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Archive pour la catégorie « critiques lyriques »

Pene Pati au Grand Théâtre de Bordeaux : de l’insolence vocale dans l’élégance !

Ce chanteur d’opéra est le lingo d’or des ténors. Du jamais entendu. Tous les qualitatifs liés à la voix sont à utiliser. Connaissez-vous beaucoup de chanteurs qui possèdent à la fois, un timbre ensoleillé à la Pavarotti, une puissance à la Corelli, une sensibilité à la Kaufmann, une diction à la Alagna, des aigus à la Christ Merrit, une délicatesse à la Gedda… Cependant il n’imite personne, il est lui. Ce soir, en un seul programme, il a voulu nous présenter dans toutes les facettes de son chant. C’est une réussite.

Le début du programme démarre par un cours cycle de mélodies de Gabriel Fauré. Alors que son pianiste bordelais accompagnateur Jean-Marc Fontana grand professionnel et toujours très pédagogue nous demande de ne pas applaudir après chaque poème, l’inverse se produisit. Moi le premier, les mains jointes prêtes à se manifester, je me suis arrêté net, scotché. L’art de Pene Pati dans la mélodie, son phrasé et sa diction du français nous frappent dès les premières notes. Brutalement conquis, nous voulions lui manifester immédiatement. Le public a donc tout de même applaudi après chaque poème de Fauré rompant avec les traditions du récital de cycles de mélodies.

Notre ténor enchaîne par une série de romances italiennes de Francesco Paolo Tosti. Même si ses qualités vocales nous séduisent toujours autant, son côté chanteur italien à la Pavarotti m’a assez peu intéressé. Par contre, avec son  » Ah lève-toi soleil » du Roméo et Juliette de Charles Gounod le délire commence. Inouï ! Enfin un Roméo amoureux et fougueux aussi bien dans la voix que dans l’engagement scénique, avec toujours cette ampleur, cette puissance et cette beauté accompagnées d’un découpage vocal des sentiments, exemplaire. Son « paraît  » final est touché par la grâce.

Il enchaîne avec l’air de Rodolfo de Luisa Miller de Giuseppe Verdi puis en bis vient l’air de la fleur de Carmen. Des dizaines de Don José vus sur scène à mon actif, des centaines d’écoutes de ce tube lyrique par les plus grands, et subitement Pene Pati apparaît. J’ai pleuré ! Oui j’ai pleuré. Et je n’étais pas le seul. Son « je t’aime » à la fin de son air est un sommet de l’art lyrique.

Puis vient un air de Tosca, splendide. Toujours sous les ovations du public, il attaque le célèbre Catari de Salvatore Cardillo. Il n’en fait qu’une bouchée. Il quitte la scène en nous offrant en cadeau final avec toute l’élégance requise, l’air de Des Grieux de Manon de Jules Massenet.

A t-il un professeur de chant magicien ? Est-il doué au point d’avoir toutes les palettes existantes d’une voix ? Ou tout simplement aurait-il été choisi ?…

Merci monsieur Pene Pati, avec votre Percy dans Ana Bolena de Donizetti actuellement programmée sur la scène bordelaise, revenez-nous vite, avec Mario, Hoffman, Don José tous vos nouveaux fans vous attendent.

L’ovation finale digne des plus grands concerts nous fait dire « on y était ! ».

Jean-Claude Meymerit

16 novembre 2018



Festival de voix lyriques dans le ciel munichois !

A peine avoir touché le sol de la capitale bavaroise, les plus grandes voix lyriques du moment nous accaparent.

Le premier soir débute avec le prologue de l’immense fleuve wagnérien, l’Or du Rhin. Même si j’ai eu beaucoup de mal à adhérer à un décor souvent nu, aux plateaux mouvants se soulevant ou s’inclinant au fil de scènes et à certaines laideurs, la mise en scène proprement dite est en est tout autrement. L’utilisation d’une centaine-danseurs de figurants faisant office de vagues du Rhin, de lingots d’or, de murailles, de chaises, de rochers etc.…est d’une puissance phénoménale. Ce n’est pas du théâtre dans le théâtre mais une forme de distanciation ou le metteur en scène souhaite que la notion de théâtre soit en permanence perçue par le public. Les personnages entrent et sortent de scène parce qu’il faut entrer ou sortir. Aucun camouflage ou effet spécifique. C’est à l’état brut. Une fois que l’on accepte ce concept, l’écoute musicale se fait beaucoup mieux et les émotions arrivent.

Le deuxième soir, un concert gratuit est donné en plein air derrière le Staatsoper dans le cadre de Opéra pour tous. Entre Brahms et Dvorak, Sonya Yoncheva dans sa somptueuse et volumineuse robe bleue nous offre quatre airs du répertoire lyrique verdien – Le Trouvère, Don Carlos, la Force du destin et Luisa Miller – La pluie orageuse a cessé, les parapluies se sont repliés, les voix du public se sont tues, seule celle de Soya Yoncheva envahie la place. Avec grâce et humour, elle nous offre ces quatre airs avec une énergie, un velouté et ses accents très personnels. Elle nous séduit et nous bouleverse. On est loin de son récent récital de Bordeaux où la déception était au rendez-vous. A Munich, on l’a retrouvée !

Pour ma troisième soirée, sur les marches et dans les couloirs du Staatsoper, l’attente est fiévreuse. Le public venu du monde entier, s’impatiente à retrouver Kaufmann dans Siegmund, rôle qu’il n’a pas chanté en version scénique depuis celui du Met de New York il y a sept ans. Dans la mise en scène de cette Walkyrie, on sent un peu moins cette distanciation froide du Prologue. Beaucoup plus d’objets sont présents. Le premier acte est un émerveillement par la mise en scène et surtout par les voix. Les figurants sont toujours là et toujours aussi efficaces. De mini lampes de poche à l’intérieur de leurs mains, portées et manipulées par les figurants eux-mêmes, éclairent soit le visage des protagonistes, soit des scènes comme le passage du verre entre Sieglinde et Siegmund, soit éclairent l’épée plantée dans le frêne etc. Ces présences et ces appuis de lumière spécifique sont d’une efficacité redoutable. De plus, c’est très esthétique.

