A l’Auditorium de Bordeaux, Paul Daniel applique le mariage pour tous !

Posté le 27 septembre 2013

Je n’aurais jamais imaginé qu’il eût fallu, pour comprendre le premier programme du concert de Paul Daniel, nouveau Directeur musical de l‘Orchestre national de Bordeaux Aquitaine, avoir passé une thèse en culture musicale éditée en dix volumes, ou avoir écouté en boucle tous les enregistrements des œuvres de Purcell et de Malher téléchargés d’une manière illégale sur Internet…

Très bêtement, je lis le programme du premier concert de ce nouveau Chef : «Music for the Funeral of Queen Mary» de Henry Purcell et «Symphonie n°2 en ut mineur« de Gustav Malher.

Or, comme je n’avais pas fait attention au «slogan» de Paul Daniel «Etonner et innover par plus de variété, plus de contrastes, plus de risques… », je me rends à l’Auditorium serein, heureux de passer une superbe soirée sans prise de tête. Ce « slogan » aurait dû m’interpeller  car j’y adhère absolument. A condition qu’une communication suive. On ne peut pas accepter de brouiller les pistes d’un public qui n’est pas forcément averti. N’entendons-nous pas toujours dans les couloirs de l’Opéra de Bordeaux, qu’il faut sensibiliser les jeunes et attirer un nouveau public à la musique classique ? Le bousculer oui, mais en lui offrant les bases et non annoncer par micro au début du concert : »n’applaudissez pas avant la pause de la première partie… » Quelle première partie ? Après l’œuvre de Purcell ? ou au milieu de l’œuvre de Malher ? Celui-ci en effet, avait souhaité qu’il y ait une pause de quelques minutes entre deux mouvements. Autant on peut comprendre aisément la volonté de Malher en laissant le public quelques instants dans le silence, on ne comprend pas qu’il ne faille pas applaudir dans l’Auditorium avant l’entr’acte alors que tout le monde se lève, fait du bruit, va boire et fumer. L’annonce faite au micro est ridicule et apporte un peu plus de confusion à l’assemblage de ces deux œuvres. Qu’est ce que j’aurais aimé que quelqu’un vienne en avant scène et explique ce que nous allions entendre et donner d’éventuelles consignes, même stupides, comme celles de ne pas applaudir ! Heureusement que quelques personnes, qui devaient être en train de passer leurs derniers messages sur leur smartphone ou préparer en direct le repas de leur famille restée à la maison (ce fût le cas devant moi), ont applaudi. Je ne parle pas de tous ceux qui sont restés les mains jointes, hésitants comme entrant en méditation.

Marier deux oeuvres qui n’ont rien à voir entre elles, à part, comme m’a dit un de mes voisins de sièges «ce sont les funérailles qui les lient ! ») Certes, mais comme dit Cyrano «C’est un peu court jeune homme !..

Heureusement que les 500 personnes qui ont occupé le sol de la place de la Victoire le soir de la retransmission en plein air sont plus cultivées que moi et ont compris du premier coup que la première partie du concert était composée de l’œuvre d’un musicien suivie immédiatement de la moitié de l’œuvre d’un autre musicien. Deux auteurs qui n’ont rien en commun entre eux, sinon 200 ans d’écart. A moins que ce ne soit ce chiffre de 200, le fil conducteur de la soirée, car nous avions sur scène une centaine de musiciens et une centaine de choristes.

Grandiose ! Tout était absolument magnifique, bouillonnant, puissant et délicat à la fois. Que ce soit l’Orchestre et son nouveau Chef, les artistes du Chœur de l’Opéra et ceux de l’Orfeon Pamplonés, Henriette Bonde-Hansen et bien sûr Nathalie Stutzmann…du velours, l’émotion était au rendez-vous : Henry et Gustav se mariaient !

Jean-Claude Meymerit