A l’Opéra de Marseille : à quand un Lohengrin en couleur ?

Posté le 7 mai 2018

Pour la énième fois j’assiste à une production de Lohengrin en noir et blanc. Je ne parle pas que d’Elisabeth toujours en blanc ou Ortrud toujours en noir. Que ce soit pour Telramund, le Roi, le Héraut…le noir est monnaie courante. Comment les reconnaitre dans la foule ? A quand les couleurs ?

Mon seul souvenir de Lohengrin en technicolor fut la magnifique production de Werner Herzog à Bayreuth, puis celle, très surprenante de Carlos Wagner (rien à voir avec Richard), à Rouen.

Lorsque on lit en détail le livret de Richard Wagner à aucun moment l’auteur ne parle de bichromie, bien au contraire il parle d’ensoleillement, de scintillement, d’éléments de la nature etc. On ne peut pas dire qu’à l’époque du début du Moyen Age, dans laquelle se situe l’action, on snobait les couleurs, bien au contraire.

C’est donc une manie qu’ont les metteurs en scène à vouloir tout uniformiser, afin de serrer l’action et les sentiments qui y sont liés, en utilisant abusement le noir et blanc dans les décors et costumes, avec bien souvent le soutien d’éclairages sombres. Louis Désiré dans sa production de Marseille n’a pas dérogé à la tendance actuelle. Cependant, il n’est pas Olivier Py, qui, dans son Lohengrin de Bruxelles en avril dernier, utilise volontairement le noir et blanc dans une réflexion globale, en l’intégrant dans des décors somptueux et grandioses, avec éclairages blafards, le tout dans une mise en scène élaborée.

A Marseille on sent une production souffrant d’un manque de moyens financiers. Ce sol vallonné, avec ses effets de trappes et de fosses dont le résultat ne doit se voir que du parterre, est assez triste. Une toile nue en fond de scène. Une horrible table biscornue en avant scène. Un peu pitoyable. Les deux immenses urnes, comme les appellent Louis Désire, l’une refermant des armures et l’autre des vieux livres, sont théâtralement intéressantes à condition d’être utilisées plus souvent dans la dramaturgie de l’œuvre. Ce ne fut pas le cas.

Son message, comme quoi cet ouvrage est basé sur la guerre et sur la culture littéraire, est faible. Même si je ne suis pas forcément convaincu que le propos d’Oliver Py soit plus convaincant. Pour preuve, il fut obligé avant chaque représentation de présenter au public sa vision scénique. Nous sommes vraiment dans la main mise des metteurs en scène. Olivier Py reste quand même le plus grand metteur en scène de notre époque, il ne fait pas de la provocation gratuite, il s’approprie des œuvres et nous fait partager sa vision. A Bruxelles, plateau tournant. Immenses décors en mouvement permanent. Les chœurs placés sur plusieurs étages comme des loges.  Les moyens ne sont pas les mêmes qu’à Marseille.

A Marseille les artistes des chœurs sont en avant scène sur deux rangs ou se déplacent sur les monticules, telles des fourmis dérangées dans leur travail. Ce n’est pas laid et pas sans intérêt, mais tous habillés de la même manière et même couleur (roi, aides du roi, soldats, habitants…), cela fait assez pauvre.

Par contre, parmi les solistes des noms familiers aux habitués des scènes wagnériennes avec une certaine préférence inconditionnelle pour l’immense Petra Lang qui déverse son venin et sa haine dans chaque note avec une puissance et un tenue des notes spectaculaire. Elle fut la reine de la soirée. Dommage que Barbara Haveman ne nous ait pas donné ces mêmes frissons. Que lui arrive t-il ? J’ai beaucoup d’admiration pour cette chanteuse. Elle m’avait charmé dans Jenufa, Lisa de la Dame de Pique et Micaëla à Toulouse et dans Elsa à Rouen. A Marseille, son premier acte est assez pénible. Petite voix, détimbrée, notes finales des fins de phrases non tenues, phrasés hachés…par contre, on la retrouve en pleine possession de ses moyens dans le deuxième et troisième acte. Sa voix jaillit et nous retrouvons ses couleurs chaudes et ses notes bien projetées telles que nous les aimons.

Pour son premier Lohengrin, scénique, celui que j’avais adoré dans Loge de l’Or du Rhin à Bayreuth, m’a beaucoup plus convaincu plus par sa voix que par sa prestance. C’est vrai que son costume est assez ridicule. Tous les autres rôles sont à la hauteur des plus dignes productions wagnériennes actuelles. En tout premier, Adrian Eröd, le Hérault du Roi, par sa voix puissante, claire et bien projetée nous régale. Je suis moins séduit par celles de Thomas Gazheli (Telramund) et de Samuel Youn (le Roi), même si leurs présences scéniques et l’engagement de leur personnage sont sans reproche.

Dans cette production de Marseille, une idée forte cependant règne tout le long de l’œuvre, il s’agit de la présence muette du frère d’Elsa, qui, soit en rêve ou en hallucination dans la tête de chacun apparaît sur la scène régulièrement. Pas très nouveau, mais ça fonctionne.

Avec la magnifique orchestration de cette production, sous la direction musicale de Paolo Arrivabeni. Envoûtantes, précises, puissantes et langoureuses à la fois, toutes ces couleurs dans chaque note de l’Orchestre et dans les voix des artistes du Choeur de l’Opéra de Marseille, compensent bien celles disparues des costumes et décors du plateau. Je préfère !

Jean-Claude Meymerit, 6 mai 2018

 

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