« Viejo, solo y puto » à Novart : un mal de tête espagnol !

Posté le 21 novembre 2013

Ce soir vient d’avoir lieu à la Manufacture Atlantique de Bordeaux, dans le cadre de Novart 2013, la première représentation de « Viejo, solo y puto » (je vous laisse traduire). Cette pièce, qui a déjà reçu de nombreuses récompenses, est la première écrite par Sergio Boris, acteur et metteur en scène argentin.

Seulement voilà, malgré la force de ce spectacle, de son interprétation et de sa mise en scène, il y a un hic et il est de taille. Cette pièce est jouée dans sa langue originale, c’est à dire en espagnol. Dans tous les documents de communication de présentation de cette œuvre à Bordeaux, il est dit : « spectacle surtitré en français ». Le problème est que l’on ne pouvait pas lire le texte projeté par le surtitreur, trop pâle. Chacun sa technique, comprendre l’espagnol et rester, quitter la salle (comment malheureusement certains l’ont fait ne pouvant pas lire le texte projeté) ou bien rester et attraper un mal de tête terrible (c’est mon cas). Avec une avant scène trop éclairée par une forte lumière blanche, les surtritrages en fond de scène disparaissent. Il faut à chaque minute réadapter ses yeux afin de les faire passer du mode sans effort au mode écarquillement. Au bout de quelques minutes la gymnastique oculaire devient tellement fastidieuse que l’on reste en position veilleuse. Dans les dernières minutes alors que la lumière de scène baisse légèrement on arrive, enfin, à lire aisément les surtires. Ouf ! mais un peu tard ! Le mal est fait. Quelle souffrance et quel dommage de ne pas avoir profité du texte. Demain cela ira mieux car j’espère que les techniciens se pencheront sur ce problème, rien que par respect pour le public.

Si on ne fait qu’écouter la langue espagnol sans rien comprendre (comme moi) on se laisse toutefois entraîner par le jeu éblouissant des cinq comédiens. Quelle force de justesse et quelle énergie. Le tout dans un assez grand calme. Pas d’effets inutiles, pas de cris (très à la mode pour faire croire que l’on fait du théâtre). Avec nos amis comédiens argentins, c’est du grand art théâtral, comme on en voit que très rarement. Le discours est d’une justesse incroyable. On est tellement dans le « beau et le juste dire » que l’on a l’impression d’être dans les dialogues d’un film d’ambiance. Sans parler fort, les comédiens se font entendre. les mots se chevauchent, les dialogues simples, doubles ou triples se distinguent. Le naturel au service de l’art théâtral.

Le décor représente l’arrière boutique d’une pharmacie argentine. Il donne le la de la situation, même si j’aurais préféré un peu plus de réalisme dans le décor général ou un peu de bruits de cette grouillante ville lorsque les portes de la pharmacie s’ouvrent. Ce genre de détails n’enlève rien au travail esthétique percutant du jeu et de la direction d’acteurs.

Rien qu’en ayant regardé toute la soirée des médicaments pauvrement installés sur de nombreuses étagères miteuses de cette pauvrette pharmacie, mon mal de tête a presque disparu. Médication par vision ou magie de l’art ?

Jean-Claude Meymerit