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Archive pour la catégorie « autres critiques »

Le roman de Claudie Gallay « l’amour est une île » : entre vie et théâtre

« Entre vie et théâtre, mes personnages pris dans vos rêves ont pesé chair ».
C’est par ces magnifiques mots, que Claudie Gallay vient de me dédicacer son roman « Lamour est une île » qui vient de sortir chez Actes sud.
Comme toujours chez cette auteur, les personnages, les situations et l’ambiance sont très forts et précis. Une écriture flirtant avec le rythme théâtral. Coïncidence ou simple exercice de style spécial à ce roman ? En effet, dans son livre, le théâtre trône. Nous sommes transportés au festival d’Avignon en 2003, en pleine canicule et de surcroît pendant la grève des intermittents du spectacle. Entre les personnages femmes et hommes de la scène, celles et ceux de passage dans la ville ou les sédentaires, on ne sait plus très bien qui est vrai et qui est artificiel. Qui fait du théâtre et qui est dans la vraie vie ou vice versa. Éternel miroir ! Entre une actrice toujours follement amoureuse d’un metteur en scène vivant sur une péniche. Entre un auteur de pièce de théâtre curieusement mort avant l’édition de sa pièce. Entre la jeune sœur de ce poète disparu venant en Avignon chercher des vérités. Entre une moins jeune habitante de la ville, hébergeant chez elle pendant le festival de jeunes comédiens du Off tout en se souvenant des Jean Vilar, Gérard Philippe, Laurent Terzieff…Tout ce petit monde se croise, joue, souffre, aime pendant que les manifestants s’interdisent de jouer ou interdisent l’accès à la scène aux autres. Dans ce roman, les personnages sont tellement forts qu’on imagine immédiatement derrière eux, des visages actuels célèbres. Combien de fois, il a fallu que je stoppe ma lecture pour ôter de ma vision, des Adjani dans le rôle de La Jogar, des Samie dans celui d’Isabelle, des Caubère dans celui d’Odon, etc…..Et le crapaud ? Quel rôle ! Quel amour !
(Rencontre avec l’auteur chez Mollat, le 13 octobre 2010)
Jean-Claude Meymerit



Les Ballets Trockadero de Monte-Carlo : le bonheur fait mâle !

ll y avait bien longtemps que je n’avais pas assisté à un spectacle de ballet aussi vibrant, entraînant le public dans un tourbillon de bonheur. Il fallait observer la tête des gens aux entractes et à la sortie, souriants, détendus, joyeux. Certes, la plupart avaient déjà entendu parler de cette magnifique compagnie, ou vu le spectacle ailleurs qu’a Bordeaux. Il faut dire que cette compagnie à l’originalité implacable d’être composée uniquement d’hommes. Elle a été créée en 1974 et tourne dans le monde entier. Comme beaucoup de « balletomanes », je connaissais certaines extraits de ce spectacle par des images filmées et photos. Les voir sur scène, c’est un feu d’artifice d’humour dans une perfection de technique et de performances réalisées. Le public bordelais semblait recevoir comme par enchantement un piqûre de rappel de comportement d’amateur de spectacles de danse. C’est ainsi que je me suis revu lors de ces grandes soirées de ballet au Grand Théâtre lorsque le public applaudissait à tout rompre les diverses figures à l’intérieur de tel ou tel pas de deux et autres figures. Aujourd’hui malheureusement, et je le déplore, rares sont les gens qui applaudissent les performances d’une danseuse en plein fouettés ou celles d’un danseur en pleines envolées. Aussi, ce fut ce soir, un bonheur collectif unanime, rarement senti dans un théâtre, pour un spectacle de danse.
Les « Trocks », le diminutif de cette compagnie, avait couché dans le programme, un extrait de l’acte II du Lac des cygnes, le Grand pas classique, le Go for Baroco, la Mort du Cygne et Paquita, Mais, qu’est ce qui fait que cette compagnie nous chavire dans le rire et dans l’admiration ? C’est que leur professionnalisme dans la technique et dans l’expression scénique sont au zénith. Lorsque un danseur, au gabarit frôlant les videurs de boites de nuits, en tutu sur les pointes, fait un sourire ou lance une œillade avec une légère exagération, la salle est en délire et il continue de danser. Le régal ! Tous ces effets de quelques dixième de secondes font tilt à tous les coups. Et je ne parle pas du clou de la soirée avec l’inénarrable danseur dans la Mort du Cygne et ses plumes qui, sortant de son tutu, tombent au sol en toute innocence. C’en est même très émouvant. Il faut avoir vu ce spectacle au moins une fois dans sa vie. Bravo ! »
Jean-Claude Meymerit
Source : www.paysud.com
12 octobre 2010



