Catégorie

Archive pour la catégorie « critiques lyriques »

La Walkyrie à Baden Baden : les femmes mènent les hommes, 2 à 0 !

En cette première du concert de Die Walküre de Richard Wagner donné au Festspielhaus de Baden Baden en Allemagne, pourquoi le public était si clairsemé ? On aurait cru une garde-robes (à en croire les tenues vestimentaires chicos du public…) attaquée par une armée de mites. Normalement, vu les difficultés à trouver une place depuis des mois, nous aurions dû supporter notre voisin pendant plus de quatre heures genoux contre genoux. Ce ne fut pas le cas car il fut très facile de changer de place. Une aubaine pour moi, j’ai pu passer ainsi d’une place moyenne de côté à une super place de face.

Pourtant ce concert de la Walkyrie se voulait être le top de la saison lyrique de Baden Baden, regroupant sur l’affiche, une palette de stars (Kaufmann, Herlitzius, Pape, Westbroek, Petrenko, Gubanova sous la baguette de Gergiev). Mais alors, que s’est il passé ?

Déjà notre Siegmund tant attendu, Jonas Kaufmann, a déclaré forfait (raison de santé, dixit la Direction). Pour ma part je garde un doute. N’oublions pas la seconde raison : ce soir là, la France affrontait l’Allemagne. Comme tout le monde comprend mon allusion, cela me fait économiser de la place et surtout me dispense d’employer des mots, qui pour moi, rien que de les taper, me crispent les doigts. Ces deux phénomènes réunis ont donné le résultat précité. De nombreuses places vides et nombreuses reventes de billets à l’entrée. Quel dommage !

Venons-en au concert proposé :

Valery Gergiev au pupitre de l’orchestre de Mariinsky. Malgré son doigté et sa gestuelle d’orfèvre, il ne m’a pas donné aucun frisson. c’était un peu brouillon. Ma comparaison s’appuie sur le concert de cette même Walkyrie à la Philharmonique de Berlin avec Simon Rattle à la tête de la Berliner Philharmonike. J’avais été envoûté et envahi d’émotions. À Baden, je n’ai pas entendu tous ces veloutés et sonorités des cordes en particulier et toutes ces nuances de violences des sentiments.

Le remplaçant de Kaufmann est Stuart Skelton. C’est un parfait Siegmund, classique. Sa sœur Sieglinde est Eva-Maria Westbroek, dont j’ai eu le bonheur d’entendre dans ce rôle à Francfort et à Berlin (sans compter la retransmission du Met de New York). Elle m’émeut toujours autant. Ce rôle est fait pour elle, féminité, fragilité et énergie. Son velouté et surtout ce timbre majestueux, font merveille.

Evelyn Herlitzius est Brünnhilde. J’ai une profonde admiration pour cette chanteuse (si mal connue en France). Ses prestations sont toujours impressionnantes. Quels souvenirs ! (ses trois Brünnhilde de la Tétralogie à Berlin, son Katia Kabanova à Bruxelles, son Léonore à Dresde, ses Elektra à Berlin et à Aix). Lors d’un Crépuscule des dieux à Berlin, j’avais versé quelques larmes pendant son air de l’Immolation. Dans cette production-concert de Baden Baden, elle réussit à occuper l’espace par son jeu et sa présence.  Sa voix, si particulière et immédiatement reconnaissable, nous enchante et nous impressionne toujours par sa puissance.

Ekaterina Gubanova est Fricka. Quelle mezzo ! Sa Fricka est solennelle. À chaque mot et note elle impose son personnage. Le phrasé est soyeux et parfaitement projeté.

Ces trois chanteuses interprètent souvent leurs rôles en production scénique. Elles s’impliquent à fond, plus particulièrement Eva-Maria Westbroek et Evelyn Herlitzius qui en sont des exemples majeurs. Leurs investissements scéniques et vocaux sont endiablés. De véritables tigresses, défendant chacune à leur manière, l’Amour.

Mikhail Pentrenko, m’a un peu déçu. Question de goût. Je préfère pour le rôle de Hunding une voix plus sombre. Lui est beaucoup plus dans la retenue et sa voix ne me semble pas assez épaisse pour ce rôle. N’est-ce pas un méchant ?

J’espérais beaucoup sur René Pape dans le rôle de Wotan. En dehors du fait que c’est le seul à lire la partition à un pupitre, il semble un peu en retrait de l’histoire. Son phrasé et son timbre sont toujours des plus subtiles. René Pape reste toutefois le baryton-basse que l’on aime.

Je ne voudrais pas conclure le bref résumé de cette soirée wagnérienne allemande sans évoquer le magnifique choeur des Walkyries. Des voix généreuses avec des timbres très marqués et somptueux. C’est rare d’entendre cet ensemble des huit Walkyries avec autant de personnalités vocales.

Malgré quelques réticences globales et particulières sur ce concert et ses protagonistes, cette soirée restera gravée dans ma mémoire rien que pour les performances des trois héroïnes féminines et du choeur des Walkyries. Malgré moi, j’ai eu droit moi aussi à mon match !

Jean-Claude Meymerit

9 juillet 2016

 

 

 

 

 



Au Grand Théâtre de Bordeaux, les Chevaliers de la table ronde : coup de lance dans l’eau !

Moi qui apprécie fortement ce genre de répertoire (comédie musicale, opérette, opéra bouffe), je m’étais fait une joie de découvrir cet ouvrage d’Hervé que je ne connaissais absolument pas. Seuls, les refrains de sa « Mademoiselle Nitouche » fredonnent dans ma tête.

