très avenants avec le public. Que tout cela fait du bien !

Jean-Claude Meymerit

 

 



Passionnante petite messe solennelle estivale

Petite messe solennelle, œuvre de Gioachimo Rossini crée en 1864, écrite plus de trente-cinq ans après son dernier opéra, était offerte pour un seul soir (dommage !), par l‘association Resonances-Groupe lyrique à la Chapelle Saint-André de Bordeaux. Comme prévu par Rossini, sur scène piano et harmonium, un choeur mixte et quatre solistes. Dans la salle, oh pardon dans la chapelle, pas un interstice sur les bancs pour s’y glisser. Un monde fou. Debout et assis dans l’allée principale, le public silencieux et attentif écoute les quatorze morceaux composant cette petite messe dans la plus grande solennité. Ambiance très esprit festival d’été. Ce petit bijou musical plein d’entrain et de douceur a trouvé sa place.

Quel magnifique travail offert par le chœur « Atout Chœur » et son chef de chant Isabelle Laurent. Ils chantent avec conviction, joyeux et graves à la fois. Les pianos, sous les doigts enjoués de Jean-Marc Fontana et de Françoise Lavielle-Biais sont à la fête. Magnifique performance !

Nos quatre solistes, un ténor, une contralto, une basse et une soprano nous font voyager dans les méandres de  leur timbre respectif : ensoleillé avec le ténor Stéphane Victor, charnel avec la contralto Lucile Verbizier, profond avec la basse Liang Wu. Ces trois jeunes chanteurs lyriques sont à l’orée de leur carrière. Si je n’ai pas cité dans la foulée la soprano Laurence Janot, c’est que j’ai fait une redécouverte unique en l’écoutant ce soir. Cette chanteuse déjà confirmée, que j’ai eu la chance de découvrir sur scène en Avignon dans Lucia di Lammermoor il y a plus de vingt ans au côté des débuts de Roberto Alagna, m’a ce soir, complètement fascinée. Sa voix s’est élargie avec un solide médium, riche et coloré, accompagné de magnifiques graves. Avoir le souvenir d’une soprano colorature et la redécouvrir proche d’une mezzo-soprano, c’est étonnant et fascinant. Quels futurs beaux rôles va-t-elle nous réserver ! On rêve déjà à certains…mais chut !

Jean-Claude Meymerit

 



A l’Opéra de Bordeaux : chez Anna Bolena, tout le monde est souverain.

« Ah, que cela fait du bien ! » Voilà une phrase entendue ce soir plusieurs fois, à l’entr’acte et à la sortie, lors de la première d’Anna Bolena au Grand Théâtre de Bordeaux. C’est bien vrai !

Cette production est tellement magique à entendre et à voir que l’on se laisse aller à une relaxation artistique. Il est extrêmement rare d’avoir ce genre de sensation. Devant un public scotché dès l’ouverture, un silence abyssal s’établit dans la salle comme un effet d’hypnose. Il semble que le plateau et l’orchestre jouent devant une salle vide. Troublante sensation. Il faut dire aussi que la plupart des spectateurs voyait cette œuvre de Donizetti sur scène pour la première fois ou découvrait la partition. Pour cette première, tous les ingrédients y étaient. Cette cohérence entre la musique, les voix, l’orchestre, les chœurs (présence discrète et toujours aussi efficace), le décor, la mise en scène a fonctionné toute la soirée. Phénomène assez rare. Le public au rideau final a manifesté immédiatement ce ravissement en tapant des mains inlassablement.

Dans un décor sobre et élégant, Marie-louise Bischofberger nous propose une mise en scène stricte avec quelques très belles scènes de jeu de comédiens. Le regard ne se perd pas dans des méandres visuels souvent inutiles, rencontrés dans quelques récentes productions. Dommage toutefois que certains tableaux se passent trop en avant scène avec beaucoup de postures statiques et assez classiques pour les chanteurs (pauvre public des 3ème, 4ème… rangs des balcons et paradis…les cervicales ont du s’étirer anormalement…). Ce léger bémol attire de ce fait, et c’est tant mieux, toute notre attention beaucoup plus vers la musique et les voix. Que c’est reposant ! Une de mes scènes préférées fut celle où les cinq chanteurs se tiennent par le bras tout en se déplaçant, avec pour chacun un port scénique différent, indiquant les sentiments et les attachements imbriqués entre les personnages. C’est très beau et très fort.

