Quand la nudité éclaire des bêtes de scène !

Posté le 10 février 2018

Ayant lu d’excellentes critiques, et autant de moins bonnes, sur le dernier spectacle d’Emma Dante, célèbre chorégraphe-dramaturge-metteure en scène de la scène italienne, je me décide lors d’un de mes passages à Paris d’aller applaudir son dernier spectacle « Bestie di Scena » (Bêtes de scène). Cette création du Piccolo Teatro di Milano présentée au Festival d’Avignon en 2017, est actuellement en ce début février 2018 à l’affiche du Rond-Point.

Sept femmes et sept hommes, sur un plateau entièrement nu, s’échauffent en direct pendant que les tous premiers spectateurs commencent à s’installer. Rien d’original. Nous nous trouvons, face à un  tableau largement usité par des centaines de compagnies. Rien de passionnant à voir gesticuler des comédiens dans des tenues du quotidien pendant plus de quinze minutes.

A l’heure dite du début du spectacle, les lumières de la salle baissent très lentement pendant que les comédiens-danseurs, dans une chorégraphie d’une grande précision, s’avancent à tour de rôle en avant-scène pour se commencer à se dévêtir. Les tee-shirts, les joggins, les chaussures, les chaussettes valsent au niveau du premier rang de la salle. Lorsque les quatorze personnages sont entièrement nus, leur jeu consiste à cacher mutuellement leurs parties intimes. C’est cocasse et assez drôle.

Puis le spectacle s’enchaîne ou plutôt se déchaîne. Avec la venue original sur scène d’objets usuels (jerrican d’eau, poupée, pétards, balais, fausses cacahuètes…). Les corps se libèrent et bougent sans aucune retenue. Que ces corps soient beaux ou ingrats, petits ou grands avec de petits ou de gros seins ou des pénis aux tailles libres…, la palette de toutes ces différences voyantes fait disparaître tous les aprioris sur la nudité de corps humains. Ces disparités s’effacent très rapidement, comme si nous nous retrouvions tous sur scène, à poil ! Chacun de nous se reconnaît, ou imagine quelqu’un de ses connaissances. Pendant une heure, nous nous voyons tous sur scène, représentés par ces quatorze comédiens. Ne soyons pas hypocrites, qui n‘a pas imaginé ses collègues, ses patrons, ses voisins en tenue minimum. Les adeptes du naturisme doivent être contents car nous retrouvons dans ce spectacle quelques préceptes de leur philosophie.

Aucun voyeurisme, de l’Art au naturel.

Même si j’ai apprécié certains tableaux de ce spectacle, je n’ai pas entièrement adhéré à l’ensemble. Qu’a voulu démontrer précisément la metteure en scène ? Je n’y ai vu que le reflet d’un échantillon de notre société à l’état pur et sans tabou. C’est déjà pas mal, mais d’autres créateurs ont déjà abordé ce sujet. Rien de neuf sous le soleil, malgré les originaux tableaux magnifiquement réglés.

Ce soir là, j’avais derrière moi des « hystériques » qui gloussaient à tous moments même sur des scènes les plus anodines. Je pense que c’est plutôt dû à un mal à l’aise devant la nudité permanente qui a dérangé ces personnes.

Si ce spectacle a pu démystifier certains préjugés sur la nudité du corps humain c’est gagné et je dis bravo ! Pas sûr !

Jean-Claude Meymerit

 

 

 

 

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