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Archive pour juin 2018

Angela Gheorghiu à l’Opéra Garnier de Paris : dans le creux de l’oreille !

Tous les amoureux de la diva étaient au rendez-vous pour l’unique prestation scénique en France, d’Angela Gheorghui.

Depuis quelques jours, on commençait à découvrir sur les réseaux sociaux, le programme musical de cette soirée qui ne comportait aucun air d‘opéra. Que des mélodies assez inconnues pour la plupart des spectateurs. Aussi, c’est un peu frustré que je me rends à ce récital et assez déçu de ne pas entendre cette immense artiste dans un répertoire mixte de mélodies et d’airs lyriques. Heureusement, ce n’en fut rien.

Lorsqu’elle apparait dans cet écrin rouge et or qu’est l’Opéra Garnier de Paris, dans une voluptueuse robe rouge, coiffée d’un architectural chignon, et qu’elle avance sur scène très lentement, accrochée au bras de son pianiste Alexandru Petrovici, elle semble sévère, assagie, comme si le poids des années avait sévi. Drôle d’impression ! Par bonheur, cette impression s’estompe immédiatement lorsqu’elle attaque les premières notes d’une mélodie de Pergolèse. La salle est déjà captée par sa douceur, sa forme de fragilité. Puis quand vinrent les autres mélodies allant de Rameau à Rachmaninov en passant par des Bellini, Donizetti, Flotow… sans oublier quelques airs populaires de son pays, la salle est subjuguée. Nous sommes tous accrochés à ses lèvres comme si elle s’adressait à chacun de nous, en nous murmurant à l’oreille ses mélodies finement choisies.

En seconde partie de la soirée, Angela Gheorghui apparaît en robe noire à traine avec un immense châle vaporeux sur les épaules. Comme à chacune de ses apparitions scéniques, elle connaît son public et elle sait ce qu’il aime et attend dans ses saluts chaleureux et ses baisers adressés à tous les étages de la salle. Sa légère minauderie nous enchante. L’alchimie avec le public est toujours en ébullition.

Même si son récital est composé de mélodies excessivement courtes, la présence de la diva et surtout la maitrise unique de sa voix nous met en état de lévitation. Toute la palette de son art est au rendez-vous. Certaines notes filées semblent être suspendues dans l’espace. Les quelques aigus forte que demandent les partitions sont lancés et tenus comme elle sait magnifiquement le faire. Ses phrasés murmurés sont une leçon de chant. Sa voix est toujours suave, chaude et colorée, avec ces quelques notes ténébreuses qui font chavirer. Un timbre unique. La classe.

C’est la première fois que je vois des surtitrages pour des récitals de mélodies  Etonnant le texte ! Dans le programme de ce soir, on n’y parle que de nature avec un catalogue d’oiseaux et de fleurs, du ciel, d’étoiles, de paysages, d’eau…sur une toile de fond d’amours champêtres. Mais n’est-ce pas l’essence même, aux siècles passés, de tout un ensemble de poèmes mis en musique ? Aussi, je me demande si je ne préfère pas rêver avec ma seule interprétation des phrases chantées et de l’expression dégagée par les chanteurs, au lieu de lire toutes ces lignes sur un surtitreur qui au bout d’un moment, se ressemblent toutes et m’ennuient.

Jean-Claude Meymerit, le 19 juin 2018



Touche pas à mon bouquin !

Avez-vous remarqué ce phénomène ou plutôt cette mode qui règne dans les médias et qui m’interpelle de plus en plus ? Je veux parler de la présence sur tous les plateaux de télévision et micros de radios, de tous ces bouquins cachés derrière chaque invité. En soi, c’est enrichissant et passionnant mais au bout de centaines d’émissions, la présence sous le tapis de tout ce foisonnement de bouquins, devient insupportable et indigeste.

Je ne parle absolument pas des émissions spécifiques axées sur la littérature et l’écriture, construites essentiellement sur cet Art et qui ne parlent que de cet Art. J’évoque toutes les autres – politiques, sociétales, gastronomiques, culturelles, divertissements etc., dont les sujets servent de prétexte à la promotion des livres des invités. Dès que quelqu’un (de connu de préférence) a un petit bobo, se fait larguer, à rater sa vie ou a découvert dans le tiroir de sa grand mère, la recette culinaire sur comment bien cuire un œuf dur, il écrit – ou fait écrire – . Tout lui est bon. Aussitôt les médias s’en emparent et cela devient un événement littéraire. Et on en parle, et on en reparle comme si c’était un futur prix Renaudot ou Goncourt.