La quatrième soirée est un moment de grâce passé en la compagnie de Christian Gerhaher, baryton spécialiste du lied qui vient d’être un magnifique Amfortas du Parsifal de Munich. Quelle élégance dans le mot et dans le son ! Une leçon de chant unique ! Combien de chanteurs lyriques actuels devraient prendre exemple sur ce baryton. Dans ce récital donné ce soir, que ce soit chez Debussy ou chez Schumann, sa diction, ses nuances, ses aigus sont d’une magie de chant exceptionnelle.

Le cinquième soir, le retour avec le Ring est Siegfried. La mise en scène, tout au moins pour le premier acte, est assez fouillis, la distanciation, tellement appuyée dans l’Or du Rhin, commence à se dissiper et les figurants/danseurs sont plus des compléments de personnages que de simples objets de décor. Le dragon de Siegfried est d’une efficacité et d’une beauté remarquable. Ce troisième volet de la tétralogie paraissant souvent un peu plus « ennuyeux » que les autres volets, devient sur la scène munichoise, une fresque limpide et prenante.

Le sixième soir, changement de style avec la Traviata de Verdi. C’est encore l’éternelle mise en scène de Günter Krämer vue et revue et qui n’est pas des plus inventives et intéressantes. Le premier acte est insupportable par le manque de place pour les chœurs et les personnages. Tous sont obligés de faire plus attention où ils marchent qu’à ce qu’ils chantent. Ils sont coincés sur l’avant scène sur une bande étroite d’espace. L’intérêt de cette représentation est surtout la présence du couple Charles Castronovo et la divine et diva Diana Damrau. Leurs duos sont divins. Lui est le Rodolpho du moment. Il possède toute la palette et les couleurs du rôle. Elle, c’est un volcan scénique, sa voix s’est légèrement élargie tout en gardant son extrême agilité et son timbre. Ses graves sont à tomber à la renverse de bonheur. Nous l’attendons dans un nouveau répertoire, qui ne va pas tarder. Dans le rôle de Germont, une découverte en la personne de Simone Piazzola. Des belles phrases appuyées, des superbes aigus et des graves intelligemment retenus.

Voulant absolument connaitre l’autre théâtre consacré à l’art lyrique, le Gärtenplatztheater, et n’ayant pas le choix du spectacle présenté en cette fin de saison, j’ai du, pour le septième soir de mon séjour, me contenter de voir Jésus super star d’Andrew Lloyd Webber. Dans ma jeunesse, n’ayant jamais vu sur scène cette comédie musicale ou opéra-rock, l’occasion tombe bien et j’en étais ravi. Quelle déception ! Que cela a vieilli. Le sujet, n’est que prétexte à une succession de morceaux chantés et dansés mais hélas dans une chorégraphie simpliste vue et revue, pas innovante, assez bâtarde et ennuyeuse. Décidément les productions lyriques de Munich ne sont pas avares en participants sur scène. Après la centaine de personnes présentes dans le Ring du Staatsoper, les très nombreux chanteurs danseurs de cette production du Gärtenplatztheater se gênent. Il me tardait que cette soirée s’achève.

Comme pour mon séjour à Munich, c’est la dernière journée du Ring. Avec le Crépuscule des Dieux, nous sommes sur la plus haute marche de cet escabeau wagnérien de quatre marches. C’est la plus aboutie. Le décor est omniprésent sur les trois actes. Il occupe la totalité de la scène et évoque le patio intérieur d’une multinationale financière où son mécénat artistique est représenté par des vitrines de costumes anciens et du cheval de Brünnhilde. Ce Crépuscule est un chef d’œuvre.

Je ne peux bien évidemment pas passer sous silence tous ceux qui nous ont séduits, émerveillés, fait pleurer au cours de ces quatre opéras du Ring. Le principal responsable est Kyrill Petrenko et son orchestre. On ne peut plus trouver de mots pour qualifier sa prestation. Tout a été dit et écrit sur son approche et sa lecture de l’œuvre. C’est la beauté, la puissance, le respect. Il faut le voir faire signe à tout instant aux chanteurs et à ses superbes musiciens d’un signe de la tête. Il communie avec toutes et tous. Quel grand Monsieur ! Même si à Bayreuth l’an passé sa prestation dans la production de Frank Castorf nous avait scotchée, à Munich sa direction est plus en harmonie avec la mise en scène de Andreas Kriegenburg et tous les chanteurs. Et quels chanteurs !

Si je dois les nommer par ordre de mes préférences, arrive en tête bien sûr Nina Stemme dans Brünnhilde. Qui chante à l’heure actuelle ce rôle avec autant de beauté, de force et d’exigence ? Elle. Ses phrasés et ses aigus sont magiques et époustouflants. Comment ne pas résister à l’émotion lorsqu’elle attaque son grand air final du Crépuscule. Nos larmes sont là. Laissons-nous emporter dans les flots du Rhin avec elle. Au baisser du rideau, nous sommes abasourdis, sous le choc.

