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Archive pour la catégorie « autres critiques »

Au Grand-Théâtre de Bordeaux, émotion dans le miroir des illusions.

Durant les deux mois d’été, l’Opéra de Bordeaux présente au Grand Théâtre, une exposition créée par Giulio Achilli « Au-delà du miroir ». Une immense scénographie occupe l’espace. Tout est basé sur la « blufferie » théâtrale, mais quelle poésie ! Des jeux de miroir nous entraînent dans les profondeurs, le museau d’une locomotive à vapeur nous fait croire qu’elle conduit un train entier. Effets de fumée, de feu, de lumière etc…tout est dévoilé. J’ai même eu la réponse à mon questionnement de l’époque, comment les fleurs se fanent-elles instantanément, lorsque Siebel dans Faust, les cueille ? Etonnant ! J’ai ma réponse. Des présentations de costumes font la joie des photographes, chacun souhaite les revêtir en se prenant pour Anna Bolena, pour Escamillo, pour Scarpia et pour notre cocu magnifique, Falstaff avec ses cornes de cerf…

En déambulant dans les salles et couloirs nous découvrons une installation artistique assez remarquable. Il s’agit de quatre personnages mannequins en situation – une hôtesse d’accueil délivrant le programme de la prochaine saison, un spectateur dormant sur une banquette intriguant fortement les visiteurs et un ouvrier dont chacune des deux parties de son corps se trouve de part et d’autre du plafond : dans le hall d’entrée, il a le torse et la tête enfoncés dans le plafond et à l’étage on le redécouvre soulevant le parquet du Foyer -. Tout cela est merveilleusement bien fait. On y croit vraiment ! Ces trompe-l’oeil sont remarquables, à la fois, de réalisme, de surréalisme et de drôlerie.

Le point faible de cette expo semble être le peu de découverte de la salle depuis les premiers étages. Au lieu de ces succincts trous de serrure dans certaines loges (c’est original mais on distingue mal le volume de la salle), de plus larges hublots auraient répondu un peu plus aux attentes des visiteurs.

Le plus émouvant et le plus magique restent à venir. C’est le moment où l’on pénètre dans la grande salle. J’ai eu la chance de tomber sur la diffusion de l’air de l’immolation de Brünnhilde du Crépuscule des Dieux (extrait de l’enregistrement du récital Wagner de Heidi Melton avec l’Orchestre de Bordeaux Aquitaine). La scène éclairée est pratiquement vide avec les rideaux grand ouverts. A peine les dernières notes musicales dans les flots du Rhin se retirent, la scène s’éteint et la salle se magnifie de couleurs en fondue enchaînée grâce à de subtiles jeux de d’éclairage. Comment ne pas être ému dans un tel écrin avec une telle alchimie de musique et de lumières.

Jean-Claude Meymerit



Le Chœur Voyageur au cœur de nos voyages !

J’ai honte ! Voilà dix ans que le Chœur Voyageur existe à Bordeaux et c’est la première fois que j’assiste à un de leur concert. Ce soir leur prestation est donnée dans la cour d’honneur de l’Hôtel de Ville de Bordeaux dans le cadre des concerts gratuits de l’été (je vous arrête tout de suite : ce n’est pas parce que c’était gratuit que j’y suis allé !…)

Une cour remplie de bordelais et de vacanciers aux tenues vestimentaires très estivales. Ces couleurs d’été, nous les retrouvons dans la tenue de scène multicolore de nos choristes.

Sauf erreur de ma part, le chœur se compose habituellement d’un noyau d’une quarantaine de chanteurs, pour la plupart en activité professionnelle musicale et lyrique. Lors de certains concerts, ils leur arrivent d’accueillir des chanteurs  stagiaires doublant ainsi leur effectif. C’est ainsi que ce soir, notre noyau n’étant que d’une vingtaine, se retrouve, en l’espace d’un éclair lors d’un morceau musical, augmenté d’une soixantaine de personnes supplémentaires. Effet assez saisissant. Dès le premier morceau notre choeur nous projette aux quatre coins du monde dans des langues les plus variées. Son originalité – qui en fait, je suppose son immense succès – est l’intelligence dans laquelle tout y est abordé : la musicalité, l’humour, la diversité musicale, le jeu théâtral…et surtout l’énergie (même en cette soirée caniculaire de juillet).