Cette coproduction bordelaise des Chevaliers de la table ronde est montée à grands coups de communication, voire de marketing. En effet, tout est mis en place pour vendre ce spectacle comme un produit de consommation courante. L’enseigne/affiche annonce la couleur ou plutôt les deux couleurs, blanc et noir. D’emblée dans le hall d’entrée du Grand Théâtre le ton est donné avec des totems signalant la vente de l’enregistrement de cette œuvre. En effet, sur un immense comptoir, les CD attendent le client. Les programmes sont également au graphisme bicolore du spectacle. Tout ceci ne me dérange pas, bien au contraire, c’est classe et efficace. Nous sommes bien dans l’ère de la communication. On sent tout de suite que c’est une production de tournée avec tout son emballage commercial.

Dans la salle, le rideau de scène représente l’affiche du spectacle. Dès que celui ci s’ouvre, le décor et les costumes sont tous aux rayures et aux couleurs graphismes blanc et noir. Tout semble magnifiquement commencer.

Mais alors, qu’est-ce qui ne fonctionne pas dans cette production ?

Ce ne sont que ces cris, des hurlements, un débit du texte parlé incompréhensible, une excessive gesticulation permanente des artistes qui nuit à la compréhension du texte. Je n’en pouvais plus ! Une bouillie (pour un opéra bouffe, c’est normal !!!). Ce n’est pas parce qu’un ouvrage s’appelle opéra-bouffe qu’il faut en rajouter des tonnes en forçant outrancièrement sur la manière de parler et de gesticuler. C’est un contresens.

Tous ces artistes à la fois chanteurs, comédiens, danseurs ont beaucoup de talent et de qualité, mais ce n’est suffisant s’il n’y a pas la compréhension du texte. Les couplets chantés, eux, sont beaucoup mieux défendus.

Ce qui m’a fait le plus rire et que j’ai trouvé le plus ridicule, ce sont les surtitrages. A quoi servent-ils ? Une opérette parlée et chantée en français avec un surtitreur. Le comble de l’absurdité ! Ce ne sont pas eux qui vont aider les artistes à se perfectionner. Au contraire.

Le jeu scénique va tellement vite avec mille choses sur scène qu’on n’a pas le temps de lire et inversement le temps qu’on lise on ne voit pas ce qui se passe sur scène. Ne vaudrait-il pas mieux que les artistes apprennent à bien articuler et « porter leur diction » plutôt que d’installer des outils modernes inutiles et parasites ? Ne vaudrait-il pas mieux également que les metteurs en scène respectent un peu plus avant tout les chanteurs, en jouant sur leur faiblesse et leur qualité.

En applaudissant avec chaleur, je voulais me persuader. Me persuader de quoi ? Que ce genre de spectacle est fait plutôt pour des salles de jauge moyenne ? Pas forcément. Il y a quelques années, toutes ces formes lyriques légères et drôles avec beaucoup de passages parlés étaient défendues jusque dans le plus haut des cintres de la salle du Grand Théâtre, il n’y avait pas de surtitrage ridicule et on comprenait tout.

L’articulation, la projection de la voix et le respect des metteurs en scène pour les chanteurs (et pour le public) étaient une priorité incontournable. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Jean-Claude Meymerit

 

 

 



Don Carlo à l’Opéra de Bordeaux : un beau catalogue d’images tronqué !

La version de Don Carlo de Guiseppe Verdi donnée en ce moment à l’Auditorium de Bordeaux me laisse perplexe. Sur les voix il n’y a rien à dire. Un plateau de chanteurs remarquables. Les quelques réserves que nous pourrions faire par ci par là deviennent anecdotiques. Le Chœur de l’Opéra de Bordeaux et le Chœur Intermezzo sont poignants d’expression et de puissance.

L’orchestre, projette au plus loin de la fosse sous le plateau scénique, les rondeurs et émotions souhaitées. Toutefois, je suis un peu gêné par la lenteur de la direction de Paul Daniel, tout au moins pour les deux premiers actes. Aurai-je l’oreille déformée par les nombreuses références discographiques ou scéniques ? Je n’ai pas été captivé pendant la première heure. Par contre pour les deux derniers actes,  tout bascule. Le Chef nous tient. Les chanteurs semblent s’engager un peu plus.

Venons-en à la mise en scène ou plutôt à ce déroulé de tableaux scéniques. Comment le metteur en scène Charles Roubaud a t-il pu être à la fois inspiré et désinspiré ? L’occupation de cet espace scénique, pour une production d‘opéra, est très ingrat. Sur les murs blancs d’un enclos construit autour de la scène et sur celui du fond du bâtiment de l’auditorium, des images vidéos sont projetées (feuillage, statues, cathédrale, prison, etc.). Ces images sont d’une magnifique beauté et s’intègrent comme un gant de satin sur ce fond de salle, encombré de fauteuils, barres de protection, etc. On fini par oublier tout cet encombrement. Seulement patratac, la dernière image que j’avais trouvée lors d’une répétition générale (regard indiscret), comme le clou visuel du spectacle, a ce soir, complètement disparu. Mystère ! D’après ma mini enquête dans les couloirs, j’apprends que le metteur en scène a décidé le jour J de la première représentation, de supprimer ce visuel. Dommage pour le spectateur ! Ce décor visuel final du dernier tableau de l’œuvre, représentait une grandiose croix dorée, la même que nous voyions toute petite en fond de scène au premier tableau, symbolisant le tombeau de Charles Quint. Cette croix projetée était entourée d’immenses candélabres aux cierges allumés et aux flammes vacillantes. Majestueux et efficace. Ainsi, une intelligente boucle était formée entre le premier et le dernier tableau de l’ouvrage. Il est évident que le public n’a pas eu la connaissance de ce changement brutal même si ce regret était évoqué à la sortie par de nombreux spectateurs. Ce soir de première, nous n’avons eu droit qu’à un mur de fond d’auditorium, nu, sans saveur et les sièges en vedette. Lorsque Don Carlo est entrainé par le moine dans les profondeurs du tombeau de Charles Quint, il ne se passe rien, c’est même laid.

