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Archive pour mars 2013

Salomé à l’Auditorium de Bordeaux : l’acoustique dans une cuve !

Même si toute l’action se déroule parmi les cuves dans le chai d’un grand Château viticole, pourquoi la musique et les voix, tout au moins pendant la toute la première partie de Salomé de Richard Strauss, résonnent-elles avec autant de flous, d’imprécision et de saturation ? Par moment, c’est carrément insupportable. Je n’ai pourtant pas l’impression que l’orchestre jouait particulièrement fort. L’entrée de Salomé est inaudible. Le décor très boite y est-il pour quelque chose ? Une véritable cuve de résonance.

Heureusement, dès les premières mesures de la « danse des sept voiles », tout semble revenir à la normale comme si mes tubes auditifs étaient mieux réglés ou comme si une décantation dans les cuves venait d’avoir lieu. La partie orchestrale, élément primordial dans cet opéra, trouve enfin dans cette immense fosse enfoncée sous le plateau, toute l’énergie et la subtilité Straussienne. Kwamé Ryan et sa centaine de musiciens nous emportent. L’acoustique cette fois-ci opère, car toutes les notes de chaque instrument jaillissent de la fosse comme un feu d’artifice. Il y a donc un problème lorsque les voix sont là. Les chanteurs ne méritent vraiment pas ce traitement.

La magnifique mise en espace, très imbibée de la signature Dominique Pitoiset, est passée comme une lettre à la poste. C’est vrai que dès que l’on parle de vin et de réception mondaine dans des chais de grands Châteaux, le public bordelais se retrouve et semble se sentir chez lui. Cette transposition glaciale est fluide et très efficace, à part la scène de la danse  que je n’ai pas du tout aimé. Cousue de fil blanc, elle se devine dès le début de l’ouvrage. Je trouve ce flashback vidéo réalisé spécifiquement pour le casting de cette production, montrant le côté malsain de la relation Hérodes/Salomé enfant, un peu facile. Par ailleurs, si cette production voyage (ce que je souhaite vivement), je ne vois pas chaque maison d’opéra réaliser une séquence filmée en fonction de sa distribution. J’avoue ne pas trop apprécier ce genre de personnalisation liée à un chanteur ou à un lieu.

Cette entrée de production d’opéra (et j’espère d’opéra/concert) dans ce nouveau lieu est prometteuse, à condition de tenir compte  de cet inconvénient de saturation lorsque la musique et les voix se rencontrent. J’avais déjà fait cette même remarque lors d’un précédent  concert avec les choeurs en fond de salle. Il y a très vite un effet cuve…

Nota : « il faut que l’oreille s’habitue à l’acoustique, en y venant plusieurs fois, on s’y fera ! »,  me dit une des responsables de l’Opéra. Aussitôt dit, aussitôt fait me voilà parti pour deux Salomé de plus. Choux blanc ! Mes oreilles, rebelles, ne peuvent pas s’y faire. J’ai aussitôt pris rendez-vous avec un oto-rhino-laryngologiste afin de lui expliquer mon handicap auditif chaque fois que je suis dans l’auditorium de Bordeaux pour entendre voix et musique réunies. Comme remède, il nota sur l’ordonnance « Changer de place, ne prendre jamais la même ». Il me précisa que le remboursement des places par la SS ne peut pas être envisagé. C’est ce que je fis. Un coup côté cour (avec un S, faute indélébile sur les plans de l’Auditorium ?…)  un coup côté jardin, un coup de face. Sur les quatre représentations de Salomé, j’en ai vu et entendu trois, en changeant chaque fois de place (sur les conseils de mon médecin).

Afin que le diagnostic de mon tuyau auditif soit complet, j’ai foncé à Montpellier assister au concert de l’opéra le Roi d’Ys d’Edouard Lalo dans l’immense vaisseau musical qu’est la salle Berlioz du Corum. Installé au dernier étage, j’ai tout perçu dans une force, une perfection des sons et des notes, exemplaire. Toutes les voix, même les plus faibles arrivaient dans une clarté absolue. J’étais sauvé !

Jean-Claude Meymerit



A Bordeaux, le feu d’artifice du pont du silence !

A 20h30, ce vendredi 15 mars, les éclairages du pont Jacques Chaban-Delmas s’éteignent et aussitôt se font entendre les premiers bang bang du feu d’artifice d’inauguration.

