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Le gentil Xavier, Veilhan sur son lion bleu !

« Il est pâle et sale » nous a murmuré avec douceur le papa du lion bleu de la Bastide à l’occasion d’une conférence sur le thème Architectones qui s’est tenue ce jour au TnBa et organisée par le Frac Aquitaine. En effet, il n’avait pas vu son enfant depuis très longtemps. Dans les questions du débat qui ont suivi portant sur son oeuvre bordelaise, devenue maintenant le lion des bordelais, ont jailli les deux questions fondamentales et vitales pour l’artiste, pour les bordelais et pour l’art contemporain : pourquoi est-il bleu et pourquoi il n’a pas de testicules ? Nous y voilà enfin. C’est vrai que, moi-même, chaque fois que je passe devant ce lion ce sont les questions que je me pose immédiatement (!). La première question porte sur la couleur. Veilhan a très bien argumenté avec calme, humour et dérision. Quelle couleur auriez-vous aimé ? répondit-il à la personne auteur de la question de ce tel intérêt et de cette telle pertinente qu’elle pourrait faire l’objet d’un sujet de thèse universitaire en histoire de l’Art contemporain. Avec son humour flegmatique, l’artiste continue : « La monochromie est toujours sujet de débat. Pouvait-on imaginer ce lion vert ? Noir ? Mauve ? : non. Rouge ? (c’est la couleur en monochromie qui se vend très bien en art) ». Je l’ai voulu comme les nuages, bleu » a t-il annoncé, comme s’il venait de lire la dernière phrase d’un fort beau poème. Merci Monsieur Veilhan pour cette belle réponse à une question stupide.
Arrivons maintenant aux fameux attributs mâle absents à l’auguste prestance de ce magnifique animal. Je me mets à la place de la dame qui a posé cette  seconde question existentielle pour l’avenir de la race animale : « pourquoi ce lion est-il asexué ? » Quelle angoisse ça lui procure ! Cette question venait après celle d’une jeune dame qui elle, aimait passer entre les pattes et sous le ventre de notre lion, tous les matins en allant travailler. Il est curieux que cette dernière ne se soit pas rendu du manque ! Elles n’ont peut être pas les mêmes références en la matière. Maintenant que la question est posée publiquement je réalise que je n’avais jamais remarqué que cette sculpture de la place Stalingrad était un lion et qu’ il lui manquait en effet, sa virilité. Jules Renard aurait pu ajouter dans ses Histoires naturelles : « On reconnait un lion aux longs poils frisés autour du cou ! ». J’en été resté là. On en apprend tous les jours !
En dehors de ces deux questions pour école maternelle, le très célèbre artiste international Xavier Veilhan nous a baladé pendant plus d’une heure dans son univers de créations et de projets. Naviguant entre Art et Architecture il s’arrête à quelques instants au bord de chacune de ces deux formes de travail afin de nous faire partager ses hésitations, son engagement et ses choix. Le tout avec beaucoup de simplicité, d’humour et de gentillesse. « Vous êtes quelqu’un de gentil lui a dit quelqu’un dans la salle ! » Et c’est vrai.