Parlons des voix. Voix belcantistes ou non ? Vaste débat. Ne pinaillons pas. Elles sont toutes belles et passionnantes à écouter. Que ce soit  Patrick Bolleire dans le rôle du frère d’Anna ou Bruce Sledge dans celui de son premier amour, sans oublier Sasha Cooke dans le rôle de Smeton et le roi Henri VIII par Matthew Rose, on les écoute toutes avec beaucoup de bonheur. Parmi cette fourchette de chanteurs étonnants, une mention particulière à Christophe Berry dans le rôle de Hervey. Voix claire et extrêmement bien projetée.

Bien sûr, même si la partition est écrite surtout au bénéfice des personnages féminins, on ne peut rester insensible aux deux magnifiques voix de Keri Alkema dans le rôle de Seymour et Elza van den Heever dans celui du rôle titre, Anna. Beauté, pureté et timbre suave nous émeuvent. Leur duo et l’aria final d’Anna, à genoux…

Cette magie qui a opéré ce soir au Grand Théâtre nous la devons également et surtout en très grande partie à l’Orchestre de Bordeaux Aquitaine et à son chef Leonardo Vordoni. Equilibre exceptionnel entre le volume de la salle, les voix et les musiciens. C’est cette caresse musicale qui nous permet de redire « ah, que cela fait du bien ! ».

Jean-Claude Meymerit

PS : au secours ! comment une structure comme l’Opéra de Bordeaux laisse passer autant de fautes d’orthographe dans les surtitrages ?

 



À l’Opéra de Bordeaux : La lettre des sables engloutie par l’écume !

A l’image de la côte atlantique après le dernière tempête, on ne peut que s’écrier :  quelle désolation ! Ce soir est présentée au Grand Théâtre de Bordeaux en création mondiale « La lettre des sables ». Que c’est ennuyeux ! Pourtant, l’affiche était prometteuse : Christian Lauba pour la musique et Daniel Mesguich pour le livret et la mise en scène. Résultat : tempête dans un verre d’eau !

J’espère que derrière les quelques applaudissements scandés (grande mode bordelaise à la fin de chaque spectacle) d’un public clairsemé, ces mêmes personnes pourront nous dire un jour ce qu’elles ont vu et entendu. Personnellement, je suis sorti de ces deux heures vingt de spectacle déconfit et en colère. Inconditionnel de la création contemporaine, je constate ses limites. Qu’est ce qu’une œuvre contemporaine lyrique à notre époque ? Entendre un style de musique rabâché depuis plus de quarante ans sur les scènes lyriques, devient lassant. De plus, saupoudrer cette musique de rythmes jazzies à la Gershwin, de flonflons des années guinguette ou des longs phrasés musicaux copyright à la Richard Strauss (très beaux certes, comme ce duo final évoquant le deuxième acte d’Ariane à Naxos) sans oublier quelques attaques gentiment empruntées aux oeuvres de Wagner, je dis non ! N’avons-nous pas de nos jours tous les ingrédients pour inventer de nouvelles formes d’opéra, avec des partitions musicales de notre temps, des instruments, des rythmes…de nos jours etc..La lettre des sables montre les limites. Faire un catalogue de style et de rythmes empruntés aux autres est critiquable. À moins que ce ne soit qu’une simple justification et une réponse à un cahier des charges, comme quoi il faut une création par an pour mériter le label opéra national. Et à quel coût !

Inspirés du roman de Herbert George Wells, La machine à explorer le temps, le livret et les dialogues de Daniel Mesguich sont désolants. On ne comprend rien, tout est fouillis, les textes sont creux, inintéressants ? Même à l’opéra tout le monde ne peut pas devenir écrivain. Le texte lu sur le surtitreur (avec en cadeau quelques fautes d’orthographe et décalages) et celui chanté et parlé sur scène, sont d’une pauvreté consternante.

Il faut dire que la scénographie et la mise en scène sont aussi les grandes fautives de ce déferlant naufrage. Quel déballage ! Des décors énormes, des accessoires par vagues, de la vidéo inutile et parasite, des jeux d’acteurs répétitifs, du m’as-tu-vu permanent sans oublier l’éternel théâtre dans le théâtre. On prévoit d’avance les situations sans même les comprendre, les clichés scéniques sont multiples. On ne retrouve pas du tout le travail habituel de Mesguich. Qu’est ce qui s’est passé ?

