L’opéra, le surtitrage, sa démocratisation et mes cervicales !

Posté le 3 avril 2012

Je viens de lire, sur un site internet spécialisé en opéra, le texte d’un journaliste musicologie évoquant les surtitrages dans les salles d’opéras. Je le remercie vivement d’avoir abordé ce sujet, sujet qui devient tabou auprès de tous les amateurs d’opéra. Personne n’ose avouer le côté néfaste de cette technologie portée à l’opéra. Si par hasard on s’aventure à dire à quelqu’un, qui ne va que très rarement à l’opéra, que nous sommes contre cette technologie, on se fait traiter de tout et surtout, oh l’horreur, on est catalogué d’élitiste et comme quoi on est contre la démocratisation de l’opéra. Je rappelle que c’est plutôt c’est l’inverse qui se produit ! C’est justement en prenant le public pour une machine à avaler ou en lui mâchant le travail qu’on lui empêche d’entrer dans ce monde magique. On lui interdit d’apprécier le mystère de l’alchimie, musique/texte/visuel, qu’est le spectacle lyrique. On lui empêche de créer son propre univers d’émotions et de plaisir. On lui impose de rire et c’est souvent à contre courant. On le matraque de phrases (ou de mots) insipides qui n’apportent absolument rien à la dite compréhension de l’histoire. Que de traductions stupides et inutiles ramenées à quelques mots. Cette « explicaterie » de bas étage, nuit. Elle devient parasite à l’écoute émotionnelle et au regard de l’action scénique. Le temps que nous levons les yeux, happés par ces lumières de textes au dessus de nos têtes ou en plein face, l’action sur scène est passée. On relève la tête au cas où l’on aurait oublié de lire un mot clé. Rebelote. Sur scène le ténor a quitté la scène, par où ? Pas vu !
A-t-on besoin pour apprécier un opéra, d’avoir en direct le mot à mot du livret. Depuis des siècles cela se saurait !

Dans certaines salles, le surtitrage est sur le dossier du fauteuil devant soi. Au moins on peut l’éteindre. Fréquentant de nombreuses salles d’opéras, j’essaie le plus souvent de louer des places d’où on ne voit pas les surtitres (c’est de plus en plus dur). A Paris Bastille, les places sans visibilité de surtitrage sont mentionnées. A Bordeaux, heureusement que le lustre cache cet objet de torture mentale (et physique parfois). Mon médecin a cependant raison : il me conseille ce procédé comme moyen médical pour mes cervicales. Il me dit : dès que vous souffrez, louez-vous une place au parterre et tournez la tête un coup à droite puis à gauche vers les surtitrages de côté puis au plafond pour le surtitrage principal. J’ose à peine imaginer les passerelles financières juteuses entre la culture et la santé….

Pour moi cette technologie imposée et pseudo-prisée par les spectateurs est vicieuse et polluante. Ils passent la soirée à lire les phrases en essayant de les faire correspondre sur ce qu’ils entendent ou voient. C’est un véritable appauvrissement du spectateur. Quelle stupidité lorsque les phrases arrivent avant le phrasé des chanteurs. Quelle stupidité lorsque la même phrase reste affichée de nombreuses minutes pendant que les chanteurs poursuivent leur chant. Comme on se demande ce qu’ils racontent, on remet ça ! Nouvelle séance de relaxation des cervicales. Le plus terrible est le surtitrage en français d’opéras chantés en français. Cela devient du grand guignol. Les gens rient, car jamais les textes écrits ne sont en harmonie avec les textes chantés. Avez-vous déjà entendu les premiers mots du duo final de Carmen : « C’est toi ? C’est moi ! » ? Avant que nos deux héros disent ces deux phrases, le texte est déjà à l’écran. R I D I C U L E ! Je suis absolument d’accord avec le journaliste du site internet, lorsqu’il évoque les nombreux moyens d’information que le spectateur peut consulter quelques heures avant de se rendre à l’opéra. A t-on besoin de connaître pendant le spectacle le texte intégral (ou tronqué) pour apprécier tel ou tel ouvrage ? Je propose et souhaite que demain nous ayons en complément des textes, des extraits des partitions de l’ouvrage !…A ridicule, ridicule et demi !  C’est ce qu’on appellera à nouveau, une technique pour la démocratisation de l’opéra ! Pendant ce temps le chaland culturel passe.

Jean-Claude Meymerit