Touche pas à mon bouquin !

Posté le 14 juin 2018

Avez-vous remarqué ce phénomène ou plutôt cette mode qui règne dans les médias et qui m’interpelle de plus en plus ? Je veux parler de la présence sur tous les plateaux de télévision et micros de radios, de tous ces bouquins cachés derrière chaque invité. En soi, c’est enrichissant et passionnant mais au bout de centaines d’émissions, la présence sous le tapis de tout ce foisonnement de bouquins, devient insupportable et indigeste.

Je ne parle absolument pas des émissions spécifiques axées sur la littérature et l’écriture, construites essentiellement sur cet Art et qui ne parlent que de cet Art. J’évoque toutes les autres – politiques, sociétales, gastronomiques, culturelles, divertissements etc., dont les sujets servent de prétexte à la promotion des livres des invités. Dès que quelqu’un (de connu de préférence) a un petit bobo, se fait larguer, à rater sa vie ou a découvert dans le tiroir de sa grand mère, la recette culinaire sur comment bien cuire un œuf dur, il écrit – ou fait écrire – . Tout lui est bon. Aussitôt les médias s’en emparent et cela devient un événement littéraire. Et on en parle, et on en reparle comme si c’était un futur prix Renaudot ou Goncourt.

Cet engouement pour tous ces écrivains-reality qui nous racontent leur vie en long et en large depuis leur enfance, est à la longue assez insupportable. Le talent d’un invité de media, n’est-il pas de raconter son histoire oralement avec passion et humilité sans pour cela être obligé de dire à chaque phrase « comme je l’ai écrit dans mon livre ». Comme on ne l’a pas lu, on s’en fout et comme on n’ira pas non plus l’acheter, on s’en fout encore plus !

Que deviennent tous ceux qui créent, qui pensent, qui ont les mêmes savoir-faire, les mêmes sujets d’études, vécu les mêmes déboires de la vie, qui agissent et appliquent au quotidien leurs idées et leurs projets de vie…et qui n’écrivent pas ? Pourquoi seules les personnes qui sortent un bouquin auraient-elles des idées, feraient partie d’une certaine intelligentsia et auraient-elles droit de cité et seraient invitées ?

Techniquement, cela paraît toutefois assez logique. C’est plus facile de repérer quelqu’un qui a sorti un livre que quelqu’un qu’il faut aller chercher dans la nature. Cependant, si les responsables des medias faisaient un vrai travail d’investigation dans la recherche d’intervenants au lieu de prendre le premier classement de vente de livres ou d’inviter la personne déjà connue médiatiquement, qui va nous raconter pour la énième fois les mêmes banalités, chacun d’entre nous aurait la chance de faire partager ses connaissances, son originalité et son talent.

Etre édité n’est pas toujours pas signe de qualité, d’originalité ou de talent littéraire.

Les librairies sont pleines de tous ces bouquins inutiles et très utiles à la fois. La liberté d’expression existe et c’est un luxe que nous avons de pouvoir écrire et être édité mais il existe livre et livre. Celui du roman et de la fiction et celui des récits, anecdotes, descriptifs, événements, quotidien…Il y a un fossé entre ces deux mondes.

Ce phénomène est d’autant plus surprenant que ce n’est pas sûr que le genre support papier entre les mains de nos concitoyens, soit toujours à la mode. Tout le monde veut écrire et être édité et de moins en moins de personnes lisent ces supports papier – tout au moins les jeunes -. Qui va acheter un livre-reality, alors qu’Internet répond pratiquement à toutes les questions.

Pouvoir écrire, est une chance unique.

Ecrire, est un bonheur extrême.

Etre édité, est une consécration.

N’être jamais invité à prendre la parole, est une frustration.

Garder pour soi ses émotions et son savoir, est une injustice.

Pouvoir en parler, est la liberté.

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