Quelques départs classiques de torches avec éclatements dans le ciel. Jusque là rien à dire, nous sommes dans le plus basique des feux d’artifice puis, quelques autres lumières jaillissent au dessus de l’arche centrale. Un silence abyssal envahit la foule. Ce silence est impressionnant. Ambiance inverse des feux d’artifice d’été, fête du vin et autres. Pas un aoooh, pas un aaaah. Quelques mots par ci par là à voix basse, circulent. Les milliers de personnes restaient-elles muettes sous l’émerveillement ou étaient-elles dans l’attente d’un tableau d’embrasement médiatiquement annoncé. Comme cerise sur le gâteau, même les portables étaient mis par enchantement sur le mode silencieux et plus. Aucune communication ne pouvait s’établir, les gens se sentaient perdus, coupés du monde. Que s’est-il passé ? Saturation dans le ciel bordelais ?

Voyant le tablier se baisser très lentement, j‘attends comme tout le monde avec impatience, l’immense embrasement tant attendu de ce pont par l’un des grands « faiseurs » de lumière du monde, Joan Bidault. Il est annoncé par la presse locale comme le grand spécialiste des mises en lumière, dites monumentales. Avec des interventions grandioses à Paris, à Dubaï et en Nouvelle Zélande, voici Bordeaux devant une foule frigorifiée et impatiente d’être le témoin d’un événement unique. Pendant ce temps, le tablier du pont descend toujours et arrive à son point le plus bas. On est effectivement émerveillé par quelques efficaces figures géométriques en effet miroir à la structure du pont, quelques clins d’oeil à la rive gauche, puis à la rive droite, quelques splendides cascades d’argent se déversant dans la Garonne, des effets de vagues, des couleurs de choix et de délicatesse puis enfin le bouquet final. Quatorze minutes viennent de s’écoulées. Les gens applaudissent du bout des doigts toujours dans un grand silence. Est-ce fini ? Personne ne bouge.

Où est passé l’incroyable spectacle de mise en lumière de ce pont tant annoncé et tant attendu par une foule considérable. ? « Un feu d’artifice de province ! » dit une personne non loin de moi. Sans approuver ses dires, on peut toutefois vraiment regretter et dire que si, nous n’avions pas été matraqué par les médias, pour dire que ce spectacle devait être un événement monumental, nous aurions pu mieux apprécier ce jeu d’artifices et de lumières à son juste titre.



Jet de nourriture sous les yeux de ceux qui ont faim !

Fortement occupé à enlever les traces, déjà sèches, de jets d’oeufs, de ketchup et autres produits alimentaires liquides contre la façade, fenêtres et portes d’un bâtiment ainsi que les kilos de farine déversés sur le sol, un homme d’une cinquantaine s’arrête et m’interpelle afin de mieux comprendre la finalité de cet épandage outrancier de denrées alimentaires sur la voie publique. Je lui explique en détail cette pseudo coutume, interdite par la loi mais toujours pratiquée à la barbe de la Police, de la presse et des habitants médusés. Il ne savait pas que ce genre d’exhibition se produisait une fois par an autour de certains établissements scolaires que l’on appelle lycées. Lorsque je dis certains, le mot a son importance, car certains lycées ont su sensibiliser leurs ouailles et aucun débordement ne fut constaté au pourtour. Ils ont su mettre en place d’autres formes de fêtes pour marquer ces 100 jours avant le bac. Bravo à eux. Pour d’autres, malheureusement non ! Quelle honte ! Quel acharnement tout autour de ce réputé lycée bordelais. Tout y est passé, façades, portes d’entrée, édifices publics, intérieur des boîtes aux lettres, voitures, mobilier urbain, jardins, personnes…

Mon interlocuteur, le regard toujours tourner vers le sol, regardait muet et interloqué par cette jonchée d’oeufs écrasés et de farine au sol. Cet homme, par ses dires, était en grave difficulté financière. Il était sans voix devant ce gâchis alimentaire et ces détériorations. Nous étions tous les deux d’accord pour dire que les oeufs sont une source alimentaire très précieuse, car elle contient tous les nutriments nécessaires à l’organisme et qu’elle est un aliment parmi les plus nutritifs. Sans parler des plats que l’on peut fabriquer avec de la farine. Avec le nombre impressionnant d’oeufs au sol, à en juger par le nombre de barquettes abandonnées et les poches de farine, combien de personnes auraient pu être nourries ce jour-là ? C’est scandaleux et inacceptable. De plus, qui nettoie ? Bien sûr pas ces chers petits. Chaque habitant sur son temps et avec son argent. Ces lycées concernés ne pourraient-ils pas organiser des travaux pratiques de nettoyage de toutes les rues adjacentes ? Seulement comme dit le Principal du lycée, il n’est pas responsable des faits et gestes de ses élèves en dehors des murs de son établissement. Donc, affaire réglée. Ma colère à l’encontre de ces petits sauvageons irrespectueux et mal élevés s’est amplifiée lorsque ce monsieur très abattu, tout en s’éloignant, me lança « et dire que c’est l’élite de demain !« . Pour le coup, c’est moi qui suis resté sans voix !