Celle qui m’a beaucoup émue aussi bien vocalement que scéniquement est Anja Kampe. Celle qui était déjà une merveilleuse Sieglinde à Bayreuth ces dernières années, nous a séduit par la beauté de sa voix et son jeu de femme soumise à son terrible mari Hunding (superbe Ain Anger) et d’amoureuse de son frère jumeau retrouvé, Siegmund. Dans Siegmund nous retrouvons Jonas Kaufmann que tout le monde attendait. Comme dans chacun de ses rôles il nous enchante par son timbre, ses nuances, la force et la tenue de certains aigus comme son « Wälse » éblouissant. Kaufmann sera toujours Kaufmann. Fricka est la talentueuse Ekaterina Gubanova. Elle a la voix et la présence idéales convenant parfaitement à cette mise en scène à l’identique de Sophie Koch, en 2012 à la création de cette nouvelle production. Qui trouver de mieux à l’heure actuelle, en tant que Siegfried, que Stefan Vinke. Il a tenu ses deux Siegfried avec vaillance aussi bien vocalement que scéniquement. Il est Siegfried. Son air de la forge, son air du réveil de Brünnhilde et surtout son Siegfried du Crépuscule sont mémorables. Quelques aigus plus clairs et plus précis auraient-été les bienvenus ? Certes, mais on oublie vite ce petit regret. Cet heldentenor restera gravé dans nos mémoires pendant longtemps. Dans cette production de Munich, j’ai le regret de ne pas voir eu comme Wotan, John Lundgren, au lieu de Wolfgang Koch. Il s’est vu attribuer Alberich avec qui il en a fait qu’une bouchée. Cette voix aux sons profonds chauds et puissants est impressionnante. Par contre Wolfgang Koch semble avoir quelques difficultés avec Wotan. Pour preuve, la fin de son duo avec Brünnhilde nous a fait trembler pour lui et pour nous. Le souffle lui manque, les mots ne sortent plus. Heureusement que la partie orchestrale lui a permis de retrouver ses moyens et nous donner sa dernière phrase correctement. Tous les autres rôles sont passionnants aux dictions parfaites avec des projections de voix remarquables. La liste est longue. De très artistes au service de Wagner et de l’art du chant.

Munich a été la scène lyrique la plus convoitée de cet été pour tous les mélomanes de Wagner venus de tous les coins du monde. Bayreuth doit avoir la colère !

Jean-Claude Meymerit, le 30 juillet 2018

 

 

 



Angela Gheorghiu à l’Opéra Garnier de Paris : dans le creux de l’oreille !

Tous les amoureux de la diva étaient au rendez-vous pour l’unique prestation scénique en France, d’Angela Gheorghui.

Depuis quelques jours, on commençait à découvrir sur les réseaux sociaux, le programme musical de cette soirée qui ne comportait aucun air d‘opéra. Que des mélodies assez inconnues pour la plupart des spectateurs. Aussi, c’est un peu frustré que je me rends à ce récital et assez déçu de ne pas entendre cette immense artiste dans un répertoire mixte de mélodies et d’airs lyriques. Heureusement, ce n’en fut rien.

Lorsqu’elle apparait dans cet écrin rouge et or qu’est l’Opéra Garnier de Paris, dans une voluptueuse robe rouge, coiffée d’un architectural chignon, et qu’elle avance sur scène très lentement, accrochée au bras de son pianiste Alexandru Petrovici, elle semble sévère, assagie, comme si le poids des années avait sévi. Drôle d’impression ! Par bonheur, cette impression s’estompe immédiatement lorsqu’elle attaque les premières notes d’une mélodie de Pergolèse. La salle est déjà captée par sa douceur, sa forme de fragilité. Puis quand vinrent les autres mélodies allant de Rameau à Rachmaninov en passant par des Bellini, Donizetti, Flotow… sans oublier quelques airs populaires de son pays, la salle est subjuguée. Nous sommes tous accrochés à ses lèvres comme si elle s’adressait à chacun de nous, en nous murmurant à l’oreille ses mélodies finement choisies.

En seconde partie de la soirée, Angela Gheorghui apparaît en robe noire à traine avec un immense châle vaporeux sur les épaules. Comme à chacune de ses apparitions scéniques, elle connaît son public et elle sait ce qu’il aime et attend dans ses saluts chaleureux et ses baisers adressés à tous les étages de la salle. Sa légère minauderie nous enchante. L’alchimie avec le public est toujours en ébullition.

Même si son récital est composé de mélodies excessivement courtes, la présence de la diva et surtout la maitrise unique de sa voix nous met en état de lévitation. Toute la palette de son art est au rendez-vous. Certaines notes filées semblent être suspendues dans l’espace. Les quelques aigus forte que demandent les partitions sont lancés et tenus comme elle sait magnifiquement le faire. Ses phrasés murmurés sont une leçon de chant. Sa voix est toujours suave, chaude et colorée, avec ces quelques notes ténébreuses qui font chavirer. Un timbre unique. La classe.

C’est la première fois que je vois des surtitrages pour des récitals de mélodies  Etonnant le texte ! Dans le programme de ce soir, on n’y parle que de nature avec un catalogue d’oiseaux et de fleurs, du ciel, d’étoiles, de paysages, d’eau…sur une toile de fond d’amours champêtres. Mais n’est-ce pas l’essence même, aux siècles passés, de tout un ensemble de poèmes mis en musique ? Aussi, je me demande si je ne préfère pas rêver avec ma seule interprétation des phrases chantées et de l’expression dégagée par les chanteurs, au lieu de lire toutes ces lignes sur un surtitreur qui au bout d’un moment, se ressemblent toutes et m’ennuient.

Jean-Claude Meymerit, le 19 juin 2018



Elīna Garanča au Grand Théâtre de Bordeaux : l’étoile du chant lyrique dans le ciel bordelais !

« J’y étais ». Voilà ce que je pourrai dire dans les prochains jours, mois, années en me souvenant de cette soirée unique et envoûtante proposée par l’Opéra de Bordeaux.

Elīna Garanča à Bordeaux, je suppose que c’est l’événement que le monde entier a dû nous envier. Même si la salle n’était pas à son remplissage maximum ( ?), tous les amateurs venus d’un peu partout de l’hexagone étaient au rendez-vous, et quel rendez-vous ! Osons le dire, c’est la voix féminine la plus accomplie du moment. Cette voix renferme toutes les facettes du beau chant, souhaitées. Un timbre velouté homogène et splendide, une agilité exceptionnelle, des aigus insolents de puissance et de beauté. Ses sons poitrinaires nous bouleversent. Elle utilise sa voix avec une aisance et des subtilités très rares. Du très grand art.

