Salomé à l’Auditorium de Bordeaux : l’acoustique dans une cuve !

Posté le 25 mars 2013

Même si toute l’action se déroule parmi les cuves dans le chai d’un grand Château viticole, pourquoi la musique et les voix, tout au moins pendant la toute la première partie de Salomé de Richard Strauss, résonnent-elles avec autant de flous, d’imprécision et de saturation ? Par moment, c’est carrément insupportable. Je n’ai pourtant pas l’impression que l’orchestre jouait particulièrement fort. L’entrée de Salomé est inaudible. Le décor très boite y est-il pour quelque chose ? Une véritable cuve de résonance.

Heureusement, dès les premières mesures de la « danse des sept voiles », tout semble revenir à la normale comme si mes tubes auditifs étaient mieux réglés ou comme si une décantation dans les cuves venait d’avoir lieu. La partie orchestrale, élément primordial dans cet opéra, trouve enfin dans cette immense fosse enfoncée sous le plateau, toute l’énergie et la subtilité Straussienne. Kwamé Ryan et sa centaine de musiciens nous emportent. L’acoustique cette fois-ci opère, car toutes les notes de chaque instrument jaillissent de la fosse comme un feu d’artifice. Il y a donc un problème lorsque les voix sont là. Les chanteurs ne méritent vraiment pas ce traitement.

La magnifique mise en espace, très imbibée de la signature Dominique Pitoiset, est passée comme une lettre à la poste. C’est vrai que dès que l’on parle de vin et de réception mondaine dans des chais de grands Châteaux, le public bordelais se retrouve et semble se sentir chez lui. Cette transposition glaciale est fluide et très efficace, à part la scène de la danse  que je n’ai pas du tout aimé. Cousue de fil blanc, elle se devine dès le début de l’ouvrage. Je trouve ce flashback vidéo réalisé spécifiquement pour le casting de cette production, montrant le côté malsain de la relation Hérodes/Salomé enfant, un peu facile. Par ailleurs, si cette production voyage (ce que je souhaite vivement), je ne vois pas chaque maison d’opéra réaliser une séquence filmée en fonction de sa distribution. J’avoue ne pas trop apprécier ce genre de personnalisation liée à un chanteur ou à un lieu.

Cette entrée de production d’opéra (et j’espère d’opéra/concert) dans ce nouveau lieu est prometteuse, à condition de tenir compte  de cet inconvénient de saturation lorsque la musique et les voix se rencontrent. J’avais déjà fait cette même remarque lors d’un précédent  concert avec les choeurs en fond de salle. Il y a très vite un effet cuve…

Nota : « il faut que l’oreille s’habitue à l’acoustique, en y venant plusieurs fois, on s’y fera ! »,  me dit une des responsables de l’Opéra. Aussitôt dit, aussitôt fait me voilà parti pour deux Salomé de plus. Choux blanc ! Mes oreilles, rebelles, ne peuvent pas s’y faire. J’ai aussitôt pris rendez-vous avec un oto-rhino-laryngologiste afin de lui expliquer mon handicap auditif chaque fois que je suis dans l’auditorium de Bordeaux pour entendre voix et musique réunies. Comme remède, il nota sur l’ordonnance « Changer de place, ne prendre jamais la même ». Il me précisa que le remboursement des places par la SS ne peut pas être envisagé. C’est ce que je fis. Un coup côté cour (avec un S, faute indélébile sur les plans de l’Auditorium ?…)  un coup côté jardin, un coup de face. Sur les quatre représentations de Salomé, j’en ai vu et entendu trois, en changeant chaque fois de place (sur les conseils de mon médecin).

Afin que le diagnostic de mon tuyau auditif soit complet, j’ai foncé à Montpellier assister au concert de l’opéra le Roi d’Ys d’Edouard Lalo dans l’immense vaisseau musical qu’est la salle Berlioz du Corum. Installé au dernier étage, j’ai tout perçu dans une force, une perfection des sons et des notes, exemplaire. Toutes les voix, même les plus faibles arrivaient dans une clarté absolue. J’étais sauvé !

Jean-Claude Meymerit