Jean-Claude Meymerit



Grands pas de deux à quatre pattes

Je veux bien sûr parler des grands pas de deux, extraits des plus grands ballets classiques que sont Raymonda, la Belle au bois dormant, le Lac des cygnes, Gisèle, la Sylphide, Roméo et Juliette et Don Quichotte.
La classe et la beauté étaient au rendez-vous ce dimanche après-midi dans un lieu culturel de la banlieue bordelaise brillant, lui, par la laideur de son extérieur et de son intérieur. Vous me direz on s’en fout, une fois les lumières éteintes on ne regarde pas le plafond et les murs. Faut tout de même avoir envie de se déplacer vers un espace aussi triste, entouré de rues désertes, malgré un soleil radieux éclairant ce beau dimanche après-midi de mars.
Quitte à fermer les yeux en rêvant d’être dans une belle salle de spectacle et même quitte à y venir à quatre pattes, il ne fallait pas surtout rater ce grand moment d’art de la danse offert par sept danseurs et danseuses, solistes (sujets, coryphées et quadrille) du Ballet de l’Opéra national de Paris. Ce programme était dirigé artistiquement par un des danseurs étoiles présent sur scène, Karl Paquette. Comme un bonheur ne peut pas être complet, il fut dommage que la diffusion de la musique enregistrée fut si mauvaise. Saturation, souffle, mauvais équilibre des basses et aigus. Pour une représentation de spectacle vivant de cette qualité, la technique n’a vraiment pas suivi. Hélas !
Sur des chorégraphies incontournables de Noureev, de Petipa, de Perrot, de Bournonville…nos solistes nous ont offert toutes les facettes de cette signature qu’est l’Ecole française de la danse. Que ce soit les ports de corps, les jeux de jambes et de bras, c’est signé. On est scotché sur place. Que c’est beau ! Le public a fait une ovation très bien méritée à ces sept danseurs messagers de la danse française de l’Opéra de Paris, référence mondiale. Qu’en on pensé les quelques danseurs du Ballet de Bordeaux, entre aperçus dans la salle. On dit, dans les chaumières des chaussons bordelais, que le Ballet de Bordeaux serait la dernière compagnie française de danse classique de province. Est ce vrai ? Si c’est oui, profitons-en et espérons applaudir la prochaine saison de nouveaux grands classiques du répertoire. Les spectacles de danse classique sont extrêmement rares sur les scènes françaises. Que Bordeaux ne s’endorme pas sous les lauriers de l’acquis !
Jean-Claude Meymerit



L’opéra de Limoges où règne un parfum lyrique.

Entre deux voyages dans certaines grands villes européennes où je me rends régulièrement pour y entendre et voir des grands noms du chant lyrique ou tout simplement y découvrir des productions incontournables, il m’arrive aussi de me rendre à l’opéra théâtre de Limoges. Pourquoi après Berlin, Madrid, Vienne…choisir Limoges ? Parce qu’il règne dans ce théâtre un parfum lyrique que j’aime et qui me comble de joie car on y parle d’opéra (comme à Toulouse et à Bordeaux avant que celui-ci devienne opéra national).
Je me suis déplacé pour aller y applaudir la Jenufa de Janacek, superbe nouvelle coproduction montée avec les opéras de Reins et de Rennes. Même si tous les chanteurs ne s’appellent pas Deborah Polaski, Eva-Maria Westbroek ou Hildegard Behrens… (artistes que j’ai eu le bonheur d’entendre dans cet ouvrage), ici à Limoges l’émotion de ce drame était au rendez-vous et sa version originale de 1904 méritait fort ce déplacement. Un spectacle rond et harmonieux.
A l’opéra de Limoges, pas de sophistication ou d’accueil artificiel et impersonnel que j’ai trop souvent le malheur de connaître dans un opéra que je fréquente plus que tous les autres puisqu’il s’agit celui de ma ville. La convivialité est présente dès que nous entrons dans ce temple. C’est le mot clé de la maison. Un véritable accueil dans sa vraie dimension humaine. Ceci donne l’impression d’être invité chez quelqu’un, dans une maison d’opéras tout simplement.
Dès le contrôle d’accès à la salle, nous avons droit à un petit mot individuel sympa. Les personnes du vestiaire vous mettent en garde sur les objets laissés dans les poches etc..L’ouvreuse en vous accompagnant à votre place vous tend un super programme sous forme de quatre pages cartonnées couleur, gratuit avec la biographie des chanteurs, le synopsis et la distribution globale. Une base d’information indispensable que le spectateur a besoin et le droit de connaître et qui devrait être automatique appliquée dans certains autres théâtres (tout au moins dans les opéras nationaux qui ont une vocation de pédagogie inscrite dans leur charte).
La salle est super confortable, on y voit de partout, les prix supers bas et les gens du public dans le hall ou à leur place parlent opéra. Que c’est rassurant !
A quelques minutes du lever du rideau, une hôtesse vient vous voir pour vous proposer de changer de place afin de mieux lire les surtitrages. Je suis resté sans voix. Quel geste élégant. Dans le théâtre que je connais très bien, c’est l’inverse qui se produit. même si des places restent libres à droite ou à gauche il est interdit de se déplacer. Réflexion faite je me demande si ce n’est pas la différence fondamentale entre un opéra municipal et un opéra national : l’accueil et le parfum lyrique ?
Bravo l’Opéra de Limoges, on y reviendra, c’est promis !