Par ailleurs, j’ai été interpellé par les tenues vestimentaires des chœurs, assis sur les gradins face au public. Ils sont habillés avec leurs propres vêtements de tous les jours. Pourquoi pas ! Quels liens avec l’action se passant en tenue historique sur le plateau. Manque de moyens financiers ? Voyeurisme d’un public d’arène de jeux romains ? Témoins des tensions religieuses et politiques de la cour ? Ou tout simplement le miroir de nous, publics assis dans la salle ? La liste est longue. Tout le monde peut y voir ce qu’il veut. Si c’est l’approche de cette dernière interprétation, j’accepte alors cette pauvre, ou plutôt ce manque de direction d’acteurs. Ils se trouvent abandonnés à leur propre destin.  Esseulés sur cette grande scène nue sans aucun accessoire de décor, ils se déplacent de gauche à droite d’une manière répétitive sans aucune intention et émotion. Une Cour d’Espagne qui s’ennuie. Que dire de la jeunesse physique de Philippe II ? Avec un peu plus de noblesse dans les tissus de son costume, une direction d’acteur dans son jeu et un peu de blanc dans ses cheveux, Philippe II aurait pu être le père de Don Carlo…

Malgré les quelques réserves sur la mise en scène proprement dite, rien que pour la palette de chanteurs, les chœurs, les musiciens de l’orchestre et les images-vidéos, il faut courir voir ce Don Carlo bordelais.

Jean-Claude Meymerit



Norma à l’Opéra de Bordeaux : une leçon de chant avec les beaux yeux d’Elza !

Magnifique ! Envoutante ! La déesse de cette production de Norma de Vincenzo Bellini au Grand Théâtre de Bordeaux est Elza van den Heever. Dès son entrée, la salle reste figée et accrochée à ses premières notes et à la beauté de son timbre au velouté reconnaissable parmi tous. On sait immédiatement qu’elle sera une grande Norma. Malgré ce rôle déjà écrasant par l’écriture musicale et l’engagement scénique, sa montée au bûcher semble prématurée et on a envie de lui crier : « non, arrête ! » afin de continuer à savourer l’art de cette grande chanteuse. Son Anna Bolena de l’an dernier était une merveille, avec Norma, on est dans le sublime. A quand d’autres grands rôles belcantistes ? N’oublions pas non plus ses Verdi qui promettent de grands soirs. Je regrette de ne pas avoir pu aller l’entendre à Frankfort pour son Desdemone mais j’espère vivement que le Don Carlo affiché à l’Opéra de Bordeaux en ce début de saison, est pour elle. Chantant ce rôle à Strasbourg en juin prochain, il serait très étonnant qu’elle ne le chante pas à Bordeaux. A suivre !

Cette production aurait été un sans faute, si la mise en scène avait été à la hauteur des voix. Le décor nous laisse de marbre et pas forcément de grande beauté. On pourrait même dire le contraire. Il est laid. Courage aux artistes de monter et de contourner cet immense tronc central. La mise en scène proprement dite nous le fait par moment oublier avec de très fortes trouvailles et une lecture très intéressante de la physiologie des personnages.

Oubliez ce décor, fermez les yeux et écoutez !

Jean-Claude Meymerit



A l’Opéra de Bordeaux : un troisième Tristan et Isolde pour le podium !

Trois productions de Tristan et Isolde de Richard Wagner en deux mois. Après Toulouse et Strasbourg, aujourd’hui c’est au tour de Bordeaux d’afficher cette oeuvre, dans une mise en scène des plus abouties. Elle est signée Giuseppe Frigeni. Ces représentations ont lieu à l’Auditorium de Bordeaux dans un espace scénique spécialement aménagée pour l’occasion du sol au plafond.

Avant de parler de cette passionnante prestation bordelaise, je refuse de dire qu’elle est celle des trois productions françaises je préfère car dans aucune de ces trois j’ai été vraiment transporté à 100%. La principalement raison vient d’un élément commun aux trois : l’absence d’une Isolde de notre temps. J’ai entendu et vu trois Isolde au chant et au jeu assez « vieillots ». N’existe t-il plus d’Isolde à l’image d’une Waltraud Meir, d’une Nina Stemme, d’Evelyn Herlitzuis, d’une Janice Baird…sans parler de celles que nous n’oublierons jamais, Hildegard Behrens, Gwyneth Jones…toutes engagées vocalement, aux timbres jeunes, gouteux, puissants, reconnaissables ? Sans oublier pour toutes ces Isolde précitées, un très profond engagement scénique.