La chevalière au miroir

Il faut vite courir l’acheter (ou le voler) et le lire sans en sauter un seul mot ! Ce pertinent et très intelligent livre de Zoé Shépard (Aurélie Boulet de son vrai nom, puisque tout le monde le sait), est édité par Albin Michel. Quel régal !
Sans flatterie facile de ma part, je suppose que, si son plumage ressemble à son ramage, cet auteur est le (la) phénix de notre pays. Il ne faut surtout pas lire cet ouvrage d’une seule traite. C’est comme déguster le must des desserts d’un seul coup de cuillère. Il doit se lire par tous petits morceaux en se léchant les babines à chaque phrasé. Que c’est drôle et caustique ! Et pourtant le sujet est très grave. Et comme il est vrai ! Comment faire 35 heures de travail dans un mois ? Si, dans le train, vous voyez des gens sourirent ou rirent aux éclats, c’est qu’ils ont entre les mains ce volcanique livre intitulé « Absolument dé-bor-dée ou le paradoxe du fonctionnaire ».
Ce bijou concerne un peu plus de cinq millions de fonctionnaires français. Même si on soustrait le million de personnel hospitalier, il reste un peu plus de quatre millions d’agents de la Fonction publique d’Etat et Territoriale qui devraient se sentir interpellés. Combien, parmi cette population, oseront se reconnaître et témoigner ? Cet environnement et cette incompétence collective moutonnière résonnent toujours très fort dans ma tête : pointeuse, management, cadrage, formation, évaluation, groupes de travail,…tous ces mots qui depuis une dizaine d’années fleurissent et se prolifèrent comme une crise d’acné sur le visage de mon petit voisin de palier et qui comme pour l’auteur, sont insupportables à entendre, à écrire et surtout à vivre au quotidien.
Bien sûr, la résistance est la seule arme contre ce mascaret dévastateur qui veut nous faire croire que tout cela est utile et bénéfique pour le développement du service et pour l’épanouissement de l’individu. Foutaise ! Pour exemples : mise en place d’un audit dans un service, de quarante personnes, qui ne fonctionne plus, dix huit mille euros encaissés par la consultante en management de statut privé et de surcroît femme du Boss principal, pour tout simplement accoucher, au bout de plusieurs semaines, d’une synthèse de niveau d’école maternelle sans redoubler : il faut changer le chef de service. Comme application, mis au placard de ce dernier avec salaires et primes de haut niveau et une mission bidon pour couverture. Un autre cadre avec une fonction bien définie, absent physiquement de son lieu de travail pendant plus de quatre mois (car sans travail), sans inquiétude de la hiérarchie, ni comptes à rendre à son retour, comme s’il était à son bureau tous les jours. L’indifférence totale ! Une honte ! Ou encore, le recrutement d’un cadre devant apporter un soutien juridique sur tous les dossiers locaux, nationaux et internationaux. Dès que ce cadre signale un dossier non conforme à la législation ce n’est pas la personne qui l’a monté qui doit le corriger mais c’est ce juriste qui reçoit une remarque de son supérieur. Ses entraves dans les rouages administratifs de copinages font que ce cadre a été mis au placard à l’age de trente ans, alors que recruté spécifiquement pour cette mission. Un autre recrutement absurde et inutile : après un choix très difficile qui a failli ruiner l’industrie pharmaceutique, la manip a été d’ajouter à un service qui fonctionnait sans accroc, une tête supervisante et entreprenante de haut niveau, force de propositions de management dans le secteur de la gestion des ressources humaines. Résultat, le choix s’est porté sur un cadre administratif qui avec un sourire continuellement bloqué de quelqu’un qui vient d’attraper pour la première fois la queue de Mickey dans le manège de son village, démontre tous les jours ses facultés implacables d’analyses et de synthèses d’où son surnom : « 1+1 = 2″. La liste n’est malheureusement pas exhaustive, elle contient d’autres merveilleuses perles de luxe payées généreusement par le contribuable : on ne doit pas réclamer du travail à son supérieur car c’est considéré comme du harcèlement moral. Avoir osé cette démarche outrageuse à l’égard de son supérieur a valu au responsable d’une mission d’être mis sur la touche. Un autre cas : attendre plus d’un an (avec relances) la réponse à une question basique de logistique adressée par mail au plus haut placé dans la hiérarchie à quelques centimètres du bureau du demandeur. Ce n’est que lorsqu’il a changé d’ordinateur afin de posséder les derniers nés en outils électroniques périphériques à usages plus personnels que professionnels, qu’il s’est rendu compte que des messages étaient en attente. Et bien sa logique a voulu que des réponses soient tout de même apportées sans tenir compte de l’urgence et du délai déjà très…avarié ! Malheureusement, pendant un an, le travail n’a pas pu se réaliser. Etc…etc…
En lisant le livre de Zoé Shépard, on est très en colère. Même si le style d’écriture est très ironique, caricatural (à la Tati) et très théâtral, le fond est là et bien là, sur une toile de fond dramatique. Quoi faire contre toutes ces incompétences entretenues sournoisement et hypocritement protégées par les grands dirigeants ? Rien ! Ou si, lire ce livre et vite le prêter très rapidement à d’autres fonctionnaires. Peut-être une prise de conscience collective arrêtera cette hémorragie de création de postes-cadre à fausses responsabilités, instaurés artificiellement pour afficher un faux-semblant de modernité, d’efficacité et de développement au détriment de tous ceux et celles qui sont obligés d’exécuter et de se taire.



