Les Indes galantes à l’Opéra de Bordeaux : Scozzi devant Rameau !

Posté le 22 février 2014

Autant l’avouer tout de suite, je n’ai pas du tout d’attirance pour cet opéra de Jean-Philippe Rameau, les Indes galantes. L’ayant vu en 1978 sur cette même scène je m’étais juré de l’exclure de mon répertoire de spectateur, même si la distribution vocale de l’époque était de grande classe, avec des voix célèbres (Massard, Garcisanz, Issartel…).

Pourtant, comment ne pas résister à l’appel d’un ouvrage signé Laura Scozzi pour la mise en scène ? Christophe Rousset a bien réuni tous ses Talents Lyriques, mais dans cette production, la star c’est elle. On arrive par moment, à oublier les longueurs et les passages musicaux fastidieux. Après son Orphée aux enfers de l’an dernier, le public attendait avec impatience ses Indes Galantes. « Ca va décoiffer !« , disait-on dans les chaumières. Les représentations de Toulouse en 2012, avaient déjà pas mal interpellé le public.

Et bien non, ça ne décoiffe pas, car Laura Scozzi nous parle de la vie, de la vraie vie, étonnante de vérité, le tout dans un paquet cadeau d’humour. Elle met en scène des tableaux fortement imbibés de problèmes actuels de société, religieux, politique, écologique… Lorsque la scène se situe dans un paysage désert au Moyen Orient évoquant la condition féminine ou dans les montagnes du Pérou dans une usine de fortune de fabrication de drogues dures, ou en Amazonie dans un plan de déforestation, ou bien encore sur une plage branchée juste à la sortie des égouts de la ville, Laura Scozzi nous questionne fortement. C’est évident que tous ces clichés, nous les connaissons par cœur, mais une petite piqûre de rappel ne nuit pas. De plus, dans certaines micro-scènes – le couple et son fonctionnement, la virilité et l’obsession sexuelle, le pouvoir, la vieillesse, la nudité, la grossesse…- Laura Scozzi s’adresse directement à notre sensibilité et à nos émotions.. Quelle chance de pouvoir apprécier ce genre de relecture, même si elle est parallèle au livret lyrique. Je préfère, car ce n’est pas l’histoire creuse et insipide de cet opéra qui peut nous émouvoir. Nous ne sommes plus au 18°siècle, même si ce genre d’opéra, comme les Indes galantes, doit rester avant tout un opéra de divertissement. En supprimant de vraies interventions de ballet, la metteur en scène nous propose ici de la figuration permanente très active dans des figures chorégraphiques étonnantes.

Côté musical, tous les jeunes chanteurs sont surtout d’excellents comédiens et se fondent parfaitement dans cette chorégraphie d’une extrême précision. Quelle prouesse de leur part – nager, sauter, courir, se dévêtir… et bien sûr, chanter.

Et Rameau dans tout ça, me diriez-vous ? Peu me chaut ! Sans de telles mises en scène il y a bien longtemps que nous n’entendrions plus parler de certains de tous ces opéras de style baroque.