Celle de Bordeaux, Alwyn Mellor, à la voix métallique, aux aigus criés, me faisant sursauter chaque fois, m’a empêchée d’apprécier la magie de ce magnifique rôle. Son Tristan, en la personne de Erin Caves, possède le physique et surtout la tessiture, telle que nous nous l’imaginons pour un Tristan. Hélas sa voix est trop faible. Il se retrouve de ce fait, toujours un peu en retrait. Par contre, son 3ème acte est excellent. Il fait face à toutes les embûches de ce terrible acte. Janina Baechle est notre Brangäne, rôle qu’elle chante sur de nombreuses scènes internationales, est sans reproche mais assez conventionnelle. En la personne de Brett Polegato nous avons un très beau Kurwenal. Sa voix possède un relief et de très beaux accents souhaités. Son jeu discret est précis. Dans le roi Marke, Nicolas Gourjal abordait pour la première fois ce rôle tant rêvé de lui. Grace à la volonté du metteur en scène, il a gardé sa jeunesse physique malgré l’âge voulu du rôle. Sans avoir la voix caverneuse que nous attendons et entendons souvent dans ce rôle là, la sienne est puissante, bien projetée, tout en étant charnelle, puissante et colorée reconnaissable parmi toutes. Les seconds rôles tenus par Guillaume Antoine (Melot), Jean-Marc Bonicelet (le pilote) et Simon Bode (le berger). Une mention spéciale pour celui-ci car il assure pendant tout le 3eme acte un complément de rôle muet, du plus grand effet. Il est bien évident que nous devons cette trouvaille à Giuseppe Frigeni qui n’arrête pas de nous faire réfléchir tout au long de l’ouvrage par des éléments minutieux de mise en scène. La liste en est longue et toujours passionnante. Jamais je n’ai vu un Tristan avec autant de niveaux de lectures de l’oeuvre dans la même soirée. Le tout dans un bain de lumières aux changements quasiment permanents, appuyant certains mots ou situation. Chaque scène ou leitmotiv a sa couleur. Ancien assistant de Robert Wilson, il nous offre des déplacements et des gestes dignes de ce maître. Le décor est parfaitement adapté au lieu puisqu’il habite les contours des gradins. L’effet scénique est par moment féérique. Esthétique ou esthétisme ?

Il a souhaité présenter l’oeuvre comme une immense boucle, basée sur les visions d’un mourant au portes immédiates de la mort. En effet dès l’ouverture du premier acte nous voyons Tristan mort sur son lit. A l’arrivée d’Isolde et de Brangäne, il se « réapproprie » la vie, d’ou cette distance permanente voulue par le metteur en scène, avec ses partenaires. Au troisième acte le jeune berger se transforme en espèce de chaman accompagnant Tristan dans le rêve de sa mort, jusqu’à avoir un sursaut spasmodique lorsque Isolde achève son air final. Nous pourrions citer des dizaines d’exemples de détails de cette subtile et intelligente mise en scène et direction d’acteurs. Ayant assisté aux deux premières représentations, il semble que certaines gestuelles ont disparu dans les déplacements de certains, remplacées chez d’autres par des gestes conventionnels de style concours de conservatoire. Dommage !

Je garde bien sûr pour la fin celui qui a obtenu, et à très juste titre, la plus grande ovation. Il s’agit de Paul Daniel à la tête de l’orchestre national de Bordeaux Aquitaine. Quel équilibre entre la fosse, la salle et les chanteurs ! De la haute voltige. A aucun moment la musique a couvert une voix. Ce qui prouve que Wagner n’a pas besoin de se jouer avec excès sonores. Je ne sais pas si c’est le fait que l’orchestre soit placé presque intégralement sous la scène, mais dès que l’on ferme les yeux, les souvenirs acoustiques de la Colline verte remontent. Paul Daniel sait donner à son orchestre des sonorités de miel splendides et des nuances de délicatesse presque inaudibles, mais tellement adaptées à l’oeuvre et à la salle. Du travail de dentelier. Vivement d’autres Wagner !

Jean-Claude Meymerit

PS : au fait, quelle est la production qui va se trouver en n°1 sur le podium national ?  Aucune.

 



A l’Opéra du Rhin de Strasbourg : un Tristan et Isolde pour le podium ?

Comme promis (voir feuillet précédent sur ce même site), je vous amène à Strasbourg pour la deuxième production française du Tristan et Isolde de Richard Wagner. Dans le pronostic que je m’offre entre Toulouse, Strasbourg et Bordeaux, quelle est la production qui va, à mes yeux, être sur le haut du podium. Pour l’instant pas de Strasbourg, dommage ! Les ingrédients étaient pourtant très alléchants.

Je ne sais pas si c’est le comportement du public (voir plus bas) ou la faiblesse de l’ensemble qui m’ont laissé un peu perplexe ou les deux peut être, mais je suis resté toute la soirée assez frustré.

Pourtant, que cette production est belle ! Une rare intelligence de mise en scène. Les décors sont majestueux et d’une efficacité redoutable. Avec une telle mise en scène la clarté littéraire du texte est magnifiée. L’histoire prend un tout autre sens. On arrive presque à tout comprendre sans surtitreur. Dès le premier acte nous sommes saisis par le réalisme du décor. Il représente le pont d’un vieux navire. Les rambardes du bateau se situent en avant scène, ce qui permet aux protagonistes de s’appuyer aux garde-fous et de chanter au bord de la fosse d’orchestre symbolisant l’océan. Superbe vision rarement utilisée. Le deuxième acte est également très efficace. Nous sommes dans la chambre à coucher d’un pavillon, ouverte sur l’océan à l’image d’une chambre d’hôtel de grand palace. Avec des jeux de murs mobiles et de lumières, l’effet est immédiat. Pour le troisième acte, le réalisme est à son summum. La piaule de Tristan en bordure de mer. Cette misérable masure de bois blanchie par l’air salin est étonnante de beauté réaliste. J’irai jusqu’à dire, il n’y a qu’un pas, que nous sentions tout au long de cet acte l’air vivifiant de la mer. Et si c’était vrai !…Le magicien de cet univers année 40, est le metteur en scène Antony McDonald.