Pas de partition tenue par des mains crispées et des regards se baladant sans arrêt de celle-ci aux gestes du chef de chant. Avec Le Choeur Voyageur, tout est appris par cœur, ce qui donne pour résultat une expression des visages et des corps, passionnante. Toutes et tous chantent avec conviction et passion. On écoute et on regarde.

Cette alchimie, nous la devons surtout à Alexis Duffaure, le créateur et le chef de chant de ce choeur. Sa direction est rodée et efficace. Sa présence est théâtrale. Il ne gesticule pas comme font la plupart des chefs. Il n’est pas uniquement « leur Chef », il est également son « propre Chef ». Ses gestes dosés envoient aux chanteurs toutes les consignes musicales essentielles, avec grâce. Du grand art. De plus la présentation de chaque morceau est faite avec simplicité, élégance et humour.

Des soirées comme celle de ce soir nous manquent déjà. à quand les prochaines ? Un tour du monde musical dans le passé et dans l’aujourd’hui, sans bouger de sa chaise, n’appelle t-on pas ça aussi,  vacances ?



Au TNBA de Bordeaux, des mini objets pour la Grande guerre

Encore un spectacle sur la guerre de 14-18 (et ce n’est pas fini, la commémoration du centenaire, en cette année 2014, ne fait que commencer !). Aussi, c’est avec appréhension et beaucoup d’inconnues que je suis allé ce soir au TNBA voir cette production théâtrale intitulée « Grande guerre « . Tout ce que je regrette est que ce spectacle ne dure pas plus longtemps. C’est très frustrant, mais c’est grandiose ! Et pourtant tout est miniaturisé.

Une grande fresque dramatique racontée avec de tous petits moyens (je veux parler des objets utilisés). Quelle intelligence de la part de ce collectif néerlandais « Hotel Modern et Arthur Sauer» de renommée internationale. Ils ont tout compris. Si on demande aujourd’hui à quelqu’un dans la rue de nous raconter les grandes lignes de cette Première guerre mondiale, les réponses sont floues. Avec ces artistes, nous avons des réponses : l’origine de cette guerre, les pays « déclencheurs », les émotions, la violence, le bruit, l’horreur, le souvenir, le respect…

Ce spectacle théâtral est basé sur les principes de trucage de cinéma, trois jeunes filles, « truceuses » et diseuses, s’activent devant leurs paillasses en manipulant des quantités d’objets miniatures et effets avec un doigté et une précision implacables. Le tout avec la complicité d’un musicien et bruiteur et sous l’œil de plusieurs caméras digitales activées avec discrétion par nos six mains d’artistes. Tous ces trucages et effets sont retranscris en direct sur grand écran. Les yeux du public balayent à la fois les artistes sur scène manipulant leurs objets miniatures et le résultat projeté. C’est assez magique. Pas question de refaire une scène nous ne sommes pas au cinéma, nous sommes au théâtre.Tout doit être rapide, précis, minutieux et spontané. On sort de là, ému, révolté et enrichi par le sujet abordé mais ébloui par les effets artistiques. C’est un spectacle qu’on ne peut pas décrire, on doit le vivre.

Jean-Claude Meymerit



A l’Opéra de Bordeaux, du Carolyn Carlson à plein poumon !

Remarquable ! J’ai même cru que le Grand Théâtre partait en lévitation !  Carolyn Carlson vient de créer ce soir en première mondiale sa chorégraphie « Pneuma » sur une musique du compositeur danois Gavin Brvars. C’est époustouflant à vous en couper le souffle. Un comble, pour un ballet qui évoque justement le souffle, la légèreté, le rêve, l’air, l’esprit aérien, l‘au-delà des nuages…! C’est un spectacle dans lequel il faut se laisser vivre au rythme de sa propre respiration. Ce ballet est inspiré du texte de Gaston Bachelard « L’Air et les Songes : essai sur l’imagination du mouvement ».