De plus, Elīna Garanča est une comédienne accomplie. Au physique lumineux, elle se présente dans des robes étincelantes de classe. Dans la première partie, consacrée aux lieder de Robert Shumann et aux mélodies et romances de Serguei Rachmaninov, elle se présente avec une robe verte, sobre en apparence, mais d’une très grande élégance de haute couture. Dans la seconde partie, elle apparaît avec une robe de soirée au rouge éclatant qui entraîne le public à émettre un « oh ! » collectif. Le rouge bien sûr idéal pour évoquer Dalila et Carmen et…l’amour, sur lequel elle avait basé son récital.

Alors que dans la première partie, elle nous offrait une retenue à couper le souffle, liée à chaque mélodie et à chaque phrasé, dans la seconde partie Elīna Garanča explose, se déplace, s’amuse discrètement avec le public. Elle est Dalila, elle est Carmen. Quelle beauté ! Son intelligence et ses subtilités vocales font de ces deux personnages des êtres charnels et vivants. Par un seul jeu de mains ou d’un regard en coin, elle est ces personnages et nous envoûte.

Pendant tout le concert, nous avons apprécié la délicatesse du pianiste-complice en la personne Malcom Martineau. Il nous a offert en soliste dans la Suite bergamasque de Claude Debussy. Un moment de grâce.

En bis, Elīna Garanča nous offre l’air de Santuzza de Cavalleria Rusticana de Mascagni et celui de Lauretta de Gianni Schicchi de Puccini. Que du beau chant. On pourrait parler d’Elīna Garanča pendant des pages et des pages. Chacune de ses apparitions sur les scènes internationales font fureur. On se souvient tous – faute de ne pas l‘avoir entendu sur scène – des retransmissions inoubliables de sa Cenerontola, de son Eboli, de sa Charlotte, de sa Carmen, de son Octavian…et tout récemment de sa Dalila.

A Paris, elle sera bientôt Didon des Troyens de Berlioz, courons-y…à pied si nécessaire. Elīna Garanča est une étoile du chant unique ! Elle brillait ce soir dans le ciel bordelais.

Jean-Claude Meymerit, Bordeaux le 11 juin 2018

 

 



Parsifal à l’Opéra de Paris : un Graal royal !

L’affiche alléchante dès le premier jour de sa partition ne nous a pas déçue. Ce fut bien au delà de toutes nos espérances. Tous les ingrédients étaient réunis. Il nous fallait un grand maître pour tous les faire vibrer. Ce grand maître est Philippe Jordan. L’harmonie totale. Sa connaissance absolue des qualités de chacun de ses musiciens, lui permet d’en tirer toutes les subtilités sur chaque note et phrasé musical. Quel Orchestre ! Et quel Chef ! En ce dimanche après-midi, son ovation entre chaque acte et au final, fut le témoignage unanime d’une salle en apesanteur, remplie à ras bord.

La mise en scène était confie à Richard Jones. Personnellement, je n’ai jamais vu une de ses productions mais cette vision de l’œuvre de Wagner m’a assez fascinée, même si j’émets quelques légères réserves sur certains choix de costumes (celui de Kundry) et sur certains partis pris, comme celui de faire chanter Titurel en coulisses pendant que le personnage physique, nanifié et paralysé, porté dans les bras d’un chevalier, est légèrement caché pour ne pas faire voir au public que ce n’est pas le personnage en scène qui chante. Un peu tiré par les cheveux, curieux et pas très évident. Une autre réserve concerne le jeu théâtral demandait à Amfortas au premier acte lorsque il revêt son immense cape de cérémonie et sa couronne. Il se bouge et se contorsionne d’une manière assez comique à la Michel Fau.  J’avoue ne pas voir du tout apprécié ce passage là. L’émotion disparaît pour laisser la place à du grand guignol sanguinolent. Dommage.  Heureusement que ces quelques réserves sont minimes à côté de tout le reste de cette production. Sur l’ensemble de l’oeuvre, le travail théâtral est remarquable !

Le décor mobile du 1ère et 3ème acte qui occupe toute la largeur du plateau, y compris les coulisses, se déplace latéralement. Il est composé de cinq lieux d’action différents. C’est imposant et efficace. Ce dispositif me rappelle un peu celui d’Olivier Py pour son fabuleux Tristan. Pour le second acte chez Klingsor, c’est un décor inverse qui est offert. Dépouillé à l’extrême jusqu’à laisser un seul personnage sur l’immense scène totalement noire dans un simple halo lumineux. C’est saisissant. Beau parti pris aussi d’avoir imaginé Klingsor en chercheur fou s’attaquant aux manipulations génétiques, croisant des gènes végétaux et des gènes humains afin de créer des êtres humains comme par exemple les Filles-fleurs. Cette vision du pouvoir extrême sur le rôle de la transgénèse dans l’avenir de l’homme, nous parle. Le tableau des Filles-fleurs est à la fois inquiétant et amusant.

Beau parti pris également pour ce final : au lieu de la traditionnelle cérémonie du Vendredi Saint où les Chevaliers sont tous réunis autour du Graal ravivé par Parsifal, Richard Jones a préféré faire partir Parsifal, accompagné de Kundry, abandonnant le Graal en entraînant avec eux tous les Chevaliers vers d’autres aventures d’idéologies ou de croyances.

Côté chanteurs, nous avons sur le plateau de Opéra Bastille les plus grandes voix de chant wagnérien : Günther Groissböck, par sa puissante voix dans une noirceur colorée aux émotions extrêmes, est à ce jour unique dans le rôle de Gurnemanz. A égalité, Peter Mattei, envoûtant, à la voix chaleureuse et projetée, nous offre un Amfortas idéal. Andreas Schager, est un de mes ténors wagnérien préféré. J’aime cette voix unique, généreuse et entière aux aigus puissants ainsi que sa fougue scénique. Il m’avais déjà impressionné à Bayreuth dans ce rôle de Parsifal, ici à Paris il m’a conquis. Evgeny Nikitin dans le rôle de Klingsor m’a laissé un peu sur ma faim; sa voix a peiné à atteindre le balcon. Ceci n’enlève en rien à cet artiste, ce timbre profond et chaud. Anja Kampe est toujours rayonnante dans tous les rôles qu’elle porte sur scène. Que de souvenirs avec ses Sieglinde de Munich et de Bayreuth. La tessiture de mezzo de Kundry ne lui pose aucun problème. Bien au contraire elle en a la voix et les couleurs. Tous les seconds rôles bien en place en voix et en jeux ont contribué fortement à tout l’équilibre du spectacle.

