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Au TNBA de Bordeaux : Don Juan revient de la guerre sans plumes !

En lisant attentivement, dans le programme du TNBA, la présentation de la pièce « Don Juan revient de guerre » de Odön von Horvath, on est vite séduit par le sujet et ses personnages. Tout y est fort et bien campé. Personnellement, je ne connaissais pas le texte, aussi mon attente et ma curiosité étaient d’autant plus fortes. Tout le monde connaît le mythe de Don Juan et toutes les interprétations qui sont faites autour de ce personnage. L’auteur a entrainé notre séducteur en Allemagne, dans l’ambiance floue et perturbée de l’après guerre 14-18. Des allusions aux diverses tendances artistiques et économiques de cette époque y sont fortement présentes.

Dès le début je fus conquis par la conception scénique : les coulisses d’un théâtre de province aux moyens limités en décors, en accessoires et surtout en comédiens. Cependant, le fait d’avoir ramené le nombre des personnages féminins à deux, alors que je ne connaissais absolument pas la pièce, m’a rapidement gêné. J’y ai même vu un certain contre sens. Toute la brillance de la présentation du sujet dans le programme s’effritait au fur et à mesure de l’avancée de la pièce. Je me suis ennuyé, surtout par cette pauvreté de nombre de comédiens. Je n’ai pas senti là un parti pris scénique du metteur en scène mais plutôt un manque de moyens réels. Aussi, remplacer ce manque de comédiens par des effets scéniques comme par exemple la projection sur un écran de côté pour y lire uniquement « chez la grand mère » etc… ou tous ces changements à vue vestimentaires soient judicieux et originaux pour une meilleure compréhension. Ce grand catalogue de scènes est à la fois fouilli et très académique. Je ne parle pas des insupportables ombres chinoises qui ne font que desservir l’histoire. Si bien que la scène finale perd toute son intensité dramatique.

En clair, je m’attendais à une merveilleuse fresque d’amour sur deux fortes toiles de fond qui sont, le mythe de séduction d’un Don Juan et de la période trouble, à la fois dramatique et joyeuse, d’entre-deux-guerres en Allemagne. Or, je n’ai pratiquement vu que des changements de costumes, des tables et des chaises en mouvement, mais pas d’émotions. Ce côté performance a été vu des milliers de fois.

Sur les trois comédiens en permanence sur scène, leur jeu est très inégal.  Autant la comédienne qui joue les personnages de jeunettes, est excellente par sa voix et son jeu, autant sa collègue m’a assez insupportée par son parler lent, aux attaques pas très justes ?  Notre Don Juan, même s’il porte en lui les souffrances de l’amour et de la grippe espagnole de l’époque et un repenti qui le ronge, un peu plus de brillance aurait été souhaitable.

Un rêve : voir rapidement cette pièce dans une autre production. En attendant, la lire sera pour moi le meilleur moyen de me faire ma propre idée de mise en scène, avec mon propre casting, avec mes propres fantasmes et mes propres émotions. C’est également ça la magie et le pouvoir du théâtre.

 



Labiche au TNBA : Ô ennui, étends la nudité sur ton ombre !

C’est cet air qu’aurait pu chanter le Méphisto de Gounod après avoir vu hier au soir au TNBA de Bordeaux, l’assemblage de deux pièces de Eugène Labiche, intitulé « Les Animals ».

J’avais parié avec des amis que j’allais voir et entendre une nouvelle fois, les quatre ingrédients, quasi familiers à toutes les productions de ce théâtre national, à savoir : utilisation de micros, musique amplifiée, gesticulations intempestives et nus gratuits. J’ai failli gagner mon pari. Je n’ai eu droit qu’aux deux derniers ingrédients, c’est à dire gesticulations et nus. Et la j’en ai eu pour mon argent (ou plutôt celui de l’Etat). J’entends déjà dans les chaumières: « c’est un vieux con, il ne comprend rien ! »… J’ai presque envie de répondre à cette éventuelle attaque : « ce n’est pas parce qu’on est simple public qu’on est taré et inculte ». Pourquoi, ceux qui nous proposent ce genre de spectacle outrancier et ennuyeux, avec toujours les mêmes ingrédients, seraient au dessus de la mêlée en se permettant de vouloir nous faire tout avaler ?

