Archives

Archive pour mars 2012

Strauss, Elektra et Baird

Quels chanceux ces montpelliérains ! Après Hildegard Berens il y a déjà quinze ans ils ont eu aujourd’hui Janice Baird. Quelles magnifiques Elektra ces deux chanteuses. En plus des deux précitées, j’ai eu la chance d’en applaudir deux autres célèbres dans ce rôle là : Gwyneth Jones à Orange en 91 et tout récemment Evelyn Herlitzius à Berlin.
Pour rester sur la production de Montpellier signée jean-Yves Courrègelongue, Janice Baird abordait là sa énième production. J’ai des souvenirs mémorables de quelques unes de ses prestations d’Elektra : à Toulouse en 2004 dans la très efficace mise en scène de Nicolas Joël, à Nantes en 2005 dans celle époustouflante de Charles Roubaud, à Bilbao en 2007 dans celle de Peter Konwitschny, qui est pour moi la plus aboutie et la plus violente, à Strasbourg en 2008 dans la très intelligente mise en scène de Stéphane Braunschweig, à Berlin en 2009 avec celle de Kirsten Harms. Toutes les interprétations de Janice Baird en fonction des mises en scène et des années, sont à la fois complémentaires et différentes formant chaque fois l’Elektra unique. On a l’impression que l’interprétation de ce personnage, avec des facettes à l’infini, est pour elle, sans limite. Lorsqu’on a vu une seule fois Janice Baid tenant à bout de bras écartés vers le ciel, vêtue d’un jeans, d’un tee shirt et d’une veste de laine bleu marine, la fameuse hache objet central de l’opéra, on est tétanisé à vie. Quel force de prestance et de jeu. Cette immense artiste qui paradoxalement est connue et méconnue du public français va faire enfin son entrée parisienne (mise à part son unique concert à Pleyel en Salomé) en 2013 dans les trois opéras de la tétralogie de Wagner.

Jean-Claude Meymerit



J’ai honte, j’ai ri !

Incident une fin d’après midi en pleine heure de débauche sur une ligne de tramway. Des milliers de fourmis humaines sillonnent et s’agitent dans tous les sens entre les stations non desservies, essayant de comprendre l’histoire qui leur arrive. Entre ceux qui attendent la rame par routine et ceux qui essaient de recoller les bribes de textes inaudibles émises par les hauts parleurs des quais, c’est la fête. Les gens se parlent, rient, sont en colère mais au moins ça vit.
Une rame arrivant à une station déclarée momentanément terminus, doit repartir en sens inverse. Si pour certains cela paraît classique, pour ceux qui découvrent cette situation pour la première fois, c’est la panique. Sans parler des touristes qui sont carrément perdus, corps et âmes. Ayant déjà connu cette situation de nombreuses fois à ce même endroit, je monte dans la rame qui devait normalement refaire le chemin inverse. Des gens montent. La dame assise à côté de moi confiante (comme moi) attend le départ. Ce que nous n’avions pas réalisé c’est que la cabine du chauffeur était vide. Donc suspens ! Une jeune fille très à l’aise monte à son tour, met de l’ordre dans ses fils d’écouteurs entortillés qui occupent un bon bout de temps pour les remettre en ordre. Elle s’installe sans se rendre compte que le chauffeur venait d’entrer dans son antre pour nous faire voyager en sens inverse. Sonnerie de départ et notre rame démarre. Notre jeune fille qui était monté dans le tram comme à l’accoutumé dans le sens habituel de la marche se trouve sans ses repères. Son visage commence a s’angoisser brutalement. Elle prend sa tête entre les mains et réfléchit les yeux hagards exorbités. Les larmes lui viennent. Elle se tient toujours la tête. Voyant cette jeune personne commencer à devenir étrange, une dame lui explique la situation. La jeune fille lui avoue qu’elle a eu très peur car elle croyait avoir perdu la raison. Elle nous explique qu’elle prend tous les jours le tram sur ce quai et à cette heure mais pour aller dans le sens normal. Or là, le tram allait dans l’autre sens en partant du même quai. Là ou j’ai honte c’est que mon regard s’était porté sur elle depuis son entrée dans la rame car j’avais remarqué qu’elle n’était pas au courant de la situation. Elle était trop préoccupée à démêler ses fils. Mon but était de voir sa tête au départ du tram. Au fur et à mesure que sa tête changeait j’étais mort de rire (je n’étais pas le seul) mais je ne pensais pas qu’elle avait eu aussi peur. J’ai honte d’avoir ri !



