J’en ai croisé dans le TGV !

Posté le 2 juin 2012

Un couple d’une soixantaine d’années, accompagné de leur petite fille, prend place dans un wagon Tgv Bordeaux-Lille. À peine avaient-ils repéré leur place que la grand-mère se croyant chez elle (c’est vrai qu’il est 10h, l’heure habituelle du ménage), commence à râler très fort comme quoi les sièges sont sales, que le ménage n’a pas été fait etc…et qu’elle allait en parler au contrôleur. Le grand-père attaque une longue logique de choses implacables : « avant chaque nouveau départ le train doit être contrôlé et nettoyé ». Ça c’est dit. L’agent Sncf ayant eu la malchance de passer par là, reçu, comme promis, le mécontentement de la ménagère en mal de serpillière. Comme effectivement elle en dit des tonnes, le mari lui rétorque devant le contrôleur : « tu exagères! « . Une fois le nettoyage effectué, en commentant chacun de ses gestes afin que tout le wagon soit au courant, une scène de ménage (ou ménagère) arrive avec l’épisode d’un sac mal mis sur le porte-bagages : « je t’avais dit de mettre le sac debout, car il y a une bouteille » dit-elle à son mari, « je te l’ai redit en montant dans le train et tu n’as rien écouté’ . Le débat est lancé. Seulement il fallait prendre place et à trois sur un pack de deux places vis-à-vis, quelqu’un doit se trouver automatiquement en sens inverse de la marche. Insoluble, La fille se met dans le sens et les grands parents devront choisir. Pas moyen. Ils restent debout à se chipoter. Déjà, nous avons, entre Bordeaux et Libourne, une affaire de sac et de bouteille et de sens de marche. Ça promet ! Les deux, une fois installés, le grand- père enchaîne alors avec sa série de questions à la Lepers en les adressant à sa femme et à sa petite fille (pas si petite que ça l’ado de 15 ans !) sur tout ce qu’il voit. Et il en voit des choses ! Mais la petite s’en fou. N’ayant qu’une travée de bagages stockés entre-nous, j’étais aux premières.
Je passe sur tous les commentaires des plus insipides les uns que les autres et toujours dit aussi fort. Personne ne réagit. Moi, je crois que je ne vais pas tarder. Lorsqu’ils voient du linge séchant aux fenêtres, leur premier souci : « il n’est même pas attaché« . Passant au-dessus d’une autoroute en région parisienne, ils poussent en choeur un grand cri : « ce monde ! c’est encore plus bloqué que sur la rocade de Bordeaux !« . Passant vers Orly-ville au-dessus d’une rivière, le grand-père dit « c’est la Seine« , « mais non-dit sa femme, « c’est un étang« . Redispute. Vient ensuite un grand moment d’anthologie. Une annonce indique que ce Tgv va sur Lille et Strasbourg. Le grand-père à la science infuse, se retrouve face à sa leçon de géo d’antan et sa stupéfaction de non-compréhension sur la logique de la Sncf. Moi, sur mon siège, rire à en crever. Et il commence son développé en professeur familial : « il vaudrait mieux que le train arrive d’abord à la gare d’Austerlitz puis ensuite à la gare de l’Est, ce serait plus court, plutôt que passer par Lille pour aller à Strasbourg ! ». Je vois la fin de mes jours arriver tellement je m’étouffe de rire. Il me tardait d’arriver à Marne-la-Vallée pour voir sa tête. En effet, le Tgv entre en gare et l’annonce dit : séparation de ce Tgv, la rame n°… va sur Lille et la rame n°…va sur Strasbourg. Sans se démonter le grand-père dit à ses deux femmes : « vous voyez que j’avais raison, on ne passe pas par Lille pour aller à Strasbourg ! » Cette fois c’est bon, je meurs !.
Comme ils repartent sur d’autres élucubrations, je me lève et leur fais signe de se taire avec le geste de la main « de la fermer » (pas très fair-play peut être, mais efficace). La douche froide a marché. Silence sur toute la ligne puis tous les trois ont eu un rire commun nerveux. Qu’est ce que j’ai dû prendre en aparté. J’ai vite perçu leur vexation, car lorsque j’ai voulu changer de place un peu plus loin pour ne plus les supporter, la place était réservée et suis revenu à ma place de supplice. Et c’est là le défoulement du grand père qui se fit sentir immédiatement « il y en a qui se croient au cirque ! » dit-il encore tout fort. Quelle puissance, cette phrase ! L’arrêt Roissy est là, je fais semblant de les ignorer et descends. Eux aussi prenaient un vol car dans l’aérogare, je les croise qui se disputaient une nouvelle fois à haute voix, car ils n’étaient pas d’accord sur le terminal d’embarquement. Que le temps passe vite avec ce genre de personnage sans gêne, mais quel ramassis d’idioties. Qu’en pense la gamine ?