Monter des pièces de Labiche en 2016, c’est osé et en même temps assez branchouillard. Tout le monde sait que le génie de Labiche est d’être un auteur traitant à la fois des sujets sociétaux de l’époque sur toile de fond de vaudeville et un faiseur d’effets comiques, le tout agrémenté de parties chantées et d’apartés qui en font sa signature et sa force. Cependant, transformer une pièce de Labiche en une grosse farce est une ineptie.

Lorsque qu’on assiste à des représentations de pièces de Labiche montées dans une certaine tradition modernisée, on se régale, on rit franchement, c’est du champagne. Par contre, en venant ce soir au TNBA, découvrir ces deux pièces que je connaissais très mal « La dame au petit chien » et « Un mouton à l’entresol », on désenchante. Je pensais de toute évidence (et heureusement) assister à une production dépoussiérée, mais pas avec un tel étalage d’excentricités et d’effets qui nuit et masque le texte et l’intention de la pièce.

Quel ennui ! C’est long ! Le public ne rit pas, il est tout juste poli. Le salut final enthousiaste envers les comédiens, en témoignage.

J’en ai assez de tous ces metteurs en scène qui croient faire du nouveau ou de la création en proposant ce genre de spectacle. C’est l’inverse qui se produit. Il ne font que prendre un texte de prétexte et fabrique sur lui, leur délire égoïste.

Lorsqu’on compare avec les mises en scène de Laurent Laffargue il n’y a pas photo. Ce dernier modernise, apporte sa propre signature, mais surtout respecte à 100% le texte et surtout l’auteur (on se souvient de son récent Marivaux). C’est un véritable serviteur du théâtre. Ce n’est pas un parasite ou un profiteur.

Dans « les Animals », les gesticulations outrancières des comédiens voulues par le metteur en scène n’apportent rien, malgré leur talent et leur présence scénique. On ne regarde que ça et elles parasitent l’écoute du texte. Je passe volontairement rapidement sur les sexes à l’air de nos trois héros masculins et d’un des deux comédiennes. Je n’ai pas de mot pour parler de cette excentricité gratuite et inutile présentée. Le nu doit être beau, intelligent et justifié. Lorsqu’un metteur en scène sait pourquoi il le met sur scène (pour mémoire le nu dans Equus, les nus dans les Indes Galantes etc…), c’est un réel plaisir artistique.

Après le nu intégral de Michel Fau dans le dernier spectacle du TNBA, nous voici hier au soir encore avec une brochette de sexes libres. Vivement les prochains spectacles, j’espère y voir Don Juan, Figaro, Rodrigue, Chimène…nus, avec des micros, de la fumée, des gesticulations…Tous les spectateurs ne sont pas aussi sévères que moi, à en croire par l’hystérie de mes voisins de derrière, qui à chaque vision de sexe baladeur, riaient aux éclats ! Souvenirs, souvenirs… !

Même, si au fil des années, le rire évolue et que le public ne rit plus de la manière sur les mêmes choses et situations, je ne pense pas du tout que ce soit en montrant ce genre de répertoire sous une tonne d’ingrédients inutiles, sous prétexte de le « relever », que l’on va forcément le redécouvrir et l’apprécier. Depuis quand, une entrecôte peut-elle rester savoureuse à sa juste valeur gustative, si elle est chargée de sauces diverses et autres accommodements culinaires ?

Jean-Claude Meymerit



Ravel à l’Auditorium de Bordeaux, une déferlante d’émotions pour son Boléro.

Du jamais vu ! Les spectateurs penchés en avant sur leur fauteuil, des larmes aux yeux chez certains, tous écoutaient avec leurs oreilles et leurs yeux ce célèbre Boléro de Maurice Ravel, super connu et popularisé. Pourquoi ce soir, une telle tétanisation chez le public ? Je pense que cela vient de deux phénomènes : le premier est l’ordre de passage d’interprétation des oeuvres et le second est la main à la fois de fer et de velours de Paul Daniel avec laquelle il dirige l’Orchestre national de Bordeaux-Aquitaine.

