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Michel Suffran, le Don Quichotte bordelais !

Comment parler d’un homme qui lui-même est l’exemple et le modèle même du beau mot bien placé, bien posé et qui frappe immédiatement l’imaginaire ! Tant pis je me lance ! J’espère qu’il ne m’en voudra pas. Connaître et apprécier Michel Suffran, c’est se laisser emporter dans un torrent de mots et de belles images. Qu’il nous parle de Mauriac, de Montherland, de Ionesco, de Cervantes, d’Anouilh… le temps s’arrête et l’apesanteur se fait sentir. On a l’impression d’avoir face à nous ces personnages illustres.

En ce dimanche pluvieux, je me suis laissé entraîner, comme de très nombreuses personnes, sur le chemin du Domaine de François Mauriac, à Malagar sur les coteaux de Saint-Maixant en Gironde. Michel Suffran nous y attendait avec sa nouvelle pièce « Je m’appelle Jean Gilles« , librement inspirée du roman d’un autre écrivain bordelais André Lafon, décédé en 1918. Le texte de cette nouvelle pièce théâtrale est limpide, ciselé, émouvant et d’une grande richesse poétique. Pour la mise en lumière de ce délicat texte, j’aurais préféré entendre et voir des comédiens oeuvrant avec un peu plus intériorité, d’émotion, de sensibilité  physique et verbale. Des effets démonstratifs et artificiels étaient un peu trop omniprésents.

Lorsque Michel Suffran évoque ce jour là, les liens unissant nos grands écrivains tels que Mauriac, Lafon et Balde (alias Jeanne Alleman), je ne peux pas m’empêcher de penser à autre auteur bordelais, Jean de la Ville de Mirmont, mort en 1914, à l’age de 28 ans. A l’occasion de l’anniversaire des cent ans de sa mort (fin 2014), Michel Suffran souhaite obtenir de la Ville de Bordeaux l’installation d’une sculpture ou d’une stèle en hommage à cet écrivain, de préférence sur les quais, en résonance à ses poèmes, « l’Horizon chimérique ». Cette connaissance des  auteurs régionaux d’une génération perdue qu’il possède avec autant de précision, n’empêche pas Michel Suffran d’être un citoyen actif et efficace de sa Ville en se battant pour des causes patrimoniales et culturelles.

Ne serait-il pas le Don Quichotte de Bordeaux ? (personnage qu’il affectionne plus particulièrement jusqu’à le revisiter en écrivant sa célèbre pièce « Don Quichotte ou le Chevalier au miroir »). En complicité avec d’autres comparses bordelais, on connaît ses nombreux et laborieux combats (sauvegarde de la maison du marin, le petit mousse, l’hôtel Saint Joseph…plaques à la mémoire de Rosa Bonheur, Marceline Desbordes-Valmore…) sans compter un de ses plus vifs échecs (portail roman de la cathédrale, enseveli …) et son actuel combat pour la reconnaissance à Bordeaux du poète Jean de la Ville de Mirmont.

Michel Suffran tel que nous le connaissons aujourd’hui est plus qu´un grand écrivain connu et reconnu de tous, il est aussi la mémoire vivante de toutes celles et tous ceux qui ont marqué la Ville et sa région.

Aussi, pourquoi n’aurions-nous à Bordeaux, un espace repérable par tous les bordelais et les touristes (vitrine, boutique, etc..), dédié à la présentation et à la vente des très nombreux ouvrages et écrits de Michel Suffran sans être obligés de deviner leur existence derrière de petites maisons d’édition ou d’espaces discrets de diffusion. N’est-il pas à ce jour l’écrivain bordelais le plus pugnace et le plus compétent portant sur sa Ville d’aujourd’hui, un regard à la fois historique, contemporain, et…littéraire ?



A l’Auditorium de Bordeaux, Paul Daniel applique le mariage pour tous !

Je n’aurais jamais imaginé qu’il eût fallu, pour comprendre le premier programme du concert de Paul Daniel, nouveau Directeur musical de l‘Orchestre national de Bordeaux Aquitaine, avoir passé une thèse en culture musicale éditée en dix volumes, ou avoir écouté en boucle tous les enregistrements des œuvres de Purcell et de Malher téléchargés d’une manière illégale sur Internet…

Très bêtement, je lis le programme du premier concert de ce nouveau Chef : «Music for the Funeral of Queen Mary» de Henry Purcell et «Symphonie n°2 en ut mineur« de Gustav Malher.