Un Parsifal inoubliable. Avec un plateau de Chanteurs inouïs, une Mise en scène efficace, des Chœurs somptueux, un Orchestre et son Chef inspirés et lumineux, nous avons trouvé le Graal…et royal de surcroît.

Jean-Claude Meymerit, Paris Bastille 13 mai 2018

 



A l’Opéra de Marseille : à quand un Lohengrin en couleur ?

Pour la énième fois j’assiste à une production de Lohengrin en noir et blanc. Je ne parle pas que d’Elisabeth toujours en blanc ou Ortrud toujours en noir. Que ce soit pour Telramund, le Roi, le Héraut…le noir est monnaie courante. Comment les reconnaitre dans la foule ? A quand les couleurs ?

Mon seul souvenir de Lohengrin en technicolor fut la magnifique production de Werner Herzog à Bayreuth, puis celle, très surprenante de Carlos Wagner (rien à voir avec Richard), à Rouen.

Lorsque on lit en détail le livret de Richard Wagner à aucun moment l’auteur ne parle de bichromie, bien au contraire il parle d’ensoleillement, de scintillement, d’éléments de la nature etc. On ne peut pas dire qu’à l’époque du début du Moyen Age, dans laquelle se situe l’action, on snobait les couleurs, bien au contraire.

C’est donc une manie qu’ont les metteurs en scène à vouloir tout uniformiser, afin de serrer l’action et les sentiments qui y sont liés, en utilisant abusement le noir et blanc dans les décors et costumes, avec bien souvent le soutien d’éclairages sombres. Louis Désiré dans sa production de Marseille n’a pas dérogé à la tendance actuelle. Cependant, il n’est pas Olivier Py, qui, dans son Lohengrin de Bruxelles en avril dernier, utilise volontairement le noir et blanc dans une réflexion globale, en l’intégrant dans des décors somptueux et grandioses, avec éclairages blafards, le tout dans une mise en scène élaborée.

A Marseille on sent une production souffrant d’un manque de moyens financiers. Ce sol vallonné, avec ses effets de trappes et de fosses dont le résultat ne doit se voir que du parterre, est assez triste. Une toile nue en fond de scène. Une horrible table biscornue en avant scène. Un peu pitoyable. Les deux immenses urnes, comme les appellent Louis Désire, l’une refermant des armures et l’autre des vieux livres, sont théâtralement intéressantes à condition d’être utilisées plus souvent dans la dramaturgie de l’œuvre. Ce ne fut pas le cas.

Son message, comme quoi cet ouvrage est basé sur la guerre et sur la culture littéraire, est faible. Même si je ne suis pas forcément convaincu que le propos d’Oliver Py soit plus convaincant. Pour preuve, il fut obligé avant chaque représentation de présenter au public sa vision scénique. Nous sommes vraiment dans la main mise des metteurs en scène. Olivier Py reste quand même le plus grand metteur en scène de notre époque, il ne fait pas de la provocation gratuite, il s’approprie des œuvres et nous fait partager sa vision. A Bruxelles, plateau tournant. Immenses décors en mouvement permanent. Les chœurs placés sur plusieurs étages comme des loges.  Les moyens ne sont pas les mêmes qu’à Marseille.

A Marseille les artistes des chœurs sont en avant scène sur deux rangs ou se déplacent sur les monticules, telles des fourmis dérangées dans leur travail. Ce n’est pas laid et pas sans intérêt, mais tous habillés de la même manière et même couleur (roi, aides du roi, soldats, habitants…), cela fait assez pauvre.

Par contre, parmi les solistes des noms familiers aux habitués des scènes wagnériennes avec une certaine préférence inconditionnelle pour l’immense Petra Lang qui déverse son venin et sa haine dans chaque note avec une puissance et un tenue des notes spectaculaire. Elle fut la reine de la soirée. Dommage que Barbara Haveman ne nous ait pas donné ces mêmes frissons. Que lui arrive t-il ? J’ai beaucoup d’admiration pour cette chanteuse. Elle m’avait charmé dans Jenufa, Lisa de la Dame de Pique et Micaëla à Toulouse et dans Elsa à Rouen. A Marseille, son premier acte est assez pénible. Petite voix, détimbrée, notes finales des fins de phrases non tenues, phrasés hachés…par contre, on la retrouve en pleine possession de ses moyens dans le deuxième et troisième acte. Sa voix jaillit et nous retrouvons ses couleurs chaudes et ses notes bien projetées telles que nous les aimons.

Pour son premier Lohengrin, scénique, celui que j’avais adoré dans Loge de l’Or du Rhin à Bayreuth, m’a beaucoup plus convaincu plus par sa voix que par sa prestance. C’est vrai que son costume est assez ridicule. Tous les autres rôles sont à la hauteur des plus dignes productions wagnériennes actuelles. En tout premier, Adrian Eröd, le Hérault du Roi, par sa voix puissante, claire et bien projetée nous régale. Je suis moins séduit par celles de Thomas Gazheli (Telramund) et de Samuel Youn (le Roi), même si leurs présences scéniques et l’engagement de leur personnage sont sans reproche.

Dans cette production de Marseille, une idée forte cependant règne tout le long de l’œuvre, il s’agit de la présence muette du frère d’Elsa, qui, soit en rêve ou en hallucination dans la tête de chacun apparaît sur la scène régulièrement. Pas très nouveau, mais ça fonctionne.