La soirée commence avec l’Heure espagnole du même Ravel interprétée par quelques joyeux drilles du lyrique français que nous aimons tous, je veux citer en particulier, Karine Deshayes, Yan Beuron, Paul Gay et Florian Sempey. Bien sûr qu’il manquait la mise en scène et tous ces claquements de portes de pendules, des  montées et descentes dans les escaliers etc. C’est tout de même une comédie musicale et comme toutes les comédies c’est surtout le visuel qui l’emporte. Dans la version de ce soir en version concert (hélas !), on ressent nettement ce manque surtout que les parties musicales vocales ne sont pas à tomber à la renverse. Nos chanteurs français ont prouvé une fois de plus qu’ils existaient et que les scènes françaises et internationales, pour le répertoire français, devraient se les arracher.

Suite à cette Heure espagnole, était inscrit Iberia de Claude Debussy. Dans cette œuvre orchestrale, on sent déjà pleinement la main mise de Paul Daniel sur cet immense Orchestre. Cet Orchestre national n’a rien à envier aux plus grands orchestres du monde mais au contraire ceux-ci devrait le copier. Les musiciens, pour la plupart assez jeunes, jouent avec fougue et autorité. Leur bonheur se voit et surtout s’entend.

Pour la dernière œuvre de la soirée, le Boléro de Ravel. Je me disais, « encore ce Boléro tellement joué et rejoué. Quoique quinze minutes c’est vite passé. » Paul Daniel, avec son jeune tambour à quelques centimètres de lui, lance la machine infernale (la honte pour la personne qui a toussé au même moment !).

La déferlante est partie, les instruments décollent ? Chaque musicien veut être le meilleur et donner son maximum. Ils n’existent plus que pour leur instrument et nous faire partager leur joie. Chaque sonorité entrant dans l’arène, s’arrache de leur instrument, racle le sol, les murs, nos yeux, nos oreilles comme pour nous arracher le cœur. Wouah ! Au rythme du Boléro, les poils de notre corps se hérissent, le cœur tape, les émotions montent. Sur scène, plus on avance dans l’oeuvre, plus, les corps des musiciens bougent un peu plus, les mains s’animent – je pense surtout aux doigts des cordes qui remplaçant leur archet forment un petit ballet – Je suis incapable de citer tous les instruments, leur nombre est impressionnant. L’ONBA au grand complet. Dans la salle les corps des auditeurs commencent à se pencher de plus en plus en avant, les souffles sont coupés, les larmes sont au niveau des yeux, puis sur l’apothéose finale du Boléro, l’ovation et les larmes coulent. Du jamais vu…et entendu !

Paul Daniel et tous les musiciens de ce fabuleux Orchestre, vous êtes des fabricants d’émotions collectives. Une véritable communion s’est établie ce soir dans l’Auditoruim de Bordeaux. C’est ça le génie des vrais Artistes !

Jean-Claude Meymerit

Nota : une petite anecdote à l’entrée de l’Auditorium : un monsieur attendait dans la file d’attente pour l’achat de places. Il demande à une dame, à quelle heure ouvre le guichet ? combien de temps dure le spectacle , y a t-il des bonnes places ? etc…Un grand moment de silence, puis il demande à la même dame : « qu’est ce qu’il y a comme spectacle ce soir ? ». réponse « du Ravel ». Voilà une chose expédiée !



Au TNBA de Bordeaux : les marronniers, atteints par le chancre bactérien de la mode

Quelle est cette maladie émergente qui envahie de plus en plus insidieusement nos scènes théâtrales subventionnées ?  Je veux parler de la pseudomanias spectaclarum popularus. En clair et plus simplement, cela veut dire : utilisation systématique outrancière de fumée, de musiques, de lumières, de gesticulation, de cris, de bruitages, de chants et surtout de micros. Ces derniers provoquant sur mon épiderme des tâches brunâtres rouges d’énervement, à l’image des symptômes de la maladie bactérienne du chancre des marronniers.

