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Elektra de Strauss à l’Opéra de Bordeaux : élektrique !

Posté le 31 mai 2018

Avec la mode des opéras mis en espace (finances obligent), souvent plus préférables aux coûteuses et critiquables mises en scène, les yeux s’adaptent très facilement à ces nouvelles tendances.

Cependant, autant la mise en espace du récent Pelléas bordelais était une réussite totale, autant celle d’Elektra de Justin Way me semble un peu tristounette. A en lire la note d’intention de ce metteur en espace, « son travail n’est là que pour aider l’écoute ». Un peu plus d’inventivité et de précision sur quelques éléments de décor, de costumes et surtout de lumières auraient toutefois été les bienvenues. Les panneaux blancs esseulés sur le plateau scénique font triste mine. Les tenues vestimentaires de certains chanteurs manquent un peu de classe et ne sont pas toujours appropriés aux personnages. Ne critiquons pas trop, ce n’est qu’une version concertante scénique. Cependant, il me semble que c’est justement dans ce genre de parti pris scénique que la rigueur doit s’imposer encore plus précisément. Certains jeux de scène des chanteurs m’ont complètement échappés : trémoussement outrancier d’une des servantes de Klytämnestra, sortie en coulisses d’Elektra pendant que sa mère lui parle…sauts de cabris permanents pour Chrysothemis, d’un praticable à l’autre…

Soirée inoubliable grâce à tous les autres ingrédients de cette production (voix et orchestre). Ingela Brimberg dans le rôle titre est époustouflante. Tout lui semble naturel, ses puissants aigus sont beaux et tenus. Ils s’amplifient tous sur un souffle absolu d’une manière stupéfiante. Quelle magnifique Elektra. Elle vient s’ajouter à ma palette de chanteuses préférées que j’ai maintes fois applaudies sur diverses scènes, je veux parler de Gwyneth Jones, de Janice Baird, de Nina Stemme et d’Evelyn Herlitzuis. Klytämnestra est Felicity Palmer, qui avec ses quelques printemps nous offre une leçon de chant et d’émotions rarement entendues dans ce rôle là. On a envie d’aimer son sordide personnage. Elle aussi, émarge dans la liste de celles qui m’ont fait vibrer certains soirs mémorables. Je pense à Leonie Rysanek , à Agnès Baltsa, à Doris Soffel et à l’incontournable Waltraud Meier. Même si je préfère dans Chrysothemis des voix plus charnelles et plus ronde, Ann-Marie Backlund a campé une sœur joyeuse, presque innocente, à la voix belle et lumineuse. Avec un engagement vocal et scénique peut être un peu trop excessif à mon goût pour ce rôle, l’Orest de Gidon Saks nous étonne et nous séduit par son timbre puissant sorti des ténèbres. Ne voulant pas oublier un des seuls autres personnages de ce monument lyrique, je ne citerai que quelques noms connus et aimés du public bordelais comme Aude Extrémo, Mireille Delunsch, Christophe Mortagne…Quel casting !

Celui qui œuvre à la réussite de cet ouvrage est l’Orchestre de Bordeaux Aquitaine et sa centaine de musiciens. A Bordeaux, nous avons la chance d’avoir un chef d’orchestre orfèvre, en la personne de Paul Daniel. Cette masse orchestrale placée en partie sous la scène, trouve sa juste force sonore jonglant entre les voix et la masse orchestrale. Tout semble naturel et normal. Que de beauté et d’émotions !

Cette production est digne vocalement et musicalement des grandes scènes lyriques internationales. On sort de la salle, complètement abasourdi et élecktrisé !

Jean-Claude Meymerit, Bordeaux le 29 mai 2108

 

 

 

 

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