Evento Bordeaux : critiques mobiles :

Soirée inaugurale, éventée pendant la nuit ! :
En quittant, ce vendredi soir, les lieux de la place de la Comédie où avait lieu le lancement de la deuxième édition d’Evento, je suis parti sur une impression assez agréable de cette soirée que j’ai même trouvé très bon enfant et familiale, puis après une nuit des plus calme, au réveil, le côté bon enfant de la veille a un gout fadasse et sans saveur. Qu’est ce que j’ai vu et entendu ? : le lancement d’une manifestation artistique contemporaine en grande pompe sur cascade d’euros. Parmi le public et non la foule, des avertis silencieux et immobiles, des pseudos cultureux qui s’extasient à chaque hurlement de notre animateur italien du soir et à chaque mot projeté sur la façade du Grand Hôtel. Et bien sûr aussi de très nombreux non avertis qui, un peu perdus, essaient de raccrocher tous les morceaux.
Dans quelle catégorie je me situe je n’en sais rien, en tout cas, je n’ai pas tout compris, j’ai aimé et j’ai détesté à la fois. Planté dans la foule, j’ai passé cette soirée d’une heure et demi à tourner sur moi même comme une toupie ou tourner la tête au maximum de mes possibilités cervicales afin d’essayer de capter le maximum d’événements qui se passaient sur les façades de la place, sur le marches du Grand Théâtre et sur la mini scène centrale. Tout ceci a un côté amusant et distrayant et on se laisse très vite prendre au jeu.
Or, où tout cela se complique lorsque notre animateur italien, célèbre metteur en scène, acteur et cinéaste, une des figures les plus importantes de la scène théâtrale contemporaine, Pippo Delbono apparaît sur la petite scène centrale de la place et commence à s’époumoner au micro par des discours et textes en français et en italien. De toute façon peu importe la langue car comme on ne comprend rien du tout. La très sophistiquée technique avait trop forcée sur la saturation du son (mode de plus en plus répandue pour être label contemporain). En parallèle sur la façade du Grand Hôtel s’affichent des phrases clés en traduction ou en complément des textes lus par Delbono (?).
Je retiens de cette soirée quelques moments forts comme cette simulation d’incendie de l’hôtel avec sa trentaine d’invités installés au balcon central tout en buvant du vin rouge. Magnifique visuel. Autre moment fort, est le plaisir de découvrir et d’entendre la formation musicale dirigée par le compositeur lui-même, Alexander Balanescu, dans de magnifiques pages. La cerise sur le gâteau est sans hésiter la présence des artistes du choeur de l’Opéra interprétant quelques morceaux de cet auteur. Moments de pur bonheur musical.
Parmi tout ce pot pourri artistique inaugural, qu’est ce que j’ai retenu ? :
- un déballage et étalage de matériel sonore et lumière (avec blocage pendant 3 soirs du tram, difficultés de traverser la place mise dans le noir ces trois soirs). Répétitions obligent.
- un monsieur de notoriété internationale lisant ses textes sur des feuilles volantes au lieu de les avoir appris par coeur.
- mauvaise synchronisation entre tout ce petit monde dans le déroulé de la soirée.
- démagogie en faisant monter sur scène, à la fin, un musicien de rue bien connu à Bordeaux les soirs d’été aux terrasses des restaurants. Très beau geste de monsieur Pippo Debono. Les artistes bordelais étaient ainsi représentés.
- projections ordinaires sur les façades, n’arrivant pas à la cheville des magnifiques fresques projetées place de la Bourse au moment des Fêtes du vin et du fleuve.
- présence de Bobo, l’acteur fétiche de Delbomo, présenté comme une bête curieuse.
- heureusement, partie musicale par l’orchestre de Balanescu et chantée par le Choeur de l’Opéra, passionnantes.
En clair, beaucoup de bruit pour presque rien. Qu’en pensez-vous Messieurs Frédéric Mitterrand et Alain Juppé, ministres présents ce soir là ?