Une fois de plus, au TNBA, nous y avons eu droit. Artaud dit que le théâtre c’est justement tout ça, qu’il faut utiliser tous les ingrédients de la vie et que le texte n’est qu’une partie du spectacle. Justement voilà le mot est lâché : « du spectacle ». Et bien moi, j’en ai marre « du spectacle ». Spectacle partout, dans la rue avec ces immenses fêtes pseudo populaires, ces rassemblements politiques et ses débats médiatisés outranciers, ces spectacles sur scène ou l’enveloppe l’emporte sur le texte, ces manifestations culturelles artificielles dans lesquelles il faut absolument de la cohésion sociale…la liste est longue. Cette culture de masse démagogique ne fait qu’abêtir l’individu. Il en faut certes, mais il faut qu’elle soit organisée par les citoyens eux-mêmes et non parachutée. Concernant l’Art, je suis pour des définitions et des présentations plus précises de chaque forme artistique (danse, théâtre, musique, opéra, art plastique…). Que chacune de ces formes soit agrémentée d’autres formes, je suis favorable mais il faut que les proportions soient respectées. Ce n’est pas en mélangeant pour mélanger toutes les formes, sous prétexte que cela va plaire au plus grand nombre et qui est entièrement faux, que l’on arrivera à défendre toux ces arts ou autres formes culturelles. Au contraire on les uniformise et on les fragilise.

Bien sûr mon discours ne tient pas avec le spectacle « Par delà les marronniers » de Jean-Michel Ribes, présenté hier au soir au TNBA, puisque il est sensé se situer au début du XXème en pleine période du Dadaîsme et du Surréalisme. Cependant, on s’y ennuie quand même. En 1972, date de la création de cette pièce, la société était en pleine recherche artistique et sociale, cette pièce avait beaucoup de force. Quarante quatre ans plus tard, j’ai des doutes. Cela est d’autant plus regrettable que le texte est percutant, drôle, poétique, porteur de messages. Parfaitement ciselé.

Mais alors d’où vient cet ennui ?

Je suis assez persuadé que de nos jours, l’assemblage d’ingrédients d’effets scéniques multiples ne fonctionne que très rarement et n’est pas toujours très pertinent. C’est un leurre de le croire et ce n’est pas parce tout le monde le fait ou veut le faire que la démarche artistique est dans le vrai.

Autant ces assemblages avaient une signification lorsqu’ils se voulaient mouvement éphémère de révolte, autant de nos jours, ces assemblages vus et revus sont ressassés uniquement dans un but de faire du spectaculaire. Aucun message et enjeu. Du dadaïsme en 2016, je pense plutôt à du ringardisme. Je trouve très dépassé de recréer les mouvements d’une époque bien précise dans une autre époque, C’est un contre sens avec un côté racoleur. Dans ce spectacle de Ribes où tous les tableaux sont téléphonés, on arrive pas à décoller alors que les comédiens sont excellents,  les décors somptueux et le texte percutant. Je conseille vivement à chacun de lire le texte de Jean-Michel Ribes et laisser partir son imaginaire, c’est suffisant.

En clair, ce spectacle m’a laissé de marbre, des spectateurs voisins adultes sont sortis. Les nombreux jeunes autour de moi s’ennuyaient, pas un rire, pas un applaudissement. Les lumières de la salle allumées, il fallait voir leur tête. Cherchez l’erreur !

Autant, les marronniers attaqués par les bactéries de la maladie du chancre sont sauvés grâce à des avancées de technologie génétique, autant pour les « spectacleries « présentées à tour de bras sur les scènes subventionnées, les recherches scientifiques et technologiques ne sont pas encore prêtes à intervenir. Le théâtre populaire a le temps de perdre toutes ses feuilles….

Jean-Claude Meymerit



Au TNBA de Bordeaux, Le Jeu de l’amour et du hasard : du théâtre par excellence !

Ouf ! Pas de fumée, de musique intempestive et polluante, pas de hurlements inutiles, pas de gesticulations parasites pour le texte. Enfin des comédiens qui articulent et dont on comprend chaque mot. Et pourtant j’étais tout en haut de la salle. Tout cela nous change et fait du bien ! J’avais fini par croire, ces dernières années, que j’avais des problèmes auditifs chaque fois que j’allais dans ce théâtre.

