Au Capitole de Toulouse : chez Pelly les Manon se suivent et ne se ressemblent pas

Posté le 30 septembre 2013

Depuis ses débuts sur scène, je fais partie des admirateurs de Natalie Dessay en la suivant un peu partout en France, Blandine à Tours, Nanetta et Amina à Bordeaux, Ophélie à Toulouse, Lucia à Lyon, Olympia et Zerbinette à Paris, sans oublier ses mémorables concerts, avec Rolando Villazon à Toulouse, avec Jonas Kaufmann à Montpellier et avec Sophie Koch à Paris.

Partout, je suis resté scotché par autant de talent et de personnalité, sauf pour sa Manon de Genève qui m’avait déjà dérangé à l’époque. Je n’ai pas du tout la même conception du rôle (scéniquement et vocalement). Il est vrai que je ne peux pas ôter de mes souvenirs, Andrée Esposito, Raina Kabaivanska, Leontina Vaduva et surtout Renée Fleming à Paris dans la magnifique production de Gilbert Deflo.

Avec sa Manon donnée ces jours-ci à Toulouse, dans la mise en scène de Laurent Pelly , je suis resté une nouvelle fois assez critique sur la prestation de Natalie Dessay. Qu’elle ait chantée Manon un peu partout avec beaucoup de succès certes, mais en tant qu’admirateur de cette chanteuse et amoureux de cet opéra, je ne m’y retrouve pas.

A Toulouse, elle a davantage fait du théâtre musical que de chanter un opéra. Elle est restée Dessay et non Manon. Pour cimenter cela, Laurent Pelly a voulu en faire (à tort) une petite fille pseudo-écervellée, excitée avec un côté nunuche et capricieux. Mais le tout est si exagéré qu’il en devient vite agaçant. Il faut dire, de plus, que les costumes de la production ne lui siéent pas du tout. On ne croit pas à son personnage. Cette vision nous entraîne de ce fait à suivre le déroulé de l’ouvrage d’une manière complètement différente. C’est peut-être très intéressant mais frustrant.

Aussi, j’ai voulu comparer l’approche de ce rôle, faite par Natalie Dessay, avec celle d’une autre chanteuse qui a interprété cette Manon dans la même production de Pelly.  Je veux parler d’Anna Netrebko (hélas en vidéo). Son entrée est sublime ? Elle joue une jeune fille délurée, innocente, habitée par la joie de vivre et avide de découverte. Son air d’entrée est superbe d’expression. On a envie de lui crier : ne pars pas à Paris, il va t’arriver malheur ! Son évolution sociale dans l’ouvrage est fabuleuse et nous émeut. Quelle classe son Cours la Reine, à genoux. Avec Natalie Dessay on n’y croit pas, on a envie de la laisser partir très volontiers vers son destin et attendre. Dommage !

A très vite Nat sur nos scènes lyriques (mais pas dans Manon) ! Tu nous manques déjà !

Jean-Claude Meymerit