L’Art des jeunes dans un écrin bordelais à la saveur berlinoise !

Qui aurait imaginé, il y de cela seulement quelques années (2003) que la caserne Niel, ce haut lieu militaire, installé à Bordeaux Bastide depuis 1877, devienne le temps de quatre jours (du 1 au 4 juillet 2010), l’écrin d’une rencontre artistique des plus passionnantes et des plus populaires « Imaginez maintenant ». Il était impossible de tout voir et de tout entendre (concerts, arts plastiques, théâtre, cinéma, cuisine, photographie, conférences…) Plus de 120 créateurs et 11 formations occupaient l’allée centrale et les principaux magasins généraux de cet inclassable lieu.

Lorsque nous franchissons le portail de ce site, on voit surgir aussitôt des images et l’émotion que l’on éprouve à Berlin dans le mythique lieu culturel Tacheles. La comparaison s’arrête là, car du côté germanique, l’occupation « coup de poing en 1990″ par les artistes de Berlin avait pour but d’empêcher la démolition de cet illustre bâtiment porteur et reflet d’une situation politique, sociale et culturelle de l’époque. Du côté bordelais, on se trouve, sur une faible partie seulement des bâtiments, sur une nouvelle affectation de cette ex-caserne militaire par un projet unique et original d’éco quartier. Les autres espaces libres n’ont pas encore de nouvelles affectations. Ce site bordelais d’une force architecturale extraordinaire est chargé d’une âme et d’une ambiance peu communes semble être voué à l’Art.

Pendant ces quatre jours, la fête était au rendez-vous. Brassage de générations et volcan d’interventions artistiques. Où tourner la tête ? Un peu perdu, peut être par manque de lisibilité « grand public » dans la programmation, je me suis laissé entraîner, là par une voix, là par un instrument de musique, là par un rideau rouge, là par des applaudissements. Tout compte fait je n’ai rien suivi de logique, mais j’ai vécu intensément ces quatre jours avec ma et dans ma propre démarche contemporaine. Je suppose que les artistes présents auraient préféré rencontrer d’éventuels acheteurs ou signer des contrats. Mais le public n’a-il pas aussi un rôle à jouer dans la réussite d’une performance ou d’une prestation artistique?

À la clôture de cette manifestation, suite à une énergique prestation musicale chorale, les regards du public s’entrecroisent comme pour dire : « c’est fini ? ».

Même les organisateurs au micro, n’ont pas trouvé d’autres mots. Dommage ! On aurait eu aimé entendre de leurs bouches , “ce site est magique et idéal pour la création artistique contemporaine il faut lui donner cette dimension culturelle », ou bien « rendez-vous sur ce site au plus vite pour d’autres manifestations de ce style ».

J’ai un faible pour ce genre de manifestations où l’on côtoie des tous petits sur les épaules des parents, des habitants voisins, des gens connus et reconnus venus en famille un verre de bière à la main, des artistes se préparant en public, essayant leurs voix, leurs instruments, etc… Voilà un bel exemple de rencontre culturelle populaire, d’expérimentations, d’échanges et de festivités dédiées à la création contemporaine.



Quand les nourrissons se font un ciné!