Toutes ces appréciations s’adressent à la pièce Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, à tous les comédiens mais principalement à Laurent Laffargue qui, avec son immense talent de sculpteur, a su, une nouvelle fois, nous entraîner dans un tourbillon d’idées nouvelles, d’intelligence et de précision. Le décor est beau et très efficace. Le jeu des acteurs, volontairement exagéré, fonctionne très bien. On est loin du marivaudage scolaire. Avec Laurent Laffargue nous sommes dans une pièce de Marivaux avec tous ses contours, allant du comique à la tragédie, basés un texte éternel et ultra moderne. Contrairement à certains autres spectacles de TNBA ou l’esthétique et les effets spéciaux prévalent sur le texte, ici avec cette pièce de Marivaux tous les ingrédients purement théâtraux y sont. Nous assistons à une pièce de théâtre et non à un spectacle. Cette différence est pour moi essentielle. Les cinq jeunes comédiens et le plus âgé sont les personnages de cette oeuvre. Quoi demander de mieux ? Leur beauté physique n’est pas non plus étrangère à la crédibilité de leur rôle.

Il faut courir voir cette pièce, on sort enchanté. Dans la rue on a envie d’aimer tout le monde. Est ce un hasard ? Demandez à Marivaux et à Laffargue.

Nota : ce soir grand concert dans toutes les gammes : toux, raclements de gorges, éternuements, grignotage bombons et gâteaux, crissement des bouteilles d’eau et surtout grincement des sièges, c’est insupportable. Bravo à l’équipe de comédiens d’avoir surmonté tous ces obstacles sonores.

Jean-Claude Meymerit



A Bordeaux : Tran5fert, quand tu nous tiens !

- « As-tu vu l’expo « Tran5fert » dans l’ancien bâtiment de la Police de Bordeaux ?

- « Non »

- « Il faut y aller, dépêche toi, c’est remarquable »

- « Ok, j’y vais ! »

En effet, ce fut un choc ! Un choc par le lieu lui-même, vestige bordelais très connu, puisqu’il s’agit de l’ancien Hôtel de Police ou Commissariat ou plutôt Castéja, nom parlant le plus à la plupart des bordelais. Moi même, j’y ai passé quelques heures d’attente, et autres moments pas des plus agréables. C’était hier !

Avec cette exposition, intitulé Tran5fert, tous les souvenirs de cet endroit un peu ternes dans ma mémoire, s’estompent pour subitement s’éclairer grâce à un collectif d’artistes travaillant autour des cultures urbaines qui a su d’une manière intelligente et avec un talent fou, exploiter ce magique lieu architectural.

Dès le franchissement de ces fameuses grilles, c’est gagné. Tout est fait pour nous accueillir, en passant d’un décor pictural à des hôtesses d’accueil d’une gentillesse et d’une patience inouïes. Elles nous expliquent le concept, nous guident pour mieux apprécier cette exposition etc. Déjà on se sent invité, c’est rare ! Lorsque j’ai voulu payer un quelque chose pour l’entrée, elles m’expliquent que c’est gratuit. C’est encore plus rare !

Puis nous voguons en nous laissant entraîner dans les méandres des couloirs, des vastes salles, des exigus bureaux et de la majestueuse cour intérieure.Chaque recoin est exploité, chaque dessin mural épouse l’espace. Le sol, les murs et le plafond sont habités par le talent de ces artistes pour la plupart bordelais. Beaucoup de sujets sont abordés, la ville et la nature, l’homme et l‘animal, l’enfance, la pollution…Leurs interrogations se traduisent par des peintures, des sculptures, du mobilier, de la vidéo, des installations etc. ça foisonne d’inventions scéniques et de mises en scène d’idées.Une autre particularité est la disponibilité de toutes les « gardiens » (on pourrait dire de la paix) de cette expo. Ils répondent à nos questions, y apportent des compléments. C’est passionnant !

Après avoir admiré les très nombreuses oeuvres exposées dans deux grandes salles, nous entrons ensuite dans un circuit tout autour de la cour en passant par une quinzaine d’ex-bureaux, occupés chacun par un artiste. On est immédiatement immergé dans leur propre univers. Chaque pièce leur appartient. Les artistes osent, ils se dénudent, nous sommes en pleine création artistique, c’est émouvant et beau. Certains ont utilisés quelques documents ou mobilier abandonnés par les occupants précédents. Des procès-verbaux, des constats, des carnets de rendez-vous, la fameuse lampe (ou sa copie) d’interrogation…Tout est mis en exergue artistique dans la simplicité et l’efficacité.

