Pluie d’étoiles lyriques sous les voûtes de festivals

Posté le 20 juillet 2013

Qui n’a pas eu envie de vouloir écouter une fois dans sa vie, dans ces magiques lieux de festivals d’été lyriques (Munich, Orange, Aix, Bayreuth), les plus grands chanteurs de notre temps ?

Commencer cette tournée des festivals précités par Ariane à Naxos de Richard Strauss dans le sublime théâtre « le Prinzregententheater » donne le la. Pourquoi ce premier choix ? Pour la mise en scène de Robert Carsen, non. De merveilleuses trouvailles surtout à l’acte principal, mais beaucoup d’images faciles et parfois ennuyeuses. La distribution ? Oui. Une des plus grandes de ce jour : qui peut  rivaliser avec Sophie Koch ? Elle est le Compositeur. On y croit dès son entrée. Même si son duo avec Zerbinette est déjà frissonnant d’émotions, son air vous transporte dans une volupté et une grandeur inexplicable. Parmi ses partenaires, Eva-Maria Westbroeck dans le rôle d’Ariane, comme dans toutes ses prestations lyriques, offre ce velouté et ce timbre de voix qui vous émeuvent chaque fois (je pense à sa Sieglinde et à sa toute récente Minnie à Frankfort). Son partenaire est le très beau ténor Brandon Jovanovich. Enfin un Bacchus à la voix claire et puissante qui chante son entrée sans beugler ses « Circé ». Magnifique !

Le lendemain, direction le Staatsoper pour le Trouvère de Verdi dans la gigantesque mise en scène de Olivier Py. Epoustouflante, en symbiose totale avec l’histoire. Un décor énorme tout en noir et blanc avec des changements permanents à vue. Notre Manrico est Jonas Kaufmann. Il est magique. Plus habitué à entendre des voix ensoleillées dans ce type de rôle, celle de notre ténor nous enchante par son intelligence de chant et son jeu dramatique (il reçut ce soir là par la Direction de l’Opéra de Munich et le Ministre Bavarois de la Culture la distinction de Bayerischer Kammersänger). Quel immense chanteur ! Mais celle qui fit l’unanimité du public avec ovation à l’appui fut Anja Harteros. Que demander de plus. Elle a tout, la beauté, la présence et bien sûr une voix enchanteresse.

La Traviatia fut mon troisième opéra dans cette très belle ville bavaroise. Un nom à ne pas oublier Marina Rebeka. C’est très beau ! Je fais l’impasse volontaire sur l’Alfredo et mettre l’accent sur Germont en la personne de Simon Kennlyside. Musicalement il ne fait qu’une bouchée de ce rôle.

Le quatrième soir munichois, cerise sur le gâteau, une Lucia di Lammermoor de Donizetti au Philharmonie avec Diana Damrau, Joseph Calleja et Ludovic Tézier. Quoi dire ? On les écoute. Quel phénomène cette Diana Damrau. C’est la grâce même, une étendue et une virtuosité vocales inouïes. Son amoureux, le ténor maltais (que je découvrais pour la première fois sur scène) est impressionnant aussi bien vocalement que physiquement. Concernant Ludovic Tézier, c’est la beauté même, dans la précision et la couleur vocale que l’on écoute avec  délectation.

Direction Orange où le Vaisseau fantôme de Wagner nous attend devant l’imposant mur. Une scénographie irréprochable avec des effets de lumières et de vidéos efficaces. Hélas, aucune direction d’acteurs. Ils sont laissés à leur propre initiative. Ce fut laborieux à regarder. On comprend aisément pourquoi le public d’Orange non habitué à ce genre de répertoire, a trouvé la toute première partie longue. Mises à part Daland et le Pilote, les autres voix d’hommes n’étaient pas au rendez-vous. Par contre, enchantement avec la Senta d’Ann Petersen. Une Senta qui, par sa jeunesse, son insolence et son innocence vocales, a su nous entraîner dans son rêve fantomatique.

Le lendemain à Aix, changement radical avec la production de Patrice Chéreau, Elektra de Richard Strauss. Contrairement au Vaisseau fantôme, la théâtralisation et la direction d’acteurs sont au rendez-vous et nous tiennent en haleine. Inconditionnel d’Evelyn Herlitzius, la suivant un peu partout en Europe (Elektra à Berlin, Leonore à Dresde, Katia Kabanova à Bruxelles, Brünnhilde à Berlin), je suis resté avec sa nouvelle Elektra aixoise, sans voix. Epoustouflant ! Sa voix plus homogène sur l’ensemble de son immense registre nous emporte avec elle dans un tourbillon de notes des plus sages au plus folles. Le tout avec un engagement théâtral impressionnant. Merci Madame Herlitzius. J’espère que la France va enfin reconnaître votre immense talent et vous inviter à nouveau. Il ne faut pas oublier dans cette production la grande Waltraud Meier tout en classe et présence réunies. Patrice Chéreau a demandé à ses anciens complices du Ring de Bayreuth  de 76  de participer dans cette production : Donald McIntyre et Franz Mazura. Leur présence, frôlant la figuration, apporte une émotion de plus à cette production. Rares sont les fois ou le public verse sa petite larme pour Elektra. Or ici ce fut le cas, lorsque les servantes et les employés de maison reconnaissent leur maître Oreste, on pleure. C’est magnifique !

Le périple estival se poursuit avec les Troyens d’Hector Berlioz à Marseille. En dehors du comportement inacceptable d’Alagna au salut final (voir mon billet spécifique), ce fut un  magnifique concert ou les voix françaises étaient à l’honneur. Celle qui a dominé le plateau fut Clémentine Morgaine, jeune mezzo française que j’ai eu la chance d’entendre déjà dans un Carmen à Berlin, rôle dans lequel elle excelle, ainsi que dans la Magdalana de Rigoletto. Ici dans les Troyens, même si le rôle d’Anna est loin d’avoir l’immensité de Cassandre et de Didon réunies, elle aurait eu, et fort probable, remporté la vedette de la soirée à l’applaudimètre si Alagna avait laissé la place à tous ses partenaires. Son duo avec le somptueuse basse Nicolas Courgal nous a bouleversé et séduit, aussi bien par leur chaleur de timbre que leur leur puissance vocale. Quel duo ! La magie a opéré. La diction de cette mezzo est sublime. Dommage que ce dernier compliment ne puisse pas s’adresser à Béatrice Uria Monzon, alors qu’elle est une Didon engagée, passionnée et amoureuse soulignée par une présence scénique et vocale sans reproche.

Parmi les chefs d’orchestre qui m’ont marqué, je voudrais surtout citer Bertrand de Billy (Ariane), Paolo Carignani (Trouvère), Jesus Lopez-Cobos (Lucia), Esa-Pekka Salonen (Elektra). La lenteur de Mikko Franck (Vaisseau) m’a un peu gênée.

Suite des festivals, à suivre…voir billet « Mon pélerinage à Bayreuth »

Jean-Claude Meymerit