À l’Opéra de Bordeaux : La lettre des sables engloutie par l’écume !

Posté le 26 avril 2014

A l’image de la côte atlantique après le dernière tempête, on ne peut que s’écrier :  quelle désolation ! Ce soir est présentée au Grand Théâtre de Bordeaux en création mondiale « La lettre des sables ». Que c’est ennuyeux ! Pourtant, l’affiche était prometteuse : Christian Lauba pour la musique et Daniel Mesguich pour le livret et la mise en scène. Résultat : tempête dans un verre d’eau !

J’espère que derrière les quelques applaudissements scandés (grande mode bordelaise à la fin de chaque spectacle) d’un public clairsemé, ces mêmes personnes pourront nous dire un jour ce qu’elles ont vu et entendu. Personnellement, je suis sorti de ces deux heures vingt de spectacle déconfit et en colère. Inconditionnel de la création contemporaine, je constate ses limites. Qu’est ce qu’une œuvre contemporaine lyrique à notre époque ? Entendre un style de musique rabâché depuis plus de quarante ans sur les scènes lyriques, devient lassant. De plus, saupoudrer cette musique de rythmes jazzies à la Gershwin, de flonflons des années guinguette ou des longs phrasés musicaux copyright à la Richard Strauss (très beaux certes, comme ce duo final évoquant le deuxième acte d’Ariane à Naxos) sans oublier quelques attaques gentiment empruntées aux oeuvres de Wagner, je dis non ! N’avons-nous pas de nos jours tous les ingrédients pour inventer de nouvelles formes d’opéra, avec des partitions musicales de notre temps, des instruments, des rythmes…de nos jours etc..La lettre des sables montre les limites. Faire un catalogue de style et de rythmes empruntés aux autres est critiquable. À moins que ce ne soit qu’une simple justification et une réponse à un cahier des charges, comme quoi il faut une création par an pour mériter le label opéra national. Et à quel coût !

Inspirés du roman de Herbert George Wells, La machine à explorer le temps, le livret et les dialogues de Daniel Mesguich sont désolants. On ne comprend rien, tout est fouillis, les textes sont creux, inintéressants ? Même à l’opéra tout le monde ne peut pas devenir écrivain. Le texte lu sur le surtitreur (avec en cadeau quelques fautes d’orthographe et décalages) et celui chanté et parlé sur scène, sont d’une pauvreté consternante.

Il faut dire que la scénographie et la mise en scène sont aussi les grandes fautives de ce déferlant naufrage. Quel déballage ! Des décors énormes, des accessoires par vagues, de la vidéo inutile et parasite, des jeux d’acteurs répétitifs, du m’as-tu-vu permanent sans oublier l’éternel théâtre dans le théâtre. On prévoit d’avance les situations sans même les comprendre, les clichés scéniques sont multiples. On ne retrouve pas du tout le travail habituel de Mesguich. Qu’est ce qui s’est passé ?

Paradoxalement, les chanteurs sont livrés un peu à eux-mêmes, leurs voix assez réservées et assez faibles sont couvertes par la musique et les dictions laissent à désirer. Même les textes parlés sont ennuyeux car ils mettent trop en exergue la pauvreté du texte.

Avant qu’une tempête entraîne cet ouvrage au fond de l’océan – pour être revisité dans des siècles lumières – le mal que l’on peut souhaiter à cette création c’est qu’elle soit donnée en version concertante sans les dialogues parlés et encore moins le surtitrage. Peut-être qu’aussi et ainsi une accalmie visuelle redonnera le calme marin à cet océan en colère.

Jean-Claude Meymerit