Au Capitole de Toulouse : ô, ma Carmen adorée !

Posté le 17 avril 2018

Depuis de très nombreuses années, ô, combien de Carmen, de Don José, de Micaëla, d’Escamillo …dans mes oreilles ! Il faut savoir qu’à une certaine époque, rien qu’au Grand Théâtre de Bordeaux, l’opéra de Bizet se donnait, une à deux fois par saison lyrique, avec des distributions toujours différentes. C’est ainsi que nous y avons vu et entendu de la plus vulgaire à la plus sophistiquée des Carmen, du plus précieux au plus « bourrin » des Don José, de la plus engagée à la plus mièvre des Micaëla, du plus insipide au plus hargneux des Escamillo. Je ne parle pas des voix de certains chanteurs et chanteuses qui ont suscité dans le passé et ces dernières années des tonnerres d’applaudissements pour certains et des broncas pour d’autres. Ovation à l’époque pour une certaine Viorica Cortez dans Carmen, un certain Ernest Blanc dans Escamillo et une certaine Michèle Besse dans Micaëla. Des rires dans la salle pour une Carmen scéniquement vulgaire à souhait et pourvue d’une voix très laide, ou plus récemment un certain Escamillo qui ayant dû se tromper de rôle et qui face aux huées, a tout abandonné dès le lendemain, etc . C’est ça aussi l’Art lyrique, avec ses hauts et bas.

Par contre, ce dimanche à Toulouse, ovation spontanée pour toute la production, du plus petit rôle à l’héroïne principale. Quel plateau ! Tous les seconds rôles portent les personnages avec l’énergie et le chant souhaités. Très beau succès à tous. Pour illustration, je ne citerai que le personnage qui passe souvent inaperçu, Lilas Pastia. Celui de Toulouse, imposant et omniprésent grâce à Frank T’Hézan ne s’oublie pas. Et pourtant ce rôle n’a rien d’extraordinaire…Comme quoi le moindre petit rôle a une importance capitale dans l’équilibre d’une production. Lorsque sont affichés Luca Lombardo en Remendado, Olivier Grand en Dancaire, Marion Lebègue en Mercédes, Charlotte en Frasquita, Anas Seguin en Morales et Christian Tréguier en Zuniga, la magie opère.

Dimitry Ivashchenko dans Escamillo a la prestance imposante d’un gagneur macho avec de très belles nuances vocales. Anaïs Constant dans Micaëla, même si elle manque encore un peu de « niaque » vocale, nous a offert son air avec les notes graves que j’adore et qui me semblent indispensables, posées sur le « mais je ne veux pas avoir peur… ». C’est rare de nos jours ! Notre Don José est Charles Castronovo qui a su rester dans le cadre de son personnage aussi bien scéniquement que vocalement entre indifférent, repenti, amoureux transis, amoureux fougueux. Un très beau Don José.

Dans le rôle titre, une Carmen que je chéris plus particulièrement, Clémentine  Margaine. J’ai eu la chance de la découvrir au tout début de sa carrière, au Deutsche Oper de Berlin en 2013, où elle était en troupe sédentaire, dans Maddalena de Rigoletto et dans Carmen. Actuellement, elle triomphe sur la scène internationale dans de grands rôles : Carmen, Dalila, Anna des Troyens, Marguerite de la Damnation de Faust, Léonor de la Favorite…Sa Carmen de Toulouse possède toujours ces incroyables graves d’une beauté charnelle et d’une puissance insolente.

L’Orchestre national du Capitole, placé sous la direction d’Andrea Molino, le Choeur du Capitole, toujours au sommet du chant lyrique français, et la Maîtrise du Capitole ont reçu l’ovation très justifiée. Un mot sur la mise en scène Jean-Louis Grinda que j’ai adorée. Simple, moderne et traditionnelle à la fois, efficace, esthétique… autant de mots que nous aimerions apposer un peu plus souvent sur d’autres ouvrages présentés sur les scènes lyriques. Son clin d’oeil aux oeuvres de Richard Serra exposées au Guggenheim de Bilbao est saisissant.

Mon seul regret dans cette production, est le choix de la version « opéra comique » avec dialogues parlés. J’en ai marre de ces versions avec ces dialogues plus ou moins longs, triturés à en être ridicules à souhait. Comme souvent ces textes sont très mal dis avec des voix inaudibles ou désagréables. Au Capitole, les phrases sont interminables. Elles coupent toute l’action et l’émotion. Je suis un inconditionnel de la version « Guiraud ». Avec elle, l’œuvre est limpide, on ne se perd pas dans des considérations inutiles appelant même à sourire tellement ces dialogues sont stupides. Avec les récitatifs de Guiraud, Carmen devient alors un immense fleuve dramatique musical. C’est mon choix !

Jean-Claude Meymerit, dimanche 15 avril 2018

 

 

Il n'y a actuellement pas de commentaire pour cet article.

Laisser un commentaire