Avec Armand Gatti, un trop plein d’émotion !

Posté le 19 novembre 2012

En ce dimanche pluvieux et triste, un rendez-vous culturel bordelais était proposé en compagnie du très grand homme engagé, humaniste, résistant, littéraire… Armand Gatti. Même si le public n’avait pas beaucoup répondu présent à ce rendez-vous, moi, je ne voulais pas le manquer. J’y étais et ce fut un immense bonheur. Cet homme âgé de 88 ans n’a pas perdu de sa niaque verbale et de son humour. J’ai toujours fortement apprécié ses oeuvres théâtrales. Combien de fois n’ai-je pas eu envie de monter une de ses pièces, mais chaque fois, j’étais intimidé devant l’écriture et les sujets traités. J’en avais presque peur et surtout j’étais très impressionné par tant de force et de liberté dans les mots et les jeux. Des sujets graves allant de l’holocauste aux formes théâtrales révolutionnaires, en passant par des sujets traitant des dictatures, des marginaux, des malades, des exclus (les loulous comme les appelle Gatti), etc. Cet après-midi, il a choisi plus particulièrement de nous transporter dans l’univers de ses conversations avec les arbres, ses « arbres de combat » comme il dit fort justement et avec plein de tendresse. Des arbres militants et animés. Des arbres avec des noms. Ses mains en disent souvent autant que sa voix. Il les fait bouger symétriquement puis les bloque dans des mouvements de bras souvent tendus vers le ciel dans le sens de la verticalité, celle de ses arbres et de ses règles de vie. Sa voix, susurreuse ou tonitruante mais surtout bien placée en vrai homme de théâtre, fait jaillir les mots  jusqu’au plus profond des syllabes. Malgré son âge on retrouve encore le Gatti des années 70, impressionnant de prestance et de passion.On sent qu’il veut tout nous raconter sa vie d’une seule traite, les anecdotes fusent et les références bouillonnent. Son maquis à l’âge de 18 ans, ses arrestations, ses enfermements, ses évasions, ses rencontres, ses amours, son père. Il nous narre également son séjour à Bordeaux en travaux forcés à la base sous-marine puis son cours passage de deux jours suite à une évasion d’un camp de Hambourg. Là où j’ai été le plus impressionné, instant où il a été difficile de maîtriser ses larmes, c’est lorsqu’il raconte ses visites à Auschwitz tous les 24 février, jour anniversaire où la femme qu’il a passionnément aimée, a été arrêtée et déportée. À chaque visite dans ce lieu indescriptible, il parle avec les arbres rencontrés. Ainsi, la discussion avec sa bien-aimé continue. Cet homme nous racontant ces faits, avait lui-même les yeux pleins de larmes. Le trop plein d’émotion avait envahi la salle. Merci Monsieur Gatti.

Jean-Claude Meymerit