Danse avec « Sortie de la caverne, l’école du rythme » de Claudia Castellucci :
Vent de fraîcheur sur la scène du Grand Théâtre de Bordeaux pour ce ballet final suite à un mois de travail avec une douzaine de danseurs amateurs bordelais. Quel magnifique travail ! Même si le trac se sent sur certaines épaules, la volonté et la précision du geste
sont bien là. Cette douzaine de filles et garçons d’une vingtaine d’années nous offrent le sens de leur rythme personnel tout en restant et en respectant le collectif. La chorégraphie de Claudia Castellucci est limpide, surprenante et parlante. Les musiques choisies offrent une palette d’embryons rythmiques variés des plus passionnants. Beau tableau lorsque disparaissent, comme par magie, dans le noir du fond de scène, les danseurs regroupés comme absorbés par le mystère de ce fond de caverne. A quand d’autres soirées de ce style ?



Quand l’art lyrique devient maître d’école !

Contrairement au titre du spectacle « l’Ecole est finie« , nous aurions aimé qu’elle ne s’arrête pas. Cette envie de rester sur les bancs de nos souvenirs, nous la devons à la pertinence et à l’énergie de la compagnie Opéra piment (clin d’oeil au Pays basque je suppose) avec son Quatuor Alegria 4. Cette unique représentation a eu lieu vendredi dernier 24 juin, à Anglet.
Nous sommes en 1955. Décor unique représentant l’intérieur d’une classe primaire. En fond de scène, un immense patchwork d’illustrations imprimées sur toile représente la plupart des matières enseignées. Ce montage théâtral et musical est construit sur des textes originaux, extraits de livres scolaires des années 50, et surtout sur des chansons populaires dites enfantines (sur le pont d’Avignon, Malbrough s’en va en guerre, à la claire fontaine, c’est la mère Michel, etc, etc..) aux adaptations musicales diverses (Vincent d’Indy, Joseph Canteloube, Juel…). Ce spectacle mélange, humour, nostalgie, tendresse et drôlerie. Le tout dans une mise en scène subtile et pleine de finesse. En clair, un spectacle intelligent !
Quatre chanteurs trentenaires, tous programmés séparément en solistes sur des scènes lyriques françaises et européennes, ont le plaisir de retrouver épisodiquement pour présenter ce spectacle.
Pour ce quatuor composé d’une soprano, d’un ténor, d’un baryton et d’un contre ténor, pas de hurlements, pas de gesticulations inutiles, pas de singerie sur scène comme font malheureusement beaucoup de compagnies théâtrales sous prétexte de vouloir faire rire. Ou, à l’inverse afficher des visages fermés véhiculant de l’ennui à trois sous et chantant essentiellement pour eux, comme vu récemment sur une scène bordelaise par une compagnie de jeunes chanteurs d’opéra qui souhaitaient eux-aussi aussi faire partager le chant lyrique, mais qui « faisaient la gueule » !
Notre quatuor n’essaie pas de récupérer l’auditoire, il agit. Et avec quel brio. Les quatre chanteurs font partager en toute simplicité leur art vocal dans la joie, la sincérité et le talent. Et ça fonctionne ! N’est-ce pas là la vraie transmission artistique ?
Angéline Danel, affichée dans de grands rôles du répertoire comme Musetta, Micaëla, Elvira …possède la diction parfaite et le timbre charnel et coloré idéal pour une soprano lyrique, sans oublier le champagne qui pétille dans ses yeux et dans son jeu.
Robert Expert contre ténor, que l’on entend régulièrement dans le répertoire baroque et que l’on peut applaudir dans de nombreux festivals n’hésite pas à mettre la particularité de sa voix, en dérision. C’est un régal.
Frédéric Bang-Rouhet, baryton, est bien connu sur les scènes lyriques françaises comme Saint-Etienne, Lyon, Besançon etc… Il excelle dans un répertoire d’opéra et d’opérette et chante avec les plus grands. Ce chanteur aux accents solides a une présence théâtrale des plus efficaces.
Gorka Robles-Alegria, ténor, a qui l’on doit la merveilleuse idée de ce spectacle familial, ainsi que les décors et la mise en scène, retrouve ses talents de comédien avec cette voix reconnaissable entre toutes et qui pour l’occasion en a profité pour explorer, avec succès, une nouvelle palette d’expression et de couleur vocales.
Ces quatre chanteurs-comédiens passant d’élèves à professeurs nous emportent dans un tourbillon d’images chantantes ou chaque expression du visage et du geste sont vivants de justesse et d’expression. Les voix d’une parfaite musicalité se complètent, se chevauchent, se bousculent, ricochent entre elles avec une précision d’orfèvre. Peut-on uniquement regretter de ne pas entendre chacun des chanteurs un peu plus longtemps en solo dans quelques phrasés de ces chansons. Simple regret de mélomane lyrique. Certes, le but de ce spectacle n’est pas d’être un récital.
Avec tous ces ingrédients, les chansons de notre enfance prennent une nouvelle jeunesse et résonnent différemment à nos oreilles et dans nos coeurs. Qu’en pensent les petits ? Ne vont-ils pas réclamer maintenant à leurs parents et à leur maitresse d’école de leur apprendre ces chansons à la manière du Quatuor Alegria 4 ?



