Alceste à l’Opéra de Paris : quel génie ce Py !

Posté le 14 septembre 2013

Avec le peu de moyens qu’il eut pour monter cet opéra, une production de génie est sortie de son chapeau. Où est la pauvreté annoncée ? Cet Alceste de Gluck est au contraire une production excessivement riche, fine et intelligente. Dans cet écrin noir et blanc se sont confortablement installés nos chanteurs protagonistes. Et quels chanteurs ! Sophie Koch, dans le rôle-titre, est majestueuse aussi bien vocalement que scéniquement. Avec ses sept ou huit grands passages en soliste, elle nous offre un véritable récital. On aurait volontiers bien voulu l’accompagner bien au-delà de sa mort. Sa palette de sonorités et de couleurs de voix est au rendez-vous dans le moindre détail et dans chaque syllabe de ses phrasés. Son jeu, fait de délicatesse et d’engagement, est sublime. Ses partenaires sont tous à la hauteur de cette production. Du plus petit rôle au plus grand, nous avons eu de véritables leçons de chant avec en prime la diction. Denrée assez rare de nos jours sur nos scènes lyriques et surtout théâtrales.

La production de ce Alceste de Py fait déjà office de référence. J’espère que nous continuerons à la voir à l’affiche au cours des prochaines saisons.

Dans la fosse – tout au moins au premier acte, puisque le talentueux metteur en scène à fait monter l’orchestre sur la scène pour le second acte – nous retrouvons Marc Minkowski avec son Chœur et Orchestre des Musiciens du Louvre Grenoble. On ne présente plus cet ensemble, ça bouillonne, ça caresse, ça mord.

Nous devons aussi une grande partie de la réussite de cette soirée aux artistes-dessinateurs qui, une demi-heure avant le début de l’ouvrage jusqu’à la dernière scène, s’activent depuis des échafaudages à dessiner à la craie et à effacer à grands coups d’éponge, sur l’immense tableau noir central servant de décor principal, de magnifiques croquis. Même si tout ceci accapare un peu trop notre attention, cette originalité de mise en scène est remarquable et efficace.

Avant d’entrer dans le prochain univers d’Olivier Py que sera la Dialogue des Carmélites aux Champs-Élysées, attendu avec impatience, j’ai le souvenir indélébile de deux de ses chefs d’œuvre de mise en scène : son Tristan et Isolde à Angers et tout récemment son Trouvère à Munich. Chaque fois avec lui s’opère la magie qui émeut, remue, percute et dérange à la fois.

Cet homme de grande sensibilité et de réelle générosité devrait nous offrir dans les prochaines années encore de grands moments lyriques sans oublier des surprises dans sa nouvelle fonction à la tête du Festival d’Avignon. Ce Py, quel génie !

Jean-Claude Meymerit