On doit aussi cette magnifique soirée au corps de ballet de l’Opéra de Bordeaux qui trouve là une nouvelle fois ses brillances contemporaines. Une vingtaine de danseurs, y compris certains solistes, tous au même rang, disparaissent et s’unissent dans la légèreté des gestes de la chorégraphie. C’est magique ! Les effets scéniques et les pas répétitifs sont d’une force inouïe. Le décor sobre des divers tableaux est d’une grande efficacité et les nombreux jeux de lumières nous font planer et rêver encore plus.

C’est un spectacle qui nous pénètre, au lever du rideau, dès les premières notes émises. Cette musique est envoûtante, elle n’impose rien, elle nous parle. En se laissant bercer, bousculer par le souffle, en regardant ces corps féminins et masculins se fondrent dans la légèreté, tout est dit, pas besoin de discours. La nature est bien là, dans nous et autour de nous.

Aussi, j’ai presque envie de dire que cette heure et demie passée en compagnie de Carolyn Carlson, de Gavin Brvars et des danseurs de l’Opéra de Bordeaux, vaut tous les plus beaux discours écologiques parlant de l’avenir de la planète. Avec ce poème-ballet, les réalités font surface. Que l’on soit humain, oiseau, papillon, végétal, air ou vent, montrés ce soir sur scène, l’espace et son infini nous attirera toujours par sa grande fragilité et son mystère.

Jean-Claude Meymerit

 



Les Indépendants campent à l’Espace Saint-Rémi de Bordeaux

Un collectif d’une trentaine d’artistes plasticiens bordelais (peintres, sculpteurs, installateurs…), « Les Indépendants », campent pendant une dizaine de jours dans ce magnifique lieu qu’est cette ancienne église Saint-Rémi.

Dès l’entrée, nous sommes happés par cette immense respiration que dégage la scénographie de cette exposition. Des voilages tendus dans la nef symbolisant un campement (d’où le nom, je suppose, de leur manifestation « Nomade »), permettent d’offrir au visiteur une dimension plus humaine du volume de l’église.

Comment toujours lorsqu’on entre dans un tel lieu aussi vaste, une hésitation de quelques minutes nous envahit, par où commencer ? Mes yeux grands ouverts  balayent l’ensemble de toutes ces sculptures, ces grandes toiles et ces installations…sans encore distinguer la particularité de chaque œuvre. Car ici on peut parler d’œuvres. Des toiles aux couleurs osées, aux motifs et sujets affirmés. Des styles complètement opposés, mais absolument pas présentés dans l’esprit catalogue souvent rencontré qui ressemble le plus souvent à un déballage du dimanche matin d’un marché de brocante qu’à une exposition artistique. Ici, les organisateurs ont su appréhender l’espace en mariant subtilement toutes les œuvres. Magnifique travail de scénographie !

Comme il serait fastidieux de décrire le travail de ces nombreux artistes exposants, ou insolant de ne parler que de certains et pas d’autres, j’évoquerai simplement les quelques émotions reçues, grâce aux traits géométriques sur fond totalement noir, aux couleurs violet et vert flirtant sur des bleus crus, aux lettres et aux chiffres séquestrés dans des cubes, aux familles de portraits se prélassant au sol…

En sortant de cette étonnante exposition, une question traversa mon cerveau encore tout imbibé de ces belles sensations : pourquoi ce genre d’exposition ne retient pas l’attention du Bus d’Art contemporain de la Ville de Bordeaux ? Un peu de curiosité et de communication serait suffisant à valoriser ce genre de manifestation innovante comme celle de nos Nomades… Indépendants…au lieu des sempiternelles mêmes galeries privées d’expositions classiques de tableaux et de photos, visitées par ce même Bus. Nous n’avons peut-être pas la même définition du mot Art contemporain !

Jean-Claude Meymerit

 



Au TNBA de Bordeaux, la Fausse suivante, une bâtarde !

C’est reparti ! Est-ce de la chorégraphie, du théâtre ? Ni l’un ni l’autre. C’est de la « spectaclerie ». Un spectacle bâtard. C’est ce qui ressort de la présentation de la Fausse suivante de Marivaux donnée actuellement au TNBA de Bordeaux. Une fois de plus nous y trouvons, singeries, vidéos, figuration inutile, mouvements intempestifs, bruitage musical de fond permanent (insupportable)…au déservice du texte de Marivaux. Celui-ci n’est qu’un prétexte à avoir le label, soirée théâtre. Tout y est parasite.