On pourrait parler pendant des heures de cette exposition tellement la richesse est maitresse de ces lieux et de ces œuvres. Cependant, que de questions nous nous posons, nous simples visiteurs et amoureux de l’Art contemporain.

Alors que cet exemple d’exposition dans un lieu « adapté » dans une ville telle que Bordeaux, trouve sa place et répond à une très forte majorité de bordelais et de touristes, rien n’est fait pour retenir ces engouements. On se souvient de l’occupation artistique de la caserne Niel à son tout début de réhabilitation, qui aurait pu devenir un haut lieu artistique de la Ville mais transformé en une autre vocation. Ce bâtiment de Castéja est déjà affecté à tout autre chose qu’à l’Art. Autant d’occasions que la Ville rate en matière d’espace d’Art contemporain de haut niveau et de portée artistique internationale. Il est vrai que Bordeaux n’est pas Berlin !

Artistes de Tran5fert, dépêchez-vous de repérer un autre lieu éphémère sur Bordeaux afin que nous puissions à nouveau apprécier des Tran6fert, Tran7fert etc.

Jean-Claude Meymerit



Pierre Niney, ange ou démon ?

Ce comédien m’a toujours fasciné. Quand je dis toujours, ce n’est tout de même pas très vieux car ce comédien super doué, n’a que 26 ans. Son ascension est vertigineuse. Du théâtre au cinéma le chemin fut rapide. Ses débuts sur de nombreuses planches l’ont rapidement amené sur le plateau théâtral le plus célèbre, celui de la Comédie Française. C’est là où j’ai fait sa connaissance scénique. Aisance scénique, voix super bien projetée à la diction parfaite sans oublier un physique à l’alchimie mêlant fragilité, classe et sauvagerie.

Au cinéma, parmi déjà son long palmarès, comment ne pas oublier son « Yves Saint-Laurent  » et ce soir en avant première à l’UGC de Bordeaux, son « Un Homme idéal » de Yann Gozian. Qui est cet « homme idéal » : un héros ou Pierre Niney ? C’est devant une salle remplie comme un oeuf, avec 90% de jeunes filles bien élevées et assez clonées, qu’il présente ce film et se présente au public. Toutes ces fans avaient envahi les tous premiers rangs alors qu’en temps normal elles  auraient hurler de colère d’y être pour une séance de cinéma.

C’est une fois le film projeté que Pierre Niney  traversa tout seul la salle sous les ovations bien méritées de ses fans en délire. Que je comprends cet enthousiasme ! Ce film tout en émotion, drôlerie et rebondissement, nous charme. Notre comédien pratiquement à l’écran non stop pendant 1h30, nous chavire. Rien que son visage nous suffirait. Beauté animale et fragile à la fois. Même avec ses crimes horribles commis dans le film, on a envie de le protéger. Quel regard ! Il nous parle avec les yeux, tout en nous racontant une autre histoire, rien qu’avec son regard. Comme il le précise lui même, seul le cinéma permet de tels plans et c’est ce qui l’attire. Il dit toutefois qu’il préfère le théâtre (*). Au cinéma, le comédien ne maîtrise pas le produit fini, ni son déroulé au cours du tournage. Au théâtre le comédien peut tout gérer de a à z, il possède en permanence la globalité de l’œuvre. Il peut aller jusqu’à en même modifier certains contours au fil des représentations. Tout ceci Pierre Niney l’explique magnifiquement bien ce soir, seul sur scène, avec humour, gentillesse et énergie. Il sait enflammer son auditoire. Quel magnifique rôle il pourrait jouer pour la valorisation du théâtre. Grâce à une telle aura, que de pièces de théâtre pourraient sortir de leurs ornières et entraîner un large public de jeunes. Le succès d’un spectacle tient souvent sur un nom de talent. Pierre Niney pourrait être celui là. De plus il sait en parler et sait très bien parler. Son discours sur le théâtre est clair et encourageant pour l’avenir. Un jeune qui parle aux jeunes n’est-ce pas là aussi la clé d’une efficace démarche pédagogique culturelle ? Je ne pense pas que ce soit en créant toujours des pièces de collectifs de comédiens inconnus et fortement subventionnés que l’on répond au plus grand nombre en pensant les attirer au théâtre. C’est malheureusement même souvent l’inverse. On a besoin de locomotives artistiques de haut niveau. Notre jeune comédien français en est, aujourd’hui, une preuve vivante.