Cet engouement pour tous ces écrivains-reality qui nous racontent leur vie en long et en large depuis leur enfance, est à la longue assez insupportable. Le talent d’un invité de media, n’est-il pas de raconter son histoire oralement avec passion et humilité sans pour cela être obligé de dire à chaque phrase « comme je l’ai écrit dans mon livre ». Comme on ne l’a pas lu, on s’en fout et comme on n’ira pas non plus l’acheter, on s’en fout encore plus !

Que deviennent tous ceux qui créent, qui pensent, qui ont les mêmes savoir-faire, les mêmes sujets d’études, vécu les mêmes déboires de la vie, qui agissent et appliquent au quotidien leurs idées et leurs projets de vie…et qui n’écrivent pas ? Pourquoi seules les personnes qui sortent un bouquin auraient-elles des idées, feraient partie d’une certaine intelligentsia et auraient-elles droit de cité et seraient invitées ?

Techniquement, cela paraît toutefois assez logique. C’est plus facile de repérer quelqu’un qui a sorti un livre que quelqu’un qu’il faut aller chercher dans la nature. Cependant, si les responsables des medias faisaient un vrai travail d’investigation dans la recherche d’intervenants au lieu de prendre le premier classement de vente de livres ou d’inviter la personne déjà connue médiatiquement, qui va nous raconter pour la énième fois les mêmes banalités, chacun d’entre nous aurait la chance de faire partager ses connaissances, son originalité et son talent.

Etre édité n’est pas toujours pas signe de qualité, d’originalité ou de talent littéraire.

Les librairies sont pleines de tous ces bouquins inutiles et très utiles à la fois. La liberté d’expression existe et c’est un luxe que nous avons de pouvoir écrire et être édité mais il existe livre et livre. Celui du roman et de la fiction et celui des récits, anecdotes, descriptifs, événements, quotidien…Il y a un fossé entre ces deux mondes.

Ce phénomène est d’autant plus surprenant que ce n’est pas sûr que le genre support papier entre les mains de nos concitoyens, soit toujours à la mode. Tout le monde veut écrire et être édité et de moins en moins de personnes lisent ces supports papier – tout au moins les jeunes -. Qui va acheter un livre-reality, alors qu’Internet répond pratiquement à toutes les questions.

Pouvoir écrire, est une chance unique.

Ecrire, est un bonheur extrême.

Etre édité, est une consécration.

N’être jamais invité à prendre la parole, est une frustration.

Garder pour soi ses émotions et son savoir, est une injustice.

Pouvoir en parler, est la liberté.



Elīna Garanča au Grand Théâtre de Bordeaux : l’étoile du chant lyrique dans le ciel bordelais !

« J’y étais ». Voilà ce que je pourrai dire dans les prochains jours, mois, années en me souvenant de cette soirée unique et envoûtante proposée par l’Opéra de Bordeaux.

Elīna Garanča à Bordeaux, je suppose que c’est l’événement que le monde entier a dû nous envier. Même si la salle n’était pas à son remplissage maximum ( ?), tous les amateurs venus d’un peu partout de l’hexagone étaient au rendez-vous, et quel rendez-vous ! Osons le dire, c’est la voix féminine la plus accomplie du moment. Cette voix renferme toutes les facettes du beau chant, souhaitées. Un timbre velouté homogène et splendide, une agilité exceptionnelle, des aigus insolents de puissance et de beauté. Ses sons poitrinaires nous bouleversent. Elle utilise sa voix avec une aisance et des subtilités très rares. Du très grand art.

De plus, Elīna Garanča est une comédienne accomplie. Au physique lumineux, elle se présente dans des robes étincelantes de classe. Dans la première partie, consacrée aux lieder de Robert Shumann et aux mélodies et romances de Serguei Rachmaninov, elle se présente avec une robe verte, sobre en apparence, mais d’une très grande élégance de haute couture. Dans la seconde partie, elle apparaît avec une robe de soirée au rouge éclatant qui entraîne le public à émettre un « oh ! » collectif. Le rouge bien sûr idéal pour évoquer Dalila et Carmen et…l’amour, sur lequel elle avait basé son récital.

Alors que dans la première partie, elle nous offrait une retenue à couper le souffle, liée à chaque mélodie et à chaque phrasé, dans la seconde partie Elīna Garanča explose, se déplace, s’amuse discrètement avec le public. Elle est Dalila, elle est Carmen. Quelle beauté ! Son intelligence et ses subtilités vocales font de ces deux personnages des êtres charnels et vivants. Par un seul jeu de mains ou d’un regard en coin, elle est ces personnages et nous envoûte.

Pendant tout le concert, nous avons apprécié la délicatesse du pianiste-complice en la personne Malcom Martineau. Il nous a offert en soliste dans la Suite bergamasque de Claude Debussy. Un moment de grâce.

