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Archive pour juillet 2013

Les mamies sont lâchées, planquez-vous !

Avez-vous déjà voyagé dans un compartiment « envahi » par une vingtaine de personnes âgées, en partance pour plusieurs jours, vers une destination lointaine ? Je vous conseille vivement ce genre d’expérience, c’est inoubliable. Quelle tranche de rire ! Merci la SNCF de m’avoir inséré au milieu de ce troupeau en délire. Je me demande si je ne préfère pas ce genre d’environnement cocasse de trois heures, au sempiternel jeu : « dans la famille Martin, je demande la fille » puis « dans la famille Martin, je demande le père » puis «dans la famille Martin, je demande la grand-mère » et ainsi de suite…Au bout déjà d’un quart d’heure, j’ai une allergie aux familles complètes alors qu’avec mes mamies et mes pépés, c’est plein de rebondissements.

Après une installation laborieuse en gare de départ colorée de propos exacerbés, nos mamies et nos égarés pépés sont gagnés par le calme et le bercement du train.

Quelques heures après, une demi-heure avant d’arriver à la gare de destination : « ma valise a disparu ! »  s’écria une de ces mamies. Alors, tout le groupe en émoi se panique et s’affole. A les voir aller dans tous les sens, commentant chaque geste, ils seraient presque arrivés à me communiquer à moi aussi leur panique. Imaginé une vingtaine de personnes courant (c’est une image) dans le wagon. Tout en cherchant, ou faisant semblant, car elles étaient beaucoup plus préoccupées à préparer à rassembler leur matos pour descendre dans une demi-heure.

Enfin, un quart d’heure avant leur arrivée en gare de destination, tous dans l’allée centrale, debout, habillés, avec leurs immenses valises sauf celle qui l’avait perdue et qui continuait à chercher dans l’indifférence totale des autres qui ne pensaient qu’à leur prochaine descente.

Ca y est la valise est retrouvée ! Saine et sauvée par le contrôleur. Elle était tout simplement à sa place dans l’espace bagage. Quel monstre de valise. A faire peur par sa grosseur et sa laideur. Qui aurait voulu la voler ? Comme tous étaient toujours en rang d’oignons dans l’allée centrale, notre pauvre dame à la valise retrouvée voulait la rapatrier près d’elle, mais personne ne  la laisser passer. Chacun pour soi comme s’il y avait un quota pour descendre. En colère, elle s’asseoit et attend patiemment, alors que tous les autres silencieux commencent à défaillir de rester debout.

A l’arrêt total du train, notre groupe retrouve son verbiage et son tonus et hop tout le monde descend. Bon séjour !

Tellement distrait à contempler ce tableau et toutes ces scènes insolites, je n’ai pas surveillé mon propre bagage. Pourvu que, dans leur affolement, mes compagnons de voyages ne l’aient embarqué. J’aurais moins ri !



Pluie d’étoiles lyriques sous les voûtes de festivals

Qui n’a pas eu envie de vouloir écouter une fois dans sa vie, dans ces magiques lieux de festivals d’été lyriques (Munich, Orange, Aix, Bayreuth), les plus grands chanteurs de notre temps ?

Commencer cette tournée des festivals précités par Ariane à Naxos de Richard Strauss dans le sublime théâtre « le Prinzregententheater » donne le la. Pourquoi ce premier choix ? Pour la mise en scène de Robert Carsen, non. De merveilleuses trouvailles surtout à l’acte principal, mais beaucoup d’images faciles et parfois ennuyeuses. La distribution ? Oui. Une des plus grandes de ce jour : qui peut  rivaliser avec Sophie Koch ? Elle est le Compositeur. On y croit dès son entrée. Même si son duo avec Zerbinette est déjà frissonnant d’émotions, son air vous transporte dans une volupté et une grandeur inexplicable. Parmi ses partenaires, Eva-Maria Westbroeck dans le rôle d’Ariane, comme dans toutes ses prestations lyriques, offre ce velouté et ce timbre de voix qui vous émeuvent chaque fois (je pense à sa Sieglinde et à sa toute récente Minnie à Frankfort). Son partenaire est le très beau ténor Brandon Jovanovich. Enfin un Bacchus à la voix claire et puissante qui chante son entrée sans beugler ses « Circé ». Magnifique !

Le lendemain, direction le Staatsoper pour le Trouvère de Verdi dans la gigantesque mise en scène de Olivier Py. Epoustouflante, en symbiose totale avec l’histoire. Un décor énorme tout en noir et blanc avec des changements permanents à vue. Notre Manrico est Jonas Kaufmann. Il est magique. Plus habitué à entendre des voix ensoleillées dans ce type de rôle, celle de notre ténor nous enchante par son intelligence de chant et son jeu dramatique (il reçut ce soir là par la Direction de l’Opéra de Munich et le Ministre Bavarois de la Culture la distinction de Bayerischer Kammersänger). Quel immense chanteur ! Mais celle qui fit l’unanimité du public avec ovation à l’appui fut Anja Harteros. Que demander de plus. Elle a tout, la beauté, la présence et bien sûr une voix enchanteresse.