Or, comme je n’avais pas fait attention au «slogan» de Paul Daniel «Etonner et innover par plus de variété, plus de contrastes, plus de risques… », je me rends à l’Auditorium serein, heureux de passer une superbe soirée sans prise de tête. Ce « slogan » aurait dû m’interpeller  car j’y adhère absolument. A condition qu’une communication suive. On ne peut pas accepter de brouiller les pistes d’un public qui n’est pas forcément averti. N’entendons-nous pas toujours dans les couloirs de l’Opéra de Bordeaux, qu’il faut sensibiliser les jeunes et attirer un nouveau public à la musique classique ? Le bousculer oui, mais en lui offrant les bases et non annoncer par micro au début du concert : »n’applaudissez pas avant la pause de la première partie… » Quelle première partie ? Après l’œuvre de Purcell ? ou au milieu de l’œuvre de Malher ? Celui-ci en effet, avait souhaité qu’il y ait une pause de quelques minutes entre deux mouvements. Autant on peut comprendre aisément la volonté de Malher en laissant le public quelques instants dans le silence, on ne comprend pas qu’il ne faille pas applaudir dans l’Auditorium avant l’entr’acte alors que tout le monde se lève, fait du bruit, va boire et fumer. L’annonce faite au micro est ridicule et apporte un peu plus de confusion à l’assemblage de ces deux œuvres. Qu’est ce que j’aurais aimé que quelqu’un vienne en avant scène et explique ce que nous allions entendre et donner d’éventuelles consignes, même stupides, comme celles de ne pas applaudir ! Heureusement que quelques personnes, qui devaient être en train de passer leurs derniers messages sur leur smartphone ou préparer en direct le repas de leur famille restée à la maison (ce fût le cas devant moi), ont applaudi. Je ne parle pas de tous ceux qui sont restés les mains jointes, hésitants comme entrant en méditation.

Marier deux oeuvres qui n’ont rien à voir entre elles, à part, comme m’a dit un de mes voisins de sièges «ce sont les funérailles qui les lient ! ») Certes, mais comme dit Cyrano «C’est un peu court jeune homme !..

Heureusement que les 500 personnes qui ont occupé le sol de la place de la Victoire le soir de la retransmission en plein air sont plus cultivées que moi et ont compris du premier coup que la première partie du concert était composée de l’œuvre d’un musicien suivie immédiatement de la moitié de l’œuvre d’un autre musicien. Deux auteurs qui n’ont rien en commun entre eux, sinon 200 ans d’écart. A moins que ce ne soit ce chiffre de 200, le fil conducteur de la soirée, car nous avions sur scène une centaine de musiciens et une centaine de choristes.

Grandiose ! Tout était absolument magnifique, bouillonnant, puissant et délicat à la fois. Que ce soit l’Orchestre et son nouveau Chef, les artistes du Chœur de l’Opéra et ceux de l’Orfeon Pamplonés, Henriette Bonde-Hansen et bien sûr Nathalie Stutzmann…du velours, l’émotion était au rendez-vous : Henry et Gustav se mariaient !

Jean-Claude Meymerit



A Bordeaux, le feu d’artifice du pont du silence !

A 20h30, ce vendredi 15 mars, les éclairages du pont Jacques Chaban-Delmas s’éteignent et aussitôt se font entendre les premiers bang bang du feu d’artifice d’inauguration.

Quelques départs classiques de torches avec éclatements dans le ciel. Jusque là rien à dire, nous sommes dans le plus basique des feux d’artifice puis, quelques autres lumières jaillissent au dessus de l’arche centrale. Un silence abyssal envahit la foule. Ce silence est impressionnant. Ambiance inverse des feux d’artifice d’été, fête du vin et autres. Pas un aoooh, pas un aaaah. Quelques mots par ci par là à voix basse, circulent. Les milliers de personnes restaient-elles muettes sous l’émerveillement ou étaient-elles dans l’attente d’un tableau d’embrasement médiatiquement annoncé. Comme cerise sur le gâteau, même les portables étaient mis par enchantement sur le mode silencieux et plus. Aucune communication ne pouvait s’établir, les gens se sentaient perdus, coupés du monde. Que s’est-il passé ? Saturation dans le ciel bordelais ?