Parlons des protagonistes. Aucun ne m’a ému ou surpris. Dans le rôle de Tristan, Ian Storey m’a semblé assez distant avec un jeu assez restreint. Côté voix, après un premier acte assez terne, l’expression vocale s’améliore significativement au fil des deuxième et troisième actes mais ne séduit toujours pas. Isole est Melanie Diener. Elle est arrivé au bout de l’œuvre sans difficulté. Même si certains accents dans les graves et les aigus sont majestueux je n’ai pas adhéré à toutes ses attaques « voilées ». Au bout d’un moment je n’entends plus que cela et elles me dérangent. Son jeu, comme pour Tristan, est également assez distant. Le metteur en scène y est certainement pour beaucoup. Attila Jun dans le Roi Marke me fait surtout penser à un Hunding ou à un Hagen, plus qu’à un roi aimant et résigné. Malgré une absence de prestance royale, sa voix est somptueuse et nous séduit toujours.J’attendais avec beaucoup d’impatience Michelle Breedt dans Brangäne mais je fus un peu déçu. Son personnage et sa voix manquent un peu de classe surtout dans les belles sonorités graves tant souhaitées pour ce rôle. Dans les duos avec Isolde, les différences de voix n’existent pratiquement pas. Kurwenal en la personne de Raimund Nolte reste pour moi une énigme. Cette douceur de jeu et de voix est-elle voulue par le metteur en scène ou est-elle liée à la personnalité du chanteur ? Cette ambiguïté d’affection scénique et vocale pour son ami Tristan est plausible et apporte de l’existence au personnage. Seulement la voix de ce baryton n’est toutefois pas assez consistante pour ce rôle. Les deux autres personnages sont sans reproches et se fondent intelligemment dans l’œuvre : Gijs Van der Linden (Melot) et Sunggoo Lee (marin et berger).

Reste pour conclure la direction d’Axel Kober à la tête de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg. Déception ? Oui, je n’ai pas retrouvé ces longs accords langoureux et veloutés, ces engagements sonores, ces violences, ces douceurs, ces nuances…je n’ai entendu que du travail très bien soigné et appliqué. Est-ce suffisant pour Wagner ?

Je profite de ces quelques lignes pour remercier vivement ce Chef d’avoir osé interrompre l’ouverture de l’œuvre juste après les célèbres premières mesures et d’avoir recommencé, suite à une sonnerie retentissante de portable. Il est inadmissible que cette personne dans la salle (de surcroît une journaliste d’après mes renseignements) n’ait pas éteint son portable malgré les consignes d’usage. La honte ! Va t’elle écrire dans son article, cet incident ? Il faut dire aussi que les annonces de consignes diffusées au micro sont faites lorsque le public n’est pas encore complètement installé au lieu d’attendre l’extinction partielle ou totale des lumières de la salle comme dans la plupart des salles d’opéras.

La réussite d’un spectacle tient aussi beaucoup sur la composition du public présent. Ce soir, en assistant à cette production, j’évalue une fois de plus les incohérences de la politique nationale imposée aux Opéras nationaux. Pourquoi accepter des classes entières de jeunes à assister à de tels ouvrages durant plus de quatre heures ? Sont-ils préparés à supporter cette attention visuel et musicale relativement lente et longue ? De plus, leurs présences assez remuantes perturbent le reste du public. Le comble survenu ce soir de première, fut la désertion des 3/4 de ces jeunes dès le premier entracte. Puis lors du second entracte désertion pratiquement totale. Quel gâchis ! Tristan et Isolde est-il l’opéra qu’il faille faire découvrir aux jeunes en priorité ? Ce n’est pas avec cette politique que l’opéra retrouvera ses lettres de noblesse auprès d’un nouveau public et les jeunes en particulier. Au contraire. Mesdames et Messieurs les décideurs politiques culturels vous avez tout faux, il n’y a pas d’impact de réussite et ça coûte excessivement cher. D’autres solutions existent, mais encore faut-il les écouter.

Jean-Claude Meymerit

PS : rendez-vous dans quelques jours pour le Tristan et Isolde de Bordeaux

 

 



A l’Opéra de Bordeaux : surtout pas de damnation pour l’Orchestre et les Chœurs

Cette production de la Damnation de Faust d’Hector Berlioz donnée à l’Auditorium de Bordeaux en version concert nous entraîne, dès les premières mesures, vers les voûtes célestes de l’enchantement. C’est splendide !
Quoi demander de mieux à un orchestre et à des chœurs pour interpréter Berlioz. Tout n’est que précision, velouté, férocité, rêverie, émotion…Paul Daniel, à la tête de l’Orchestre national Bordeaux Aquitaine, a tout compris : la musique de Berlioz doit être vibrante et habitée. Cette fougue il a su la partager avec l’ensemble des chœurs et principalement celui des hommes. Ce dernier était, à l’occasion, composé du Choeur de l’Opéra de Bordeaux et de celui de l’Armée française. Leur chant a envahi le moindre recoin de la salle. L’interprétation toute en délicatesse des femmes du Choeur de l’Opéra et celle des enfants de la Jeune Académie Vocale d’Aquitaine n’a fait qu’appuyer cet engagement musical.