Théâtre sur rail !

Au départ, une histoire très banale. Je suis à l’aéroport de Roissy dans le hall des correspondances Sncf.
Plus d’une heure à attendre. Si j’allais m’acheter la revue que j’aime bien ne parlant que de théâtre. Ce magazine s’appelle « Théâtral ». Je demande au vendeur :
- « avez-vous reçu le magazine Théâtral » ?
C’est à ce moment là que tout se complique.
- « Théâtrail » ? me demanda t-il.
- « non Théâtral ! »
Un signe extérieur de grande ignorance commençait à se dessiner sur son visage et me redit :
- « Théâtrail » ?
Je recommence : – « le magazine Théâtral » !
- « ça parle de quoi ? »
- « de théâtre ». Cette réponse a été très dure à formuler. Je rajoute pour l’aider dans ses recherches cérébrales : « c’est un format assez petit ».
Là, subitement une lueur d’espoir jaillit de ses yeux et me dit :
- « je range les petits formats dans l’arrière boutique car ici je n’ai pas assez de place, je vais voir ». Et il ne revient pas. Je demande des nouvelles à son collègue qui me répond : « il cherche ».
A cet instant le cher disparu revient pour me dire gentiment qu’il avait tout fouillé mais qu’il n’avait pas cette revue.
En le remerciant, je me suis demandé alors si je n’aurais pas dû lui acheter le magazine la Vie du rail en le lisant sur fond de raï.



Grands pas de deux à quatre pattes

Je veux bien sûr parler des grands pas de deux, extraits des plus grands ballets classiques que sont Raymonda, la Belle au bois dormant, le Lac des cygnes, Gisèle, la Sylphide, Roméo et Juliette et Don Quichotte.
La classe et la beauté étaient au rendez-vous ce dimanche après-midi dans un lieu culturel de la banlieue bordelaise brillant, lui, par la laideur de son extérieur et de son intérieur. Vous me direz on s’en fout, une fois les lumières éteintes on ne regarde pas le plafond et les murs. Faut tout de même avoir envie de se déplacer vers un espace aussi triste, entouré de rues désertes, malgré un soleil radieux éclairant ce beau dimanche après-midi de mars.
Quitte à fermer les yeux en rêvant d’être dans une belle salle de spectacle et même quitte à y venir à quatre pattes, il ne fallait pas surtout rater ce grand moment d’art de la danse offert par sept danseurs et danseuses, solistes (sujets, coryphées et quadrille) du Ballet de l’Opéra national de Paris. Ce programme était dirigé artistiquement par un des danseurs étoiles présent sur scène, Karl Paquette. Comme un bonheur ne peut pas être complet, il fut dommage que la diffusion de la musique enregistrée fut si mauvaise. Saturation, souffle, mauvais équilibre des basses et aigus. Pour une représentation de spectacle vivant de cette qualité, la technique n’a vraiment pas suivi. Hélas !
Sur des chorégraphies incontournables de Noureev, de Petipa, de Perrot, de Bournonville…nos solistes nous ont offert toutes les facettes de cette signature qu’est l’Ecole française de la danse. Que ce soit les ports de corps, les jeux de jambes et de bras, c’est signé. On est scotché sur place. Que c’est beau ! Le public a fait une ovation très bien méritée à ces sept danseurs messagers de la danse française de l’Opéra de Paris, référence mondiale. Qu’en on pensé les quelques danseurs du Ballet de Bordeaux, entre aperçus dans la salle. On dit, dans les chaumières des chaussons bordelais, que le Ballet de Bordeaux serait la dernière compagnie française de danse classique de province. Est ce vrai ? Si c’est oui, profitons-en et espérons applaudir la prochaine saison de nouveaux grands classiques du répertoire. Les spectacles de danse classique sont extrêmement rares sur les scènes françaises. Que Bordeaux ne s’endorme pas sous les lauriers de l’acquis !
Jean-Claude Meymerit