Voyant le tablier se baisser très lentement, j‘attends comme tout le monde avec impatience, l’immense embrasement tant attendu de ce pont par l’un des grands « faiseurs » de lumière du monde, Joan Bidault. Il est annoncé par la presse locale comme le grand spécialiste des mises en lumière, dites monumentales. Avec des interventions grandioses à Paris, à Dubaï et en Nouvelle Zélande, voici Bordeaux devant une foule frigorifiée et impatiente d’être le témoin d’un événement unique. Pendant ce temps, le tablier du pont descend toujours et arrive à son point le plus bas. On est effectivement émerveillé par quelques efficaces figures géométriques en effet miroir à la structure du pont, quelques clins d’oeil à la rive gauche, puis à la rive droite, quelques splendides cascades d’argent se déversant dans la Garonne, des effets de vagues, des couleurs de choix et de délicatesse puis enfin le bouquet final. Quatorze minutes viennent de s’écoulées. Les gens applaudissent du bout des doigts toujours dans un grand silence. Est-ce fini ? Personne ne bouge.

Où est passé l’incroyable spectacle de mise en lumière de ce pont tant annoncé et tant attendu par une foule considérable. ? « Un feu d’artifice de province ! » dit une personne non loin de moi. Sans approuver ses dires, on peut toutefois vraiment regretter et dire que si, nous n’avions pas été matraqué par les médias, pour dire que ce spectacle devait être un événement monumental, nous aurions pu mieux apprécier ce jeu d’artifices et de lumières à son juste titre.



Auditorium de Bordeaux : quand la musique nous prend dans ses bras !

Eh oui, j’y étais ! Voilà ce que je raconterai à mes descendants : il était une fois, un certain 24 janvier de l’an 13, s’est tenu le premier concert public inaugural de la toute nouvelle salle de concerts ou Auditorium de Bordeaux et j’y étais !

Ces soirs de grande première sont toujours très émoustillants car tout le monde se pose anxieusement des questions, les Elus : « est-ce que le résultat est à la hauteur de l’argent investi », l’Architecte : « est ce que cela va plaire esthétiquement et pratiquement au public » et l’Acousticien : « pourvu que ça passe ». Ce soir tout le monde fut rassuré et soulagé.

Tout a été dit sur ce magnifique nouveau lieu culturel bordelais tant attendu depuis de nombreuses années. Beau pari pour l’architecte Michel Pétuaud-Letang d‘avoir su, dans un espace si étroit de construction, réaliser cet édifice. La façade si critiquée à l’apparition des maquettes est sobre et élégante même si un éclairage plus recherché serait le bienvenu. Après avoir traversé quelques couloirs étroits assez froids on entre dans la grande salle où la couleur fushia des fauteuils interpelle notre regard et nous charme. Le tout dans un écrin de boiseries de teinte claire et de murs blancs. « salle élégante, féminine à l’image de la ville » dit le maire de Bordeaux. Des immenses miroirs descendent par endroits sur les côtés  donnant un beau relief et des discrets reflets de la salle. L’immense scène où plus d’une centaine de musiciens peuvent prendre place est organisée de manière à être modulable et adaptable à chaque type de concerts (solo, opéra, jazz, chorale etc..). On nous annonce une fosse à la Bayreuth. Cette allusion serait-elle un clin d’oeil à une future Tétralogie tant attendue elle aussi par les très nombreux mélomanes bordelais wagnériens ? Suspens !

Le spectateur est également surpris par les nombreux dégagements disposés derrière les balcons. Les concepteurs de l’édifice ont souhaité désolidariser les balcons des murs afin que la musique « passe » partout. Cette sensation d’être enveloppé par celle-ci est magique. On se demande même d’où viennent ces notes. De plus cette séparation a permis de remettre  au goût du jour ce concept de promenoirs et de couloirs de déambulation abandonné par certains théâtres. Les gens se rencontrent discutent tout en ne quittant pas l’ambiance de la salle !