Jean-Claude Meymerit

(*) ce même 13 mars, jour de ses 26 ans, il déclare officiellement sa démission de la Comédie Française pour se consacrer au cinéma. Bon vent pour le cinéma et dommage pour le théâtre (pour le moment) !

 

 



Novart 2014 à Bordeaux : suis-je devenu complètement crétin ?

En effet, en sortant d’une séance théâtrale dans le cadre de Novart, je viens de me rendre compte que je suis devenu complètement crétin ! Mon cerveau ne fonctionne plus ! Je n’ai rien compris de ce « pseudo spectacle. L’affiche annonçait : « duo entre théâtre et performance ». Pourquoi pas ! Cet ensemble était proposé à Bordeaux au marché de Lerme et interprété par une jeune compagnie bordelaise.

Une fois le public installé dans l’obscurité, tous les stores du pourtour du marché se lèvent laissant entrer la lumière artificielle extérieure des lampadaires et des phares des voitures venant ainsi éclairer l’espace scénique. Aussi, dès cet instant, on a envie de se laisser porter par le rêve, la non-existence, le fantasme, le quotidien ou le vide. Par contre lorsque les deux personnages garçons entrent en piste dans des gestes désincarnés, déthêâtralisés, tout s’écroule. Cela devient inintéressant et ringard (car vu mille fois depuis les années 70). Tout est de l’à peu près, pas fini. Par exemple lorsqu’ils voient des scènes de la rue se passer sous nos yeux,  un vieillard courbé passant à tout petits pas sur le trottoir, un monsieur rentrant sa poubelle avec fracas, un motard, s’harnarchant près du vitrage et démarrant son bolide dans un bruit sourd, une famille longeant les vitres du marché en regardant vers l’intérieur, etc…..,ils auraient pu jouer avec un peu plus d’insistance théâtrale. Toutes ces scènes et ces visuels frôlant le voyeurisme auraient dû être des éléments moteur de ce « pseudo spectacle ». Au fait, de quoi je me mêle, ce n’est pas moi le metteur en scène, d’ailleurs je n’ai toujours rien compris à ce qui se passait sur scène ! Malheureusement, pendant une heure, on assiste à un défilé de petits gestes étriqués du quotidien, aucune parole, des déplacements inaboutis…

Puis, ô surprise, un des deux jeunes garçons ouvre la bouche ! Il parle ! Du moins je l’imagine car là aussi, voix inaudible, mauvaise diction. Il lit quelques paragraphes d’un texte d’un philosophe. Au cas où vous l’auriez oublié », je n’ai toujours rien compris ! Peut-être que vous, oui ?

Après avoir écouter la présentation de leur compagnie en plein milieu du spectacle, puis s’être farci une chanson en play back, une lutte au sol entre les deux garçons (ma foi assez esthétique) vient nous réveiller. Hélas, on retombe dans l’ennui. Qu’une heure est longue lorsqu’on s’e…….car on ne comprend toujours rien (tout au moins moi), ni à la démarche, ni au sujet.

Le moment que j’ai préféré fut lorsque trois personnes du public ont voulu quitter la salle en plein spectacle. Par où passer ? Portes fermées et obligées de faire le tour du plateau à la vue de tout le monde. Très drôle !

Après quelques applaudissements protocolaires, je serais sorti de ce magnifique lieu sereinement, si je n‘avais pas lu sur le programme de mon voisin la  liste des collectivités locales participantes à ce projet. On rêve ! La totale. Ils se sont tous donné la main et ouvert leur tiroir caisse. Combien d’euros en subventions a coûté cette production, et sur quels critères ? Pendant ce temps d’autres compagnies, avec des créations théâtrales ambitieuses, solides, artistiques, attendent toujours un seul euro de toutes ces collectivités et sont obligées de mettre la clé sous la porte. Les organisateurs de Novart voient-ils les spectacles avant de les programmer ? Comment les sélectionnent-ils ?

