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Archive pour avril 2012

Le gentil Xavier, Veilhan sur son lion bleu !

« Il est pâle et sale » nous a murmuré avec douceur le papa du lion bleu de la Bastide à l’occasion d’une conférence sur le thème Architectones qui s’est tenue ce jour au TnBa et organisée par le Frac Aquitaine. En effet, il n’avait pas vu son enfant depuis très longtemps. Dans les questions du débat qui ont suivi portant sur son oeuvre bordelaise, devenue maintenant le lion des bordelais, ont jailli les deux questions fondamentales et vitales pour l’artiste, pour les bordelais et pour l’art contemporain : pourquoi est-il bleu et pourquoi il n’a pas de testicules ? Nous y voilà enfin. C’est vrai que, moi-même, chaque fois que je passe devant ce lion ce sont les questions que je me pose immédiatement (!). La première question porte sur la couleur. Veilhan a très bien argumenté avec calme, humour et dérision. Quelle couleur auriez-vous aimé ? répondit-il à la personne auteur de la question de ce tel intérêt et de cette telle pertinente qu’elle pourrait faire l’objet d’un sujet de thèse universitaire en histoire de l’Art contemporain. Avec son humour flegmatique, l’artiste continue : « La monochromie est toujours sujet de débat. Pouvait-on imaginer ce lion vert ? Noir ? Mauve ? : non. Rouge ? (c’est la couleur en monochromie qui se vend très bien en art) ». Je l’ai voulu comme les nuages, bleu » a t-il annoncé, comme s’il venait de lire la dernière phrase d’un fort beau poème. Merci Monsieur Veilhan pour cette belle réponse à une question stupide.
Arrivons maintenant aux fameux attributs mâle absents à l’auguste prestance de ce magnifique animal. Je me mets à la place de la dame qui a posé cette  seconde question existentielle pour l’avenir de la race animale : « pourquoi ce lion est-il asexué ? » Quelle angoisse ça lui procure ! Cette question venait après celle d’une jeune dame qui elle, aimait passer entre les pattes et sous le ventre de notre lion, tous les matins en allant travailler. Il est curieux que cette dernière ne se soit pas rendu du manque ! Elles n’ont peut être pas les mêmes références en la matière. Maintenant que la question est posée publiquement je réalise que je n’avais jamais remarqué que cette sculpture de la place Stalingrad était un lion et qu’ il lui manquait en effet, sa virilité. Jules Renard aurait pu ajouter dans ses Histoires naturelles : « On reconnait un lion aux longs poils frisés autour du cou ! ». J’en été resté là. On en apprend tous les jours !
En dehors de ces deux questions pour école maternelle, le très célèbre artiste international Xavier Veilhan nous a baladé pendant plus d’une heure dans son univers de créations et de projets. Naviguant entre Art et Architecture il s’arrête à quelques instants au bord de chacune de ces deux formes de travail afin de nous faire partager ses hésitations, son engagement et ses choix. Le tout avec beaucoup de simplicité, d’humour et de gentillesse. « Vous êtes quelqu’un de gentil lui a dit quelqu’un dans la salle ! » Et c’est vrai.

Jean-Claude Meymerit



L’opéra, le surtitrage, sa démocratisation et mes cervicales !

Je viens de lire, sur un site internet spécialisé en opéra, le texte d’un journaliste musicologie évoquant les surtitrages dans les salles d’opéras. Je le remercie vivement d’avoir abordé ce sujet, sujet qui devient tabou auprès de tous les amateurs d’opéra. Personne n’ose avouer le côté néfaste de cette technologie portée à l’opéra. Si par hasard on s’aventure à dire à quelqu’un, qui ne va que très rarement à l’opéra, que nous sommes contre cette technologie, on se fait traiter de tout et surtout, oh l’horreur, on est catalogué d’élitiste et comme quoi on est contre la démocratisation de l’opéra. Je rappelle que c’est plutôt c’est l’inverse qui se produit ! C’est justement en prenant le public pour une machine à avaler ou en lui mâchant le travail qu’on lui empêche d’entrer dans ce monde magique. On lui interdit d’apprécier le mystère de l’alchimie, musique/texte/visuel, qu’est le spectacle lyrique. On lui empêche de créer son propre univers d’émotions et de plaisir. On lui impose de rire et c’est souvent à contre courant. On le matraque de phrases (ou de mots) insipides qui n’apportent absolument rien à la dite compréhension de l’histoire. Que de traductions stupides et inutiles ramenées à quelques mots. Cette « explicaterie » de bas étage, nuit. Elle devient parasite à l’écoute émotionnelle et au regard de l’action scénique. Le temps que nous levons les yeux, happés par ces lumières de textes au dessus de nos têtes ou en plein face, l’action sur scène est passée. On relève la tête au cas où l’on aurait oublié de lire un mot clé. Rebelote. Sur scène le ténor a quitté la scène, par où ? Pas vu !
A-t-on besoin pour apprécier un opéra, d’avoir en direct le mot à mot du livret. Depuis des siècles cela se saurait !