Le roman de Claudie Gallay « l’amour est une île » : entre vie et théâtre

« Entre vie et théâtre, mes personnages pris dans vos rêves ont pesé chair ».
C’est par ces magnifiques mots, que Claudie Gallay vient de me dédicacer son roman « Lamour est une île » qui vient de sortir chez Actes sud.
Comme toujours chez cette auteur, les personnages, les situations et l’ambiance sont très forts et précis. Une écriture flirtant avec le rythme théâtral. Coïncidence ou simple exercice de style spécial à ce roman ? En effet, dans son livre, le théâtre trône. Nous sommes transportés au festival d’Avignon en 2003, en pleine canicule et de surcroît pendant la grève des intermittents du spectacle. Entre les personnages femmes et hommes de la scène, celles et ceux de passage dans la ville ou les sédentaires, on ne sait plus très bien qui est vrai et qui est artificiel. Qui fait du théâtre et qui est dans la vraie vie ou vice versa. Éternel miroir ! Entre une actrice toujours follement amoureuse d’un metteur en scène vivant sur une péniche. Entre un auteur de pièce de théâtre curieusement mort avant l’édition de sa pièce. Entre la jeune sœur de ce poète disparu venant en Avignon chercher des vérités. Entre une moins jeune habitante de la ville, hébergeant chez elle pendant le festival de jeunes comédiens du Off tout en se souvenant des Jean Vilar, Gérard Philippe, Laurent Terzieff…Tout ce petit monde se croise, joue, souffre, aime pendant que les manifestants s’interdisent de jouer ou interdisent l’accès à la scène aux autres. Dans ce roman, les personnages sont tellement forts qu’on imagine immédiatement derrière eux, des visages actuels célèbres. Combien de fois, il a fallu que je stoppe ma lecture pour ôter de ma vision, des Adjani dans le rôle de La Jogar, des Samie dans celui d’Isabelle, des Caubère dans celui d’Odon, etc…..Et le crapaud ? Quel rôle ! Quel amour !
(Rencontre avec l’auteur chez Mollat, le 13 octobre 2010)
Jean-Claude Meymerit



Les Ballets Trockadero de Monte-Carlo : le bonheur fait mâle !