Dix euros la place pour du « pseudo-théâtre-performance » c’est cher. Avec les subventions données, ne pourrait-il y avoir gratuité (surtout dans un bâtiment de la Ville). Où est donc passée la culture populaire et l’art contemporain pour tous? Il y aurait certes un peu plus de monde et les déceptions moins grandes. Je croyais que c’était la mission de Novart.

Avec ce texte, je  réagi…l’effet artistique recherché par les organisateurs est donc atteint. Seulement, moi aussi j’ai le droit de me moquer et de faire la guerre à l’imposture théâtrale,  c’est aussi ça, l’art contemporain ! De plus, j’ai payé. Mais au fait, n’ayant toujours rien compris…..vais-je rester crétin ?



Deux étoiles ont brillé furtivement sur la scène du Grand Théâtre de Bordeaux

Je veux parler de Christaine Vlassi et d’Attilio Labis. Lorsqu’ils sont venus saluer ce soir au final de « Suite en blanc » clôturant le premier spectacle de ballet en hommage à Serge Lifar, une grande vague d’émotion a traversé mon cœur d’admirateur pour les grands danseurs étoiles de Paris des années 70. J’ai eu la chance d’applaudir maintes fois ces deux étoiles dans les plus grands pas de deux classiques ainsi que beaucoup d’autres comme Noêlla Pontois, Ghislaine Thesmar, Patrice Bart, Jean Guizerix, Claire Motte, Georges Piletta, Cyril Atanassoff, Michaël Denard, Wilfride Piollet…sans oublier Charles Jude. Quels souvenirs !

Lorsque ce soir, je vois nos deux étoiles bordelaises actuelles, Oksana Kucheruk et Igor Yebra évoluer, je suis également ému. Quel dommage que leur talent ne soit pas assez médiatisé comme ils le méritent et que nous ne les voyons pas plus souvent dans des spectacles de grands pas de deux ou extraits de ballets classiques !

Jean-Claude Meymerit



Les Midis musicaux à l’Opéra de Bordeaux, l’appétit vient en écoutant !

Connaissez-vous ces concerts de quarante-cinq minutes donnés une fois par mois à 12h30 au Grand Théâtre de Bordeaux ? On y découvre régulièrement des jeunes talents lyriques le plus souvent programmés à la même période à l’Opéra, dans des seconds rôles. Au cours de ces concerts, ils interprètent en soliste, soit des airs d’opéras, soit des mélodies ou autres extraits musicaux classiques.

Certains osent et nous proposent des airs loin de leur tessiture ou de leur personnalité. Les résultats sont surprenants. D’autres se plantent carrément. D’autres plus timides ne prennent aucun risque et l’ennui nous gagne. D’autres enfin, nous offrent une magnifique palette de la couleur et des possibilités de leur voix, c’est magique. La générosité et la spontanéité de tous ces chanteurs méritent que l’on fréquente assidûment ces concerts. Il ne faut surtout pas oublier la présence au piano, de passionnés de voix qui, avec énergie et sans limites, les accompagnent avec grand talent.

Mais alors, avec tous ces positifs ingrédients pourquoi seule une petite frange de la population bordelaise répond à l’appel de ces concerts. Mise à part une faible partie du public en dessous de la barre des soixante ans, la majorité appartient à la tranche honteusement nommée avec un terme dit à la mode et que je réfute violemment : les seniors avancés. C’est vrai que la moyenne d’âge est plus près des caisses de retraites que des consommateurs de kebabs à la sortie du boulot.

Toutefois il est assez incompréhensible de constater que dans les milliers de personnes qui errent autour du Grand Théâtre entre midi et quatorze heures, personne ne trouve le temps de consacrer une heure à la musique classique (à quoi servent les RTT ?). Le prix d’entrée est à mon sens aussi un peu trop élevé.

Par ailleurs, alors que des classes entières de scolaires envahissent certains soirs la salle de spectacle pour assister – un peu contre leur gré – à certains opéras, ne pourraient-ils pas profiter de ces moments privilégiés pour venir écouter des extraits lyriques ?

Ne dit-on pas que l’appétit vient en mangeant !

Jean-Claude Meymerit



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