Très bien installé dans un de ces confortables fauteuils en bois de hêtre, recouvert de tissus couleur fushia, un nuage de nostalgie me traverse l’esprit. Il n’y a pas si longtemps en ce même emplacement encaissé, existait bien avant le complexe cinématographique une immense salle de spectacle appelée Olympia. Dans ce lieu, je me souviens des très nombreux récitals de chanteurs des années 60, où avant et après le spectacle, le cours Clémenceau était barré par des centaines de fans qui attendaient et qui accompagnaient par vague leurs idoles dans les hôtels avoisinants. En voyant ce soir s’engouffrer par cette très élégante façade ces flots de personnes et une fois bien installé au rang le plus haut de l’Auditorium, tous ces souvenirs remontèrent à la surface.

Pour tout cela, il fallait la passion d’un Michel Pétuaud-Letang, architecte et la fougue d’un Eckhard Kahle, acousticien. Le résultat est là !

« Chut ! La lumière baisse, les musiciens amorcent leurs premières notes qui nous parviennent comme un cadeau…,silence !


 



Avec Armand Gatti, un trop plein d’émotion !

En ce dimanche pluvieux et triste, un rendez-vous culturel bordelais était proposé en compagnie du très grand homme engagé, humaniste, résistant, littéraire… Armand Gatti. Même si le public n’avait pas beaucoup répondu présent à ce rendez-vous, moi, je ne voulais pas le manquer. J’y étais et ce fut un immense bonheur. Cet homme âgé de 88 ans n’a pas perdu de sa niaque verbale et de son humour. J’ai toujours fortement apprécié ses oeuvres théâtrales. Combien de fois n’ai-je pas eu envie de monter une de ses pièces, mais chaque fois, j’étais intimidé devant l’écriture et les sujets traités. J’en avais presque peur et surtout j’étais très impressionné par tant de force et de liberté dans les mots et les jeux. Des sujets graves allant de l’holocauste aux formes théâtrales révolutionnaires, en passant par des sujets traitant des dictatures, des marginaux, des malades, des exclus (les loulous comme les appelle Gatti), etc. Cet après-midi, il a choisi plus particulièrement de nous transporter dans l’univers de ses conversations avec les arbres, ses « arbres de combat » comme il dit fort justement et avec plein de tendresse. Des arbres militants et animés. Des arbres avec des noms. Ses mains en disent souvent autant que sa voix. Il les fait bouger symétriquement puis les bloque dans des mouvements de bras souvent tendus vers le ciel dans le sens de la verticalité, celle de ses arbres et de ses règles de vie. Sa voix, susurreuse ou tonitruante mais surtout bien placée en vrai homme de théâtre, fait jaillir les mots  jusqu’au plus profond des syllabes. Malgré son âge on retrouve encore le Gatti des années 70, impressionnant de prestance et de passion.On sent qu’il veut tout nous raconter sa vie d’une seule traite, les anecdotes fusent et les références bouillonnent. Son maquis à l’âge de 18 ans, ses arrestations, ses enfermements, ses évasions, ses rencontres, ses amours, son père. Il nous narre également son séjour à Bordeaux en travaux forcés à la base sous-marine puis son cours passage de deux jours suite à une évasion d’un camp de Hambourg. Là où j’ai été le plus impressionné, instant où il a été difficile de maîtriser ses larmes, c’est lorsqu’il raconte ses visites à Auschwitz tous les 24 février, jour anniversaire où la femme qu’il a passionnément aimée, a été arrêtée et déportée. À chaque visite dans ce lieu indescriptible, il parle avec les arbres rencontrés. Ainsi, la discussion avec sa bien-aimé continue. Cet homme nous racontant ces faits, avait lui-même les yeux pleins de larmes. Le trop plein d’émotion avait envahi la salle. Merci Monsieur Gatti.

Jean-Claude Meymerit

 



Le gentil Xavier, Veilhan sur son lion bleu !

