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Archive pour mai 2012

Low cost ou coup bas ?

Je me lance ! Si j’essayais d’emprunter une compagnie aérienne de vols low cost pour un Bordeaux-Genève ? C’est pas cher me dit mon entourage (alors que c’est faux). Un petit rappel de texte : low cost veut dire bas coût (pour l’entreprise) mais pas bas prix pour le consommateur.
C’est parti. A mon arrivée à l’aéroport de Bordeaux-Mérignac, je lis sur le panneau électronique : enregistrement au hall Billi ! Qu’ès aquò lo Billi ? Je m’adresse à une hôtesse postée près de la borne. « C’est le grand cube noir en sortant à droite », me dit-elle assez distante. Voulant en savoir un peu plus, elle me rétorque : « vous avez choisi cette formule, vous allez voir, bon courage ! L’inquiétude me gagne. J’utilisais pour la première fois une compagnie low cost, je découvrais un lieu et un nom inconnu Billi et j’avais pour réconfort la réponse très ambigüe d’une hôtesse. Fallait-il que je continue ? Je sors de l’aérogare et me dirige vers ce fameux bloc noir. En effet, cela surprend. La porte poussée, un hangar que l’on trouve dans les grandes exploitations agricoles, se présente devant moi contenant une file d’attente aux comptoirs, invraisemblable. Décrire ce lieu serait trop long. De toute manière quel était le but principal que je m’étais fixé : prendre un avion coute que coute. Je m’installe dans la file d’attente et attend, attend…Une heure et demie debout chrono en main jusqu’à l’enregistrement. L’accès à la salle d’embarquement assez fuide puis à nouveau entassement dans un espace restauration et attente pour l’embarquement (encore une heure). Cet hangar à stoker les voyageurs commence à m’oppresser, pas de fenêtre, des tôles, des tôles…
Un fois installé dans l’avion (placement libre), les instructions arrivent et c’est là l’apothéose du non sens et de l’absurdité de ce vol.
Du commandant de bord au personnel d’accompagnement on vous parle de la pluie et du beau temps de la ville destination, des consommations en vente et de la boutique de souvenirs ou d’objets de luxe vendus dans l’avion, en français et en anglais.Très bien. Puis tout à coup, les consignes de sécurité (interminables) arrivent, toutes données en anglais.
Surpris de cela je m’adresse discrètement à un membre du personnel et lui demande pourquoi tout est dit en anglais et pas un mot en français, comme pour les autres messages. Sa réponse : « lorsque vous achetez un billet vous signez comme quoi vous devez comprendre l’anglais ! » Ahuri, je veux en savoir un peu plus et il me rajoute « même en cas d’accident toutes les consignes de sécurité et d’évacuation sont données en anglais, c’est dans le contrat ». Ca au moins c’est dit et réglé. Les bras m’en tombent et suis resté sans voix.
Je m’enfonce au plus profond de mon fauteuil et je commence à réviser toutes mes connaissances en anglais au cas où. Je ne pensais qu’allant à Genève, je devais emporter mon dictionnaire anglais-français.
Ce que je trouve scandaleux, c’est que les annonces de vente des produits à bord ou d’annonces sans trop d’intérêt sont dites dans les deux langues et que les consignes de sécurité soient uniquement dites en anglais sous prétexte que l’on doit connaître cette langue pour voyager sur ces vols. Le pognon avant la vie !




Ce n’est pas tout d’avoir bonne mine encore faut-il avoir celle qui marche !