Dans certaines salles, le surtitrage est sur le dossier du fauteuil devant soi. Au moins on peut l’éteindre. Fréquentant de nombreuses salles d’opéras, j’essaie le plus souvent de louer des places d’où on ne voit pas les surtitres (c’est de plus en plus dur). A Paris Bastille, les places sans visibilité de surtitrage sont mentionnées. A Bordeaux, heureusement que le lustre cache cet objet de torture mentale (et physique parfois). Mon médecin a cependant raison : il me conseille ce procédé comme moyen médical pour mes cervicales. Il me dit : dès que vous souffrez, louez-vous une place au parterre et tournez la tête un coup à droite puis à gauche vers les surtitrages de côté puis au plafond pour le surtitrage principal. J’ose à peine imaginer les passerelles financières juteuses entre la culture et la santé….

Pour moi cette technologie imposée et pseudo-prisée par les spectateurs est vicieuse et polluante. Ils passent la soirée à lire les phrases en essayant de les faire correspondre sur ce qu’ils entendent ou voient. C’est un véritable appauvrissement du spectateur. Quelle stupidité lorsque les phrases arrivent avant le phrasé des chanteurs. Quelle stupidité lorsque la même phrase reste affichée de nombreuses minutes pendant que les chanteurs poursuivent leur chant. Comme on se demande ce qu’ils racontent, on remet ça ! Nouvelle séance de relaxation des cervicales. Le plus terrible est le surtitrage en français d’opéras chantés en français. Cela devient du grand guignol. Les gens rient, car jamais les textes écrits ne sont en harmonie avec les textes chantés. Avez-vous déjà entendu les premiers mots du duo final de Carmen : « C’est toi ? C’est moi ! » ? Avant que nos deux héros disent ces deux phrases, le texte est déjà à l’écran. R I D I C U L E ! Je suis absolument d’accord avec le journaliste du site internet, lorsqu’il évoque les nombreux moyens d’information que le spectateur peut consulter quelques heures avant de se rendre à l’opéra. A t-on besoin de connaître pendant le spectacle le texte intégral (ou tronqué) pour apprécier tel ou tel ouvrage ? Je propose et souhaite que demain nous ayons en complément des textes, des extraits des partitions de l’ouvrage !…A ridicule, ridicule et demi !  C’est ce qu’on appellera à nouveau, une technique pour la démocratisation de l’opéra ! Pendant ce temps le chaland culturel passe.

Jean-Claude Meymerit




Le faux mort du quai !

Sur le quai du tramway, deux jeunes lycéennes arrivent un peu excitées en ayant le verbe un peu haut.
La 1, catastrophée : « il est mort ? C’est pas vrai !  »
La 2, sûre d’elle : « si, le l’ai vu hier au soir ».
La 1, frôlant la crise de nerfs sur le quai : « c’est pas possible, car moi je ne l’ai pas vu ».
La 2, pour la rassurer : « tu as dû voir le trois, moi j’ai vu le quatre ».
La 1, assommée par la nouvelle : « je ne te croirai que si je le vois, mort ».
J’écoutais cette vive discussion avec une certaine inquiète attention. Une des ces jeunes filles venait de voir un mort et l’autre avait l’air jalouse de ne pas l’avoir elle aussi, vu.
Ce n’est qu’après cette juvénile dispute tournant autour des chiffres 3, 4 etc..que j’ai immédiatement compris (comme vous je suppose) qu’elles parlaient d’épisodes télé et de leur héros qui venait de passer l’arme à gauche. Déçu, j’ai quitté mon poste d’écoute car les morts de télé ne sont pas ma tasse de quai !