Pene Pati au Grand Théâtre de Bordeaux : de l’insolence vocale dans l’élégance !

Posté le 18 novembre 2018

Ce chanteur d’opéra est le lingo d’or des ténors. Du jamais entendu. Tous les qualitatifs liés à la voix sont à utiliser. Connaissez-vous beaucoup de chanteurs qui possèdent à la fois, un timbre ensoleillé à la Pavarotti, une puissance à la Corelli, une sensibilité à la Kaufmann, une diction à la Alagna, des aigus à la Christ Merrit, une délicatesse à la Gedda… Cependant il n’imite personne, il est lui. Ce soir, en un seul programme, il a voulu nous présenter dans toutes les facettes de son chant. C’est une réussite.

Le début du programme démarre par un cours cycle de mélodies de Gabriel Fauré. Alors que son pianiste bordelais accompagnateur Jean-Marc Fontana grand professionnel et toujours très pédagogue nous demande de ne pas applaudir après chaque poème, l’inverse se produisit. Moi le premier, les mains jointes prêtes à se manifester, je me suis arrêté net, scotché. L’art de Pene Pati dans la mélodie, son phrasé et sa diction du français nous frappent dès les premières notes. Brutalement conquis, nous voulions lui manifester immédiatement. Le public a donc tout de même applaudi après chaque poème de Fauré rompant avec les traditions du récital de cycles de mélodies.

Notre ténor enchaîne par une série de romances italiennes de Francesco Paolo Tosti. Même si ses qualités vocales nous séduisent toujours autant, son côté chanteur italien à la Pavarotti m’a assez peu intéressé. Par contre, avec son  » Ah lève-toi soleil » du Roméo et Juliette de Charles Gounod le délire commence. Inouï ! Enfin un Roméo amoureux et fougueux aussi bien dans la voix que dans l’engagement scénique, avec toujours cette ampleur, cette puissance et cette beauté accompagnées d’un découpage vocal des sentiments, exemplaire. Son « paraît  » final est touché par la grâce.

Il enchaîne avec l’air de Rodolfo de Luisa Miller de Giuseppe Verdi puis en bis vient l’air de la fleur de Carmen. Des dizaines de Don José vus sur scène à mon actif, des centaines d’écoutes de ce tube lyrique par les plus grands, et subitement Pene Pati apparaît. J’ai pleuré ! Oui j’ai pleuré. Et je n’étais pas le seul. Son « je t’aime » à la fin de son air est un sommet de l’art lyrique.

Puis vient un air de Tosca, splendide. Toujours sous les ovations du public, il attaque le célèbre Catari de Salvatore Cardillo. Il n’en fait qu’une bouchée. Il quitte la scène en nous offrant en cadeau final avec toute l’élégance requise, l’air de Des Grieux de Manon de Jules Massenet.

A t-il un professeur de chant magicien ? Est-il doué au point d’avoir toutes les palettes existantes d’une voix ? Ou tout simplement aurait-il été choisi ?…

Merci monsieur Pene Pati, avec votre Percy dans Ana Bolena de Donizetti actuellement programmée sur la scène bordelaise, revenez-nous vite, avec Mario, Hoffman, Don José tous vos nouveaux fans vous attendent.

L’ovation finale digne des plus grands concerts nous fait dire « on y était ! ».

Jean-Claude Meymerit

16 novembre 2018

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