Malheureusement, pourquoi faut-il qu’un plaisir ne soit jamais complet ?
En effet, la faiblesse de cette production vient des solistes. A part Laurent Alvaro dans Méphistophélès, appuyant fortement son jeu scénique machiavélique, arrive par une voix puissante et sonore a nous faire entrer dans son monde pervers.
Concernant le personnage de Faust, j’ai eu la chance de voir et d’en écouter deux. Le soir de la première ce fut Eric Cutler. Il ne m’a absolument pas séduit. En l’écoutant et en le regardant, je ne faisais que rêver à un ténor à la voix plus claire et surtout avec une plus belle fiction, ensoleillée, le tout posé sur un jeu scénique plus subtil. Mon rêve s’est exaucé lors de la seconde représentation avec Michael Spyres remplaçant le titulaire au pied levé. Il est vrai que celui-ci a déjà chanté le rôle sur scène. Ca se voit et surtout ça s’entend. Il y croit ! Voix chaire, bien projetée, articulation et diction de rêve (pour un étranger bravo !). J’avais mon Faust idéal, tant rêvé. Je passe rapidement sur Frédéric Goncalves que j’avais beaucoup apprécié, tout récemment, dans Marc Antoine dans le Cléopâtre de Massenet aux Théâtre des Champs Elysées à Paris mais qui ici, dans cet unique air de Brander, m’a laissé froid.  Là où la déception est de taille c’est pour Géraldine Chauvet dans le rôle de Marguerite. Où est la Marie du Dialogue des Carmélites à Bordeaux et l’Adriano de Rienzi à Toulouse ? Sa voix est par moment inaudible, des graves incertains avec une diction catastrophique (et pourtant elle est française). Elle reste en surface ou à la porte du rôle. On ne la sent pas à l’aise. Curieux et dommage !
A titre d’exemples de diction : pour des mots de consonances identiques dans leur duo, autant Michael Spyres dit « ô tendresse, cède à l’ardente ivresse » avec une projection habitée de toutes les lettres et en prononçant tous les r, autant Géraldine Chauvet dit « je ne sais quelle ivresse, brûlante, enchanteresse… » avec une identique prononciation sans nuance avec tous les r escamotés. C’est à couper au couteau.
Malgré ces quelques réticences sur les solistes, rien que pour l’Orchestre et les Chœurs il faut courir voir et surtout entendre cette production. Vous aurez le salut éternel !

nota : comment se fait-il qu’il faille que toutes ces bouteilles d’eau en plastique avec leurs étiquettes publicitaires traînent comme ça sous les chaises des solistes. Toujours en train de boire. Entre celui ou celle qui prend sa bouteille discrètement, se retourne et boit, celui ou celle qui essaie de la faire tenir sur le pupitre. Entre celui ou celle qui juste avant le départ de son intervention prend précipitamment sa bouteille et boit, celui ou celle qui entre sur le plateau avec la bouteille à la main… sans oublier ce membre du choeur d’homme qui dans un moment musical solennel  se penche, récupère sa bouteille, lève la tête et boit. Comment ne pas avoir le regard attiré par un tel comportement. Ce ballet de bouteilles est insupportable. Qui peut m’expliquer la raison de ces fâcheux comportements ? Est-ce que ça existe dans une production scénique ? Oui, mais en coulisses. Pourquoi en concert ? Quoique, je verrais très bien Isolde avant son grand air prendre sa bouteille en plastique, Madame Butterfly lever le coude, une gorgée, avant de se suicider et reposer la bouteille tranquillement, Manrico et le Comte de Luna  trinquant avant leur duo, montrant bien la marque publicitaire d’eau minérale. On pourrait établir ainsi un catalogue de situations les plus rocambolesques. 
 
Jean-Claude Meymerit


Qui en tête du tiercé gagnant de Tristan et Isolde : Toulouse, Strasbourg ou Bordeaux ?

Trois scènes lyriques françaises affichent Tristan et Isolde de Richard Wagner. Le Théâtre du Capitole de Toulouse ce début février, l’Opéra du Rhin de Strasbourg fin mars ainsi que l’Opéra de Bordeaux. En attendant de faire une étude comparative de ces trois productions ou de faire des pronostics sur quelle est la meilleure (orchestre, mise en scène, voix), j’ai déjà ma petite idée, mais attendons de voir ces trois productions.

Ce dimanche après midi, direction Toulouse. C’est une reprise de la mise en scène de Nicolas Joël de 2007. Elle mettait à l’époque en vedette, Janice Baird, chanteuse fétiche du Capitole ? Sa voix et son physique nous laissaient chaque fois sous le charme. Son costume de scène était aussi assez spectaculaire. Seulement les cantatrices se suivent et ne se ressemblent pas. Élisabete Matos que nous venons d’entendre et de voir, m’a laissé de marbre. Combien ai-je vu d’Isolde de ce style qui ne font que chanter la partition et encore…. Le tout sans émotion aussi bien vocalement que physiquement. Son air final a même été un peu laborieux. Une fois qu’on a savouré à plusieurs reprises des Waltraud Meier, des Nina Stemme, des Janice Bair…la plupart des autres cantatrices nous semblent fades (attendons Strasbourg et Bordeaux).