Paradoxalement, les chanteurs sont livrés un peu à eux-mêmes, leurs voix assez réservées et assez faibles sont couvertes par la musique et les dictions laissent à désirer. Même les textes parlés sont ennuyeux car ils mettent trop en exergue la pauvreté du texte.

Avant qu’une tempête entraîne cet ouvrage au fond de l’océan – pour être revisité dans des siècles lumières – le mal que l’on peut souhaiter à cette création c’est qu’elle soit donnée en version concertante sans les dialogues parlés et encore moins le surtitrage. Peut-être qu’aussi et ainsi une accalmie visuelle redonnera le calme marin à cet océan en colère.

Jean-Claude Meymerit 

 

 

 



Les Indes galantes à l’Opéra de Bordeaux : Scozzi devant Rameau !

Autant l’avouer tout de suite, je n’ai pas du tout d’attirance pour cet opéra de Jean-Philippe Rameau, les Indes galantes. L’ayant vu en 1978 sur cette même scène je m’étais juré de l’exclure de mon répertoire de spectateur, même si la distribution vocale de l’époque était de grande classe, avec des voix célèbres (Massard, Garcisanz, Issartel…).

Pourtant, comment ne pas résister à l’appel d’un ouvrage signé Laura Scozzi pour la mise en scène ? Christophe Rousset a bien réuni tous ses Talents Lyriques, mais dans cette production, la star c’est elle. On arrive par moment, à oublier les longueurs et les passages musicaux fastidieux. Après son Orphée aux enfers de l’an dernier, le public attendait avec impatience ses Indes Galantes. « Ca va décoiffer !« , disait-on dans les chaumières. Les représentations de Toulouse en 2012, avaient déjà pas mal interpellé le public.

Et bien non, ça ne décoiffe pas, car Laura Scozzi nous parle de la vie, de la vraie vie, étonnante de vérité, le tout dans un paquet cadeau d’humour. Elle met en scène des tableaux fortement imbibés de problèmes actuels de société, religieux, politique, écologique… Lorsque la scène se situe dans un paysage désert au Moyen Orient évoquant la condition féminine ou dans les montagnes du Pérou dans une usine de fortune de fabrication de drogues dures, ou en Amazonie dans un plan de déforestation, ou bien encore sur une plage branchée juste à la sortie des égouts de la ville, Laura Scozzi nous questionne fortement. C’est évident que tous ces clichés, nous les connaissons par cœur, mais une petite piqûre de rappel ne nuit pas. De plus, dans certaines micro-scènes – le couple et son fonctionnement, la virilité et l’obsession sexuelle, le pouvoir, la vieillesse, la nudité, la grossesse…- Laura Scozzi s’adresse directement à notre sensibilité et à nos émotions.. Quelle chance de pouvoir apprécier ce genre de relecture, même si elle est parallèle au livret lyrique. Je préfère, car ce n’est pas l’histoire creuse et insipide de cet opéra qui peut nous émouvoir. Nous ne sommes plus au 18°siècle, même si ce genre d’opéra, comme les Indes galantes, doit rester avant tout un opéra de divertissement. En supprimant de vraies interventions de ballet, la metteur en scène nous propose ici de la figuration permanente très active dans des figures chorégraphiques étonnantes.

Côté musical, tous les jeunes chanteurs sont surtout d’excellents comédiens et se fondent parfaitement dans cette chorégraphie d’une extrême précision. Quelle prouesse de leur part – nager, sauter, courir, se dévêtir… et bien sûr, chanter.

Et Rameau dans tout ça, me diriez-vous ? Peu me chaut ! Sans de telles mises en scène il y a bien longtemps que nous n’entendrions plus parler de certains de tous ces opéras de style baroque.

 



Au Capitole de Toulouse : chez Pelly les Manon se suivent et ne se ressemblent pas

Depuis ses débuts sur scène, je fais partie des admirateurs de Natalie Dessay en la suivant un peu partout en France, Blandine à Tours, Nanetta et Amina à Bordeaux, Ophélie à Toulouse, Lucia à Lyon, Olympia et Zerbinette à Paris, sans oublier ses mémorables concerts, avec Rolando Villazon à Toulouse, avec Jonas Kaufmann à Montpellier et avec Sophie Koch à Paris.