ll y avait bien longtemps que je n’avais pas assisté à un spectacle de ballet aussi vibrant, entraînant le public dans un tourbillon de bonheur. Il fallait observer la tête des gens aux entractes et à la sortie, souriants, détendus, joyeux. Certes, la plupart avaient déjà entendu parler de cette magnifique compagnie, ou vu le spectacle ailleurs qu’a Bordeaux. Il faut dire que cette compagnie à l’originalité implacable d’être composée uniquement d’hommes. Elle a été créée en 1974 et tourne dans le monde entier. Comme beaucoup de « balletomanes », je connaissais certaines extraits de ce spectacle par des images filmées et photos. Les voir sur scène, c’est un feu d’artifice d’humour dans une perfection de technique et de performances réalisées. Le public bordelais semblait recevoir comme par enchantement un piqûre de rappel de comportement d’amateur de spectacles de danse. C’est ainsi que je me suis revu lors de ces grandes soirées de ballet au Grand Théâtre lorsque le public applaudissait à tout rompre les diverses figures à l’intérieur de tel ou tel pas de deux et autres figures. Aujourd’hui malheureusement, et je le déplore, rares sont les gens qui applaudissent les performances d’une danseuse en plein fouettés ou celles d’un danseur en pleines envolées. Aussi, ce fut ce soir, un bonheur collectif unanime, rarement senti dans un théâtre, pour un spectacle de danse.
Les « Trocks », le diminutif de cette compagnie, avait couché dans le programme, un extrait de l’acte II du Lac des cygnes, le Grand pas classique, le Go for Baroco, la Mort du Cygne et Paquita, Mais, qu’est ce qui fait que cette compagnie nous chavire dans le rire et dans l’admiration ? C’est que leur professionnalisme dans la technique et dans l’expression scénique sont au zénith. Lorsque un danseur, au gabarit frôlant les videurs de boites de nuits, en tutu sur les pointes, fait un sourire ou lance une œillade avec une légère exagération, la salle est en délire et il continue de danser. Le régal ! Tous ces effets de quelques dixième de secondes font tilt à tous les coups. Et je ne parle pas du clou de la soirée avec l’inénarrable danseur dans la Mort du Cygne et ses plumes qui, sortant de son tutu, tombent au sol en toute innocence. C’en est même très émouvant. Il faut avoir vu ce spectacle au moins une fois dans sa vie. Bravo ! »
Jean-Claude Meymerit
Source : www.paysud.com
12 octobre 2010