Avec la magnifique orchestration de cette production, sous la direction musicale de Paolo Arrivabeni. Envoûtantes, précises, puissantes et langoureuses à la fois, toutes ces couleurs dans chaque note de l’Orchestre et dans les voix des artistes du Choeur de l’Opéra de Marseille, compensent bien celles disparues des costumes et décors du plateau. Je préfère !

Jean-Claude Meymerit, 6 mai 2018

 



Au Capitole de Toulouse : ô, ma Carmen adorée !

Depuis de très nombreuses années, ô, combien de Carmen, de Don José, de Micaëla, d’Escamillo …dans mes oreilles ! Il faut savoir qu’à une certaine époque, rien qu’au Grand Théâtre de Bordeaux, l’opéra de Bizet se donnait, une à deux fois par saison lyrique, avec des distributions toujours différentes. C’est ainsi que nous y avons vu et entendu de la plus vulgaire à la plus sophistiquée des Carmen, du plus précieux au plus « bourrin » des Don José, de la plus engagée à la plus mièvre des Micaëla, du plus insipide au plus hargneux des Escamillo. Je ne parle pas des voix de certains chanteurs et chanteuses qui ont suscité dans le passé et ces dernières années des tonnerres d’applaudissements pour certains et des broncas pour d’autres. Ovation à l’époque pour une certaine Viorica Cortez dans Carmen, un certain Ernest Blanc dans Escamillo et une certaine Michèle Besse dans Micaëla. Des rires dans la salle pour une Carmen scéniquement vulgaire à souhait et pourvue d’une voix très laide, ou plus récemment un certain Escamillo qui ayant dû se tromper de rôle et qui face aux huées, a tout abandonné dès le lendemain, etc . C’est ça aussi l’Art lyrique, avec ses hauts et bas.

Par contre, ce dimanche à Toulouse, ovation spontanée pour toute la production, du plus petit rôle à l’héroïne principale. Quel plateau ! Tous les seconds rôles portent les personnages avec l’énergie et le chant souhaités. Très beau succès à tous. Pour illustration, je ne citerai que le personnage qui passe souvent inaperçu, Lilas Pastia. Celui de Toulouse, imposant et omniprésent grâce à Frank T’Hézan ne s’oublie pas. Et pourtant ce rôle n’a rien d’extraordinaire…Comme quoi le moindre petit rôle a une importance capitale dans l’équilibre d’une production. Lorsque sont affichés Luca Lombardo en Remendado, Olivier Grand en Dancaire, Marion Lebègue en Mercédes, Charlotte en Frasquita, Anas Seguin en Morales et Christian Tréguier en Zuniga, la magie opère.

Dimitry Ivashchenko dans Escamillo a la prestance imposante d’un gagneur macho avec de très belles nuances vocales. Anaïs Constant dans Micaëla, même si elle manque encore un peu de « niaque » vocale, nous a offert son air avec les notes graves que j’adore et qui me semblent indispensables, posées sur le « mais je ne veux pas avoir peur… ». C’est rare de nos jours ! Notre Don José est Charles Castronovo qui a su rester dans le cadre de son personnage aussi bien scéniquement que vocalement entre indifférent, repenti, amoureux transis, amoureux fougueux. Un très beau Don José.

Dans le rôle titre, une Carmen que je chéris plus particulièrement, Clémentine  Margaine. J’ai eu la chance de la découvrir au tout début de sa carrière, au Deutsche Oper de Berlin en 2013, où elle était en troupe sédentaire, dans Maddalena de Rigoletto et dans Carmen. Actuellement, elle triomphe sur la scène internationale dans de grands rôles : Carmen, Dalila, Anna des Troyens, Marguerite de la Damnation de Faust, Léonor de la Favorite…Sa Carmen de Toulouse possède toujours ces incroyables graves d’une beauté charnelle et d’une puissance insolente.

L’Orchestre national du Capitole, placé sous la direction d’Andrea Molino, le Choeur du Capitole, toujours au sommet du chant lyrique français, et la Maîtrise du Capitole ont reçu l’ovation très justifiée. Un mot sur la mise en scène Jean-Louis Grinda que j’ai adorée. Simple, moderne et traditionnelle à la fois, efficace, esthétique… autant de mots que nous aimerions apposer un peu plus souvent sur d’autres ouvrages présentés sur les scènes lyriques. Son clin d’oeil aux oeuvres de Richard Serra exposées au Guggenheim de Bilbao est saisissant.

Mon seul regret dans cette production, est le choix de la version « opéra comique » avec dialogues parlés. J’en ai marre de ces versions avec ces dialogues plus ou moins longs, triturés à en être ridicules à souhait. Comme souvent ces textes sont très mal dis avec des voix inaudibles ou désagréables. Au Capitole, les phrases sont interminables. Elles coupent toute l’action et l’émotion. Je suis un inconditionnel de la version « Guiraud ». Avec elle, l’œuvre est limpide, on ne se perd pas dans des considérations inutiles appelant même à sourire tellement ces dialogues sont stupides. Avec les récitatifs de Guiraud, Carmen devient alors un immense fleuve dramatique musical. C’est mon choix !

Jean-Claude Meymerit, dimanche 15 avril 2018

 

 



La Walkyrie au Capitole de Toulouse : un festival de voix !

Ayant toujours en mémoire cette production de la Walkyrie de Nicolas Joël créée en 1999, je ne pouvais pas rater cette reprise toulousaine. A cette époque nous avions eu la chance d’y applaudir l’immense Wotan de James Morris. Un majestueux Wotan dans un décor imposant, cette image restera indélébile dans ma mémoire. Quelle classe ! Cette magie s’est renouvelée en 2003 à l’Opéra de Nice, avec ce même Wotan.

