L’Opérette en voie de disparition : réalité ou mensonge ?

Posté le 10 mars 2015

« Quand on veut noyer son chien on dit qu’il a la rage ». C’est exactement ce qui se dit pour l’Opérette (*) : « elle est malade, moribonde, c’est une forme de spectacle d’un autre temps, elle n’attire que les vieux…« . C’est faux ! L’Opérette pourrait rester à la mode si tout le monde en décidait autrement et y mettait les moyens (les directeurs de théâtre, les artistes, les médias…). Ce n’est pas en réservant l’Opérette à une certaine catégorie de personnes que l’on pratique l’ouverture artistique à tous. Cette forme de ghetto organisé est révoltant.

Un directeur de théâtre lyrique (à quelques exceptions près), préfère monter mille fois une Flûte enchantée ou une Traviata qu’une Fille de madame Angot ou une Véronique. Pourquoi ces derniers ouvrages seraient-ils moins « public » que les autres. Il n’y a pas un public pour chacune de ces catégories (Opéra, Opérette). Il s’agit d’un même public. Dans l’absolu bien entendu. Dans la réalité, le système et les dénigrements sont tels que l’on met la catégorie Opérette dans le tiroir du ringardisme et tout est mis en oeuvre pour garder ce genre de spectacle dans sa poussière. Jérôme Deschamps à l’Opéra comique de Paris a bien compris la situation et grâce à lui l’Opérette retrouve petit à petit ses lettres de noblesses.

Le déclic de mon manifeste en faveur de l’Opérette m’est venu d’une manière plutôt bouillonnante ce dimanche après-midi dernier en assistant à la représentation d’un des plus célèbres opéras-comiques « la Fille de madame Angot » de Charles Lecocq. Cette production avait lieu dans une salle populaire de la banlieue Bordelaise « le Pin Galant ». Comme chacun le sait ce lieu ne créait pas de spectacles mais propose des spectacles tout faits, clé en main. En proposant ce spectacle un dimanche après-midi, la direction est sûre de faire le plein avec un public vieillissant ou les cannes ne passent pas inaperçues. Lorsqu’en haut des quelques marches du théâtre je regarde monter péniblement tous ces gens, une personne à côté de moi me balance « on se croirait au festival de cannes« . Même si ce jeu de mots est facile et ultra connu, je n’ai pu m’empêcher d’éclater de rire. Facile certes mais que ça fait du bien !…Aussi, si dans quelques années je vois rire quelqu’un, gorge déployée en haut de ces mêmes marches, me voyant arriver avec une cane, je penserai à ce dimanche là et j’en rirai moi même.

Revenons à nos moutons (ces derniers me font penser à la Mascotte d’Edmond Audran). Il y a quelques années elle fut montée à Paris en grande pompe avec un tapage médiatique exagéré. Cette production était lourdement montée, ennuyeuse, sans âme. Erreur de parcours. Une Opérette doit être montée dans une légèreté de rythme, de mise en scène, de jeu, de décors et costumes…et de diction. L’Opérette doit rester une fresque de plaisir pour l’oreille et la vue. C’est ça la clé de l’Opérette. Contrairement aux idées reçues, tout le monde ne peut pas chanter l’Opérette. Il faut des voix, des personnalités, des chanteurs comédiens.

Ce que j’ai vu et entendu ce dimanche, ne réunissait malheureusement pas tous ces ingrédients. « Mais faute de grives on mange des merles » ! J’avais rarement vu et entendu un souffleur aussi présent. Manque de répétitions ? Avec l’exemple de cet après-midi là, on se rend compte immédiatement que la médiocrité (ou les manques de moyens) dans un spectacle d’Opérette ne pardonnent pas. Où sont les Opérettes montées au Grand Théâtre de Bordeaux du temps de Gérard Boireau ? Distribution de haut vol, chorégraphie pétillante, choeur chantant et jouant, décors et costumes étincelants et bien adaptés à chaque artiste et surtout des mises en scène bien ficelées et finies. En clair des spectacles modernes attirant un très nombreux public des plus variés.

Aujourd’hui : public très vieillissant ???, rareté des productions, et productions non abouties. Demain : public varié, nombreux spectacles d’Opérettes, productions soignées. Pourquoi pas. Rêvons !

(*) entendons par ce mot générique : opéra comique, opéra bouffe, opérette viennoise, opérette féerie etc…

Jean-Claude Meymerit

 

 

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