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À l’Opéra de Bordeaux : est-ce que la jeunesse suffit à produire un Barbier di qualità ?…

Posté le 9 février 2019

J’adore le Barbier de Séville de Rossini. Après avoir vu et entendu les deux distributions proposées par l’Opéra de Bordeaux, je reste toutefois un peu sur ma faim. La jeunesse ne suffit pas à donner toute la splendeur et la force que demande cette oeuvre.

Même si l’intelligente et précise mise en scène de Laurent Pelly prend toute son ampleur dans un éclatant et élégant décor, même si Marc Minkowsky endiable toutes les notes et nous entraîne dans des cadences musicales toutes faites de dentelles et d’émotions exceptionnelles, même si le chœur d’hommes s’amuse scéniquement, avec un engagement vocal très remarqué…., DES VOIX de solistes me manquent.

Me manque surtout des Rosine au timbre charnel de mezzo à l’ampleur vocale. Me manque des Comte d’Almaviva au timbre sûr surmontant toutes les difficultés d’agilité vocale. Me manque des Basilio hommes murs au timbre profond et généreux et aux allures inquiétantes.

Dans cette production bordelaise, seuls Carlos Lepore bouillonnant et sanguin nous offre un Bartolo digne des plus grands, Julie Pasturaud, une Berta étonnante à la voix magnifiquement projetée et bien sûr Florian Sempey dans son énième Figaro qui mène la danse avec diablerie, énergie à revendre et une voix époustouflante. Ces trois excellents chanteurs nous font vibrer et on y croit. Dommage que tous les autres chanteurs restent un peu en retrait et sont « un peu verts ». Ils jouent bien, ils chantent bien, ils sont tous jeunes et beaux mais j’ai envie de dire « et alors ? » Cette tendance actuelle dans les maisons lyriques à toujours vouloir programmer dans tous les rôles de cet opéra des chanteurs qui débutent, m’agace assez. Vieillir artificiellement un chanteur pour interpréter Basilio ou Bartolo est assez ridicule et ringard. Le Barbier de Séville est justement un des ouvrages où il faut à la fois des chanteurs jeunes et mûrs. C’est cette mixité qui en fait sa force. Il faut que cet opéra-théâtre soit très bien chanté et très bien joué, le tout avec beauté et engagement et surtout avec des voix sûres.

Lorsque on a eu la chance d’avoir entendu une Jennifer Larmore ou une Karine Dehayes en Rosine, un Rockwell Blake ou un Henri Legay en Almaviva, un Humbert Tomatis ou un Xavier Depraz en Basilio, le Barbier de Séville reprend alors ses lettres de noblesse. Aussi, devrions-nous dire que les castings de nos jours devraient être surtout affaire de Précaution utile ?

Jean-Claude Meymerit, le 9 février 2019

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