Que faire dans une salle d’embarquement d’aéroport lorsque vous avez presque deux heures à attendre, que vous avez remis vos chaussures, que vous avez réajusté votre ceinture et essayé de remettre de l’ordre dans vos poches suite à la fouille traditionnelle de la sécurité…? Compter les avions qui décollent, draguer la personne en face de vous, dormir ou tout simplement observer le comportement des gens vivant eux aussi ces longues attentes et qui s’em….Le voyageur assis en face de moi sur un de ces bancs installés en rangs d’oignon, décide de travailler et d’utiliser tout son arsenal électronique. Cet homme d’affaire, par le cliché qu’il donne et par son look extérieur très soigné, doit avoir la quarantaine bien sonné. Il déballe son ordinateur portable de taille presque insolente, de son Ipad, de son Ipod, de son casque et des fils partout. Que va t-il faire de tout ce matos, à la fois ? De quoi je me mêle et que de questions existentielles ! Il sort également de son sac un agenda (vous savez cet instrument papier qui permet d’écrire en face de certains jours et heures des rendez-vous et autres événements de son choix etc…). Avec tout ce déballage, notre homme avait utilisé deux places du banc. Il pose son agenda à son coté droit, fait tous les branchements, sort un crayon mine et commence à inscrire sur son agenda les notes piochées sur ses appareils. Quel boulot ! Le pauvre ! Soudain, plus de mine, le porte mine est vide. Il secoue ce minuscule outil, cherche dans son sac. Que nenni ! Que faire ? Comme la mine a eu le dernier mot et que tout son organisation est foutue, il remballe le tout et attend patiemment l’embarquement (soucieux toutefois !). Il devait se dire : comment une vulgaire mine de crayon avait-elle pu entraver et contrer un matériel informatique des plus performants ? La piteuse figure qu’il faisait m’évoquait la tête du Chevalier à la triste mine de Cervantes, qui malgré son acharnement à vaincre tous les obstacles, baissa les bras devant les plus petits.



A l’Opéra de Bordeaux, trois chanteuses osent jouer !

Elles sont trois. Trois chanteuses lyriques en formation au Cnipal (Centre National d’Artistes Lyriques) de Marseille. Deux sopranos (Jennifer et Yuko Naka) et une mezzo-soprano (Simona Caressa). Elles ont offert au public bordelais, dans le cadre des Midis musicaux un récital d’extraits d’opéras présenté d’une manière assez originale.
Des fleurs posées sur et dans le piano, au sol, dans les cheveux, sur une table, avaient toutes un rôle à jouer. Au cours de leurs diverses interprétations, nos trois chanteuses jouent avec ces fleurs comme avec des partenaires.
L’originalité de ce concert venait surtout de la mise en espace des morceaux choisis. Il est en effet très rare de voir des chanteurs en récital mettre un soupçon de mise en scène dans leur concert. Il est vrai qu’elles avaient contourné la difficulté en choissant des morceaux d’opéras plus que des airs. C’est ainsi que nous avons pu voir et entendre un enchaînement subtil de courts extraits du Chevalier à la rose de Strauss. Puis, le trio des femmes dans Falstaff de Verdi et l’attente du retour de Pinkerton par Cio-Cio San et Suzuki dans la Butterfly de Puccini.Très belle réussite d’assemblage.
Dommage qu’elles n’aient pas osé aller plus loin dans cette démarche en ne donnant que des extraits même s’ils souvent moins familiers pour le public mais souvent bien plus intéressants qu’un simple air. Pour le public, la comparaison avec les grands noms du chant lyrique est tellement évidente et risquée, que s’attaquer en récital à des airs lorsqu’on débute, est très périlleux. Au lieu de l’air de Suzel de l’Ami Fritz de Mascagni, qui ne nous fera jamais oublier Freni et ceux supers rabâchés de Luna, Chapi…,j’aurais bien mieux apprécié d’autres extraits d’opéras. Sans chercher bien loin on doit bien trouver des extraits réunissant trois femmes (Manon, Carmen, les Noces…sans compter les très nombreux duos de femmes existant dans bon nombre d’ouvrages).
La formation d’artistes lyriques passent également par le jeu scénique. Ces trois chanteuses semblent l’avoir comprise, mais encore faut-il quelles aient en face un quelqu’un qui les aide et les entraîne dans ce sens.

Jean-Claude Meymerit