A l’Opéra de Bordeaux, trois chanteuses osent jouer !

Posté le 5 mai 2012

Elles sont trois. Trois chanteuses lyriques en formation au Cnipal (Centre National d’Artistes Lyriques) de Marseille. Deux sopranos (Jennifer et Yuko Naka) et une mezzo-soprano (Simona Caressa). Elles ont offert au public bordelais, dans le cadre des Midis musicaux un récital d’extraits d’opéras présenté d’une manière assez originale.
Des fleurs posées sur et dans le piano, au sol, dans les cheveux, sur une table, avaient toutes un rôle à jouer. Au cours de leurs diverses interprétations, nos trois chanteuses jouent avec ces fleurs comme avec des partenaires.
L’originalité de ce concert venait surtout de la mise en espace des morceaux choisis. Il est en effet très rare de voir des chanteurs en récital mettre un soupçon de mise en scène dans leur concert. Il est vrai qu’elles avaient contourné la difficulté en choissant des morceaux d’opéras plus que des airs. C’est ainsi que nous avons pu voir et entendre un enchaînement subtil de courts extraits du Chevalier à la rose de Strauss. Puis, le trio des femmes dans Falstaff de Verdi et l’attente du retour de Pinkerton par Cio-Cio San et Suzuki dans la Butterfly de Puccini.Très belle réussite d’assemblage.
Dommage qu’elles n’aient pas osé aller plus loin dans cette démarche en ne donnant que des extraits même s’ils souvent moins familiers pour le public mais souvent bien plus intéressants qu’un simple air. Pour le public, la comparaison avec les grands noms du chant lyrique est tellement évidente et risquée, que s’attaquer en récital à des airs lorsqu’on débute, est très périlleux. Au lieu de l’air de Suzel de l’Ami Fritz de Mascagni, qui ne nous fera jamais oublier Freni et ceux supers rabâchés de Luna, Chapi…,j’aurais bien mieux apprécié d’autres extraits d’opéras. Sans chercher bien loin on doit bien trouver des extraits réunissant trois femmes (Manon, Carmen, les Noces…sans compter les très nombreux duos de femmes existant dans bon nombre d’ouvrages).
La formation d’artistes lyriques passent également par le jeu scénique. Ces trois chanteuses semblent l’avoir comprise, mais encore faut-il quelles aient en face un quelqu’un qui les aide et les entraîne dans ce sens.

Jean-Claude Meymerit