A l’Opéra du Rhin de Strasbourg : un Tristan et Isolde pour le podium ?

Posté le 20 mars 2015

Comme promis (voir feuillet précédent sur ce même site), je vous amène à Strasbourg pour la deuxième production française du Tristan et Isolde de Richard Wagner. Dans le pronostic que je m’offre entre Toulouse, Strasbourg et Bordeaux, quelle est la production qui va, à mes yeux, être sur le haut du podium. Pour l’instant pas de Strasbourg, dommage ! Les ingrédients étaient pourtant très alléchants.

Je ne sais pas si c’est le comportement du public (voir plus bas) ou la faiblesse de l’ensemble qui m’ont laissé un peu perplexe ou les deux peut être, mais je suis resté toute la soirée assez frustré.

Pourtant, que cette production est belle ! Une rare intelligence de mise en scène. Les décors sont majestueux et d’une efficacité redoutable. Avec une telle mise en scène la clarté littéraire du texte est magnifiée. L’histoire prend un tout autre sens. On arrive presque à tout comprendre sans surtitreur. Dès le premier acte nous sommes saisis par le réalisme du décor. Il représente le pont d’un vieux navire. Les rambardes du bateau se situent en avant scène, ce qui permet aux protagonistes de s’appuyer aux garde-fous et de chanter au bord de la fosse d’orchestre symbolisant l’océan. Superbe vision rarement utilisée. Le deuxième acte est également très efficace. Nous sommes dans la chambre à coucher d’un pavillon, ouverte sur l’océan à l’image d’une chambre d’hôtel de grand palace. Avec des jeux de murs mobiles et de lumières, l’effet est immédiat. Pour le troisième acte, le réalisme est à son summum. La piaule de Tristan en bordure de mer. Cette misérable masure de bois blanchie par l’air salin est étonnante de beauté réaliste. J’irai jusqu’à dire, il n’y a qu’un pas, que nous sentions tout au long de cet acte l’air vivifiant de la mer. Et si c’était vrai !…Le magicien de cet univers année 40, est le metteur en scène Antony McDonald.

Parlons des protagonistes. Aucun ne m’a ému ou surpris. Dans le rôle de Tristan, Ian Storey m’a semblé assez distant avec un jeu assez restreint. Côté voix, après un premier acte assez terne, l’expression vocale s’améliore significativement au fil des deuxième et troisième actes mais ne séduit toujours pas. Isole est Melanie Diener. Elle est arrivé au bout de l’œuvre sans difficulté. Même si certains accents dans les graves et les aigus sont majestueux je n’ai pas adhéré à toutes ses attaques « voilées ». Au bout d’un moment je n’entends plus que cela et elles me dérangent. Son jeu, comme pour Tristan, est également assez distant. Le metteur en scène y est certainement pour beaucoup. Attila Jun dans le Roi Marke me fait surtout penser à un Hunding ou à un Hagen, plus qu’à un roi aimant et résigné. Malgré une absence de prestance royale, sa voix est somptueuse et nous séduit toujours.J’attendais avec beaucoup d’impatience Michelle Breedt dans Brangäne mais je fus un peu déçu. Son personnage et sa voix manquent un peu de classe surtout dans les belles sonorités graves tant souhaitées pour ce rôle. Dans les duos avec Isolde, les différences de voix n’existent pratiquement pas. Kurwenal en la personne de Raimund Nolte reste pour moi une énigme. Cette douceur de jeu et de voix est-elle voulue par le metteur en scène ou est-elle liée à la personnalité du chanteur ? Cette ambiguïté d’affection scénique et vocale pour son ami Tristan est plausible et apporte de l’existence au personnage. Seulement la voix de ce baryton n’est toutefois pas assez consistante pour ce rôle. Les deux autres personnages sont sans reproches et se fondent intelligemment dans l’œuvre : Gijs Van der Linden (Melot) et Sunggoo Lee (marin et berger).

Reste pour conclure la direction d’Axel Kober à la tête de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg. Déception ? Oui, je n’ai pas retrouvé ces longs accords langoureux et veloutés, ces engagements sonores, ces violences, ces douceurs, ces nuances…je n’ai entendu que du travail très bien soigné et appliqué. Est-ce suffisant pour Wagner ?

Je profite de ces quelques lignes pour remercier vivement ce Chef d’avoir osé interrompre l’ouverture de l’œuvre juste après les célèbres premières mesures et d’avoir recommencé, suite à une sonnerie retentissante de portable. Il est inadmissible que cette personne dans la salle (de surcroît une journaliste d’après mes renseignements) n’ait pas éteint son portable malgré les consignes d’usage. La honte ! Va t’elle écrire dans son article, cet incident ? Il faut dire aussi que les annonces de consignes diffusées au micro sont faites lorsque le public n’est pas encore complètement installé au lieu d’attendre l’extinction partielle ou totale des lumières de la salle comme dans la plupart des salles d’opéras.

La réussite d’un spectacle tient aussi beaucoup sur la composition du public présent. Ce soir, en assistant à cette production, j’évalue une fois de plus les incohérences de la politique nationale imposée aux Opéras nationaux. Pourquoi accepter des classes entières de jeunes à assister à de tels ouvrages durant plus de quatre heures ? Sont-ils préparés à supporter cette attention visuel et musicale relativement lente et longue ? De plus, leurs présences assez remuantes perturbent le reste du public. Le comble survenu ce soir de première, fut la désertion des 3/4 de ces jeunes dès le premier entracte. Puis lors du second entracte désertion pratiquement totale. Quel gâchis ! Tristan et Isolde est-il l’opéra qu’il faille faire découvrir aux jeunes en priorité ? Ce n’est pas avec cette politique que l’opéra retrouvera ses lettres de noblesse auprès d’un nouveau public et les jeunes en particulier. Au contraire. Mesdames et Messieurs les décideurs politiques culturels vous avez tout faux, il n’y a pas d’impact de réussite et ça coûte excessivement cher. D’autres solutions existent, mais encore faut-il les écouter.

Jean-Claude Meymerit

PS : rendez-vous dans quelques jours pour le Tristan et Isolde de Bordeaux

 

 

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