La reprise de cette production en ce début de février 2018 toulousaine dépassa toutes mes espérances. Commençons par cet imposant décor, sombre, composé d’un immense escalier central surmonté de portiques et de sculptures massives et plus particulièrement ces ensembles de chevaux en mouvement. Le tout sur un fond de scène formé de structures en croisillons, symboles d’enfermement ou de propre piège  des protagonistes ou à celui tendu par les autres. Où est passé le côté miséreux du baraquement de Hunding, où sont passés les paysages extérieurs de montagne, bois ou autre ? Peu importe. Tout se passe dans les méandres de cet escalier et son décorum. J’aurais aimé toutefois un peu de précision dans les jeux de lumières qui auraient prolongé nos émotions. Je veux parler de l’éclairage sur l’épée plantée dans le frêne et de tous ces éclairages un peu crus qui laissaient trop apparaître les marques techniques au sol.

Côté distribution, du haut vol. Impossible de sortir de l’emprise, sans exception, de toutes ces voix. J’attendais avec impatience la prestation de Daniela Sindram dans sa prise de rôle de Sieglinde. Habituée à chanter Fricka, je croyais qu’il y avait une erreur dans l’impression de la programmation. Sa Sieglinde est élégante, avec sa voix de mezzo et ses éclatants aigus de soprano dramatique, elle réunit toutes les lignes de chant et les tonalités passant d’un registre à l’autre avec une aisance à couper le souffle. La Fricka de Elena Zhidkova nous donne le frisson par sa volupté de timbre et son jeu de femme maîtresse. Comment ne pas résister à ses ordres ! Anna Smirnova dans Brünnhilde nous cloue littéralement au siège. Je n’ai jamais entendu ce rôle chanté avec autant d’engagement et de puissance de voix. Puisqu’il s’agit d’une mezzo, elle nous gâte par ses magnifiques graves puis nous entraîne dans des envols d’aigus d’une puissance inouïe. Son « hojotoho ! » d’entrée annonce immédiatement la suite de son interprétation. Jusqu’à la dernière note, pas un moment de faiblesse dans la voix, même dans les instants d’émotion et de tendresse avec son père, les coup de glaives de sa voix sont toujours omniprésents pour notre seul bonheur. Du grand art !

Comment ne pas être transporté par ce choeur des Walkyries. On regretterait presque de ne pas être un de leur prisonnier. Une homogénéité vocale rarement entendue. Chacune d’entre-elles semblait pouvoir être une Brünnhilde, une Fricka ou une Erda. Grandiose !

Côté homme, Thomas Konieczny en Wotan, au timbre si reconnaissable et si particulier, sculpte chaque mot et chaque note de la partition en évoquant à tout instant ses désirs de puissance, mais également ses regrets d’echec de père. Les adieux à sa fille sont troublants, ses dernières phrases, d’une insolente beauté de puissance vocale, sont bouleversantes. Dimitry Ivashchenko dans Hunding n’a pas, comme la plupart des titulaires de ce rôle, cette méchanceté bestiale et vulgaire. Lui, est tout simplement jaloux et veut terminer sa mission vengeresse en modulant une magnifique voix aux splendides sonorités. Michael Köning, dans Siegmund, nous séduit par cette voix claire et puissante, projetée sans effort et sans perdre aucune des intentions. Vocalement, son premier acte est exemplaire.

L’Orchestre national du Capitole placé sous la baguette de Claus Peter For, s’est montré comme à l’accoutumée, maître de la fosse. Aucune saturation auditive, le Chef a su équilibrer l’ensemble avec une maîtrise absolue jusque dans les sonorités détaillées des instruments.
Une Walkyrie digne des plus grands festivals dédié à Wagner.
Jean-Claude Meymerit
3 février 2018


A l’Opéra de Bordeaux, Pelléas et Mélisande…grandissime !

Quel parcours de combattant pour avoir une place ce dimanche 21 janvier à l’Auditorium de Bordeaux pour assister à la seconde et dernière représentation (pourquoi que 2), de Pelléas et Mélisande de Claude Debussy.

Avant même de l’avoir vu, on sentait déjà qu’il ne fallait pas rater un tel événement lyrique. L’affiche affichait un plateau de rêve.

Après l’avoir vu, on conseillerait même que c’est le spectacle qu’il est obligatoire de voir ou d’avoir vu une fois – ou plusieurs fois – dans sa vie. Tout y était réuni. Aussi, il est très difficile de savoir par qui ou par quoi commencer. La réussite en revient en tout premier à l’Orchestre national de Bordeaux Aquitaine avec à sa tête Marc Minkowski. Un fleuve de velours aux contours mordorés. Quelle magie d’équilibre entre ses musiciens tous placés sur scène et les chanteurs jouant et se déplaçant tout autour. C’est alors qu’opère la signature du metteur en scène Philippe Béziat lorsque les lumières de la salle s’éteignent et que le plateau avec en son centre l’orchestre entouré de praticables, de voilages noires et d’un immense fond noir de scène, sur lequel sont projetées des séquences vidéos.

Ce ne sont pas les vidéos en soi qui sont passionnantes – peut-être même un peu trop – , mais plus les espaces ou elles sont projetées. De plus, leur traitement en noir et blanc est fabuleux de classe. Des forêts, de l’eau, des regards, des grottes…des profondeurs de champ et du trompe l’œil à couper le souffle. Avoir utilisé un grande partie de la salle – aux dépends des spectateurs qui n’ont pas pu avoir de places - dans toute sa hauteur et largeur, est grandiose. Le metteur en scène Philippe Béziat connaissant parfaitement cet ouvrage – l’ayant traité au cinéma - a aussi une grande connaissance de l’espace et de l’esthétique. Ce fut pour moi, un très grand choc visuel.

Sa direction d’acteurs est aussi exceptionnelle. Tous bougent avec précision en exprimant en continu toutes leurs émotions, par leurs gestes, leurs postures et les expressions de leur visage. Les chanteurs sans exception sont les personnages. Que dire des voix ?