La Traviatia fut mon troisième opéra dans cette très belle ville bavaroise. Un nom à ne pas oublier Marina Rebeka. C’est très beau ! Je fais l’impasse volontaire sur l’Alfredo et mettre l’accent sur Germont en la personne de Simon Kennlyside. Musicalement il ne fait qu’une bouchée de ce rôle.

Le quatrième soir munichois, cerise sur le gâteau, une Lucia di Lammermoor de Donizetti au Philharmonie avec Diana Damrau, Joseph Calleja et Ludovic Tézier. Quoi dire ? On les écoute. Quel phénomène cette Diana Damrau. C’est la grâce même, une étendue et une virtuosité vocales inouïes. Son amoureux, le ténor maltais (que je découvrais pour la première fois sur scène) est impressionnant aussi bien vocalement que physiquement. Concernant Ludovic Tézier, c’est la beauté même, dans la précision et la couleur vocale que l’on écoute avec  délectation.

Direction Orange où le Vaisseau fantôme de Wagner nous attend devant l’imposant mur. Une scénographie irréprochable avec des effets de lumières et de vidéos efficaces. Hélas, aucune direction d’acteurs. Ils sont laissés à leur propre initiative. Ce fut laborieux à regarder. On comprend aisément pourquoi le public d’Orange non habitué à ce genre de répertoire, a trouvé la toute première partie longue. Mises à part Daland et le Pilote, les autres voix d’hommes n’étaient pas au rendez-vous. Par contre, enchantement avec la Senta d’Ann Petersen. Une Senta qui, par sa jeunesse, son insolence et son innocence vocales, a su nous entraîner dans son rêve fantomatique.

Le lendemain à Aix, changement radical avec la production de Patrice Chéreau, Elektra de Richard Strauss. Contrairement au Vaisseau fantôme, la théâtralisation et la direction d’acteurs sont au rendez-vous et nous tiennent en haleine. Inconditionnel d’Evelyn Herlitzius, la suivant un peu partout en Europe (Elektra à Berlin, Leonore à Dresde, Katia Kabanova à Bruxelles, Brünnhilde à Berlin), je suis resté avec sa nouvelle Elektra aixoise, sans voix. Epoustouflant ! Sa voix plus homogène sur l’ensemble de son immense registre nous emporte avec elle dans un tourbillon de notes des plus sages au plus folles. Le tout avec un engagement théâtral impressionnant. Merci Madame Herlitzius. J’espère que la France va enfin reconnaître votre immense talent et vous inviter à nouveau. Il ne faut pas oublier dans cette production la grande Waltraud Meier tout en classe et présence réunies. Patrice Chéreau a demandé à ses anciens complices du Ring de Bayreuth  de 76  de participer dans cette production : Donald McIntyre et Franz Mazura. Leur présence, frôlant la figuration, apporte une émotion de plus à cette production. Rares sont les fois ou le public verse sa petite larme pour Elektra. Or ici ce fut le cas, lorsque les servantes et les employés de maison reconnaissent leur maître Oreste, on pleure. C’est magnifique !

Le périple estival se poursuit avec les Troyens d’Hector Berlioz à Marseille. En dehors du comportement inacceptable d’Alagna au salut final (voir mon billet spécifique), ce fut un  magnifique concert ou les voix françaises étaient à l’honneur. Celle qui a dominé le plateau fut Clémentine Morgaine, jeune mezzo française que j’ai eu la chance d’entendre déjà dans un Carmen à Berlin, rôle dans lequel elle excelle, ainsi que dans la Magdalana de Rigoletto. Ici dans les Troyens, même si le rôle d’Anna est loin d’avoir l’immensité de Cassandre et de Didon réunies, elle aurait eu, et fort probable, remporté la vedette de la soirée à l’applaudimètre si Alagna avait laissé la place à tous ses partenaires. Son duo avec le somptueuse basse Nicolas Courgal nous a bouleversé et séduit, aussi bien par leur chaleur de timbre que leur leur puissance vocale. Quel duo ! La magie a opéré. La diction de cette mezzo est sublime. Dommage que ce dernier compliment ne puisse pas s’adresser à Béatrice Uria Monzon, alors qu’elle est une Didon engagée, passionnée et amoureuse soulignée par une présence scénique et vocale sans reproche.

Parmi les chefs d’orchestre qui m’ont marqué, je voudrais surtout citer Bertrand de Billy (Ariane), Paolo Carignani (Trouvère), Jesus Lopez-Cobos (Lucia), Esa-Pekka Salonen (Elektra). La lenteur de Mikko Franck (Vaisseau) m’a un peu gênée.