En bis, Elīna Garanča nous offre l’air de Santuzza de Cavalleria Rusticana de Mascagni et celui de Lauretta de Gianni Schicchi de Puccini. Que du beau chant. On pourrait parler d’Elīna Garanča pendant des pages et des pages. Chacune de ses apparitions sur les scènes internationales font fureur. On se souvient tous – faute de ne pas l‘avoir entendu sur scène – des retransmissions inoubliables de sa Cenerontola, de son Eboli, de sa Charlotte, de sa Carmen, de son Octavian…et tout récemment de sa Dalila.

A Paris, elle sera bientôt Didon des Troyens de Berlioz, courons-y…à pied si nécessaire. Elīna Garanča est une étoile du chant unique ! Elle brillait ce soir dans le ciel bordelais.

Jean-Claude Meymerit, Bordeaux le 11 juin 2018

 

 



Articulation et diction au théâtre et au cinéma, ces oubliées !

J’avais déjà signalé dans plusieurs de mes  papiers, ce ras le bol de la non compréhension à l’oreille, des textes de théâtre, interprétés par les comédiens et plus particulièrement dans le secteur du théâtre dit public. Un comble ! Alors que ce théâtre fortement subventionné devrait jouer la carte de d’excellence et du bien fait dans ses productions, y compris le respect de la langue française et de son public. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas.

Il n’y a pas que le théâtre qui est touché par ce désastreux fléau. Au cinéma, la situation est encore pire. Comment accepter qu’avec des moyens inouïs utilisés par cet art que l’on puisse encore entendre dans la plupart des films français d’inaudibles textes ? Sans tomber dans la mode du siècle dernier avec ses excessives articulations d’acteurs, le confort du spectateur devrait être toutefois la priorité du réalisateur.

Aussi, pour ces raisons voilà très longtemps que je ne fréquente plus les salles de cinéma pour visionner un film français, dans lequel on ne comprend qu’un mot sur deux. Cette écoute en pointillé à toutefois le stupide mérite de provoquer chez certains spectateurs, des ricanements hystériques, qui, croyant avoir compris le texte et le sens de la scène, se manifestent par des rires « bestialisés ». J’en arrive à me demander si nous devrions pas avoir des sous titres pour les films français. Un comble !

Pourquoi ces comédiens français sont aussi fainéants dans l’articulation et la diction ? Qu’enseignent les professeurs actuels de comédie et que font les réalisateurs. Je pense aussi que les moyens techniques de prises de son utilisés, très sophistiqués, ne sont pas non plus très bien adaptés. J’en ai fait le constat en m’infiltrant dans le tournage d’une séquence de film où les micros étaient installés discrètement sous les vêtements des acteurs ce qui a eut pour effet que les comédiens n’ont aucun effort. Ils ont parlé dans leurs barbes et à la diffusion en salle, cela est devenu inaudible, sans aucun effet d’interprétation alors que la scène se voulait intimiste en utilisant un long texte. N’en déplaise à certains, mais lorsqu’au cinéma ou au théâtre, nous sommes par exemple dans un salon, nous ne sommes pas dans notre propre salon. Une certaine distance, même très discrète, doit avoir obligatoirement lieu.

Récemment, voulant voir absolument un film français, je me suis rendu en salle. L’horreur ! Après des années de constat de ce phénomène, je me rends à l’évidence. Même constat. Un copier coller. On ne comprend toujours rien de certains phrasés. Pour un film sensible avec beaucoup de texte, si on ne capte pas tous les mots et leur subtilité à quoi bon aller au cinéma ?

Ce qui est assez surprenant et agaçant, ce sont les réactions des personnes dans la salle qui ricanent chaque fois que le texte est inaudible. Leur ricanement presque nerveux ou maladif est souvent en contradiction avec l’image à l’écran ou avec ceux qui essaient de trouver des repères. Quelle foire ! Si je dois aller en salle de théâtre ou de cinéma pour me prendre la tête à essayer de comprendre le texte dans sa forme plus que sur le fond, autant rester chez moi. C’est que je fais ? Tchao le cinéma français et vive tous ces films étrangers qui avec leur sous titrages nous transportent dans l’émotion, le rêverie, la drôlerie, les pleurs, la joie…enfin quoi, du cinéma.

Honte aux réalisateurs de ne pas tenir compte de ce phénomène qui perdure trop et honte surtout à tous ces acteurs et comédiens qui ne font aucun effort et qui croit que, parler comme dans la rue, c’est de l’Art et bien non. Le bien articuler au théâtre et au cinéma est une obligation indispensable et une composante incontournable au respect de ces deux Arts et à celui du spectateur.