« Il est pâle et sale » nous a murmuré avec douceur le papa du lion bleu de la Bastide à l’occasion d’une conférence sur le thème Architectones qui s’est tenue ce jour au TnBa et organisée par le Frac Aquitaine. En effet, il n’avait pas vu son enfant depuis très longtemps. Dans les questions du débat qui ont suivi portant sur son oeuvre bordelaise, devenue maintenant le lion des bordelais, ont jailli les deux questions fondamentales et vitales pour l’artiste, pour les bordelais et pour l’art contemporain : pourquoi est-il bleu et pourquoi il n’a pas de testicules ? Nous y voilà enfin. C’est vrai que, moi-même, chaque fois que je passe devant ce lion ce sont les questions que je me pose immédiatement (!). La première question porte sur la couleur. Veilhan a très bien argumenté avec calme, humour et dérision. Quelle couleur auriez-vous aimé ? répondit-il à la personne auteur de la question de ce tel intérêt et de cette telle pertinente qu’elle pourrait faire l’objet d’un sujet de thèse universitaire en histoire de l’Art contemporain. Avec son humour flegmatique, l’artiste continue : « La monochromie est toujours sujet de débat. Pouvait-on imaginer ce lion vert ? Noir ? Mauve ? : non. Rouge ? (c’est la couleur en monochromie qui se vend très bien en art) ». Je l’ai voulu comme les nuages, bleu » a t-il annoncé, comme s’il venait de lire la dernière phrase d’un fort beau poème. Merci Monsieur Veilhan pour cette belle réponse à une question stupide.
Arrivons maintenant aux fameux attributs mâle absents à l’auguste prestance de ce magnifique animal. Je me mets à la place de la dame qui a posé cette  seconde question existentielle pour l’avenir de la race animale : « pourquoi ce lion est-il asexué ? » Quelle angoisse ça lui procure ! Cette question venait après celle d’une jeune dame qui elle, aimait passer entre les pattes et sous le ventre de notre lion, tous les matins en allant travailler. Il est curieux que cette dernière ne se soit pas rendu du manque ! Elles n’ont peut être pas les mêmes références en la matière. Maintenant que la question est posée publiquement je réalise que je n’avais jamais remarqué que cette sculpture de la place Stalingrad était un lion et qu’ il lui manquait en effet, sa virilité. Jules Renard aurait pu ajouter dans ses Histoires naturelles : « On reconnait un lion aux longs poils frisés autour du cou ! ». J’en été resté là. On en apprend tous les jours !
En dehors de ces deux questions pour école maternelle, le très célèbre artiste international Xavier Veilhan nous a baladé pendant plus d’une heure dans son univers de créations et de projets. Naviguant entre Art et Architecture il s’arrête à quelques instants au bord de chacune de ces deux formes de travail afin de nous faire partager ses hésitations, son engagement et ses choix. Le tout avec beaucoup de simplicité, d’humour et de gentillesse. « Vous êtes quelqu’un de gentil lui a dit quelqu’un dans la salle ! » Et c’est vrai.

Jean-Claude Meymerit



Grands pas de deux à quatre pattes

Je veux bien sûr parler des grands pas de deux, extraits des plus grands ballets classiques que sont Raymonda, la Belle au bois dormant, le Lac des cygnes, Gisèle, la Sylphide, Roméo et Juliette et Don Quichotte.
La classe et la beauté étaient au rendez-vous ce dimanche après-midi dans un lieu culturel de la banlieue bordelaise brillant, lui, par la laideur de son extérieur et de son intérieur. Vous me direz on s’en fout, une fois les lumières éteintes on ne regarde pas le plafond et les murs. Faut tout de même avoir envie de se déplacer vers un espace aussi triste, entouré de rues désertes, malgré un soleil radieux éclairant ce beau dimanche après-midi de mars.
Quitte à fermer les yeux en rêvant d’être dans une belle salle de spectacle et même quitte à y venir à quatre pattes, il ne fallait pas surtout rater ce grand moment d’art de la danse offert par sept danseurs et danseuses, solistes (sujets, coryphées et quadrille) du Ballet de l’Opéra national de Paris. Ce programme était dirigé artistiquement par un des danseurs étoiles présent sur scène, Karl Paquette. Comme un bonheur ne peut pas être complet, il fut dommage que la diffusion de la musique enregistrée fut si mauvaise. Saturation, souffle, mauvais équilibre des basses et aigus. Pour une représentation de spectacle vivant de cette qualité, la technique n’a vraiment pas suivi. Hélas !
Sur des chorégraphies incontournables de Noureev, de Petipa, de Perrot, de Bournonville…nos solistes nous ont offert toutes les facettes de cette signature qu’est l’Ecole française de la danse. Que ce soit les ports de corps, les jeux de jambes et de bras, c’est signé. On est scotché sur place. Que c’est beau ! Le public a fait une ovation très bien méritée à ces sept danseurs messagers de la danse française de l’Opéra de Paris, référence mondiale. Qu’en on pensé les quelques danseurs du Ballet de Bordeaux, entre aperçus dans la salle. On dit, dans les chaumières des chaussons bordelais, que le Ballet de Bordeaux serait la dernière compagnie française de danse classique de province. Est ce vrai ? Si c’est oui, profitons-en et espérons applaudir la prochaine saison de nouveaux grands classiques du répertoire. Les spectacles de danse classique sont extrêmement rares sur les scènes françaises. Que Bordeaux ne s’endorme pas sous les lauriers de l’acquis !
Jean-Claude Meymerit