Partout, je suis resté scotché par autant de talent et de personnalité, sauf pour sa Manon de Genève qui m’avait déjà dérangé à l’époque. Je n’ai pas du tout la même conception du rôle (scéniquement et vocalement). Il est vrai que je ne peux pas ôter de mes souvenirs, Andrée Esposito, Raina Kabaivanska, Leontina Vaduva et surtout Renée Fleming à Paris dans la magnifique production de Gilbert Deflo.

Avec sa Manon donnée ces jours-ci à Toulouse, dans la mise en scène de Laurent Pelly , je suis resté une nouvelle fois assez critique sur la prestation de Natalie Dessay. Qu’elle ait chantée Manon un peu partout avec beaucoup de succès certes, mais en tant qu’admirateur de cette chanteuse et amoureux de cet opéra, je ne m’y retrouve pas.

A Toulouse, elle a davantage fait du théâtre musical que de chanter un opéra. Elle est restée Dessay et non Manon. Pour cimenter cela, Laurent Pelly a voulu en faire (à tort) une petite fille pseudo-écervellée, excitée avec un côté nunuche et capricieux. Mais le tout est si exagéré qu’il en devient vite agaçant. Il faut dire, de plus, que les costumes de la production ne lui siéent pas du tout. On ne croit pas à son personnage. Cette vision nous entraîne de ce fait à suivre le déroulé de l’ouvrage d’une manière complètement différente. C’est peut-être très intéressant mais frustrant.

Aussi, j’ai voulu comparer l’approche de ce rôle, faite par Natalie Dessay, avec celle d’une autre chanteuse qui a interprété cette Manon dans la même production de Pelly.  Je veux parler d’Anna Netrebko (hélas en vidéo). Son entrée est sublime ? Elle joue une jeune fille délurée, innocente, habitée par la joie de vivre et avide de découverte. Son air d’entrée est superbe d’expression. On a envie de lui crier : ne pars pas à Paris, il va t’arriver malheur ! Son évolution sociale dans l’ouvrage est fabuleuse et nous émeut. Quelle classe son Cours la Reine, à genoux. Avec Natalie Dessay on n’y croit pas, on a envie de la laisser partir très volontiers vers son destin et attendre. Dommage !

A très vite Nat sur nos scènes lyriques (mais pas dans Manon) ! Tu nous manques déjà !

Jean-Claude Meymerit



Lucio Silla à l’Opéra de Bordeaux : au bonheur des dames !

A la tête de la production d’un des tous premiers opéras de Mozart, Lucio Silla, les femmes sont à l’honneur au Grand Théâtre de Bordeaux.

A la mise en scène, Emmanuelle Bastet. A Bordeaux, on se souvient surtout, de son bouillonnant Cosi fan tutte dans les années 2002-2003. Son Lucio Silla créé en 2010 à Angers-Nantes est d’une précision remarquable. Dans un décor très sobre, elle nous entraîne dans un enfermement dans lequel on ne sait pas jusqu’à la scène finale qui va l’emporter, l’amour ou le pouvoir ?

Dans la fosse, à la tête de l’Orchestre national de Bordeaux-Aquitaine, Jane Glover tout en délicatesse et autorité nous enchante.

Sur scène, de jeunes chanteuses Elizabeth Zharoff dans le rôle de Giunia, Paola Gardina dans celui de Cecilio, Daphné Touchais dans celui de Celia et Eleonore Marguerre dans celui de Cinna nous transportent. Elles nous offrent, dans des registres les plus expressifs, une vingtaine d’arias et de duos les uns plus  beaux que les autres. Un véritable catalogue musical. Aussi, notre héros principal mâle semble un peu perdu dans ce monde de jupons. Pour un dictateur, c’est surprenant !

Celui qui a été aussi très timide, c’est le public. Il n’y avait pas foule au balcon. J’aurais presque envie de crier à ceux qui ne sont pas venus : « Mozart n’a pas seulement écrit la Flûte enchantée et son air outrancièrement médiatisé, soyez curieux ! ». Lucio Silla est là !

Jean-Claude Meymerit



Alceste à l’Opéra de Paris : quel génie ce Py !

