Archives

Archive pour août 2015

A Bordeaux : Tran5fert, quand tu nous tiens !

- « As-tu vu l’expo « Tran5fert » dans l’ancien bâtiment de la Police de Bordeaux ?

- « Non »

- « Il faut y aller, dépêche toi, c’est remarquable »

- « Ok, j’y vais ! »

En effet, ce fut un choc ! Un choc par le lieu lui-même, vestige bordelais très connu, puisqu’il s’agit de l’ancien Hôtel de Police ou Commissariat ou plutôt Castéja, nom parlant le plus à la plupart des bordelais. Moi même, j’y ai passé quelques heures d’attente, et autres moments pas des plus agréables. C’était hier !

Avec cette exposition, intitulé Tran5fert, tous les souvenirs de cet endroit un peu ternes dans ma mémoire, s’estompent pour subitement s’éclairer grâce à un collectif d’artistes travaillant autour des cultures urbaines qui a su d’une manière intelligente et avec un talent fou, exploiter ce magique lieu architectural.

Dès le franchissement de ces fameuses grilles, c’est gagné. Tout est fait pour nous accueillir, en passant d’un décor pictural à des hôtesses d’accueil d’une gentillesse et d’une patience inouïes. Elles nous expliquent le concept, nous guident pour mieux apprécier cette exposition etc. Déjà on se sent invité, c’est rare ! Lorsque j’ai voulu payer un quelque chose pour l’entrée, elles m’expliquent que c’est gratuit. C’est encore plus rare !

Puis nous voguons en nous laissant entraîner dans les méandres des couloirs, des vastes salles, des exigus bureaux et de la majestueuse cour intérieure.Chaque recoin est exploité, chaque dessin mural épouse l’espace. Le sol, les murs et le plafond sont habités par le talent de ces artistes pour la plupart bordelais. Beaucoup de sujets sont abordés, la ville et la nature, l’homme et l‘animal, l’enfance, la pollution…Leurs interrogations se traduisent par des peintures, des sculptures, du mobilier, de la vidéo, des installations etc. ça foisonne d’inventions scéniques et de mises en scène d’idées.Une autre particularité est la disponibilité de toutes les « gardiens » (on pourrait dire de la paix) de cette expo. Ils répondent à nos questions, y apportent des compléments. C’est passionnant !

Après avoir admiré les très nombreuses oeuvres exposées dans deux grandes salles, nous entrons ensuite dans un circuit tout autour de la cour en passant par une quinzaine d’ex-bureaux, occupés chacun par un artiste. On est immédiatement immergé dans leur propre univers. Chaque pièce leur appartient. Les artistes osent, ils se dénudent, nous sommes en pleine création artistique, c’est émouvant et beau. Certains ont utilisés quelques documents ou mobilier abandonnés par les occupants précédents. Des procès-verbaux, des constats, des carnets de rendez-vous, la fameuse lampe (ou sa copie) d’interrogation…Tout est mis en exergue artistique dans la simplicité et l’efficacité.

On pourrait parler pendant des heures de cette exposition tellement la richesse est maitresse de ces lieux et de ces œuvres. Cependant, que de questions nous nous posons, nous simples visiteurs et amoureux de l’Art contemporain.

Alors que cet exemple d’exposition dans un lieu « adapté » dans une ville telle que Bordeaux, trouve sa place et répond à une très forte majorité de bordelais et de touristes, rien n’est fait pour retenir ces engouements. On se souvient de l’occupation artistique de la caserne Niel à son tout début de réhabilitation, qui aurait pu devenir un haut lieu artistique de la Ville mais transformé en une autre vocation. Ce bâtiment de Castéja est déjà affecté à tout autre chose qu’à l’Art. Autant d’occasions que la Ville rate en matière d’espace d’Art contemporain de haut niveau et de portée artistique internationale. Il est vrai que Bordeaux n’est pas Berlin !

Artistes de Tran5fert, dépêchez-vous de repérer un autre lieu éphémère sur Bordeaux afin que nous puissions à nouveau apprécier des Tran6fert, Tran7fert etc.

Jean-Claude Meymerit