Certes, l’histoire de cette pièce, déjà compliquée en tant normal, devient ici hermétique. On ne comprend absolument rien. Qui dans la salle a suivi l’histoire ? En tout cas, pas les personnes autour de moi, qui la plupart ont déserté la salle, ou celles qui sont restées les bras croisés à la chute du rideau.

Il y a tellement de parasitage scénique, qu’on n’écoute plus le texte. Les scènes à deux personnages sont ennuyeuses à mourir. Les gags ne font même pas rire. Heureusement que les ballets de tulles mobiles avec des lampions lumineux suspendus, sont du plus bel effet. De très belles scènes chorégraphiques surgissent de ces tableaux sans texte, mais trop rare. Ce genre de soirée ni théâtre, ni danse laisse le spectateur sur sa faim.

Pour moi ce spectacle n’est pas une lecture moderne de la pièce de Marivaux. Ce genre de mise en scène ou scénographie enfonce au contraire le texte. Nous sommes avec cette pièce à l’opposé du Cyrano de Bergerac de Dominique Pitoiset. Avec cette dernière, la mise en scène apporte une force supplémentaire au texte initial, avec la pièce de Marivaux, la scénographie détruit le texte. Tout au long de cette longue et fastidieuse soirée je rêvais et voyais devant moi un simple décor 18ème siècle avec son décoroom et costumes de l’époque. Je  suis sûr que le modernisme y aurait été beaucoup plus présent. Quant à l’interprétation, faute d’avoir la distribution mentionnée dans le programme, nous ne pouvons pas dire qu’un tel ou un tel est bien ou pas bien, nous ne savons pas quels rôles ils jouent. Alors que chaque technicien est mentionné dans sa branche , les comédiens ne sont pas fléchés en face des rôles. Pourquoi ? Ce qui prouve bien que le côté spectacle passe avant le côté théâtre.



Slip Opéra Novart, dans la même poche !

Sur le billet d’entrée on peut lire les mots Slip Opéra Novart auxquels on doit ajouter le mot Glob. En effet, c’est grâce au Glob théâtre de Bordeaux que ce spectacle-défilé d’une très haute originalité est présenté ce jour dans le hall et l’escalier du Grand Théâtre. Il est interprété par la Compagnie Arsène d’Ivry-sur-Seine. Hommage au célèbre slip kangourou.

En ce jour de froid et de grisaille, une demi heure de bonheur et de rire vaut tout antidépresseur. Nos huit comédiens-mannequins dès leur entrée dans leur peignoir de bain blanc et leur tong, donnent le ton. Gestes et démarches gauches, sourires coincés ou trop détendus nous mettent d’emblée dans l’ambiance de la détente et de la bonne humeur. Le public installé autour de l’escalier central n’a jamais dû  autant voir de slips kangourou de sa vie, sans parler des tous jeunes présents qui eux, ont dû se demander quel était cet objet venu d‘une autre planète.

Ce décalage artistique est génial. Voir ces hommes de divers âges en slip kangourou dans un décor d’un tout autre âge, voilà des images de très grandes forces.

Nos comédiens-mannequins défilent dans l’escalier, chacun mettant l’accent sur les avantages de son sous-vêtement. J’oublie de vous dire que sur chaque slip présenté, un objet était ajouter. Nous avons droit au slip cèpe, au slip clou, au slip tutu, au slip cendrier, au slip Bayreuth, au slip coupe cigare, au slip pélican, au slip huîtres, au slip lampe de poche, au slip Buren, etc, etc..mais mon préféré est le slip robinet de barrique d’ou jaillit une coulée de vin rouge directement dans un verre. Quelques passages sont illustrés d’airs lyriques…sans oublier le slip cheval dans une originale chevauchée des Walkyries. Les deux commentateurs du défilé s’amusent à se tromper, à faire des lapsus, des jeux de mots subtiles et faussement lourdingues…le tout dans la simplicité et sans prise de tête.