La chevalière au miroir

Il faut vite courir l’acheter (ou le voler) et le lire sans en sauter un seul mot ! Ce pertinent et très intelligent livre de Zoé Shépard (Aurélie Boulet de son vrai nom, puisque tout le monde le sait), est édité par Albin Michel. Quel régal !
Sans flatterie facile de ma part, je suppose que, si son plumage ressemble à son ramage, cet auteur est le (la) phénix de notre pays. Il ne faut surtout pas lire cet ouvrage d’une seule traite. C’est comme déguster le must des desserts d’un seul coup de cuillère. Il doit se lire par tous petits morceaux en se léchant les babines à chaque phrasé. Que c’est drôle et caustique ! Et pourtant le sujet est très grave. Et comme il est vrai ! Comment faire 35 heures de travail dans un mois ? Si, dans le train, vous voyez des gens sourirent ou rirent aux éclats, c’est qu’ils ont entre les mains ce volcanique livre intitulé « Absolument dé-bor-dée ou le paradoxe du fonctionnaire ».
Ce bijou concerne un peu plus de cinq millions de fonctionnaires français. Même si on soustrait le million de personnel hospitalier, il reste un peu plus de quatre millions d’agents de la Fonction publique d’Etat et Territoriale qui devraient se sentir interpellés. Combien, parmi cette population, oseront se reconnaître et témoigner ? Cet environnement et cette incompétence collective moutonnière résonnent toujours très fort dans ma tête : pointeuse, management, cadrage, formation, évaluation, groupes de travail,…tous ces mots qui depuis une dizaine d’années fleurissent et se prolifèrent comme une crise d’acné sur le visage de mon petit voisin de palier et qui comme pour l’auteur, sont insupportables à entendre, à écrire et surtout à vivre au quotidien.
Bien sûr, la résistance est la seule arme contre ce mascaret dévastateur qui veut nous faire croire que tout cela est utile et bénéfique pour le développement du service et pour l’épanouissement de l’individu. Foutaise ! Pour exemples : mise en place d’un audit dans un service, de quarante personnes, qui ne fonctionne plus, dix huit mille euros encaissés par la consultante en management de statut privé et de surcroît femme du Boss principal, pour tout simplement accoucher, au bout de plusieurs semaines, d’une synthèse de niveau d’école maternelle sans redoubler : il faut changer le chef de service. Comme application, mis au placard de ce dernier avec salaires et primes de haut niveau et une mission bidon pour couverture. Un autre cadre avec une fonction bien définie, absent physiquement de son lieu de travail pendant plus de quatre mois (car sans travail), sans inquiétude de la hiérarchie, ni comptes à rendre à son retour, comme s’il était à son bureau tous les jours. L’indifférence totale ! Une honte ! Ou encore, le recrutement d’un cadre devant apporter un soutien juridique sur tous les dossiers locaux, nationaux et internationaux. Dès que ce cadre signale un dossier non conforme à la législation ce n’est pas la personne qui l’a monté qui doit le corriger mais c’est ce juriste qui reçoit une remarque de son supérieur. Ses entraves dans les rouages administratifs de copinages font que ce cadre a été mis au placard à l’age de trente ans, alors que recruté spécifiquement pour cette mission. Un autre recrutement absurde et inutile : après un choix très difficile qui a failli ruiner l’industrie pharmaceutique, la manip a été d’ajouter à un service qui fonctionnait sans accroc, une tête supervisante et entreprenante de haut niveau, force de propositions de management dans le secteur de la gestion des ressources humaines. Résultat, le choix s’est porté sur un cadre administratif qui avec un sourire continuellement bloqué de quelqu’un qui vient d’attraper pour la première fois la queue de Mickey dans le manège de son village, démontre tous les jours ses facultés implacables d’analyses et de synthèses d’où son surnom : « 1+1 = 2″. La liste n’est malheureusement pas exhaustive, elle contient d’autres merveilleuses perles de luxe payées généreusement par le contribuable : on ne doit pas réclamer du travail à son supérieur car c’est considéré comme du harcèlement moral. Avoir osé cette démarche outrageuse à l’égard de son supérieur a valu au responsable d’une mission d’être mis sur la touche. Un autre cas : attendre plus d’un an (avec relances) la réponse à une question basique de logistique adressée par mail au plus haut placé dans la hiérarchie à quelques centimètres du bureau du demandeur. Ce n’est que lorsqu’il a changé d’ordinateur afin de posséder les derniers nés en outils électroniques périphériques à usages plus personnels que professionnels, qu’il s’est rendu compte que des messages étaient en attente. Et bien sa logique a voulu que des réponses soient tout de même apportées sans tenir compte de l’urgence et du délai déjà très…avarié ! Malheureusement, pendant un an, le travail n’a pas pu se réaliser. Etc…etc…
En lisant le livre de Zoé Shépard, on est très en colère. Même si le style d’écriture est très ironique, caricatural (à la Tati) et très théâtral, le fond est là et bien là, sur une toile de fond dramatique. Quoi faire contre toutes ces incompétences entretenues sournoisement et hypocritement protégées par les grands dirigeants ? Rien ! Ou si, lire ce livre et vite le prêter très rapidement à d’autres fonctionnaires. Peut-être une prise de conscience collective arrêtera cette hémorragie de création de postes-cadre à fausses responsabilités, instaurés artificiellement pour afficher un faux-semblant de modernité, d’efficacité et de développement au détriment de tous ceux et celles qui sont obligés d’exécuter et de se taire.



L’Art des jeunes dans un écrin bordelais à la saveur berlinoise !

Qui aurait imaginé, il y de cela seulement quelques années (2003) que la caserne Niel, ce haut lieu militaire, installé à Bordeaux Bastide depuis 1877, devienne le temps de quatre jours (du 1 au 4 juillet 2010), l’écrin d’une rencontre artistique des plus passionnantes et des plus populaires « Imaginez maintenant ». Il était impossible de tout voir et de tout entendre (concerts, arts plastiques, théâtre, cinéma, cuisine, photographie, conférences…) Plus de 120 créateurs et 11 formations occupaient l’allée centrale et les principaux magasins généraux de cet inclassable lieu.

