Adieu Sanna je t’aimais bien tu sais…!

Posté le 25 mai 2014

Vous connaissez tous Sanna, cette immense et magnifique créature plantée majestueusement place de la Comédie, œuvre du célèbre artiste sculpteur catalan Jaume Plensa. Pendant plusieurs mois la ville de Bordeaux a hébergé dans divers lieux stratégiques (Pey Berland, Jardin public, place de la Bourse, Camille Julian, La Bastide, place de la Comédie…)…) de nombreuses créations de cet artiste qui furent fortement appréciées, presque à l’unanimité, de tous les passants. Certains souhaitaient vivement garder une de ces œuvres de manière permanente dans le paysage bordelais. Seulement problème ! Qui pouvait en acheter une ?

Une oeuvre artistique achetée par les citoyens, et non imposée (comme la flèche de la Victoire ou la Tortue, le Lion bleu ou la Maison à Pellegrin etc…), pourrait avoir un impact certain. Moi-même très sensible à toutes ces sculptures de Jaume Plensa, je rêvais que la Ville en acquière une, mais d’une manière originale, c’est  dire que ce soient les bordelais eux-mêmes qui l’achètent sur la base d’un petit calcul rapide.

Partant de l’hypothèse qu’une oeuvre coûte aux environs de 500 000€ et que Bordeaux est composée de 250 000 habitants, la participation mathématique reviendrait à dire que chaque habitant pourrait donner 2€. Approche très théorique bien sûr. Dans l’absolu, entre ceux qui pourraient donner effectivement minimum 1€, à ceux qui pourraient verser des centaines et milliers d’euros, en passant par des mécènes, des entreprises, des commerces, etc…l’achat pourrait se réaliser. A condition que la méthode de récolte de ces fonds soit entre les mains des bordelais (groupe de citoyens) soutenus techniquement par les Services de la Ville. Malheureusement, la suite des événements a complètement biaisé mon idée initiale.

Concrètement, ma proposition portait principalement sur l’oeuvre installée rive droite, sur l’esplanade Edmond Géraud, car elle était en prise directe avec le poète précité. Cette oeuvre de Plensa en forme de triptyque «  The poets » représentait la poésie et la philosophie. Edmond Géraud célèbre écrivain et poète bordelais de l’époque romantique, habitait pratiquement sur ce même espace. De plus, ces 3 statues de Plensa, posées en haut de mats donnaient l’impression d’avoir été créées pour ce lieu aussi bien de jour comme de nuit (éclairés intérieurement de couleurs changeantes). Elles étaient idéales pour y séjourner. Cette préférence que j’ai fortement soutenue était également liée à la proximité du Lion bleu de Xavier Veilhan. Tout cela me semblait avoir un sens, une logique culturelle et patrimoniale.

N’aurions-nous pas eu ainsi une magnifique vitrine Bordeaux rive droite sur deux grands artistes contemporains mondialement connus ?

J’ai proposé au Journal Sud-Ouest, avec beaucoup d’insistance, de lancer cette idée de souscription afin d’avoir des retours et créer ainsi une dynamique interactive d’acquisition collective d’une des œuvres de Jaume Plensa. Par le grand des hasards, le jour même de la parution de cet article de sensibilisation, le Maire de bordeaux propose au cours d’une conférence de presse la même idée. Bien évidemment la proposition du Maire vient écraser la mienne. Ma vive réaction publique fut sanctionnée par un nouvel article dans le presse mettant plus l’accent sur un fond de polémique que je ne souhaitais absolument pas. Des insultes et calomnies à mon attention suivirent sur un réseau social (jalousie, mesquineries politiques ou tout simplement stupidité..). En effet, nous étions aux portes des élections municipales !…

Même si le Maire de Bordeaux a reconnu publiquement la paternité de mon idée, le ver était dans le fruit et déjà pour moi l’échec de cette acquisition, par l’originalité d’une souscription issue des bordelais eux-mêmes, était du passé. Autant moi, je mettais l’accent sur l’acquisition d’une œuvre (semble t-il la moins chère) et la plus significative dans son emplacement, autant la Ville de Bordeaux misait sur une des plus importantes « Sanna » (création spécifique de l’artiste pour Bordeaux). Renseignements pris, toutes les œuvres étaient déjà entre les mains de propriétaires internationaux, sauf les deux créations spécifiques pour Bordeaux, « Sanna » place de la Comédie et « Paula » place Pey Berland. Le choix final de la Ville fut donc Sanna.

Aujourd’hui à quelques jours de la fermeture de la souscription lancée essentiellement par la Ville, seuls 44 000 € sont réunis sur le montage financier suivant : coût de l’œuvre, 450 000 € : 350 000 € par la Ville et 150 000€ par les souscripteurs. D’après l’élu à la Culture cette acquisition tombe à l’eau. Dommage !

Je suis déçu et content à la fois. Déçu, car garder une œuvre de cet artiste aurait été un fleuron de plus sur la Ville appartenant aux bordelais. Content, car si la Ville avait accepté d’associer à cette souscription des bordelais dans l’organisation par le biais d’un collectif sur la base d’un concept « minimun 1€ » par bordelais ou touristes (via les commerçants, les établissements scolaires, les lieux culturels, le Kiosque culture, les matches sportifs etc..), l’opération aurait abouti. J’en suis certain. En regardant partir cette œuvre vers d’autres cieux, je ne peux m’empêcher d’être triste et amer.

Adieu Sanna, je t’aimais bien tu sais, c’est dur de lutter contre des sculptures de fer !…