L’opéra de Limoges où règne un parfum lyrique.

Entre deux voyages dans certaines grands villes européennes où je me rends régulièrement pour y entendre et voir des grands noms du chant lyrique ou tout simplement y découvrir des productions incontournables, il m’arrive aussi de me rendre à l’opéra théâtre de Limoges. Pourquoi après Berlin, Madrid, Vienne…choisir Limoges ? Parce qu’il règne dans ce théâtre un parfum lyrique que j’aime et qui me comble de joie car on y parle d’opéra (comme à Toulouse et à Bordeaux avant que celui-ci devienne opéra national).
Je me suis déplacé pour aller y applaudir la Jenufa de Janacek, superbe nouvelle coproduction montée avec les opéras de Reins et de Rennes. Même si tous les chanteurs ne s’appellent pas Deborah Polaski, Eva-Maria Westbroek ou Hildegard Behrens… (artistes que j’ai eu le bonheur d’entendre dans cet ouvrage), ici à Limoges l’émotion de ce drame était au rendez-vous et sa version originale de 1904 méritait fort ce déplacement. Un spectacle rond et harmonieux.
A l’opéra de Limoges, pas de sophistication ou d’accueil artificiel et impersonnel que j’ai trop souvent le malheur de connaître dans un opéra que je fréquente plus que tous les autres puisqu’il s’agit celui de ma ville. La convivialité est présente dès que nous entrons dans ce temple. C’est le mot clé de la maison. Un véritable accueil dans sa vraie dimension humaine. Ceci donne l’impression d’être invité chez quelqu’un, dans une maison d’opéras tout simplement.
Dès le contrôle d’accès à la salle, nous avons droit à un petit mot individuel sympa. Les personnes du vestiaire vous mettent en garde sur les objets laissés dans les poches etc..L’ouvreuse en vous accompagnant à votre place vous tend un super programme sous forme de quatre pages cartonnées couleur, gratuit avec la biographie des chanteurs, le synopsis et la distribution globale. Une base d’information indispensable que le spectateur a besoin et le droit de connaître et qui devrait être automatique appliquée dans certains autres théâtres (tout au moins dans les opéras nationaux qui ont une vocation de pédagogie inscrite dans leur charte).
La salle est super confortable, on y voit de partout, les prix supers bas et les gens du public dans le hall ou à leur place parlent opéra. Que c’est rassurant !
A quelques minutes du lever du rideau, une hôtesse vient vous voir pour vous proposer de changer de place afin de mieux lire les surtitrages. Je suis resté sans voix. Quel geste élégant. Dans le théâtre que je connais très bien, c’est l’inverse qui se produit. même si des places restent libres à droite ou à gauche il est interdit de se déplacer. Réflexion faite je me demande si ce n’est pas la différence fondamentale entre un opéra municipal et un opéra national : l’accueil et le parfum lyrique ?
Bravo l’Opéra de Limoges, on y reviendra, c’est promis !



Evento Bordeaux : critiques mobiles :