La sublime et mal reconnue des directeurs de théâtre, Sylvie Brunet-Grupposo, aborde à nouveau le rôle de Geneviève avec toute l’intelligence vocale (et quel timbre !). Jérôme Varnier reprend le rôle d’Akel qu’il aborde lui aussi sur de nombreuses scènes. Sa chaleureusement voix de basse toujours appréciée, est mise au service de ce personnage complexe et profond.

Les trois principaux rôles, sont des prises de rôles. Alexandre Duhamel apporte à Golaud toutes les facettes voulues par ce rôle avec une voix chaude et puissante au jeu précis et torturé. Un très expressif Golaud. Chiara Skerath est Mélisande à qui elle s’en remet toute entière. Dès son apparition, on devine qu’elle est déjà perdue aux deux sens du terme. Sa fragilité jusqu’au destin final nous émeut, grâce aussi à cette très belle voix à la fois légère et engagée aux tendres médium. Séduisante découverte. Reste le personnage de Pelléas. On ne remerciera jamais assez Stanislas de Barbeyrac d’avoir tenté ce rôle. Il est Pelléas par la voix, le physique, le jeu. Sa magnifique voix de ténor aux larges médiums nous enchante. Tout est beau. De plus c’est un fin comédien. Vivement que nous le revoyons dans ce rôle.

Si par hasard, Monsieur le Directeur de l’Opéra de Bordeaux, vous tombez sur ce modeste billet, pensez à Sylvie Brunet et à reprendre sans trop tarder ce fabuleux Pelléas.

Jean-Claude Meymerit

22 janvier 2018

 



A l’Opéra national d’Amsterdam, un Tristan et Isolde d’amour !

Il n’était pas question de rater cette production co-produite par le Théâtre des Champs Elysées et l’Opéra de Rome. Ne l’ayant pas vue à Paris, je m’empresse de me rendre à Amsterdam, d’autant plus que la distribution proposée me semblait plus intéressante que celle des deux autres théâtres partenaires. Réunis en cette première du 18 janvier, sur l’immense plateau du National opéra et ballet d’Amsterdam, tous les noms des chanteurs affichés laissaient prévoir une représentation de rêve. Ricarda Merbeth, Stephen Gould, Günther Groissböck, Michelle Breedt, Iain Paterson… Ils allaient nous enchanter.

Tous ces artistes, je les connaissais et je venais de les applaudir, pour la plupart, cet été à Bayreuth, tout au moins Merbeth, Gould et Paterson affichés dans une mise en scène de la petite fille de Wagner. Autant l’approche et la mise en scène de cette dernière ne m’ont pas du tout séduites et émues, autant celle de Pierre Audi à Amsterdam m‘a profondément passionnée.

Certes, elle n’effacera pas toutes ces mises en scènes que j’ai eu la chance d’applaudir à droite et à gauche aux quatre coins de l’Europe. Mes préférences allant à celle d’Olivier Py à Angers, de Kaus Guth à Dusserdorft, d’Alex Ollé à Lyon, de Christophe Marler à Bayreuth, sans parler de celle d’Antony Macdonald à Strasbourg que j‘ai adorée, sans oublier celle de Giuseppe Frigeni à Bordeaux.

Celle de Pierre Audi est passionnante par ses presque non-dits ou ses non-montrés. Les décors bougent, les lumières animent sans arrêt le plateau, les chanteurs font de grands déplacements occupant l’ensemble de l’immense espace. C’est très théâtralisé, voire géométrique ; la direction d’acteurs se voit et cela m’intéresse. Voir le faux… D’autant plus que les deux héros se croisent, se regardent sans se regarder, se parlent sans se parler etc. Qui joue avec qui ? On cherche, on hésite, on veut comprendre à tout instant les intentions du metteur en scène. Pas de filtre de mort ou d’amour sous forme liquide, mais la manipulation d’une pierre noire et d’un diamant. Ces deux pierres aux pouvoirs magiques se retrouvent en grandeur géante en décor principal au second acte. C’est passionnant. Cette œuvre se prête tellement bien à toutes ces interprétations.

J’aurais une petite réserve pour la scène finale avec le  grand air d’Isolde. Je trouve qu’il a manqué au metteur en scène, un soupçon d’imagination pour cette fin tant attendue et appréciée du public. Dans la production d’Audi, on reste un peu sur sa fin.

Côté chanteurs, quoi dire ? Que Ricarda Merbeth est toujours une Isolde engagée au timbre clair, symbolisant bien un jeune Isolde. Sa voix est puissante et ses aigus cinglants. Stefen Gould est toujours immense dans ce rôle. Pas un seul instant de fatigue, quelle puissance lui aussi dans les aigus et quelle clarté. Dans le rôle du roi Mark, le plaisir apparaît dès les premières notes de Günther Groissböck. Son personnage et sa voix sont à l’opposé de certains rois Mark trop vieux ou aux voix trop profondes qui en font des personnages voués à être cocus. Chez Goissböck, sa jalousie est visible avec beaucoup de jeunesse et d’humanité, sans fatalisme.

Tous les autres rôles sont défendus avec beaucoup de présence aux voix idéales pour ces rôles en citant tout particulièrement Michelle Breedt et Iain Paterson, habitués à leur rôle respectif.

Marc Albrecht conduit avec grandeur et précision le magnifique Orchestre Philarmonique des Pays-Bas. Il fut longuement ovationné.

Je ne peux pas finir ce billet sans signaler mon admiration au public d’Amsterdam qui, sans manifester avec hystérie ou hurlements débordants, son plaisir et sa joie, s’est levé d’un bloc aux premiers applaudissements. Une salle debout, du parterre au dernier balcon, ainsi que tous les musiciens de l’orchestre. Quel tableau émouvant ! Du jamais vu. Puis quelques instants après les bouquets de fleurs arrivent et sont distribués à l’ensemble de tous les chanteurs. Quelle classe. On peut alors vraiment parler d’amour entre les artistes et le public. Bel exemple !

Jean-claude Meymerit

19 janvier 2018



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