Avec le peu de moyens qu’il eut pour monter cet opéra, une production de génie est sortie de son chapeau. Où est la pauvreté annoncée ? Cet Alceste de Gluck est au contraire une production excessivement riche, fine et intelligente. Dans cet écrin noir et blanc se sont confortablement installés nos chanteurs protagonistes. Et quels chanteurs ! Sophie Koch, dans le rôle-titre, est majestueuse aussi bien vocalement que scéniquement. Avec ses sept ou huit grands passages en soliste, elle nous offre un véritable récital. On aurait volontiers bien voulu l’accompagner bien au-delà de sa mort. Sa palette de sonorités et de couleurs de voix est au rendez-vous dans le moindre détail et dans chaque syllabe de ses phrasés. Son jeu, fait de délicatesse et d’engagement, est sublime. Ses partenaires sont tous à la hauteur de cette production. Du plus petit rôle au plus grand, nous avons eu de véritables leçons de chant avec en prime la diction. Denrée assez rare de nos jours sur nos scènes lyriques et surtout théâtrales.

La production de ce Alceste de Py fait déjà office de référence. J’espère que nous continuerons à la voir à l’affiche au cours des prochaines saisons.

Dans la fosse – tout au moins au premier acte, puisque le talentueux metteur en scène à fait monter l’orchestre sur la scène pour le second acte – nous retrouvons Marc Minkowski avec son Chœur et Orchestre des Musiciens du Louvre Grenoble. On ne présente plus cet ensemble, ça bouillonne, ça caresse, ça mord.

Nous devons aussi une grande partie de la réussite de cette soirée aux artistes-dessinateurs qui, une demi-heure avant le début de l’ouvrage jusqu’à la dernière scène, s’activent depuis des échafaudages à dessiner à la craie et à effacer à grands coups d’éponge, sur l’immense tableau noir central servant de décor principal, de magnifiques croquis. Même si tout ceci accapare un peu trop notre attention, cette originalité de mise en scène est remarquable et efficace.

Avant d’entrer dans le prochain univers d’Olivier Py que sera la Dialogue des Carmélites aux Champs-Élysées, attendu avec impatience, j’ai le souvenir indélébile de deux de ses chefs d’œuvre de mise en scène : son Tristan et Isolde à Angers et tout récemment son Trouvère à Munich. Chaque fois avec lui s’opère la magie qui émeut, remue, percute et dérange à la fois.

Cet homme de grande sensibilité et de réelle générosité devrait nous offrir dans les prochaines années encore de grands moments lyriques sans oublier des surprises dans sa nouvelle fonction à la tête du Festival d’Avignon. Ce Py, quel génie !

Jean-Claude Meymerit



Mon pèlerinage à Bayreuth

Comme l’a écrit Albert Lavignac en 1897, « on va à Bayreuth comme on veut, à pied, à cheval, en voiture, à bicyclette, en chemin de fer, et le vrai pèlerin devrait y aller à genoux. Mais la voie la plus pratique, au moins pour les Français, c’est le chemin de fer ».

Aussi tôt dit, aussi tôt fait, j’y vais donc cette année (ma 5ème fois en 32 ans), par chemin de fer (tout au moins en partie). Cette année pour m’y rendre, j’ai préféré utiliser pour la première fois les transports en communs (tram, train, avion, bus et …mes jambes). J’ai quand même mis 13 heures de Bordeaux à Bayreuth. Quand je vous dis que l’idée d’y aller à pied est presque réaliste ! Faire Bordeaux aéroport Charles-de-Gaulle en train, fastoche, même si je peux, en ces périodes de vacances scolaires, vous conter toutes les variantes des règles du jeu des 7 familles. Avec Air France, comme quelques conditions d’embarquement ont changé en quelques semaines, des suppléants et pénalisations interviennent au niveau des bagages. Mon pèlerinage pour Bayreuth commence bien. Arrivé sain(t) et sauf (voir mon billet sur le sujet) à l’aéroport de Munich, il faut rejoindre la gare (3/4 d’heure de trajet en train de région) puis changer de train. Manque de chance la ligne pour Bayreuth, via Nuremberg, est coupée par endroits d’où transport en bus sur un tronçon et changement de train à nouveau. Arrivé à Bayreuth (heureusement que j’ai vu la pancarte), car parti comme j’étais parti j’aurais pu continuer à faire le tour de l’Allemagne de train en train en changeant toutes les 1/2 heures. On s’y fait. J’avais pris le rythme. Vivement un lit et dormir.

