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Archive pour février 2020

La voix de Mirella Freni s’est tue

Cette célèbre et splendide cantatrice italienne vient de nous quitter dans le silence et la modestie, à l’image de son immense talent. Après avoir bouleversé les amoureux lyriques du monde entier, pendant un demi-siècle, elle vient de s’éteindre à Modène, sa ville natale, à l’âge de 84 ans. C’est dans cette ville italienne qu’elle a été élevée avec un autre célèbre autre artiste Luciano Pavarotti. C’est dans cette même ville qu’elle a créé avec son défunt mari, la basse Nicolaï Ghiaurov, une école de chant internationale.

Pour ceux qui, comme moi ont eu la chance de la voir et de l’écouter sur scène de très nombreuses fois, garderont à jamais au fond de leur cœur ces quelques larmes d’émotion qu’elle provoquait chez nous à chacune de ses apparitions. Avoir été un fan inconditionnel de cette cantatrice, cela a été d’attendre plusieurs heures pour avoir une place, faire des déplacements interminables pour aller l’écouter dans telle ou telle ville européenne, grelotter de froid certains soirs d’hiver à l’attendre à la sortie des artistes pour échanger un ou deux mots avec elle. Chaque fois elle s’excusait de faire attendre son public et manifestait immédiatement son affection en nous adressant quelques mots de gentillesse saupoudrés de beaucoup d’humour. Avec son public, elle restait vraie et très attentionnée. Elle prenait le temps.

Comme pour beaucoup de bordelais fans de cette cantatrice, nous avons eu le privilège de l’entendre à Bordeaux dans un récital lyrique et surtout dans une série de représentations en 1985 de l’opéra de Tchaïkovsky, Eugène Onéguine, dans lequel elle abordait pour la première fois en Europe, le rôle de Tatiana. C’était un événement et un rêve à la fois. Elle était à notre porte. Je n’oublierai jamais cette venue à Bordeaux. Mirella Freni c’était cette voix unique reconnaissable de tous les amateurs, d’une jeunesse éblouissante qu’elle a gardée jusqu’à la fin de sa carrière, aux aigus puissants et colorés avec une interprétation unique pour chacun de ses personnages.

Parmi tous les opéras que j’ai vu, je ne peux pas oublier sa Marguerite du Faust de Gounod à Bilbao, son Adriana Lecouvreur de Ciléa à Paris et à Bilbao, sa Fédora de Giordano à Gènes et à Vienne, son Don Carlo de Verdi à Avignon, son Eugene Onéguine de Tchaïkovsky à Bordeaux, son Simon Boccanegra à Bilbao, sa Pucelle d’Orléans de Tchaïkovsky à Palerme…ainsi que de très nombreux récitals.

En tant que fan de cette cantatrice depuis ses tous débuts dans les années 60, je n’ai jamais passé plusieurs jours sans écouter sa voix. Pour notre plus grand bonheur, les enregistrements sont nombreux. Cette voix ne s’éteindra jamais, même si en ces jours de deuil, l’écoute de sa voix en est assez difficile. Un admirateur bordelais de cette immense cantatrice.

Jean-Claude Meymerit