Au fait, pourquoi appelle-t-on ce slip blanc avec une poche frontale, slip kangourou ? Vous ne le saurez pas, vous n‘aviez qu’à venir. Les moments uniques ne se ratent pas ! Novart continue à taper fort dans l’art populaire de haut niveau.

Jean-Claude Meymerit

 



« Viejo, solo y puto » à Novart : un mal de tête espagnol !

Ce soir vient d’avoir lieu à la Manufacture Atlantique de Bordeaux, dans le cadre de Novart 2013, la première représentation de « Viejo, solo y puto » (je vous laisse traduire). Cette pièce, qui a déjà reçu de nombreuses récompenses, est la première écrite par Sergio Boris, acteur et metteur en scène argentin.

Seulement voilà, malgré la force de ce spectacle, de son interprétation et de sa mise en scène, il y a un hic et il est de taille. Cette pièce est jouée dans sa langue originale, c’est à dire en espagnol. Dans tous les documents de communication de présentation de cette œuvre à Bordeaux, il est dit : « spectacle surtitré en français ». Le problème est que l’on ne pouvait pas lire le texte projeté par le surtitreur, trop pâle. Chacun sa technique, comprendre l’espagnol et rester, quitter la salle (comment malheureusement certains l’ont fait ne pouvant pas lire le texte projeté) ou bien rester et attraper un mal de tête terrible (c’est mon cas). Avec une avant scène trop éclairée par une forte lumière blanche, les surtritrages en fond de scène disparaissent. Il faut à chaque minute réadapter ses yeux afin de les faire passer du mode sans effort au mode écarquillement. Au bout de quelques minutes la gymnastique oculaire devient tellement fastidieuse que l’on reste en position veilleuse. Dans les dernières minutes alors que la lumière de scène baisse légèrement on arrive, enfin, à lire aisément les surtires. Ouf ! mais un peu tard ! Le mal est fait. Quelle souffrance et quel dommage de ne pas avoir profité du texte. Demain cela ira mieux car j’espère que les techniciens se pencheront sur ce problème, rien que par respect pour le public.

Si on ne fait qu’écouter la langue espagnol sans rien comprendre (comme moi) on se laisse toutefois entraîner par le jeu éblouissant des cinq comédiens. Quelle force de justesse et quelle énergie. Le tout dans un assez grand calme. Pas d’effets inutiles, pas de cris (très à la mode pour faire croire que l’on fait du théâtre). Avec nos amis comédiens argentins, c’est du grand art théâtral, comme on en voit que très rarement. Le discours est d’une justesse incroyable. On est tellement dans le « beau et le juste dire » que l’on a l’impression d’être dans les dialogues d’un film d’ambiance. Sans parler fort, les comédiens se font entendre. les mots se chevauchent, les dialogues simples, doubles ou triples se distinguent. Le naturel au service de l’art théâtral.

Le décor représente l’arrière boutique d’une pharmacie argentine. Il donne le la de la situation, même si j’aurais préféré un peu plus de réalisme dans le décor général ou un peu de bruits de cette grouillante ville lorsque les portes de la pharmacie s’ouvrent. Ce genre de détails n’enlève rien au travail esthétique percutant du jeu et de la direction d’acteurs.

Rien qu’en ayant regardé toute la soirée des médicaments pauvrement installés sur de nombreuses étagères miteuses de cette pauvrette pharmacie, mon mal de tête a presque disparu. Médication par vision ou magie de l’art ?

Jean-Claude Meymerit



La soirée d’ouverture de Novart 2013, le cru du probable !