Lorsque nous franchissons le portail de ce site, on voit surgir aussitôt des images et l’émotion que l’on éprouve à Berlin dans le mythique lieu culturel Tacheles. La comparaison s’arrête là, car du côté germanique, l’occupation « coup de poing en 1990″ par les artistes de Berlin avait pour but d’empêcher la démolition de cet illustre bâtiment porteur et reflet d’une situation politique, sociale et culturelle de l’époque. Du côté bordelais, on se trouve, sur une faible partie seulement des bâtiments, sur une nouvelle affectation de cette ex-caserne militaire par un projet unique et original d’éco quartier. Les autres espaces libres n’ont pas encore de nouvelles affectations. Ce site bordelais d’une force architecturale extraordinaire est chargé d’une âme et d’une ambiance peu communes semble être voué à l’Art.

Pendant ces quatre jours, la fête était au rendez-vous. Brassage de générations et volcan d’interventions artistiques. Où tourner la tête ? Un peu perdu, peut être par manque de lisibilité « grand public » dans la programmation, je me suis laissé entraîner, là par une voix, là par un instrument de musique, là par un rideau rouge, là par des applaudissements. Tout compte fait je n’ai rien suivi de logique, mais j’ai vécu intensément ces quatre jours avec ma et dans ma propre démarche contemporaine. Je suppose que les artistes présents auraient préféré rencontrer d’éventuels acheteurs ou signer des contrats. Mais le public n’a-il pas aussi un rôle à jouer dans la réussite d’une performance ou d’une prestation artistique?

À la clôture de cette manifestation, suite à une énergique prestation musicale chorale, les regards du public s’entrecroisent comme pour dire : « c’est fini ? ».

Même les organisateurs au micro, n’ont pas trouvé d’autres mots. Dommage ! On aurait eu aimé entendre de leurs bouches , “ce site est magique et idéal pour la création artistique contemporaine il faut lui donner cette dimension culturelle », ou bien « rendez-vous sur ce site au plus vite pour d’autres manifestations de ce style ».

J’ai un faible pour ce genre de manifestations où l’on côtoie des tous petits sur les épaules des parents, des habitants voisins, des gens connus et reconnus venus en famille un verre de bière à la main, des artistes se préparant en public, essayant leurs voix, leurs instruments, etc… Voilà un bel exemple de rencontre culturelle populaire, d’expérimentations, d’échanges et de festivités dédiées à la création contemporaine.



Quand les nourrissons se font un ciné!

A l’Utopia de Bordeaux, séances de cinéma estampillées « bébé ». Merveilleuse et attentionnée idée !
D’abord surpris du concept, j’ai assisté volontairement à une de ces séances dites « bébé », quelle surprise!
C’était un après midi en semaine, donc au cinéma Utopia de Bordeaux. Dans la salle ce jour là, parmi le public, trois mamans avec leur nouveaux nés accrochés à leur cou. Très émouvant ! Avant le noir absolu, quelques cris s’échappèrent de leurs tendres gorges à l’image des musiciens d’un orchestre qui accordent leurs instruments. Chaque nourrisson essayait le « la » de ses cordes vocales. Puis, lorsque les lumières s’éteignirent et que les premières images surgirent de l’écran, silence absolu. Pendant la projection, deux ou trois cris pas plus. Un heureux hasard a fait que ces cris semblaient venir de la bande son du film. Suis-je bien tombé ? Peu importe ! Le principal est que le cri d’un enfant me semble bien plus acceptable dans cet environnement que le bruit effrayant de ces agresseurs de pop corns (pas à l’Utopia heureusement) ou ces commentaires du film en direct de certaines personnes qui se croient un dimanche après midi autour d’une tasse de thé devant la télé .
Bravo à tous les cinémas Utopia de donner la possibilité à ces jeunes parents d’aller au cinéma avec leurs rejetons et bravo à tous ceux qui dans la salle comprennent le concept et l’apprécient. A la sortie de la séance, j’ai demandé à un nourrisson ses impressions sur le film, il m’a répondu « areu areu » ! Bon début de critique cinéphile.

Egalement sur le site : www.paysud.com