Habité par son rôle, Hans-Peter Koening se transforme ici en bon roi Marke. Il est émouvant. Aucun signe extérieur de violence dans les scènes de jalousie. On a même un peu pitié pour lui. Sa bonhomie en fait un bon roi que l’on voudrait aider et aimer. Le bronze de sa voix est toujours un bonheur de l’écouter. Stefan Heidemann était Kurwenal, jouant le dévouement à son maître jusqu’au bout des ongles. Emouvant. Belle voix chaleureuse et timbrée. Notre jeune bordelais Thomas Dolié dans le très court rôle de Melot fait grande impression par ses quelques phrasés. C’est très beau et puissant. Quel dommage qu’il soit fagoté curieusement. Son costume semble avoir été emprunté à quelqu’un d’autre.

Reste les deux derniers personnages Tristan et Brangäne. Du très haut vol. Que c’est somptueux ! « L’appel de Brangäne » de Daniela Sindran, à genoux. De plus, elle est très belle. Grande silhouette élégante, sachant se mouvoir magnifiquement. C’est une des plus grande Brangäne actuelle. Pour conclure cette première appréciation du Tristan de Toulouse, n’oublions pas le resplendissant Robert Dean Smith. Il est Tristan. Peut-on faire mieux aujourd’hui ? Son jeu théâtral est précis et beau. D’une puissance incisive  inouïe, sa voix est envoûtante. On se délecte sur toutes ses notes, du grand art. Son 3ème acte est un moment sublime. Avec ces deux chanteurs précités, l’ouvrage devrait s’appeler Tristan et Brangäne.

Pourtant très bien placé dans la salle, j’ai été un peu frustré par la prestation de l’orchestre. J’ai trouvé certains passages assez secs même si le chef Claus Peter Flor, à la tête de l’Orchestre national du Capitole, a su parfaitement maîtriser cette masse orchestrale au volume de la salle. Je garde pour la fin mes plus grandes réserves sur la mise en scène. En plus des points déjà évoqués précédemment dans le texte, globalement j’ai été déçu par cette reprise de Nicolas Joël. A part, le 1er acte esthétiquement assez beau (tout au moins vu de haut) le second est hideux surtout lorsque le ciel étoilé disparaît brutalement. Le troisième est aussi assez laid. On a l’impression que les lumières sont en grève.Comme la scène est tout le temps nue, voir tous les défauts des praticables et des toiles de tissus fortement éclairés par des lumières crues n’a rien de passionnant. La magie du rêve n’opère plus. Tous les protagonistes chantent pratiquement toujours immobiles en avant scène sur la pointe du plateau qui avance sur la fosse d’orchestre. Ce côté statique ne me dérange absolument pas, surtout pour une œuvre comme celle-ci, mais il faudrait que le tout soit un peu plus esthétique (par jeu d’acteurs et lumières). Souvenons-nous des magnifiques mises en scène de Wieland Wagner à Bayreuth avec ses plateaux entièrement nus. Quelle efficacité et beauté.

La suite de ce texte dans quelques semaines avec le Tristan de Strasbourg et de Bordeaux. Suspense !

Jean-Claude Meymerit



Au théâtre des Champs Elysées : un duo d’amour pour Cléopâtre

Cet émouvant duo d’amour, nous le devons à Sophie Koch et Michel Plasson. Ils nous entraînent tous les deux dans une profonde tendresse musicale. Cet événement lyrique vient d’avoir lieu à Paris, au théâtre des Champs Elysées. Il s’agit de l’œuvre de Jules Massenet « Cléopâtre » Qui a déjà vu cet opéra de Massenet en version scénique ? Pas grand monde je suppose. Aussi, même en version concert, comme ce soir, l’intérêt était des plus passionnants. Devant une salle pleine et les micros de France musique, Paris recevait cette reine de l’Antiquité pour la première fois.

Ma reine ou marraine (les deux réunies) est Sophie Koch. Cet ouvrage ne lui est pas inconnu puisqu’elle a déjà eu l’occasion de le chanter à Salzburg en 2012. De plus, Sophie Koch est la marraine de CollineOpéra, association organisatrice de la soirée, qui invite la musique à venir au secours d’enfants en danger du monde entier. Quel élan de générosité ! Tous les protagonistes de cette soirée se produisent gracieusement (solistes, chœur, musiciens…) ainsi que la mise à disposition de la salle, offerte par la direction du théâtre des Champs Elysées.

Dans le casting de ce soir beaucoup de changement, mais avec d’heureuses surprises. La première vient du ténor Benjamin Bernheim. Voix puissante, claire et surtout bien projeté, le tout agrémentée d’une très belle diction (pas besoin de surtitrage). Ce dernier compliment peut être également adressé à Frédéric Goncalves, remplaçant Ludovic Tézier malade, dans le rôle de Marc Antoine. C’est l’occasion de redécouvrir avec beaucoup de plaisir ce baryton dans un rôle de premier plan et d’apprécier la plénitude de sa voix. Un grand bravo également à l’ensemble de tous les autres chanteurs sans oublier la grandeur du chœur de l’Orchestre de Paris.

