A l’Opéra de Bordeaux, un Don Giovanni en baisse de séduction !

Posté le 16 juin 2012

Pour la troisième fois en dix ans, l’Opéra de Bordeaux reprend le Don Giovanni dans la très efficace mise en scène de Laurent Laffargue. Toutefois, cette reprise m’interpelle.
Où sont donc passés cette fougue, ce modernisme de jeu, cette jeunesse libertine, cette précision dans la direction d’acteurs et dans les rouages de la mise en scène des productions de 2002 et 2006 ? En ce soir de première, tout l’ensemble semble éteint. 
Le tout premier acte est mortel d’ennui. Il faut dire que notre metteur en scène préparait en parallèle sur la même scène les Noces de Figaro (magnifique, j’en parlerai plus tard). D’où cela peut-il venir ? La mise en scène n’a pratiquement pas bougé, les effets comiques sont toujours là, les voix (à une exception près) sont présentes, le décor est toujours aussi surprenant…mais alors ? Peut être pas assez de répétitions, un orchestre un peu vagabond et incertain, un assemblage de petits détails mal réglés comme par exemple la tâche de sang au sol qui semble faire des siennes en bougeant et en se retournant au grès des passages et des changements de décors, les portraits du catalogue qui ne tiennent pas contre le mur et qui gênent les jeux des scènes futures, l’utilisation d’un crayon tellement fin pour dessiner les croix du cimetière qu’on ne les voit même pas (planerait-il à un nuage d’économie pour renflouer les caisses disparues ?). A tout ceci, il faut y ajouter un parti pris pas des plus heureux : cranes rasés des trois protagonistes (Don Juan, Leporello et le Commandeur). Un crane rasé oui, trois non, que c’est laid !
Soyons optimiste et attendons l’évolution au fil des représentations.
La majorité des voix est sans reproche. Une Donna Anna en la personne de Jacquelyn Wagner, sublime. A sa rayonnante voix il y ajoute tendresse, intelligence et finesse. Une Zerlina (Khatouna Gadelia) enjouée, une voix veloutée, accompagnée d’un physique idéal. Par contre mauvais temps pour notre Donna Elvira (Mireille Delunsch). Que lui arrive t-il ? Laideur des graves presque parlés, des passages « abimés », un jeu éteint. Quelques aigus brillants mais rares. Elle n’y croit pas. Elle qui fut une merveilleuse Elvira il y a quelques années ! J’appréhende sa prise de rôle de Salomé. 
Entre nous : est-ce bien raisonnable de l’aborder ? Quand je pense qu’une journaliste bordelaise rabâche que c’est la chouchoute des bordelais. Depuis quand ? A en croire les quelques remous dans la salle ce soir là à son égard, où sont les fans ? Notre Leporello (Kostas Smoriginas) fait un parcours sans faute servant son maître Don Giovanni (Teddy Tahu Rhodes) qui lui surjoue un peu trop avec son physique et sa voix. Quelques nuances auraient été les bienvenues. Rien à dire pour nos deux compères amoureux Masetto et Don Ottavio (Sébastien Parotte et Ben Johnson).
Par contre, l’Orchestre national Bordeaux-Aquitaine, sous la direction de Mikhail Tatarnikov ne me semble pas avoir été des plus attentifs à la lecture de l’ouvrage ce qui n’a fait qu’appuyer cet effet lenteur et ennui sentis au cours de la soirée.
Jean-Claude Meymerit