Parsifal à l’Opéra de Paris : un Graal royal !

Posté le 14 mai 2018

L’affiche alléchante dès le premier jour de sa partition ne nous a pas déçue. Ce fut bien au delà de toutes nos espérances. Tous les ingrédients étaient réunis. Il nous fallait un grand maître pour tous les faire vibrer. Ce grand maître est Philippe Jordan. L’harmonie totale. Sa connaissance absolue des qualités de chacun de ses musiciens, lui permet d’en tirer toutes les subtilités sur chaque note et phrasé musical. Quel Orchestre ! Et quel Chef ! En ce dimanche après-midi, son ovation entre chaque acte et au final, fut le témoignage unanime d’une salle en apesanteur, remplie à ras bord.

La mise en scène était confie à Richard Jones. Personnellement, je n’ai jamais vu une de ses productions mais cette vision de l’œuvre de Wagner m’a assez fascinée, même si j’émets quelques légères réserves sur certains choix de costumes (celui de Kundry) et sur certains partis pris, comme celui de faire chanter Titurel en coulisses pendant que le personnage physique, nanifié et paralysé, porté dans les bras d’un chevalier, est légèrement caché pour ne pas faire voir au public que ce n’est pas le personnage en scène qui chante. Un peu tiré par les cheveux, curieux et pas très évident. Une autre réserve concerne le jeu théâtral demandait à Amfortas au premier acte lorsque il revêt son immense cape de cérémonie et sa couronne. Il se bouge et se contorsionne d’une manière assez comique à la Michel Fau.  J’avoue ne pas voir du tout apprécié ce passage là. L’émotion disparaît pour laisser la place à du grand guignol sanguinolent. Dommage.  Heureusement que ces quelques réserves sont minimes à côté de tout le reste de cette production. Sur l’ensemble de l’oeuvre, le travail théâtral est remarquable !

Le décor mobile du 1ère et 3ème acte qui occupe toute la largeur du plateau, y compris les coulisses, se déplace latéralement. Il est composé de cinq lieux d’action différents. C’est imposant et efficace. Ce dispositif me rappelle un peu celui d’Olivier Py pour son fabuleux Tristan. Pour le second acte chez Klingsor, c’est un décor inverse qui est offert. Dépouillé à l’extrême jusqu’à laisser un seul personnage sur l’immense scène totalement noire dans un simple halo lumineux. C’est saisissant. Beau parti pris aussi d’avoir imaginé Klingsor en chercheur fou s’attaquant aux manipulations génétiques, croisant des gènes végétaux et des gènes humains afin de créer des êtres humains comme par exemple les Filles-fleurs. Cette vision du pouvoir extrême sur le rôle de la transgénèse dans l’avenir de l’homme, nous parle. Le tableau des Filles-fleurs est à la fois inquiétant et amusant.

Beau parti pris également pour ce final : au lieu de la traditionnelle cérémonie du Vendredi Saint où les Chevaliers sont tous réunis autour du Graal ravivé par Parsifal, Richard Jones a préféré faire partir Parsifal, accompagné de Kundry, abandonnant le Graal en entraînant avec eux tous les Chevaliers vers d’autres aventures d’idéologies ou de croyances.

Côté chanteurs, nous avons sur le plateau de Opéra Bastille les plus grandes voix de chant wagnérien : Günther Groissböck, par sa puissante voix dans une noirceur colorée aux émotions extrêmes, est à ce jour unique dans le rôle de Gurnemanz. A égalité, Peter Mattei, envoûtant, à la voix chaleureuse et projetée, nous offre un Amfortas idéal. Andreas Schager, est un de mes ténors wagnérien préféré. J’aime cette voix unique, généreuse et entière aux aigus puissants ainsi que sa fougue scénique. Il m’avais déjà impressionné à Bayreuth dans ce rôle de Parsifal, ici à Paris il m’a conquis. Evgeny Nikitin dans le rôle de Klingsor m’a laissé un peu sur ma faim; sa voix a peiné à atteindre le balcon. Ceci n’enlève en rien à cet artiste, ce timbre profond et chaud. Anja Kampe est toujours rayonnante dans tous les rôles qu’elle porte sur scène. Que de souvenirs avec ses Sieglinde de Munich et de Bayreuth. La tessiture de mezzo de Kundry ne lui pose aucun problème. Bien au contraire elle en a la voix et les couleurs. Tous les seconds rôles bien en place en voix et en jeux ont contribué fortement à tout l’équilibre du spectacle.

Un Parsifal inoubliable. Avec un plateau de Chanteurs inouïs, une Mise en scène efficace, des Chœurs somptueux, un Orchestre et son Chef inspirés et lumineux, nous avons trouvé le Graal…et royal de surcroît.

Jean-Claude Meymerit, Paris Bastille 13 mai 2018

 

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