Ce soir, place de la Comédie à Bordeaux, soirée d’ouverture du festival Novart avec danse et musique dite « soirée des improbables ». Encore une soirée comme on en voit partout, pouvait-on penser, mixant ces deux formes artistiques ! Et bien non, ce fut ce soir un bel événement de culture populaire au sens le plus noble du terme. Les gens étaient heureux. « j’adore ce genre de soirée  » dit une dame de la cinquantaine, « enfin une soirée de haut niveau, et accessible à tous« , dit une jeune homme,  « ce soir, c’est super ! ça change ces soirées élitistes bordelaises où les gens applaudissent du bout des doigts » dit un petit groupe de jeunes,…

Mais pourquoi cette soirée a plu ? Il faut dire que tous les ingrédients étaient réunis. Tout d’abord le niveau artistique des musiciens et des danseurs – Centre d’animation Argonne , Kader Attou, Per’culture, Animaniaxxx, Bumcello, Velotronik, Tribal Bitûme, Tukafac, N.Y Posse… – Quand on entend et voit sur scène jouer et danser ensemble des artistes amateurs et professionnels, on ne peut qu’applaudir des deux mains. Enfin, les deux  classes culturelles réunies dans la même rame (comme à la Sncf), distingo fortement entretenu et maintenu par la grande famille de la Culture. L’une dite « reconnue » et l’autre….souvent méprisée d’ailleurs par les mêmes.

La deuxième réussite de cette soirée est la provenance géographique des formations. Quel bonheur d’applaudir en même temps sur une même scène des groupes de Mérignac, de Bordeaux, de La Rochelle, de Bruxelles, de Cenon …La troisième raison de la réussite de cette soirée, c’est l’écrin environnemental du concert, place de la Comédie. Combien rêve de se produire dans un tel cadre.

Ce soir, avec ces trois ingrédients réunis (et d’autres certainement), ne sommes-nous pas, enfin, face à une vraie manifestation culturelle à la portée et pour la joie de tous, tout en offrant un niveau artistique de haut niveau ?

Pourquoi demain ne pas imaginer un spectacle théâtral place de la Comédie avec un très grand classique théâtral (un Shakespeare, un Molière, un Rostand etc…) comme cela se faisait il y a quelques années dans certains lieux bordelais de plein air, avec des compagnies théâtrales locales et nationales.

En attendant, le cru de Novart 2013 s’annonce très bien et cette soirée des improbables est un signe fort du probable.

Jean-Claude Meymerit



A l’Opéra de Bordeaux : en trois mouvements, les danseurs s’éclatent !

La Symphonie en trois mouvements de Strawinsky habitait par toute la compagnie du corps de ballet de l’Opéra de Bordeaux. Un enchantement des yeux sur d’étonnantes performances ! Cette Symphonie est une œuvre que j’affectionne tout particulièrement et ceci depuis de très nombreuses années. Pourquoi certaines œuvres entendues par hasard restent ainsi gravées au plus profond du disque dur de notre cerveau ? Sa force est exceptionnelle. Aussi, avec la présence de corps en mouvement, cette force devient encore plus éloquente. La chorégraphie de Richard Wherlock est enchanteresse. Pas un seul instant de lassitude et de répit. Les danseurs sont omniprésents, ils entrent, ils sortent par les trois côtés de la scène (rare dans les chorégraphies). Les lumières sont remarquables. Sans compter les costumes de grande beauté esthétique. Vestons clairs et pantalons bouffants sombres. C’est la classe.

J’ai toujours pensé que les danseurs de l’Opéra de Bordeaux avaient la fibre contemporaine. Dans les séries Tendances présentées régulièrement sur cette même scène nous en sommes chaque fois convaincus. Aujourd’hui entre les mains de Richard Wherlock, la compagnie exulte. Magnifique travail !

Par contre, quitte à déplaire à beaucoup d’entre vous, je me suis profondément ennuyé avec les deux premiers ballets présentés dans ce programme autour de Strawinsky. Je ne sais pas pourquoi. Cette chorégraphie néoclassique de George Balanchine semble à mes yeux dater. J’ai l’impression de voir et revoir, depuis des années, mille fois les mêmes choses. Heureusement que des Pina Baush (tout récemment au Grand Théâtre) et des Richard Wherlock passent par là !

En ce dimanche après-midi, alors que les rues de Bordeaux et la place de la Comédie étaient gavées de monde, dans la salle du Grand Théâtre le public brillait par son absence. De très nombreux fauteuils attendaient. Je suis sûr que si le Kiosque culture de Tourny avait été ouvert, le plein aurait été fait et de nombreuses personnes auraient pu partager ces moments inoubliables de danse.

Jean-Claude Meymerit



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