Soirée inaugurale, éventée pendant la nuit ! :
En quittant, ce vendredi soir, les lieux de la place de la Comédie où avait lieu le lancement de la deuxième édition d’Evento, je suis parti sur une impression assez agréable de cette soirée que j’ai même trouvé très bon enfant et familiale, puis après une nuit des plus calme, au réveil, le côté bon enfant de la veille a un gout fadasse et sans saveur. Qu’est ce que j’ai vu et entendu ? : le lancement d’une manifestation artistique contemporaine en grande pompe sur cascade d’euros. Parmi le public et non la foule, des avertis silencieux et immobiles, des pseudos cultureux qui s’extasient à chaque hurlement de notre animateur italien du soir et à chaque mot projeté sur la façade du Grand Hôtel. Et bien sûr aussi de très nombreux non avertis qui, un peu perdus, essaient de raccrocher tous les morceaux.
Dans quelle catégorie je me situe je n’en sais rien, en tout cas, je n’ai pas tout compris, j’ai aimé et j’ai détesté à la fois. Planté dans la foule, j’ai passé cette soirée d’une heure et demi à tourner sur moi même comme une toupie ou tourner la tête au maximum de mes possibilités cervicales afin d’essayer de capter le maximum d’événements qui se passaient sur les façades de la place, sur le marches du Grand Théâtre et sur la mini scène centrale. Tout ceci a un côté amusant et distrayant et on se laisse très vite prendre au jeu.
Or, où tout cela se complique lorsque notre animateur italien, célèbre metteur en scène, acteur et cinéaste, une des figures les plus importantes de la scène théâtrale contemporaine, Pippo Delbono apparaît sur la petite scène centrale de la place et commence à s’époumoner au micro par des discours et textes en français et en italien. De toute façon peu importe la langue car comme on ne comprend rien du tout. La très sophistiquée technique avait trop forcée sur la saturation du son (mode de plus en plus répandue pour être label contemporain). En parallèle sur la façade du Grand Hôtel s’affichent des phrases clés en traduction ou en complément des textes lus par Delbono (?).
Je retiens de cette soirée quelques moments forts comme cette simulation d’incendie de l’hôtel avec sa trentaine d’invités installés au balcon central tout en buvant du vin rouge. Magnifique visuel. Autre moment fort, est le plaisir de découvrir et d’entendre la formation musicale dirigée par le compositeur lui-même, Alexander Balanescu, dans de magnifiques pages. La cerise sur le gâteau est sans hésiter la présence des artistes du choeur de l’Opéra interprétant quelques morceaux de cet auteur. Moments de pur bonheur musical.
Parmi tout ce pot pourri artistique inaugural, qu’est ce que j’ai retenu ? :
- un déballage et étalage de matériel sonore et lumière (avec blocage pendant 3 soirs du tram, difficultés de traverser la place mise dans le noir ces trois soirs). Répétitions obligent.
- un monsieur de notoriété internationale lisant ses textes sur des feuilles volantes au lieu de les avoir appris par coeur.
- mauvaise synchronisation entre tout ce petit monde dans le déroulé de la soirée.
- démagogie en faisant monter sur scène, à la fin, un musicien de rue bien connu à Bordeaux les soirs d’été aux terrasses des restaurants. Très beau geste de monsieur Pippo Debono. Les artistes bordelais étaient ainsi représentés.
- projections ordinaires sur les façades, n’arrivant pas à la cheville des magnifiques fresques projetées place de la Bourse au moment des Fêtes du vin et du fleuve.
- présence de Bobo, l’acteur fétiche de Delbomo, présenté comme une bête curieuse.
- heureusement, partie musicale par l’orchestre de Balanescu et chantée par le Choeur de l’Opéra, passionnantes.
En clair, beaucoup de bruit pour presque rien. Qu’en pensez-vous Messieurs Frédéric Mitterrand et Alain Juppé, ministres présents ce soir là ?

Danse avec « Sortie de la caverne, l’école du rythme » de Claudia Castellucci :
Vent de fraîcheur sur la scène du Grand Théâtre de Bordeaux pour ce ballet final suite à un mois de travail avec une douzaine de danseurs amateurs bordelais. Quel magnifique travail ! Même si le trac se sent sur certaines épaules, la volonté et la précision du geste
sont bien là. Cette douzaine de filles et garçons d’une vingtaine d’années nous offrent le sens de leur rythme personnel tout en restant et en respectant le collectif. La chorégraphie de Claudia Castellucci est limpide, surprenante et parlante. Les musiques choisies offrent une palette d’embryons rythmiques variés des plus passionnants. Beau tableau lorsque disparaissent, comme par magie, dans le noir du fond de scène, les danseurs regroupés comme absorbés par le mystère de ce fond de caverne. A quand d’autres soirées de ce style ?



Quand l’art lyrique devient maître d’école !