Hélas c’était trop demander. Il faut passer l’épreuve de l’arrivée à l’hôtel (?). En vérité c’est un restaurant qui loue des pièces très chères (sans salle de bains, pas de lavabo, pas de chaise, pas de lampe et de table de chevet, pas de rideau aux fenêtres, une chaleur à crever et petits déjeuners en sup). Quoi faire, répartir ?  Ah non ! Avoir attendu 8 ans pour avoir une place au Festspielhaus. Ce ne sont pas des conditions matérielles qui allaient m’abattre. Demain on verra mieux. Je vais dormir ou tout au moins essayer car un remue ménage impressionnant de claquements de portes commença (salle de bains et toilettes communes obligent). Infernal ! Le lendemain matin en m’adressant directement aux femmes de chambres mon confort s’est amélioré. J‘avais une chaise, une lampe et une rallonge traversant la pièce. Je pouvais enfin préparer mon ascension à la Colline verte.

En effet, les 3kms à faire à pied, me séparant du temple de Wagner, furent la dernière épreuve de ce pèlerinage

Ma seconde nuit fut plus paisible car Wagner était passé par là avec son prologue, Das Reingold. Entre le ballet du bruit des portes et les cris de désespoir des filles du Rhin encore présents dans mes oreilles pleurant leur trésor, le sommeil a fini par me gagner. La suite de mon séjour fut à tout point de vue, un enchantement. Le Ring du bicentenaire de la naissance de Wagner.

J’en ai vu des mises en scène du Ring complet où par œuvres séparées. Que ce soit celle de Peter Hall à Bayreuth, de Patrice Caurier et Moshe Leiser à Bilbao, de Götz Friedrich à Berlin, de La Fura dels Baus à Valence, de Bob Wilson à Paris, de Robert Carsen à Cologne, de Nicolas Joël à Toulouse, de Günter Krämer à Paris, de Guy Cassers à Berlin, de Vera Nemirova à Frankfort, d’Andréas Kriegenburg à Munich, sans compter Nantes, Vienne, Marseille, Nice…celle de Frank Castorf pour le bicentenaire à Bayreuth a battu tous les records d’impact sur le public. Celui-ci s’est déchaîné, jamais je n’ai entendu dans un théâtre autant de réactions, de huées et de bravos… Il est vrai que nos yeux ont eu du mal à voir et accepter certaines scènes. Quant à la compréhension des parallèles et des transpositions de l’histoire imposées par le metteur en scène, elle a failli me provoquer une hémorragie cérébrale.

De plus dans sa mise en scène, Castorf joue sur tous les tableaux. Je ne suis pas sûr qu’il y soit arrivé entièrement. Autant les décors et la scénographie globale est grandiose et prodigieuse, la direction d’acteurs (au sens propre du terme) n’est pas toujours réussit. Pour un homme de théâtre c’est gênant. Il est très loin des précisions de jeu d’acteurs de nos metteurs en scène français (Py, Pelly, Carsen et le magicien Chéreau). Chez certains chanteurs un peu empotés ça se voit.

On ne reconnaît plus du tout la mythologie germanique initiale. Tout ce qui est lié avec les éléments de la nature devient produits de consommation et de profits.Je ne vais pas détailler toutes les scènes qui demanderaient des pages et des pages d’explications. L’idée de départ est remarquable. Avoir changé l’or jaune sonnant et trébuchant en or noir présent dans tout notre environnement et notre quotidien de consommation est très pertinent. Et ceci que l’on soit dans un monde capitaliste ou communiste.

Sur scène nous voyageons, grâce à un immense plateau tournant, d’un môtel-station service douteux au bord d’une autoroute, servant également de maison de plaisirs pour l’Or du Rhin, à un premier puit pétrolier du 19°en Russie pour la Walkyrie, en passant par une falaise de façonnage d’immenses têtes de Mao, Staline, Marx et Lenine pour Siegfried, par Berlin avec sa célèbre Alexanderplatz et ses quartiers pauvres et mafieux du côté est du mur et pour finir avec la façade du Wall Sreet de New-York…pour le Crépuscule des Dieux. Tous ces gigantesques tableaux sont remarquables de force et de beauté. Dans cette mise en scène beaucoup de sexe (Wotan avec Freia et avec Erda, Siegfried avec l’Oiseau…) et de violence (des litres de sang sur les visages, les mains, les murs…), le tout bien sûr fortement lié à l’argent.