Suite des festivals, à suivre…voir billet « Mon pélerinage à Bayreuth »

Jean-Claude Meymerit



A l’Opéra de Marseille : le caprice de Monsieur Alagna !

Tous les caprices de ce Monsieur et son attitude d’enfant trop gâté, fatiguent et hérissent le poil à de plus en plus de publics.

Sa dernière colère eu lieu à la seconde représentation à l’Opéra de Marseille des Troyens de Berlioz, donnée en version de concert. Alors que toute l’équipe de chanteurs se donnait à fond (et que de belles voix), ce Monsieur les yeux fixés sur la partition, comme s’il la découvrait pour la première fois, a commencé surtout à nous agacer lorsqu’il rata quelques phrasés (il est vrai que le surtitreur n’est pas le copain des chanteurs) et qu’il retourna brusquement son pupitre vers le Chef pour bien lui faire comprendre qu’il y était pour quelque chose. Insupportable aussi ses effets de fausses sorties pour réapparaître brusquement en projetant ses deux « Italie ! Italie ! » Quel effet grand guignol ! Pire encore ! Alors que tous gardaient la classe, lui gesticulait sans cesse avec des effets de bras et des poses de cabo. De plus, vis à vis de ses collègues, il veut tout régenter (les entrées, les sorties, les saluts…). C’est lui et les autres. Je ne veux pas parler de la partie chant, très critiquable. D’autres dans la salle se sont permis de lui rappeler au salut final et à juste titre.

Ce salut final fut fatal à son égo. Il ne supporta pas que le public n’accepte plus tous ses à-peu-près aussi bien dans son chant que par sa présence. Sa réaction fut lamentable, scandaleuse et vulgaire. Comme à son habitude dans ces cas-là (et ça se renouvelle), il se plante en avant scène, arrogant et demande au public de venir chanter à sa place. Facile ! A Marseille, alors que tous les musiciens, les chœurs et les chanteurs étaient sur scène (après plus de quatre heures de chant), lui accoudé de manière provocante sur le socle du Chef, attendait que le public finisse d’applaudir ou de huer, lorsque quelqu’un du premier rang lui fit signe de venir. Il sauta dans la fosse d’orchestre (encore un effet de cabo) et s’approcha de la rambarde. Une discussion confidentielle s’instaura entre ce monsieur de la salle et lui. Qu’est qu’ils se sont dit ? Pendant ce temps tout le monde sur scène attendait très mal à l’aise et ne sachant pas quoi faire. Le Chef d’orchestre était médusé, Béatrice Uria Monzon faisait une tête terrible. Les autres faisaient des tentatives de quitter le plateau mais restaient, le sourire coincé. Le public poursuivait son mécontentement et ce Monsieur continuait à discuter dans la fosse. Le public ne tenant plus à cette goujaterie et à ce mépris, reparti de plus belle. Une de ses admiratrices (elles vont commencer à se faire rare…) voulait lui transmettre un gros bouquet de fleurs. Une des chanteuses sur scène le récupère et le donne à ce Monsieur. La salle se soulève à nouveau lorsque ce Monsieur garda pour lui tout le bouquet sans avoir le geste d’offrir une des fleurs de ce bouquet à Uria-Monzon et aux autres artistes. Très imbu de sa personne et
fier de se montrer en avant scène avec ce bouquet. Honteux ! Je rappelle que dans cet ouvrage, ce n’est pas le ténor qui a le plus grand rôle. Avec un tel ego, pourquoi l’a t-il accepté ?

Tout le plateau et la salle se sont vidés dans la tristesse et dans la colère. A la sortie des artistes, lorsqu’il est apparu, il n’a voulu bien évidemment signer aucun programme et s’est enfourné dans sa voiture. Lorsqu’une de ses fans lui dit très fort dans la foule : « Roberto à vendredi ! », il répondit : « Non ! » Pas de dessin, tout le monde avait compris, vexé de cette soirée marseillaise, il allait annuler son récital d’Orange qu’il devait donner quatre jours plus tard. Chose promise, chose due, le couperet est tombé, il a annulé ce récital. Pas de remplaçant ??? (lorsque Kaufmann a annulé un de ses récitals avec une partenaire, il a était remplacé et le concert a eu lieu). Les Chorégies d’Orange à force de jouer la carte Alagna pour faire le plein, n’avaient pas prévu le coup. Tant pis pour la partenaire de ce soir là, la grande Anna-Caterina Antonacci. Alors que tant de monde aurait aimé l’entendre. Motif de cette annulation : état de santé avec certificat à l’appui. Je ne savais pas que les vexations étaient prises en charge par les assurances maladies. Ce Monsieur Alagna se moque vraiment de nous tous, de ses partenaires et de son public.