A l’Opéra de Bordeaux : chez Anna Bolena, tout le monde est souverain.

Posté le 28 mai 2014

« Ah, que cela fait du bien ! » Voilà une phrase entendue ce soir plusieurs fois, à l’entr’acte et à la sortie, lors de la première d’Anna Bolena au Grand Théâtre de Bordeaux. C’est bien vrai !

Cette production est tellement magique à entendre et à voir que l’on se laisse aller à une relaxation artistique. Il est extrêmement rare d’avoir ce genre de sensation. Devant un public scotché dès l’ouverture, un silence abyssal s’établit dans la salle comme un effet d’hypnose. Il semble que le plateau et l’orchestre jouent devant une salle vide. Troublante sensation. Il faut dire aussi que la plupart des spectateurs voyait cette œuvre de Donizetti sur scène pour la première fois ou découvrait la partition. Pour cette première, tous les ingrédients y étaient. Cette cohérence entre la musique, les voix, l’orchestre, les chœurs (présence discrète et toujours aussi efficace), le décor, la mise en scène a fonctionné toute la soirée. Phénomène assez rare. Le public au rideau final a manifesté immédiatement ce ravissement en tapant des mains inlassablement.

Dans un décor sobre et élégant, Marie-louise Bischofberger nous propose une mise en scène stricte avec quelques très belles scènes de jeu de comédiens. Le regard ne se perd pas dans des méandres visuels souvent inutiles, rencontrés dans quelques récentes productions. Dommage toutefois que certains tableaux se passent trop en avant scène avec beaucoup de postures statiques et assez classiques pour les chanteurs (pauvre public des 3ème, 4ème… rangs des balcons et paradis…les cervicales ont du s’étirer anormalement…). Ce léger bémol attire de ce fait, et c’est tant mieux, toute notre attention beaucoup plus vers la musique et les voix. Que c’est reposant ! Une de mes scènes préférées fut celle où les cinq chanteurs se tiennent par le bras tout en se déplaçant, avec pour chacun un port scénique différent, indiquant les sentiments et les attachements imbriqués entre les personnages. C’est très beau et très fort.

Parlons des voix. Voix belcantistes ou non ? Vaste débat. Ne pinaillons pas. Elles sont toutes belles et passionnantes à écouter. Que ce soit  Patrick Bolleire dans le rôle du frère d’Anna ou Bruce Sledge dans celui de son premier amour, sans oublier Sasha Cooke dans le rôle de Smeton et le roi Henri VIII par Matthew Rose, on les écoute toutes avec beaucoup de bonheur. Parmi cette fourchette de chanteurs étonnants, une mention particulière à Christophe Berry dans le rôle de Hervey. Voix claire et extrêmement bien projetée.

Bien sûr, même si la partition est écrite surtout au bénéfice des personnages féminins, on ne peut rester insensible aux deux magnifiques voix de Keri Alkema dans le rôle de Seymour et Elza van den Heever dans celui du rôle titre, Anna. Beauté, pureté et timbre suave nous émeuvent. Leur duo et l’aria final d’Anna, à genoux…

Cette magie qui a opéré ce soir au Grand Théâtre nous la devons également et surtout en très grande partie à l’Orchestre de Bordeaux Aquitaine et à son chef Leonardo Vordoni. Equilibre exceptionnel entre le volume de la salle, les voix et les musiciens. C’est cette caresse musicale qui nous permet de redire « ah, que cela fait du bien ! ».

Jean-Claude Meymerit

PS : au secours ! comment une structure comme l’Opéra de Bordeaux laisse passer autant de fautes d’orthographe dans les surtitrages ?