L’énervement du public vient surtout de l’exagération dans le foisonnement de matériels, objets, situations, projections de films, jeu de scènes en parallèles de chanteurs, etc…C’est étouffant, on ne suit plus l’histoire. On regarde les scènes se dérouler et on essaie d’écouter car tout ce remue ménage arrive à parasiter l’écoute du chant. C’est vraiment handicapant. Même si la présence d’un cameraman aux vues de tout le monde, caméra sur l’épaule, se déplaçant pour nous montrer sur grand écran ce qui se passe dans la chambre, dans le bar, dans la roulotte etc…est d’un effet très original et percutant, ça parasite également. Ainsi pour exemple, lorsque Sieglinde et Siegmund se reconnaissent et chantent leur magnifique duo, on voit sur écran le sommeil forcé de Hunding. Lorsqu’une scène se passe devant la caravane, on voit en parallèle se qui se passe à l’intérieur, etc….

A la fin de Siegfried on peut comprendre la colère unanime du public à la fin de l’ouvrage. A la fin du duo du réveil de Brünnehilde dans les bras de Siegfried, on a l’esprit et le regard détournés par la scène la plus grotesque de ce Ring. Arrivent deux immenses alligators qui commencent par s’accoupler puis pendant que Siegfried donne des cacahuètes au mâle, la femelle avale la jeune fille jouant l’Oiseau. Lorsque Siegfried s’en rend compte il tire l’Oiseau de la gueule et la libère. Cela n’apporte absolument rien, c’est de la provocation gratuite. Ce même Oiseau qui dans certaines autres mises en scène n’apparaît pas, ici le rôle devient important allant jusqu’à un rapport sexuel avec Siegfried sous l’horloge de l’Alexanderplatz de Berlin. Le public a ri.

Côté chanteurs – comme très souvent à Bayreuth – ce n’est pas toujours le top des top, mais les voix sont homogènes. Pas de grandes révélations. Par contre, un enchantement avec la direction d’orchestre de Kirill Petrenko. Absolument envoûtant. Cette fosse d’orchestre et l’acoustique de cette salle, quelle magie ! Bayreuth c’est aussi ça…et ça se mérite !

Jean-Claude Meymerit



Pluie d’étoiles lyriques sous les voûtes de festivals

Qui n’a pas eu envie de vouloir écouter une fois dans sa vie, dans ces magiques lieux de festivals d’été lyriques (Munich, Orange, Aix, Bayreuth), les plus grands chanteurs de notre temps ?

Commencer cette tournée des festivals précités par Ariane à Naxos de Richard Strauss dans le sublime théâtre « le Prinzregententheater » donne le la. Pourquoi ce premier choix ? Pour la mise en scène de Robert Carsen, non. De merveilleuses trouvailles surtout à l’acte principal, mais beaucoup d’images faciles et parfois ennuyeuses. La distribution ? Oui. Une des plus grandes de ce jour : qui peut  rivaliser avec Sophie Koch ? Elle est le Compositeur. On y croit dès son entrée. Même si son duo avec Zerbinette est déjà frissonnant d’émotions, son air vous transporte dans une volupté et une grandeur inexplicable. Parmi ses partenaires, Eva-Maria Westbroeck dans le rôle d’Ariane, comme dans toutes ses prestations lyriques, offre ce velouté et ce timbre de voix qui vous émeuvent chaque fois (je pense à sa Sieglinde et à sa toute récente Minnie à Frankfort). Son partenaire est le très beau ténor Brandon Jovanovich. Enfin un Bacchus à la voix claire et puissante qui chante son entrée sans beugler ses « Circé ». Magnifique !

Le lendemain, direction le Staatsoper pour le Trouvère de Verdi dans la gigantesque mise en scène de Olivier Py. Epoustouflante, en symbiose totale avec l’histoire. Un décor énorme tout en noir et blanc avec des changements permanents à vue. Notre Manrico est Jonas Kaufmann. Il est magique. Plus habitué à entendre des voix ensoleillées dans ce type de rôle, celle de notre ténor nous enchante par son intelligence de chant et son jeu dramatique (il reçut ce soir là par la Direction de l’Opéra de Munich et le Ministre Bavarois de la Culture la distinction de Bayerischer Kammersänger). Quel immense chanteur ! Mais celle qui fit l’unanimité du public avec ovation à l’appui fut Anja Harteros. Que demander de plus. Elle a tout, la beauté, la présence et bien sûr une voix enchanteresse.

La Traviatia fut mon troisième opéra dans cette très belle ville bavaroise. Un nom à ne pas oublier Marina Rebeka. C’est très beau ! Je fais l’impasse volontaire sur l’Alfredo et mettre l’accent sur Germont en la personne de Simon Kennlyside. Musicalement il ne fait qu’une bouchée de ce rôle.