Avec Sophie Koch et Michel Plasson, nous sommes dans l’extase musicale. De somptueuses pages de l’œuvre (trop courtes, hélas !) ne pouvaient pas exister sans la subtilité des magnifiques phrasés très colorés et puissants de Sophie Koch dans le rôle de Cléopâtre et les vagues de sonorités musicales suaves et envoûtantes de Michel Plasson dirigeant l’Orchestre Symphonique de Mulhouse. On peut parler même de volupté.

Jean-Claude Meymerit



A l’Opéra de Lyon : La Fura Dels Baus a encore frappé !

Un opéra mis en scène par Alex Ollé du collectif La Fura dels Baus nous fait toujours déplacer. Quelle surprise nous réserve t-il, cette fois-ci ? Ce qui est évident, c’est que la magie frappe toujours. Ce Vaisseau fantôme ou Der Fliegende Holländer donné à l’Opéra de Lyon en première ce samedi dernier n’a pas démenti et les effets scéniques sont toujours aussi surprenants. Bien sûr on n’est pas dans le grand délire de ce collectif de la Tétralogie de Wagner à Valence, mais comme pour le Tristan et Isolde de 2010 dans cette même salle de Lyon, la mise en scène est respectueuse du livret, tout en lui donnant des reliefs  à couper le souffle. Par contre, autant pour le Tristan j’avais été scotché du début à la fin, pour ce Vaisseau, je suis plus nuancé. Même, si les effets d’occupation de la scène sont au maximum, la direction d’acteurs semble laisse un peu trop de vide. Une fois en avant scène, les chanteurs solistes et ceux du chœur bougent pauvrement. On perd certaines émotions.

Les vidéos sont toujours aussi efficaces, surtout celles qui sont projetées au sol, le relief de celui-ci bouge à tout moment – bancs de sable modifiés en fonction de la houle et des marées -. La coque rouillée du bateau qui s’élève dans les cintres est impressionnante. L’accès du pont se fait par une immense échelle qui oblige les chanteurs à se harnacher pour monter et descendre. La sécurité avant tout !

Venons en aux chanteurs. Avec un timonier, Luc Robert, aux accents clairs et puissants, tout s’annonce bien. L’arrivée de Daland ne fait que confirmer. Quel plaisir de retrouver Falk Struckmann. Après avoir été un magnifique Holländer en 2000 à l’Opéra de Paris, il est aujourd’hui Daland. Aux rayonnantes couleurs de voix, ce rôle l’habite, il est le personnage. Face à lui, le Holländer de Simon Neal est magistral. Prestance et présence sont au rendez-vous. C’est le style de personnage de hollandais que j’aime. Sa voix est puissante, claire, avec toute la distance souhaitée par le personnage. Humain et fantôme ? La Mary de Eve-Maud Hubeaux, aux beaux accents, tient honorablement son rang même si j’aurais aimé que les directives de son jeu soient plus précises.

Pour les deux autres protagonistes, Erik et Senta, je reste un peu sur ma faim. Vraiment dommage. Tomislav Muzek dans le rôle d’Erik me laisse assez indifférent. Je ne trouve pas que sa voix et son jeu soient des plus passionnants. Il est assez rare de trouver un Erik idéal. C’est d’autant plus dommage que l’écriture musicale de ce rôle est très séduisante pleine d’amour passion et de douceur. La voix qui me pose le plus de problème d’appréciation est celle de Senta. Elle est claire, puissante avec de beaux médiums mais les aigus se raidissent et ce n’est pas toujours agréable à l’oreille. On sent presque ses limites. J’ai beaucoup souffert pour ses derniers phrasés. Cette chanteuse Magdalena Anna Hofmann est très bonne comédienne et sa voix juvénile aux supers assises aurait pu correspondre au personnage. Alors pourquoi, cette sensation ? L’effet première ?

La place des chœurs dans cet ouvrage est énorme. Cette masse vocale nous a conquis. Les jeux vocaux et sonorités entre les hommes et les femmes sont somptueux d’émotions. Que dire de la direction d’orchestre ? Je me suis un peu ennuyé et ceci dès les premières mesures. Ce côté pépère m’a beaucoup gêné d’autant que je ne possédais aucune information sur les intentions du chef d’orchestre Kazushi Ono. Je suis donc resté assez frustré.

Chaque fois que je me rends à l’Opéra de Lyon, je suis toujours fasciné par ce théâtre. Quelle beauté et quelle élégance. Tout d’abord la façade et son majestueux dôme. Il fallait oser et Jean Nouvel a osé. Dans le hall, ce sont les couleurs noires et rouges qui dominent avec des éclairages indirects qui annoncent déjà la magie du spectacle. Puis vient l’ascension vers les étages, par des passerelles à claire voie en aluminium qui couinent et qui bougent. Pour les « vertigeux » dont je fais partie, c’est la galère, mais quelles émotions. Toutes ces passerelles épousent l’imposante coque noire laquée qui englobe le fond de la salle. Dès que nous franchissons le sas d´accès à la salle d’un rouge éclatant et fortement éclairé, nous entrons dans la salle ou l’inverse opère. Nous entrons dans une boîte entièrement noire. Quelle classe ! Chacune des places possède devant elle une petite loupiote qui créait une étrange ambiance. Le raffinement est également présent dans la tenue vestimentaire des filles et des garçons qui nous accueillent. Vêtus d’un tee shirt noir et d’un pantalon noir à soufflets rouges dans le style « samouraïs ». Ils sont très beaux. Et surtout très avenants avec le public. Que tout cela fait du bien !

Jean-Claude Meymerit

 

 



12345