A l’Opéra de Bordeaux : le Dialogue des Carmélites au féminin

Posté le 9 février 2013

En 2009, j’avais écrit à l’occasion de la splendide reprise de cet opéra à la Halle aux grains de Toulouse, dans la mise en scène de Nicolas Joël, que cet opéra était l’opéra de la force : force du sujet, force de la musique, force de la scénographie, force des carmélites. A Bordeaux, c’est l’opéra de l’élégance, de la classe, de la féminité grâce au talent de Mireille Delunsch et à sa précision de mise en scène jusque dans les moindres détails. Comment ne pas oublier ces rampes mobiles de dizaines de cierges, symboles du carmel ou servant de barrières avec les civils etc…Comment ne pas être bouleversé par ces petites flammes s’éteignant les unes après les autres comme éteintes par le vent produit à chaque couperet. Sans oublier, le revirement de situation sociale du domestique du Marquis de la Force qui prend la place de ce dernier à la Révolution. Subtile lecture. Par contre, je ne suis pas convaincu par quelques détails historiques comme laisser la jupe au faux-cul sous le costume religieux de Blanche ou par les acrobaties de la vieille prieure à l’agonie montant sur sa « table/lit de mort » comme un cabri… 

Même si l’histoire de ce Dialogue des Carmélites est bien connue de tous, elle éveille en chacun de nous de grands moments émotionnels. Cette profonde attention est due en grande partie à la musique de Francis Poulenc. Quelle force dans ce torrent de notes où la mélodie et le modernisme s’accordent dans l’absolu ! L’apothéose, en écoutant le choeur final, lorsque les carmélites, chantant à l’unisson, s’interrompent les unes après les autres sous le poids de la guillotine. Une splendeur dans l’écriture lyrique. Quel dommage que Georges Bernanos n’ait pu connaître sa pièce portée sur les scènes d’opéras ! En effet, les créations eurent lieu en présence de Poulenc en 1957 à Milan et à Paris, cinq ans après sa mort.

A Bordeaux, mon coup de foudre a été, d’une part pour la sublime Géraldine Chauvet (Mère Marie). Quelle classe !  Voix puissante et beauté du timbre, émotion dans le jeu, et d’autre part par Sylvie Brunet (La Prieure), voix de velours et fruitée reconnaissable dès les premières notes. Quel dommage de ne pas voir et entendre cette immense artiste plus souvent sur les scènes lyriques. Rien à dire sur tous les rôles masculins avec une préférence toutefois pour l’aumonier, Eric Huchet. Par contre, je n’ai pas trouvé dans la direction musicale de l’orchestre cette envoûtante émotion tant attendue. Pourquoi ? Aurai-je été trop absorbé par la très théâtrale et intelligente mise en scène ? Avec Mireille Delunsch et ses carmélites, la séduction féminine a opéré !

Jean-Claude Meymerit