Le quatrième soir munichois, cerise sur le gâteau, une Lucia di Lammermoor de Donizetti au Philharmonie avec Diana Damrau, Joseph Calleja et Ludovic Tézier. Quoi dire ? On les écoute. Quel phénomène cette Diana Damrau. C’est la grâce même, une étendue et une virtuosité vocales inouïes. Son amoureux, le ténor maltais (que je découvrais pour la première fois sur scène) est impressionnant aussi bien vocalement que physiquement. Concernant Ludovic Tézier, c’est la beauté même, dans la précision et la couleur vocale que l’on écoute avec  délectation.

Direction Orange où le Vaisseau fantôme de Wagner nous attend devant l’imposant mur. Une scénographie irréprochable avec des effets de lumières et de vidéos efficaces. Hélas, aucune direction d’acteurs. Ils sont laissés à leur propre initiative. Ce fut laborieux à regarder. On comprend aisément pourquoi le public d’Orange non habitué à ce genre de répertoire, a trouvé la toute première partie longue. Mises à part Daland et le Pilote, les autres voix d’hommes n’étaient pas au rendez-vous. Par contre, enchantement avec la Senta d’Ann Petersen. Une Senta qui, par sa jeunesse, son insolence et son innocence vocales, a su nous entraîner dans son rêve fantomatique.

Le lendemain à Aix, changement radical avec la production de Patrice Chéreau, Elektra de Richard Strauss. Contrairement au Vaisseau fantôme, la théâtralisation et la direction d’acteurs sont au rendez-vous et nous tiennent en haleine. Inconditionnel d’Evelyn Herlitzius, la suivant un peu partout en Europe (Elektra à Berlin, Leonore à Dresde, Katia Kabanova à Bruxelles, Brünnhilde à Berlin), je suis resté avec sa nouvelle Elektra aixoise, sans voix. Epoustouflant ! Sa voix plus homogène sur l’ensemble de son immense registre nous emporte avec elle dans un tourbillon de notes des plus sages au plus folles. Le tout avec un engagement théâtral impressionnant. Merci Madame Herlitzius. J’espère que la France va enfin reconnaître votre immense talent et vous inviter à nouveau. Il ne faut pas oublier dans cette production la grande Waltraud Meier tout en classe et présence réunies. Patrice Chéreau a demandé à ses anciens complices du Ring de Bayreuth  de 76  de participer dans cette production : Donald McIntyre et Franz Mazura. Leur présence, frôlant la figuration, apporte une émotion de plus à cette production. Rares sont les fois ou le public verse sa petite larme pour Elektra. Or ici ce fut le cas, lorsque les servantes et les employés de maison reconnaissent leur maître Oreste, on pleure. C’est magnifique !

Le périple estival se poursuit avec les Troyens d’Hector Berlioz à Marseille. En dehors du comportement inacceptable d’Alagna au salut final (voir mon billet spécifique), ce fut un  magnifique concert ou les voix françaises étaient à l’honneur. Celle qui a dominé le plateau fut Clémentine Morgaine, jeune mezzo française que j’ai eu la chance d’entendre déjà dans un Carmen à Berlin, rôle dans lequel elle excelle, ainsi que dans la Magdalana de Rigoletto. Ici dans les Troyens, même si le rôle d’Anna est loin d’avoir l’immensité de Cassandre et de Didon réunies, elle aurait eu, et fort probable, remporté la vedette de la soirée à l’applaudimètre si Alagna avait laissé la place à tous ses partenaires. Son duo avec le somptueuse basse Nicolas Courgal nous a bouleversé et séduit, aussi bien par leur chaleur de timbre que leur leur puissance vocale. Quel duo ! La magie a opéré. La diction de cette mezzo est sublime. Dommage que ce dernier compliment ne puisse pas s’adresser à Béatrice Uria Monzon, alors qu’elle est une Didon engagée, passionnée et amoureuse soulignée par une présence scénique et vocale sans reproche.

Parmi les chefs d’orchestre qui m’ont marqué, je voudrais surtout citer Bertrand de Billy (Ariane), Paolo Carignani (Trouvère), Jesus Lopez-Cobos (Lucia), Esa-Pekka Salonen (Elektra). La lenteur de Mikko Franck (Vaisseau) m’a un peu gênée.

Suite des festivals, à suivre…voir billet « Mon pélerinage à Bayreuth »

Jean-Claude Meymerit



123456