A l’Utopia de Bordeaux, séances de cinéma estampillées « bébé ». Merveilleuse et attentionnée idée !
D’abord surpris du concept, j’ai assisté volontairement à une de ces séances dites « bébé », quelle surprise!
C’était un après midi en semaine, donc au cinéma Utopia de Bordeaux. Dans la salle ce jour là, parmi le public, trois mamans avec leur nouveaux nés accrochés à leur cou. Très émouvant ! Avant le noir absolu, quelques cris s’échappèrent de leurs tendres gorges à l’image des musiciens d’un orchestre qui accordent leurs instruments. Chaque nourrisson essayait le « la » de ses cordes vocales. Puis, lorsque les lumières s’éteignirent et que les premières images surgirent de l’écran, silence absolu. Pendant la projection, deux ou trois cris pas plus. Un heureux hasard a fait que ces cris semblaient venir de la bande son du film. Suis-je bien tombé ? Peu importe ! Le principal est que le cri d’un enfant me semble bien plus acceptable dans cet environnement que le bruit effrayant de ces agresseurs de pop corns (pas à l’Utopia heureusement) ou ces commentaires du film en direct de certaines personnes qui se croient un dimanche après midi autour d’une tasse de thé devant la télé .
Bravo à tous les cinémas Utopia de donner la possibilité à ces jeunes parents d’aller au cinéma avec leurs rejetons et bravo à tous ceux qui dans la salle comprennent le concept et l’apprécient. A la sortie de la séance, j’ai demandé à un nourrisson ses impressions sur le film, il m’a répondu « areu areu » ! Bon début de critique cinéphile.

Egalement sur le site : www.paysud.com



L’art contemporain à la portée de tous !

Même si je trouve que l’appellation « bus de l’art contemporain » ne soit peut-être pas le terme le plus approprié, j’ai découvert ce dimanche, avec un immense bonheur, ce concept culturel bordelais (oh ! la honte, depuis le temps !). Il s’agit de monter dans un bus et se laisser conduire à la rencontre de diverses galeries bordelaises et autres lieux afin d’y apprécier les oeuvres d’artistes présentées. Ce concept existe depuis près de quatre ans et a lieu le premier dimanche de chaque mois dans le cadre « des dimanches sans voiture » de Bordeaux. Un bus plein comme un oeuf démarre du kiosque culturel des allées de Tourny et s’engouffre dans les rues de bordeaux. Chaque dimanche, cinq ou six lieux sont choisis préalablement par les organisateurs sur une vingtaine de lieux inscrits au catalogue.

Ce dimanche, les lieux proposés nous baladent en bus de Tourny aux Quinconces en passant par Gambetta, Mériadeck, les Chartrons et les Quais. Ce circuit, nourri de pures découvertes d’artistes ou d’initiation à l’art de notre époque, nous met en présence dans la première étape, rue Bouffard, de toiles à assemblage de couleurs et matières percutantes d’Olivier Menu ainsi que d’objets en porcelaine marqués par pureté et fragilité, oeuvres de Nen’do.
Rue Fernand Marin, le groupe joue à cache cache (en fermant les yeux…) avec les dessins et l’installation de Vincent Rauel. L’art du dessin est une chose, le sujet évoqué en est un autre. Je n’ai pas du tout aimé. Un contraste heureux survient rue Tourat avec les toiles et objets enchanteurs de Pascal Audin. « Art pour enfant » comme il dit ! En effet, que de gaîté et vivacité dans les formes ! Le bus nous conduit ensuite sur les quais et nous entraîne dans l’univers de la photo d’Yves Manciet, photos de stars, de politiques et d’inconnus des années 50, présentées pour la première fois à un public. Cet immense photographe n’a pas reçu l’accueil espéré auprès des services culturels de la Ville alors qu’un lieu, comme la Base sous-marine aurait été un écrin idéal à son Oeuvre. Espérons ! Ce photographe a tant de choses à nous raconter. Notre balade dominicale se termine en feu d’artifice, place des quinconces où Philippe Croq présente son extraordinaire travail. Clarté, efficacité, précision…l’émotion dans les yeux.

Autant, je regrette que pour ce genre de visite nous ayons été trop nombreux vu l’exiguïté des lieux visités, autant je trouve cette initiative excellente et enrichissante. Par contre, les jeunes où étiez-vous ? Dommage, cet outil existe et de plus il est très convivial, profitez-en ! Marie-Fleur Galineau, médiatrice du circuit, nous offre ses connaissances, ses infos et se tient, avec les visiteurs, toujours disponible avec tous. C’est très précieux.

Comme je le signale au début de ce texte, les mots « bus de l’art contemporain » ne semblent pas bien adaptés (tout au moins cette fois-ci). Bien sûr que tous ces artistes sont de notre temps, mais j’ai trouvé que les concepts de présentation sont très traditionnels (toiles, peintures, dessins, photos…aux murs). Pas d’installation originale ou oeuvre vraiment dite contemporaine. C’est le hasard du jour. Chaque dimanche est différent, je vais tester dans les prochains mois.

Article également en ligne sur www.paysud.com



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