Contrairement au titre du spectacle « l’Ecole est finie« , nous aurions aimé qu’elle ne s’arrête pas. Cette envie de rester sur les bancs de nos souvenirs, nous la devons à la pertinence et à l’énergie de la compagnie Opéra piment (clin d’oeil au Pays basque je suppose) avec son Quatuor Alegria 4. Cette unique représentation a eu lieu vendredi dernier 24 juin, à Anglet.
Nous sommes en 1955. Décor unique représentant l’intérieur d’une classe primaire. En fond de scène, un immense patchwork d’illustrations imprimées sur toile représente la plupart des matières enseignées. Ce montage théâtral et musical est construit sur des textes originaux, extraits de livres scolaires des années 50, et surtout sur des chansons populaires dites enfantines (sur le pont d’Avignon, Malbrough s’en va en guerre, à la claire fontaine, c’est la mère Michel, etc, etc..) aux adaptations musicales diverses (Vincent d’Indy, Joseph Canteloube, Juel…). Ce spectacle mélange, humour, nostalgie, tendresse et drôlerie. Le tout dans une mise en scène subtile et pleine de finesse. En clair, un spectacle intelligent !
Quatre chanteurs trentenaires, tous programmés séparément en solistes sur des scènes lyriques françaises et européennes, ont le plaisir de retrouver épisodiquement pour présenter ce spectacle.
Pour ce quatuor composé d’une soprano, d’un ténor, d’un baryton et d’un contre ténor, pas de hurlements, pas de gesticulations inutiles, pas de singerie sur scène comme font malheureusement beaucoup de compagnies théâtrales sous prétexte de vouloir faire rire. Ou, à l’inverse afficher des visages fermés véhiculant de l’ennui à trois sous et chantant essentiellement pour eux, comme vu récemment sur une scène bordelaise par une compagnie de jeunes chanteurs d’opéra qui souhaitaient eux-aussi aussi faire partager le chant lyrique, mais qui « faisaient la gueule » !
Notre quatuor n’essaie pas de récupérer l’auditoire, il agit. Et avec quel brio. Les quatre chanteurs font partager en toute simplicité leur art vocal dans la joie, la sincérité et le talent. Et ça fonctionne ! N’est-ce pas là la vraie transmission artistique ?
Angéline Danel, affichée dans de grands rôles du répertoire comme Musetta, Micaëla, Elvira …possède la diction parfaite et le timbre charnel et coloré idéal pour une soprano lyrique, sans oublier le champagne qui pétille dans ses yeux et dans son jeu.
Robert Expert contre ténor, que l’on entend régulièrement dans le répertoire baroque et que l’on peut applaudir dans de nombreux festivals n’hésite pas à mettre la particularité de sa voix, en dérision. C’est un régal.
Frédéric Bang-Rouhet, baryton, est bien connu sur les scènes lyriques françaises comme Saint-Etienne, Lyon, Besançon etc… Il excelle dans un répertoire d’opéra et d’opérette et chante avec les plus grands. Ce chanteur aux accents solides a une présence théâtrale des plus efficaces.
Gorka Robles-Alegria, ténor, a qui l’on doit la merveilleuse idée de ce spectacle familial, ainsi que les décors et la mise en scène, retrouve ses talents de comédien avec cette voix reconnaissable entre toutes et qui pour l’occasion en a profité pour explorer, avec succès, une nouvelle palette d’expression et de couleur vocales.
Ces quatre chanteurs-comédiens passant d’élèves à professeurs nous emportent dans un tourbillon d’images chantantes ou chaque expression du visage et du geste sont vivants de justesse et d’expression. Les voix d’une parfaite musicalité se complètent, se chevauchent, se bousculent, ricochent entre elles avec une précision d’orfèvre. Peut-on uniquement regretter de ne pas entendre chacun des chanteurs un peu plus longtemps en solo dans quelques phrasés de ces chansons. Simple regret de mélomane lyrique. Certes, le but de ce spectacle n’est pas d’être un récital.
Avec tous ces ingrédients, les chansons de notre enfance prennent une nouvelle jeunesse et résonnent différemment à nos oreilles et dans nos coeurs. Qu’en pensent les petits ? Ne vont-ils pas réclamer maintenant à leurs parents et à leur maitresse d’école de leur apprendre ces chansons à la manière du Quatuor Alegria 4 ?



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